A
p JO. 7 '
RER AN ae
Rte
ANNALES
DES
SCIENCES PHYSIQUES sr NATURELLES ,
D'AGRICULTURE #1 D'INDUSTRIE,
ASCOTES SÉRIE ME LE PO PRE
Fo sant)
LYON. — IMPRIMERIE DE BARRET.
PLACE DES TERREAUX , 20.
déni
ANNARDRO
SCIENCES PHYSIQUES :r NATURELLES,
D'AGRICULTURE :r D'INDUSTRIE,
Ta Societe vopule d'Anviculture, ete,
de von,
TOME 1°.
MARS 1839.
— 5 E © Creme +
Ann sa : Anse .
Les UV
l
MAT \
ft /
y KT.
—— 16b Y à /
MY LS | {
e 410 u Go
— Er NE ES
vs, ANT
PLACÉ UES YEKKEAUX ; PALAIS DES ARTS ; TI EL" _ZU: —
SAVY , LIBRAIRE-ÉDITEUR,
QUAI DES CÉLESTINS ; 49.
PARIS,
CHEZ Me HUZARD , LIBRAIRE-ÉDITEUR,
RUE DE L'ÉPERON, 2.
nt ro
LYON. — IMPRIMERIE DE BARRET,.
PLACE DES TERREAUX , 20.
ANNALRS
SCIENCES PHYSIQUES :r NATURELLES,
D'AGRICULTURE :: D'INDUSTRIE,
Tan Societe vounle V'Anriculture, ete,
de von,
es
TOME 1°.
MARS 1839.
LYON,
CHEZ BARRET, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
PLACE DES TERREAUX , PALAIS DES ARTS, 19 et 20.
SAVY , LIBRAIRE-ÉDITEUR,
QUAI DES CÉLESTINS , 49.
PARIS,
CHEZ M° HUZARD , LIBRAIRE-ÉDITEUR,
RUE DE L'ÉPERON, 2.
2
En eavQrErua
F EE LT PEL + re A
ra SAUT ATDENO AA
TABLEAU
LE LA
SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE,
HISTOIRE NATURELLE ET ARTS UTILES
DE LYON.
au dc mars 1839.
mra eg.
BUREAU.
MM.
fuver &, préfet du Rhône, président d'honneur.
Manrin %, maire de Lyon, second président d'honneur.
Borrex, docteur-médecin, président.
Monrax, docteur-médecin, vice-président.
Hévow, directeur de la Pépinière départementale, secrétaire-
général.
Lecog, professeur à l'École royale vétérinaire, secrétaire-adjoint.
Muzsanr , bibliothécaire-adjoint de la ville de Lyon, secrétaire-
archiviste.
Serince , directeur du Jardin-des-Plantes, conservateur des ma-
chines et instruments araloires.
Descuamps , pharmacien , trésorier.
Vi
1810.
1812.
1817.
1818.
1821.
1822.
1824.
1825.
1829.
1830.
MEMBRES TITULAIRES
PAR ORDRE D'ANCIENNETÉ DE NOMINATION.
MM.
Pezrerrer, docteur-ès-sciences , ‘ancien pharmacien de
première elasse aux armées, rue Syrène , 1.
De Sr-Dinrer , propriétaire, rue Vaubecour , 17.
Lacène , propriétaire , place Louis-le-Grand, 11.
Dusar des Alines, propriétaire , place Louis-le-Grand , 24.
Rarxarp, professeur à l'École royale vétérinaire, quai de
l'Observance.
Ducas ( Thomas ) #, propriétaire, rue Royale , 29.
Descamps , pharmacien , rue Sit-Dominique, 15.
Boucaarp-Jamson, ingénieur-mécanicien, rue Vaubecour, 2.
Terme #: , docteur-médecin, membre du Conseil général
du département, rue du Pérat, 20. |
Jaxson :#, docteur-médecin , ancien chirurgien-major de
l'Hôtel-Dieu, place du Concert, 9.
De FréwiNvizze, propriétaire, rue du Plat, 8.
Gomix, chimiste-teinturier, quai St-Benoît, 51.
Cosre , conseiller à la Cour royale , rue St-Dominique, 13.
Tasareau # , ancien capitaihe du génie, doyen de la Fa-
culté des sciences, rue de l'Arbre-Sec, 44.
PruxezLe, ancien professeur de la Faculté de médecine de
Montpellier , membre de la Chambre des députés, place
de la Miséricorde , 11.
Garior, propriétaire à Francheville, rue du Bœuf.
De Béxevenr , propriétaire, rue du Bœuf, 34.
Puvis, ingénieur en chef des mines et usines, cours
d'Herbouville , 1,
Durasquier jeune, architecte , rue St-Joseph #3.
Borrex, docteur-médecin , rue Neuve, 7.
Jurie , conseiller à la Cour royale, rue Troïs-Maries , 1.
Marnevon, négociant-manufacturier , port St-Clair, 23.
GuizarD père, inspecteur émérite de l'Université, place
des Célestins,
1830.
1831.
1832.
1833.
1834.
1835.
1836.
1837.
vij
Monran, docteur-médécin, ancien chirurgien-major de
la Charité, place des Célestins , 5.
SERINGE, directeur du Jardin-des- Plantes , professeur à la
Faculté des sciences, place de La Déserte.
Hamon, jardinier en chef du Jardin-des-Plantes, place de
la Déserte.
Buissox, pharmacien, rue Louis-le-Grand.
Duran», conseiller à la Cour royale, piace des Cordeliers, 2.
Mercx, manufacturier, quai Pierre-Scize.
Renaux, chimiste manufacturier, place Henri IV, 45.
Héxox, directeur de la Pépinière départementale, quai de
l'Observance.
Muzsanr, naturaliste, bibliothécaire-adjoint de la ville ,
quai St-Benoît, 42.
Macne, professeur à l’École royale vétérinaire, quai de
l'Observance.
Revercuon %, négociant et propriétaire, petite ruc des
Fêuillants, 9.
Partsez , professeur de chimie , faubourg de Vaise.
GRANDPERRET , propriétaire , rue du Plat, 3.
GRANDIEAN , mécanicien ; rue Ste-Hélène , 6.
Dorurrs pe Maconex, propriétaire, quai St-Clair; 1.
Duquarre , notaire honoraire , rue Tourrette , 8.
Jourpax , docteur-médecfn , directeur du Muséum d'histoire
naturelle, professeur de zoologie et de physiologie à la
Faculté des sciences:, palais St-Pierre.
Lecoe, professeur à l'École royale vétérinaire, quai de
l'Observance.
Turarrair, propriétaire , rue Vieille-Monnaie, 2.
Guimer %, ingénieur-civil, rue de la Martinière, 1.
Gansouz % , docteur-médecin, ancien chirurgien-major
de l'Hôtel-Dieu, place Louis-le-Grand , 1.
PrauxT , juge-de-paix, à St-Cyr.
Pravaz, docteur-médecin , directeur de l'institution ortho-
pédique , montée St-Laurent, 5.
Bourcrer ( Jules ), négociant, place Tholozan, 19.
AzexanDRe :& , secrétaire-général de la Préfecture,
1838.
Rocuer , inspecteur des biens des Hospices ,; rue des
Célestins, 3.
Bixav , professeur à la Faculté des sciences.
Fourwer , professeur à la Faculté des sciences.
Imserr , docteur-médecin , rue du Pérat, 18.
Durasqurer aîné, docteur-médecin,montée des Carmélites,11.
Lurzer ( Gabriel }, propriétaire etpépiniérisle , à Écully.
Rey , professeur adjoint à l'École royale vétérinaire ; quai de
l'Observance. |
Sauzey , conseiller à la Cour royale, rue Tramassac , 26.
GuuzarD fils, chef d'institution, montée du Gourguil-
lon , 31.
Repiquer , docteur-médecin , rue Dubois , 30.
Poruon , fabricant , rue du Garret , 3.
Dans la séance du 15 décembre 1837, la Société a dé-
cidé que ses Membres seraient répartis, suivant la nature
de leurs travaux, en trois sections égales, sous les dénomi-
nations suivantes : 1° Section des Sciences physiques et na-
turelles ; 2° Section d'Agriculture; 3° Section d'Industrie.
TABLEAU DES MEMBRES TITULAIRES,
Sciences,
MM.
Perrétrrer.
Dusrar des Alines.
Rarnarpn.
JaAnson,
Cosre.
TaBarEAu,
Borrex.
Monrars.
SERINGE.
Merck.
Hévox.
Mursanr.
JourDAN.
Lecog.
TurArFaIT.
Bineau.
Fourwer.
Imgerr.
Dupasquier aîné.
Rey.
PAR ORDRE DE SECTION.
ES
=
Agriculture.
MM.
De Sr-Diprer.
Lacène.
Ducas.
BoucaaArD-JamBon.
TERME.
De FrémiNyizze.
PRUNELLE.
GarioT.
De Bénévenr.
Jurre.
Hamox.
Duranr.
MAcxe.
GRANDPERRET.
Dopvrrs DE MAconex.
Duquarre.
GENsouL.
Bourcrer.
ALEXANDRE,
Lurzer.
Industrie.
MM.
Descrawps.
Goxix.
Puvis.
Duprasqurer jeune.
MArnEvon.
Guizzar» père.
Bursson.
ReEnaux.
REVERCHON.
PARISEL.
GRANDIEAN.
Gurner.
Pravcr.
Pravaz.
Rocner.
SAUZEY.
Gurczan» fils,
Rerrquer.
Porno.
ASSOCIÉS VÉTÉRANS.
MM.
Acuer # , président de chambre à la Cour royale , rue du Plat, 6.
Bezzer de St-Trivier , propriétaire , rue de la Charité.
Czerc , professeur d'astronomie à la Faculté des sciences, place du
Collége. |
Guerre , ex-bâtonnier de l'Ordre des avocats , rue des Célestins , 4.
Laxorx , pharmacien , à la Guillotière.
Momwrèe (le comte Othon de), président de l'administration de la
Pépinière départementale , place Louis-le-Grand , 21.
Rémon , propriétaire, rue Confort, 15.
Tissrer , pharmacien, ancien professeur de chimie, place des
Capucins. ;
ASSOCIÉS CORRESPONDANTS.
MM.
ArruauD de la Ferrière ( comte ) 4 , à Pierreu.
AupouIx, membre de l’Institut, professeur au Muséum d'histoire
naturelle , à Paris.
Basrer , pharmacien , à Orange ( Vaucluse }.
Baricrar, pharmacien , à Mâcon ( Saône-et-Loire ).
Becov , propriétaire , à St-Hyppolite,
Berza O. x , directeur de la Ferme expérimentale de Grignon
( Seine-et-Oise ).
Berevar , propriétaire à Montpellier ( Hérault ).
Berxanr , directeur de l'École royale vétérinaire de Toulouse
(Haute-Garonne ).
Berruaun , ingénieur-en-chef des ponts-et-chaussées , à Châlons
(Saône-et-Loire ).
BLor (Sylvain ) : , sous-préfet de Villefranche ( Rhône ).
Boxarous ( Matthieu ) 4: , correspondant de l'Instñut, directeur du
Jardin royal d'agriculture , à Turin, |
Boxpx ( Comte de )C. #& , à Paris,
Bourier de Beauregard,
xj
Bonne , pharmacien , à l'Arbresle ( Rhône ).
Braver , docteur-médecin , à Annonay (Ardèche ).
Bresissox , propriétaire , à Falaise ( Calvados ).
Bussox , ingénieur , à Paris.
Car , pharmacien , à Paris.
Caxvoze ( Aug. Pyr. de ) &, associé étranger de l'Académie des
sciences, à Genève.
Carrier (Amans)#,secrétaire-général de la Préfecture de l'Aveyron,
à Rodez.
Carrier-TroLLr, propriétaire , à Trolli.
Cavenxe % , ingénieur-en-chef des ponts-et-chaussées , à Paris.
Cuapurs de Montlaville, membre de la Chambre des députés.
Cuarmerrox ( chevalier ) #: , au Bois-d'Oingt (Rhône).
Cuavaxne, professeur, à Lausanne ( Suisse ).
Cuexaun-Desporres , propriétaire , au Mans ( Sarthe ).
Cusswer ( chevalier de ) % , à Montpellier ( Hérault ).
Créer , ancien juge à la Cour criminelle , à Montpellier (Hérault).
CLior-Bex & , médecin, directeur de l'École de médecine d'Abou-
Zabel, en Égypte.
Derorx-Marescreux, propriétaire, à Maresereux.
Devezer , professeur de mathématiques, à Lausanne ( Suisse ).
Dusoucnace de Brangues , propriétaire , à Brangues.
Dusoucnace , propriétaire , à Grenoble ( Isère ).
Dosruxrausr , chimiste-manufacturier , à Paris.
Duuoxr , à St-Ouen (Seine-et-Oise ).
Düupazaïs , propriétaire , à Valence (Drôme).
Faucné & , inspecteur du service de santé , à Paris.
Favre , médecin-vélérinaire de la république de Genève , à Genéve.
Fceury , propriétaire , à St-Vallier ( Drôme ).
Garzrar» , pépiniériste , à Brignais ( Rhône ).
Ganxier , bibliothécaire-adjoint de la ville d'Amiens ( Somme ).
Gasrarix ( Adrien de) C. & , pair de France , à Paris.
Gasparin ( Auguste de) #, membre de la Chambre des députés,
à Orange ( Vaucluse ).
Gaves, à Chambéri.
Gasrarp , docteur-médecin , à Oullins ( Rhône ).
Gaxsouz ( Justin ) , agriculteur , à Peyzieux ( Ain ).
Géranpo ( baron de )O. :% , conseiller d'état , à Paris,
xij
Goxpoux ( Charles), chef des cultures au Fleuriste de la couronne ;,
pare de St-Cloud ( Seine-et-Oise ).
Gras ( Scipion ), ingénieur des mines, à Grenoble ( Isère ).
Guérin , docteur-médecin , à Avignon ( Vaucluse ).
Guerrar , à Rive-de-Gier ( Loire ).
Guizar» ( Achille), docteur-ès-sciences, près d'Issoire (Puy-
de-Dôme ).
Guxéranr , docteur-médecin , à Lons-le-Saunier ( Jura ).
Harowr , directeur de l’École vétérinaire d’Abou-Zabel , en Égypte.
Harzann, naturaliste , à Philadelphie ( États-Unis +
Héricann »E Tuurx ( vicomte le ) O. # æ , ingénieur en chef des
mines, à Paris.
Hucues, avocat, à Bordeaux ( Gironde ).
Hurrrez-n’Arsovaz, à Montreuil-sur-Mer ( Pas-de-Calais ).
Huzan» fils 4%, médecin-vétérinaire , à Paris.
Jacog ‘# , vétérinaire en premier au 11° de dragons.
Lam % , conseiller de Préfecture , à Caen ( Calvados ).
Lavazerre , propriétaire, à Grenoble ( Isère ).
Laviexe, sous-préfet, à Belley ( Ain ).
Lecoo , professeur de minéralogie , à Clermont (Puy-de-Dôme ).
Lezam (comte de) % æ, à Clermont (Puy-de-Dôme ).
Macuco (de), près le Puy. ( Haute-Loire ).
Marcer pe Serres, naturaliste ; à Montpellier ( Hérault }.
Manrix aîné #, docteur-médecin , à St-Rambert (Ain).
Marrix-Burnix , pépiniériste, à Chambéri.
Marrneu-ne-Domsasre À , directeur de la Ferme-modèle de Roville-
(Meurthe ). |
Mexsor »'Ezsexe , propriétaire , à Couléon.
Miicer-D AugenroN , membre de la Commission forestière des Py-
rénées , à Toulouse ( Haute-Garonne ).
Morz , professeur d'agriculture au Conservatoire royal des arts et
métiers, à Paris.
Muxer , propriétaire.
Murnvox Æ, capitaine d'artillerie, au Hâvre ( Seine-Inférieure).
Nivière ( Césaire ), propriétaire-cultivateur , à Peyzieux (Aïn).
Noz 3, professeur d'éloquence , à Paris.
Nornor, ( Louis ), naturaliste , à Dijon ( Côte-d'Or ).
Ovazas ( vicomte d’ }, propriétaire.
xiij
Pazwrerr, botaniste, à Milan.
Pépin , chef de l'École botanique au Jardin du roi ; à Paris.
Pérer , président du Tribunal civil, à Trévoux (Ain ).
Pevrer-Larrer ( Alphonse }, propriétaire, à St-Étienne ( Loire ).
PrerrarD % , chef de bataillon du génie, en retraite , à Verdun
( Meuse ).
Ponerns (marquis de) #:, maire de Feurs ( Loire ).
Posuez DE VERNEAUX , propriétaire , à Paris.
Posvez, propriétaire, à Grenoble (Isère ).
Pourer , à Marseille ( Bouches-du-Rhône ).
Puvis (Maximilien) % , ancien officier supérieur d'artillerie, à
Bourg (Ain).
Rarsann , docteur-médecin, à Annonay (Ardèche).
Ramsureau (comte de ) # , pair de France, préfet du département
de la Seine , à Paris.
RevizLon , mécanicien, à Mâcon ( Saône-et-Loire ).
Rosnx (de), à Valenciennes (Nord).
Rozrer , docteur-médecin , à Heyrieux ( Isère).
Rozrères ( de), à Messimy (Rhône }.
Saint-Martin ( de ), professeur de chimie , à Turin.
Saroz, vélérinaire , à Saint-Pétersbourg.
Secuix , chimiste-manufacturier , à Annonay ( Ardèche ).
SERVIN-DE-CoRNoN , propriétaire, à Cornon.
SYLVESTRE ( baron de) % 4, membre de l’Institut, à Paris.
Taerrague, directeur du jardin Litta, à Lainate ( Lombardie ».
Tessier , manufacturier, à Valleraugue ( Gard).
Turiégaucr DE Berneaux , homme de lettres, à Paris.
Tissor, propriétaire à Beauregard (Ain).
Trocuu %, membre du Conseil supérieur d'agriculture, à Belle-
Ile-en-Mer (Morbihan). :
Trozzrer x, médecin de l'Hôpital civil, à Alger.
Trourcaur , ancien professeur de botanique , à Autun ( Saône-et-
Loire ).
Vazror, docteur-médecin , professeur d'histoire naturelle, à Dijon
( Côte-d'Or ).
Vazoup , propriétaire , à Ste-Foix ( Rhône ).
VazrerGa 1 Civrons ( comte ), à Turin.
Varenne-Fenize ( de); , à Bourg ( Ain).
xiv
Varez , médecin-vétérinaire , ancien professeur à l'École royale
vétérinaire d'Alfort, à Paris.
Vmasran, propriétaire, à Auch (Gers )-
Vizza , directeur de la monnaie ; à Turin.
Vnex &, docteur-médecin, professeur d'histoire naturelle , à
Paris.
Vocer, vétérinaire au 7° régiment d'artillerie.
Warox , docteur-médecin , à Carpentras (Vaucluse }:
SUR
DES ŒUFS DE VER A SOIE
EXPOSÉS À UNE BASSE TEMPÉRATURE ,
PAR
M. Marraru BONAFOUS,
CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE ; DIRECTEUR DU JARDIN ROYAL
D'AGRICULTURE DE TURIN , ETC.
La question de savoir quelle est la plus basse température
que l'embryon du ver à soie puisse supporter; n'étant pas
complètement résolue, tous les faits qui tendent à éclairer
cette question méritent d’être signalés. Déjà, pendant l'hiver
de 1829-30 , je soumis des œufs de ce bombyx à un froid
de 18 à 20°R. , sans que le germe en souflrit d'une manière
sensible : tel est le fait consigné dans mes AMotes au livre
chinois de M. Stanislas Julien , que j'ai reproduit en langue
italienne. Depuis lors, une seconde expérience m'a offert le
même résultat.
F SUR DES OEUFS DE VER A SOIE , ETC.
Au mois de novembre 1837, J'introduisis une once de
graines de ver à soie ( race piémontaise ) dans un bocal de
verre , garni à l'ouverture d’une toile à jour , et J'exposai cette
graine à toutes les variations de température, en fixant le
bocal contre la face extérieure d’un édifice situé sur le pla-
teau du Mont-Cenis, à 2,066 mètres au-dessus du niveau de
la mer ‘. Ces œufs de ver a soie , en butte à l’action d'un hi-
ver des plus rigoureux , subirent un froid prolongé de plus
de 20° R. Retirés au mois d'avril 1838, leur éclosion fut
aussi égale, aussi complète que celle des œufs que j'avais
constamment tenus à une température au-dessus de zéro.
Je me propose , d’après ce résultat , d'observer si , en sou-
mettant les œufs de plusieurs générations successives à un
froid naturel aussi intense , s’il est possible, je n'obtiendrai
pas une race plus robuste , plus rustique , plus adaptée sur-
tout aux climats rapprochés de la limite où le muürier cesse
de prospérer.
! M. Bonafous possède, à cette élévation, une ferme qu'il destine à des essais
d’acclimatation propres à augmenter les ressources des populations alpines.
*
TERRAIN NÉOCOMIEN
DB LA DROMEB
M. Duval,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE.
On trouve dans le midi de la France des terrains calcaires
fort développés, que, pour d'excellentes raisons , on rapporte
aux formations comprises entre le lias et les terrains tertiai-
res. Cette conclusion générale est rigoureuse ; mais, habitués
que nous sommes à nous faire de ces terrains des idées prises
dans les descriptions excellentes faites des terrains analogues
de l'Angleterre , il nous est fort diflicile de nous reconnaître
ici. Veut-on descendre dans les détails? rien ne se ressemble;
et si, par un examen plus approfondi et par l'étude des fos-
siles , on parvient à faire quelques rapprochements heureux ,
en somme, on voit assez promptement que plusieurs des ter-
mes de cette série anglaise , adoptée comme type, manquent
Tr. 5 L
4 TERRAIN NÉOCOMIEN
totalement, et que les autres existent sous une forme tout-à-
fait différente. On trouve, dans certaines couches, des fossiles
caractéristiques; puis, à côté de ceux-ci, on en trouve d’autres
tout nouveaux. On arrive enfin à ce résultat général : que les
causes, qui agissaient pendant la formation de la série oolithi-
que et de celle du grès vert et de la craie, n'étaient pas les
mêmes ici qu'en Angleterre ; que s’il y a dans les résultats
de grandes analogies , il y a aussi de grandes différences, et
que les espèces fossiles elles-mêmes offrent des points nom-
breux de séparation.
Sans doute, sous le rapport de la simplicité, ce résultat n’a
rien de flatteur; mais, outre qu'il est assez naturel de s’atten-
dre à ne trouver dans les phénomènes de ce genre jamais des
identités , il est intéressant pour le géologue de constater ces
effets divers et de les étudier avec soin.
Les terrains jurassiques n’ont pas , depuis peu , donné lieu
à de grandes découvertes ; il n’en a pas été de même des ter-
rains qui leur sont superposés. Les géologues de Neufchâîtel
et de Porrentrui sont arrivés, par une étude suivie et atten-
tive, à distinguer certaines couches de leurs environs de
toutes les couches précédemment décrites , soit dans l’oolithe
supérieure, soit dans la craie inférieure. [ls ont même trouvé
des différences assez importantes pour en faire un terrain
nouveau sous le nom de terrain néocomien , et tout porte à
croire que ce nom restera dans la science.
Cette découverte acquiert une importance chaque jour plus
grande ; chaque jour on retrouve dans diverses localités le
terrain néocomien, et la nécessité de sa création dans la
science apparaît de mieux en mieux. En même temps , il est
évident que l’on doit lui appliquer toutes les observations gé-
nérales que je faisais tout-à-l'heure sur les apparences di-
verses que présentent les mêmes formations en différents
points de leur développement.
s ht
DE LA DRÔME. 5
Au mois de mars 1838, j'ai parcouru une certaine étendue
de ce terrain dans le département de la Drôme. J'étais dans
la compagnie savante de M. Fournet, professeur à la Faculté
de Lyon, et son habile coup-d’œil m'a mis à même d'étudier
ce que je voyais, beaucoup mieux que je ne l’eusse fait seul.
Voici un court résumé de nos observations communes.
Le terrain néocomien forme une longue étendue, du nord
au sud, à travers tout le Dauphiné. La chaine principale com-
prend, vers la frontière de Savoie, la Grande-Chartreuse ,
borde l'Isère jusqu’au Sapey , où elle tourne à l’ouest, puis
reprend sa direction au sud, s’abaisse à St-Egrève, où l'Isère
la traverse, se relève ensuite vers Sassenage et forme, par son
prolongement, les hauts sommets des Véhémonts, dont l’un
(la Moucherolle) à 2288 mèt. d’élévation. Cette chaîne est
essentiellement néocomienne, et forme presque la limite
de ce terrain vers les Alpes ; au contraire, en descendant
vers la plaine, le néocomien s'étend assez loin à l’ouest ;
mais, dans les fonds, il est presque partout recouvert
par les molasses : formation tertiaire qu’on n’a, dit-on ; ja-
mais trouvée sur les sommets et qu’on croit , pour cette rai-
son , postérieure au soulèvement des Alpes. Pour nous , nous
oserons dire en passant que cette conclusion nous paraït con-
testable, parce que dans beaucoup de points nous avons vu
les molasses participer à l’inclinaison des couches qu’elles re-
couvrent.
Le néocomien de Neufchâtel est caractérisé par un certain
nombre de fossiles particuliers. Je citerai avant tout, d’après
les échantillons que je dois à l’obligeance de M. Voltz,
l’Ammonites asper , Spatangus retusus, Terebratula bipli-
cata acuta (de Buch), Terebratula depressa , Pholadomya
Langü , Gryphæa aquila , Exogyra Coulont, Trigonia alæ-
formis, Pecten quinquecostatus , Serpula heliciformis. La
roche elle-même est un calcaire grisâtre , marneux et tendre.
6 TERRAIN NÉOCOMIEN
Le néocomien a été classé dans la craie dont il forme l’é-
tage le plus bas, se trouvant ainsi entre le portlandien , sur
lequel il repose , et le gault qui repose sur lui.
Dans le département de la Drôme, cette craie inférieure se
compose de deux couches fort puissantes , dont une surtout
se voit presque partout , par la raison toute simple qu'elle est
la couche supérieure. C’est elle qui forme les sommets des
montagnes de Musan, ceux des montagnes qui couronnent
l’ancienne Chartreuse de Bouvantes, ceux des deux flanes de
la vallée d'Échevis ; enfin; ceux de la chaîne des Véhémonts,
de la Moucherolle et de la Grande-Chartreuse. Cette couche
se voit encore dans les vallées formées par les pentes anticli-
nales partout où les couches de molasse la laissent à nu ,
ainsi dans la vallée de St-Jean-en-Royans et dans celle du
Vercors. Au contraire, dans les vallées formées par le déchi-
rement des couches , par une faille , comme celle d'Échevis,
elle ne se voit qu'aux sommets des deux parois, et encore ici
n’en voit-on que la coupe.
Le calcaire qui la compose est d’un blanc plus ou moins
jaunûtre, et dans beaucoup d’endroits cristallin, presque
tonjours compacte à cassure conchoïde, généralement assez
dur ; il parait peu altérable à l'air. Nous y avons trouvé , au
sommet de Musan , le Pecten quinquecostatus , une Pinnie,
etc; dans le Vercors , en face St-Agnan, une grande Wéri-
née qui devait avoir au moins 6 pouces de long , ‘et dont
l'espèce parait nouvelle ; mais l’état de conservation ne per-
met pas de la déterminer exactement. Enfin, partout on y
trouve répandus, avec une singulière profusion , des fossiles
bizarrement contournés qu'on ne peut jamais dégager de la
gangue d’une manière satisfaisante , et que quelques savants
pensent être des dicérales , d’autres des voloaires. M. Gras,
dans un très bon ouvrage sur la statistique de la Drôme, a
désigné la couche qui nous occupe par le nom de calcaire à
DE LA DRÔME. 7
dicérates ou à caprines ; je n'ai rien vu cependant qui res-
semblât aux caprines. Quoi qu'il en soit , la dissidence des
opinions montre suflisamment que ces singuliers fossiles n’ont
pas été obtenus jusqu'ici dans un état de conservation sufi-
sant, malgré leur étonnante abondance ; il semble qu'il
y ait presque toujours eu fusion du fossile avec la pâte de la
roche : car on ne sépare jamais que des portions incomplètes.
Le calcaire à dicérates contient en beaucoup d’endroits des
traces de minerai de fer , et même des exploitations de ce
minerai y ont été ouvertes en quelques localités. Ces mine-
rais paraissent s'être déposés dans les vides du calcaire, et
proviennent, sans doute , de la formation du grès vert qui a
disparu de ces contrées.
Dans la vallée d'Échevis, profondément excavée, nous
avons pu étudier Jes couches inférieures du terrain.
Sous le calcaire à dicérates , nous avons trouvé, en suivant
le sentier qui descend de Sainte-Eulalie à Échevis , après
avoir tourné la pointe dite de Penat , un calcaire bleu com-
pacte dont l'épaisseur parait assez considérable. Celui-ci est
immédiatement sous le calcaire à dicérates, ou du moins
n'en pourrait être séparé que par une couche peu puissante.
Dans ce calcaire bleu, nous avons trouvé queiques fossiles,
entr'autres une assez grande quantité de Bélemnites , mais
peu déterminables; cependant l’une d'elles était le Be/exinites
dilatatus bien caractérisé. Nous y avons trouvé le Spaïangus
retusus, une térébratule qui pourrait bien être la Biplicata
acuta , deux espèces de Pecten et quelques Polypiers. Enfin,
nous y avons trouvé encore un de ces fossiles que M. l'Éveillé
a décrits sous le nom générique de Crioceratites, dans le II°
volume des Mémoires de la Société géologique de France.
Celui-ci m'ayant paru nouveau, J'ai cru devoir le faire con-
naître sous le nom de Crioceratites Fournelii. Je joins ici la
description de ce fossile qui, au premier abord , ressemble
8 TERRAIN NÉOCOMIEN
au Crioceratites Emericii de M. l'Éveillé, mais qui en diffère
notablement. Il s'attache à ces fossiles un double intérêt, ce-
lui de leur nouveauté et de leur rareté , et celui de leur gise-
ment dans des couches dont la position La 5 exacte est
encore à peine bien constatée.
Les tours de spire du Crioceratites Fournetii (PI. 1) sont ap-
platis; ils s’arrondissent vers la carène et vers la partie ventrale.
Le test est orné de stries séparées de cinq en cinq par des côtes
plus grosses, supportant trois rangées de tubercules distri-
buées : l’une latéralement , et les deux autres sur les parties
subdorsale et subventrale. Les stries et les côtes sont simples,
moyennement apparentes et flexueuses ; mais les inflexions
ne ressemblent point à celles des autres espèces connues.
Elles sont à peu près droites en traversant la carène : il n’y a
point de dépression ventrale, mais une convexité unie sur la-
quelle les stries ne se prolongent pas, du moins visiblement.
La coupe transversale des spires paraît être , sauf les défor-
mations qu'a subies la coquille en passant à l’état fossile, un
ovale assez parfait, et ceci me paraît un des traits les plus ca-
ractéristiques de l'espèce.
J'avais long-temps médité sur le Mémoire de M. l'Éveillé,
et comparé les planches qui l'accompagnent avec mon Crio-
cératite, avant de me déterminer à proposer une espèce nou-
velle. M. Deshayes m'a objecté que les côtes étaient en nom-
bre assez variable sur ces coquilles ; que ces côtes étaient plus
ou moins saillantes suivant l’âge ; enfin , que l’âge avait aussi
une grande influence sur la forme de la partie ventrale.
À cela j'ai répondu : 1° que sur mon Criocératite le nom-
bre des côtes variait entre cinq et sept, et sur le Crioceratites
Emericii entre trois et cinq; 2° que le ventre du mien est
lisse , tandis que sur celui de l’autre les stries se prolongent
d'une manière très prononcée ; 3° que le ventre du mien est
convexe , et celui de l'autre conçave ; et enfin, sur le tout ,
DE LA DRÔME. 9
que les deux individus étant de même taille (l’un ayant 4
pouces 6 lignes et l'autre 4 pouces 3 lignes de diamètre), il
devenait probable qu'ils étaient à peu près de même âge , et
que jusqu'ici l'esprit des maitres de la science avait été de
distinguer par les noms ce qui se distinguait par les caractères.
plus ou moins tranchés.
L'association du Crioceratites Fournetii et du Belemnites
dilatatus avec le Spatangus retusus et la Terebratula bipli-
cata acuta, si celle-ci s’y trouve réellement , est fort remar-
quable : le Spatangus retusus est ici un bon témoin, quoi-
qu'on l'ait, depuis quelque temps , trouvé , dit-on , dans des
couches assez élevées de la craie. Mais il ne saurait être
question de placer plus haut celle qui nous occupe, et l’on
ne sent d’autre besoin que celui de s'assurer qu’il ne faut pas
la placer plus bas dans la série.
Au-dessous de la couche de calcaire bleu fossilifère se
trouvent, jusqu’au fond de la vallée d'Échevis, des alter-
nances d’un calcaire bleu moins dur que le précédent , avec
des assises marneuses un peu feuilletées de même épaisseur.
Cette épaisseur varie de 6 à 10 pouces environ. J'ai voulu en
vain trouver dans ces couches quelques fossiles ; toutes mes
recherches ont été superflues, de sorte que jusqu’au jour où l’on
en aura trouvé, il restera indécis de savoir si ces couches
doivent être réunies au néocomien qui les recouvre, ou bien
si elles font partie d’un terrain plus ancien. Dans tous les cas,
leur étude est facile ; car elles forment de hautes murailles
sur une assez grande étendue des deux bords du Vernaison
qui coule au fond de la vallée. Ces couches inférieures con-
tiennent beaucoup d’eau, et leur nature marneuse le fait fort
bien concevoir ; le calcaire bleu, au contraire , et le calcaire
à dicérates sont d’une grande aridité.
Le terrain néocomien , qui se montre ici sous un aspect si
particulier, se retrouve sur beaucoup d'autres points de la
10 TERRAIN NÉOCOMIEN DE LA DRÔME.
France. Je l’ai vu dans le département de la Meuse , aux en-
virons de Bar-le-Duc , dans les minières de fer de Treveray ,
près Ligny, où la roche qui encaisse la mine est la roche in-
férieure de ce terrain ; dans les plaines des sommets de Sa-
vonnières en Perthois, etc. Enfin, M. Voltz m'a dit l’avoir
trouvé dans la Haute-Marne, et M. Clément Mullet ,: dans
les environs de Troyes (Aube ). — Espérons que, grâces
aux travaux d'hommes éclairés, nous connaïîtrons de mieux
en mieux cette intéressante formation.
CONSIDÉRATIONS
SUR LA
THÉORIE ET L'APPLICATION DES LABOURS ,
PAR
Ms DUPUITS DB MAGONBK
D
*#
REC DEEE 0
Mon but, en traitant cette matière , n’est pas de donner
un travail complet, mais seulement de corroborer de l'expé-
rience que j'ai acquise quelques points importants, et dy
ajouter quelques observations neuves , fruits d’une longue
pratique et d’un séjour continuel au milieu des champs.
De toutes les opérations qui se rattachent à l’agriculture ,
celle des labours est sans contredit la plus importante, soit
par ses résultats, soit par les soins et l'attention qu'ils exigent.
Sans les labours , il n’y a pas de culture possible. La produc-
tion des bois et des animaux utiles peut , à la vérité, s'en
passer , toutefois là seulement où une population rare et no-
made donne le temps au sol de produire ; en passant d’une
région à l’autre ; mais le blé, la vigne et un grand nombre
d’autres produits devenus nécessaires ne sauraient sufhre à la
consommation , sans la culture et sans les labours. Cependant
cette opération , tellement importante que la vie de l’homme
12 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
est basée sur elle, puisqu'elle est la source des matières in-
dispensables à son existence ; cette opération , dis-je ; est
abandonnée à la classe la plus pauvre et la plus ignorante.
Hitons-nous de dire qu'un petit nombre d'hommes, amis de
leur pays , exaltés par les idées de création qui se rattachent
à l’agriculture , et par les immenses résultats qui en décou-
lent, se sont appliqués sans relâche à en étudier la partie la
plus importante , et ont éclairé des lumières de la science
et de l'observation ce que l'ignorance avait jusqu'alors enve-
loppé de ses ténèbres. Cependant , malgré le pas rapide que
ces hommes de bien ont fait faire à l’agriculture , qui pourrait
dire que la matière est épuisée ? Aussi, persuadé welle est
inépuisable , et heureux d’avoir quelque chose à y ajouter
après les hommes éminents qui en ont fait l'étude d’une
partie de leur vie , je m’empresse de livrer au jour mes ob-
servations , dans l'espoir d’être utile et d'appeler l'attention
de ceux que leur goût appelle vers les opérations agricoles.
J'entre en matière.
Je partage les labours en trois classes :
1° Les labours proprement dits ;
2° Les binages ;
3° Les labours de défoncement.
Je définis les labours de la manière suivante :
C’est une opération mécanique , qui a pour but d’exposer
une couche plus où moins épaisse du sol à l’influence des
agents producteurs , pour en augmenter la force de pro-
duction.
Ce qui distingue les binages des labours proprement dits ,
c’est qu'ils ont principalement pour but de détruire les plantes
adventices, et d'empêcher la surface du sol de se durcir.
Les binages sont presque toujours superficiels.
Les labours de défoncement se distinguent des premiers
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 13
par une plus grande profondeur , qui exige ordinairement
deux opérations mécaniques dans le même sillon.
Ces trois sortes de labour se distinguent encore de la
manière suivante :
Les premiers ont pour but la préparation du sol destiné à
recevoir une semence ;
Les seconds , le nettoiement du sol couvert de la plante ;
et enfin les derniers servent spécialement à la plantation des
grands végétaux, et, dans la culture ordinaire , ils sont une
amélioration qui amène une plus grande production , ainsi
que je l’expliquerai en son lieu.
Les Labours.
Les labours sont d'autant plus parfaits, qu'ils exposent une
plus grande surface aux météores et au gaz , qui jouent un
role important dans l’acte de la vie végétale. Plus la terre
sera divisée , plus il sera facile aux météores et au gaz de
la pénétrer.
Le labour ramène à la surface une terre neuve , non épui-
sée, qui, se saturant des agents producteurs , devient propre
à la production.
Si, avant Le labour , le sol est couvert de végétaux , cette
opération les enfouit , et fournit un engrais par leur décom-
position.
Le labour , séparant les tiges des racines, procure encore
un autre bienfait, en détruisant la vie des végétaux qui se
nourriraient aux. dépens de ceux que l’homme cultive pour
ses besoins.
D'après ce que je viens d'exposer , on apercoit déjà l'im-
portance d'un bon labour ; car, si la couche végétale est trop
superficielle , les plantes pourront être atteintes par les agents
destructeurs : la gelée , la sécheresse.
14 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
Si les plantes vivaces ne sont pas détruites , elles repousse-
ront, quelquefois même avec plus de vigueur , aux dépens de
celle cultivée , et diminueront d’autant son produit.
Enfin , si l’imperfection du labour arrête l’influence des
agents producteurs , la production en sera nécessairement
diminuée.
L'état du sol le plus convenable pour le labour est l’état
mitoyen entre la sécheresse qui le réduit en poussière , ou en
mottes qui prennent la dureté de la pierre, et l’état d’humi-
dité qui le gâche.
Par une grande sécheresse et une forte chaleur le labour
occasione dans toute espèce de sol, et plus particulièrement
dans les sables, l’évaporation de certaines matières fertili-
santes ; et, dans les terres argileuses , leur durcissement qui
s'oppose au passage des racines.
Par une grande humidité les terres se gâchent ; se durcis-
sent, au lieu de se diviser , lorsque l'humidité cesse ; et le
labour, devenu inutile, doit être recommencé. Toutefois, les
terres sablonneuses peuvent être travaillées presqu'immédia-
tement après la pluie.
Les terres , fraichement labourées , se laissent plus facile-
ment pénétrer par l’eau ; et non seulement elles en retiennent
un plus grand volume , mais encore , par leur porosité , elles
permettent aux couches inférieures de s’en emparer en plus
grande abondance.
Elles ont moins à craindre l'effet de la sécheresse , non
seulement parce que l’évaporation ramène à la surface l’hu-
midité qui s'est amassée dans ses couches inférieures , mais
encore parce que la porosité de la couche supérieure paraît
mettre obstacle à une évaporation trop rapide, en détruisant
en partie l'effet produit par la capillarité.
Les labours d'automne sont les plus avantageux , au moins
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 15
sous notre climat, et à part un très petit nombre de circon-
stances *.
Je ne connais d'exception à cette règle que pour certains
sols qui ne se délitent pas à l'air , et qui se tassent facilement
par les pluies ; et encore je crois que ce n’est une exception
que pour les labours faits tard , et lorsque les pluies d’au-
tomne sont abondantes et précoces.
Mais, pour tout terrain qui se délite facilement à l'air, le
labour d'automne le prépare merveilleusement à recevoir , à
très peu de frais, une semence au printemps.
Les labours , pour les semailles d'automne, doivent se faire
de très bonne heure pour les terres fortes , et plus tard pour
les terres légères.
Il est des sols tellement consistants , qu'il est utile de
saisir les premières pluies pour labourer et semer; or, comme
elles arrivent toujours dans nos contrées , en la dernière
quinzaine du mois d'août, quelque disposée que soit la saison
à la sécheresse ; et que ces sortes de terrains se refroidissent
facilement à la moindre pluie, non seulement il n'y a jamais
d'inconvénient à semer de bonne heure , mais encore 1l y a
presque toujours nécessité. Il s’en suit que, dans les sols les
plus consistants , l’époque la plus favorable pour semer les
céréales d'automne, sous notre climat , est la dernière
quinzaine du mois d’août ».
Et dans les terres légères , à exposition chaude, on peut
1 Un célèbre agriculteur anglais prétend le contraire. Malgré son imposante auto-
rité, je crois qu'il a pris ici l’exception pour la règle. Je concoïs que, sous un
climat où l’hiver est long et très humide, le bon effet des labours d’aulomne soit en
partie détruit ; parce que le grand espace que lon est obligé de mettre entre le la-
bour d'automne et celui du printemps , et l'humidité continuelle dont la terre se
salure , lui donnent le temps de se tasser et de se durcir.
2 Il est de ces terrains dans la vallée du Léman, où les semailles faites après les
premiers jours de septembre seraient souvent compromises.
16 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
souvent labourer et semer avec avantage les froments jusque
dans le mois de novembre par la raison contraire.
Je renvoie ce qui me reste à dire sur les labours aux arti-
cles suivants.
Les Binages.
Si les labours sont indispensables pour faire produire une
récolte , les binages , quoique moins importants , sont ce-
pendant d'une grande utilité.
Leur but principal est de détruire les plantes qui croissent
spontanément au milieu de celles que le cultivateur a confiées
au sol. 1
Leur destruction profite principalement , non seulement
parce qn'elles ne tirent plus aucune nourriture aux dépens
des végétaux pour lesquels tous les frais de culture ont été
faits, mais encore parce qu'elles enrichissent la terre de
leurs débris.
Il est de la plus grande importance de ne jamais attendre,
pour biner, que les plantes adventices aient formé des se-
mences qui renouvelleraient la plaie que l’on cherche à dé-
truire par cette opération.
La destruction des plantes adventices offre encore un
avantage important dans certaines circonstances. La réver-
bération de la chaleur solaire, étant beaucoup plus forte sur
un sol nu, hâte la maturité des fruits , et augmente les qua-
lités qui les distinguent , la saveur et la matière sucrée ;
surtout dans les climats où la chaleur est à peine suffisante.
Ils agissent donc rationnellement les vignerons qui multi-
plient les binages , ainsi qu’on le pratique dans les vignobles
du Bordelais, et dans la plupart de ceux qui fournissent les
vins du premier ordre.
La destruction des plantes adventices est toujours plus
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 17
assurée et plus complète , lorsque , après avoir opéré par un
beau temps, la pluie ne revient pas de plusieurs jours.
* Les binages servent encore à augmenter la propriété ab-
sorbante du sol, en le maintenant meuble à sa surface , et par
conséquent aussi sa force de production.
La terre , maintenue meuble à sa surface , redoute beau-
coup moins la sécheresse que celle qui reste durcie.
Le moment le plus favorable pour biner un sol durci, à
l'époque des chaleurs , est peu de temps après une pluie qui
aurait pénétré la couche dans laquelle doit se faire l’opéra-
tion , aussitôt que la terre est suflisamment ressuyée.
Il ya, au contraire, danger à fouiller le sol par une
grande chaleur, lorsque la sécheresse est extrême , et que la
pluie ne parait pas imminente ; et, dans cette dernière circon-
stance, si la pluie est battante, ainsi que cela arrive souvent à
cette époque, le binage devra être repris immédiatement dans
les sols consistants. Cependantil en sera résulté un bien, parce
que la pluie aura pénétré plus facilement ; toutefois, je doute
que cette double opération soit économique.
IL est important de détruire une erreur d'autant plus
grande, qu’elle est accréditée dans l'esprit de personnes qui
peuvent faire autorité par leur réputation de savoir : c’est que
la sécheresse a moins de puissance sur un sol couvert de
végétaux vivants. Ici, comme dans un article précédent ,
l'exception a été prise pour la règle.
Lorsque le sol est couvert de grands végétaux qui présen-
tent aux rayons du soleil un obstacle impénétrable, et un
puissant abri contre les vents violents, la sécheresse a peu
de puissance , parce que l’évaporation est presque nulle. De
plus, les arbres élevés des forêts arrêtant les nuées et les
brouillards, la pluie s’y forme plus fréquemment, et l’eau ne
coulant presque jamais à la surface, quelle que soit sa violence,
rien ne se perd , et le sol se trouve imbibé à une plus grande
18 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
profondeur que dans toute autre circonstance, tout le reste
étant égal d’ailleurs ; mais il en est bien différemment, si le
sol est couvert de graminées. Les racines tracantes de ces
plantes et leurs nombreux sucoirs qui tapissent le terrain
dans tous les sens , attirant l'humidité en raison de leur nom-
bre , agissent avec plus de puissance pour dessécher le sol,
que le faible abri de leurs tiges pour y conserver l'humidité.
Il n’est pas de jardinier qui ne sache que, lorsqu'on éta-
blit un semis au pied d’un espalier, et qu’on l'abandonne à
lui-même sans arrosement, le sol se durcit et se dessèche
au point de compromettre non seulement larécolte des fruits,
mais encore l'existence des arbres en espaliers.
Lorsque l'humidité est extrême, l’évaporation est plus
grande à la surface sur un sol nu; mais lorsque l’excès d’hu-
midité est dissipé, si le temps sec continue, les racines ab-
sorbant l’eau en raison de l'élévation de la température ; la
sécheresse gagne rapidement en profondeur le sol couvert de
végétaux vivants ; tandis que l'humidité se maintient long-
temps près de la surface sur une terre meuble exposée direc-
tement à la chaleur solaire.
Les plantes du genre des graminées sont au nombre de
celles qui attirent le plus puissamment la sécheresse, soit
parce que leurs racines sont nombreuses et superficielles, soit
parce que leurs tiges grêles et leurs feuilles rares et étroites
offrent peu d’abri contre le hâle et la chaleur solaire.
Les plantes qui arrêtent le mieux le desséchement du sol
sont celles à feuillage large et fourni, dont les racines sont
essentiellement pivotantes ; or, comme la plupart des végé-
taux ont le plus grand nombre de leurs racines tracantes, et
que le principal rôle qu’elles sont appelées à remplir est d’as-
pirer l'humidité du sol, je crois avoir dit avec raison que
l'exception a été prise pour la règle.
Lorsqu'une chaleur forte et soutenue succède immédiate-
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 19
ment à un temps très humide, la terre se fend presque tou-
jours lorsque le sable n'y domine pas, et alors les racines
des plantes se déchirent et sont plus exposées à être dessé-
chées. Le meilleur remède à cette plaie consiste à donner
un binage aussitôt son apparition, lorsque l’écartement des
plantes le permet.
Une méthode peu connue et cependant très économique
de biner sur les terres où les pierres n'abondent pas, c’est
avec le ratissoir. Non seulement le travail avance rapidement,
mais encore les plantes adventices sont bien détruites, et,
l’ouvrier opérant à reculons, le sol se trouve dans les meil-
leures conditions de nettoiement et d’ameublissement.
Le sarcloir à cheval est encore plus économique , lorsque
l’'espacement des plantes permet son emploi.
Lorsque l’on veut retirer le plus grand produit possible
d'une plantation de bois en taillis , ou en massif de futaies,
on se sert avec le plus grand succès du sarcloir à cheval ou
du ratissoir, l’année de la coupe pour le taillis; et, dans les
massifs de futaies , toutes les fois que le durcissement du sol
ou la destruction des plantes adventices l’exigent.
Le succès de cette opération est si remarquable que je ne
saurais trop la recommander. Il est des contrées où le prix
des bois est tellement élevé que, en traitant les taillis de
certaines essences de cette manière, on pourrait obtenir du
sol un revenu plus élevé que par la culture des céréales.
D'après ce que j'ai précédemment exposé , on apercoit
l'utilité d’un léger labour immédiatement après l'enlèvement
d’une récolte. Si le sol était profondément desséché , il fau-
drait attendre pour cette opération qu’une pluie vint humec-
ter la couche de terre dans l'épaisseur de laquelle doit se
faire le labour.
Je me résume en admettant en principe les faits suivants :
L'état du sol le plus favorable à la production est celui où sa
T. IL. 2
20 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
surface est dans le plus grand état de division, non seulement
parce que les agents producteurs , l'humidité, la chaleur,
les gaz la pénètrent plus facilement, mais encore parce que
le principal agent destructeur , la sécheresse, a moins d’ac-
cès dans un sol divisé à sa surface.
Les Labours de défoncemenits.
L'importance des labours de défoncements est bien loin
d'être appréciée à sa véritable valeur.
Non seulement l'étude en est encore dans l'enfance , mais
encore quelques erreurs sont admises comme des vérités dé-
montrées par la presqu'unanimité des agriculteurs instruits.
Ces labours sont le dernier degré de la culture perfec-
tionnée. Dans les contrées où ïls ne sont pas en usage, on
peut dire hardiment qu'il reste encore beaucoup à faire, quel-
que brillantes que paraissent les récoltes.
Les bons effets de ces sortes de labour sont nombreux.
Les principaux sont les suivants :
41° Ils augmentent la faculté absorbante du .sol pour les
agents producteurs;
20 Ils donnent un plus libre accès aux racines ;
30 Ils diminuent les effets désastreux de l'humidité sur-
abondante ;
4° Et ceux de la sécheresse;
5° À quantité égale d'engrais , les récoltes sont en raison
de la profondeur des labours.
1° Cette vérité est facile à concevoir : une plus grande
masse de terre étant remuée et soulevée, la chaleur, l’hu-
midité et les gaz la pénètrent nécessairement avec plus de
facilité; et apportant aux racines des plantes une plus grande
somme de nourriture, leur vigueur et leur production en
sont augmentées.
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 21
20 Les racines , rencontrant moins d'obstacle dans une
terre ameublie sur une plus grande profondeur , s’allon-
gent plus rapidement, deviennent plus fortes et plus nom-
breuses.
3° Le volume du sol , augmentant en raison de la profon-
deur du labour, peut aussi absorber l’eau dans la même
proportion sans inconvénient pour les plantes, puisque l’hu-
midité ne leur est nuisible ordinairement que lorsque l’eau
regorge à la surface.
4° Je n'ai jamais vu d'exemples de végétaux détruits par
la sécheresse ;, même dans les sols les plus secs, lorsque les
labours de défoncements sont combinés avec des binages
faits à propos et avec d’autres opérations que je vais expliquer.
Sous notre climat, il n’est pas de terre , quelqu’aride
qu'elle soit en apparence, qui ne puisse donner quelque pro-
duction *. C’est au cultivateur à savoir approprier ses cultures
à la nature du sol ; ainsi, il est des végétaux dont l'existence
est compromise à la moindre sécheresse : il en est d’autres,
au contraire , qui la bravent, quelle que soit son intensité. Le
1 Lorsque j'ai visité les sables des Dunes qui bordent le golfe de Gascogne, je
n'ai pas.élé peu surpris d’y trouver une végétation extrêmement active. Cependant
ces sables, dont la couleur indique absence de lhumus, et qui se laissent pénétrer
par la chaleur au point de la rendre insoutenable , nourrissent des végétaux qui se font
remarquer par une vigueur qu’ils n’alteignent ordinairement que dans les terres les plus
fertiles. Gräce probablement à la profondeur à laquelle les racines peuvent atteindre,
l'on y voit des chènes, des vignes, des figuiers dont les dimensions sont tout-à-fait
extraordinaires. La sécheresse n’atteint pas ces sables aussi profondément que pourrait
le faire croire leur perméabilité , puisqu’à la suite d’une chaleur forte et long-temps
soutenue ; ils paraissent sensiblement humides au-dessous de 5 à G pouces seulement.
Ceci viendrait à l'appui de opinion que-je soutiens, que la pulvérisation du sol à sa
surface arrête l’effet de la sécheresse. Si le contraire a lieu quelquefois, lorsque l’on
fouille le sol un peu profondément par une forte chaleur, c’est que le labour met en
contact avec la partie intérieure encore humide la partie supérieure d’autant plus avide
d'humidité, qu’elle en est absolument privée , el fortement échauffée.
J'ai expliqué la manière la plus opportune de faire cette opération , lorsque j’ai parlé
des binages,
22 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
nombre de ces derniers peut en ètre augmenté par quelques
opérations manuelles, Enfin, il en est dont la croissance pa-
raît être suspendue pendant une longue sécheresse, sans in-
convénient pour leur existence , et qui reprennent avec force
à la première occasion favorable, lorsqu'une pluie bienfai-
sante vient ranimer la végétation.
Cette disposition des végétaux à souffrir plus ou moins de
la sécheresse tient surtout à la conformation des racines,
ainsi que je vais chercher à l'expliquer.
Lorsque le sol se dessèche complètement à une certaine
profondeur , les sucoirs des racines qui s’y trouvent plongés
sont anéantis , brülés, et la destruction d’une racine entrat-
nant presque toujours la perte d’une partie aérienne de la
plante, le mal est en raison du nombre des sucoirs que ren-
ferme le sol desséché. Par conséquent , les végétaux à nom-
breuses racines superficielles seront plus souvent touchés que
ceux dont tous les suCoirs plongent à une profondeur à la-
quelle la sécheresse atteint rarement sous nos climats.
Parmi les premiers , se distinguent les graminées. Les cé-
réales que nous cultivons pour leur grain, et les graminées
qui forment le fonds de nos prairies ont un mode de végé-
tation qu’il importe d'examiner. Lorsque la graine commence
à germer, il s'élève d'abord une seule tige, et en même temps
s'enfoncent verticalement dans le sol une cu plusieurs ra-
cines. Il se forme successivement de nouvelles tiges au pied
de la plante, et chacune d’elles amène un nouveau système
de racines, qui , forcées par les premières de diverger, se
rapprochent de la surface du sol; et les dernières formées
seront d'autant plus superficielles, que leur nombre sera plus
grand. Les désastres de la sécheresse seront donc en raison
du nombre des racines , qui lui-même est en raison du nom-
bre des tiges, tout le reste étant égal d’ailleurs ; aussi, dans
les sols très légers et en même temps très substantiels, voit-
;
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 29
on les froments très beaux en tige, donner peu de grains,
ou des grains retraits , lorsque la sécheresse se fait vivement
ressentir. Dans les sols médiocres, mais améliorés par des
labours profonds, le froment peut au contraire donner de
bons résultats, là où le seigle ne produisait que des récoltes
chétives sous l'influence d’un labour superficiel.
Dans le premier cas, le tallement se formant à une époque
où l'humidité ne manque jamais, le nombre des tiges et par
conséquent celui des racines augmentant en raison de la
nourriture qu'elles trouvent dans le sol, et l’évaporation, au
moment de la formation du grain , enlevant rapidement l'hu-
midité en raison de la légèreté du terrain et de Ja plus gran-
de absorption des racines, les plus superficielles se trouvent
desséchées, et par conséquent la production du grain dimi-
nuée. Dans le second cas, les racines , rencontrant une terre
plus profondément amendée, divergent moins, sont moins
superficielles, et la production en devient plus assurée. Ces
effets sont plus frappants encore dans les graminées vivaces,
parce que la formation continue de nouvelles racines les for-
ce à être éminemment tracantes ; aussi , leur culture n’est-
elle avantageuse que sur les sols bas où l'humidité surabonde,
ou tout au moins sur ceux qui par leur nature retiennent
l’eau fortement. |
Certaines plantes vivaces, telles que la luzerne, bravent la
sécheresse dans les sols légers et brülants ; ce qu’elles doi-
vent à une formation toute différente dans leurs racines. Il
en part du collet une ou plusieurs qui tendent à s’enfoncer
verticalement à une profondeur qui serait presqu'indéfinie ,
si la nature du sol le permettait ; et tout autour d’elles sortent
de petites radicules qui paraissent spécialement destinées à
alimenter le végétal. Aussi, lorsque ces radicules se trouvent
en grand nombre près de la surface, la sécheresse les atteint
facilement dans les sols légers , et alors les tiges sont anéan-
24 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
ties ou brülées, et la vie se trouve suspendue jusqu'à ce
qu'une pluie abondante vienne ranimer la végétation en pé-
nétrant un sol desséché d'autant plus profondément, que la
masse des racines est plus considérable, et les labours ou
binages sont moins fréquents; or, l'on apercçoit de suite ici l’a-
vantage d'un labour profond : la racine pivotante rencon-
trant un sol amendé à une grande profondeur, les radicules
ne se forment pas principalement à la surface, comme dans
une terre végétale superficielle, mais bien dans toute la pro-
fondeur de la partie amendée; et, dès lors, la sécheresse
atteignant un plus petit nombre de ces radicules, les ra-
vages sont beaucoup moindres.
Dans les grands végétaux, les arbres par exemple, leur
mode de végétation et de culture sont tels, que l’on peut po-
ser ce principe : qu'il ne dépend que du cultivateur qu’ils ne
souffrent jamais de la sécheresse, ou du moins à de très
rares exceptions près, et que, par conséquent , des plantations
atteintes par cette plaie accusent presque toujours l’igno-
rance ou la négligence du planteur. Je vais à ce sujet entrer
dans quelques développements.
La plus importante de toutes les opérations pour faire
réussir une plantation est, sans contredit, le labour profond.
Les grands végétaux, ayant plus de tendance que les plantes
annuelles à plonger leurs racines profondément dans le sol,
vont chercher leur nourriture dans la couche inférieure
qui est toujours la plus substantielle après défoncement ,‘ et
par conséquent ils sont à l'abri de la sécheresse en raison de
la profondeur du labour; mais si, par une cause quelconque ,
il se forme des racines superficielles, alors la sécheresse les
atteignant, le mal sera en raison de leur nombre, et elle
pourra détruire une ou plusieurs branches, la tige même
tout entière , suivant la quantité de racines atteintes. Cepen-
dant , grâce à la profondeur du labour, les plus fortes étant à
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 925
Vabri de cette plaie, la souche répoussera à la première oc-
casion favorable ; si l’action vitale n’est pas déjà diminuée
par l’âge, ou par une autre cause quelconque.
Pour faire mieux comprendre ma pensée, je citerai un
exemple : J'ai fait une plantation forestière dans un sol ex-
trêmement sec; grâce au défoncement , ce taillis donne d’ex-
cellents produits. Par une cause indépendante de la forme
du sol, une partié se trouve arrosée naturellement dans les
grandes pluies; et cette partie répose sur un sol plus sec que
le reste de la plantation. Lorsque l’eau surabonde, la végé-
tation y est comparable à celles des terres de la plus haute
fertilité; mais aussi, lorsqu'en été la chaleur se fait vive-
ment sentir ; et d’une manière continue, les racines s'étant
formées en grand nombre à la surface sous l'influence de
l'humidité; elles sont immanquablement atteintes dans un
sol aussi léger ; et par fois l'extrémité des rameaux est dessé-
chée par suite de cette plaie:
C’est pour ne pas avoir connu ces circonstances que des
plantations faites dans les pays chauds, tels que l'Algérie,
ont dépéri. Là , les défoncements sont encore plus essentiels,
et lorsque l'on arrose une plantation, elle dépérit imman-
quablement si l’arrrosement est discontinué , parce que cette
opération a forcé l'arbre à pousser des radicules superficielles
qui sont bientôt atteintes , et qui compromettent son exis-
tence si l'humidité vient à manquer.
Lorsqu'on plante un arbre dans un sol aride , il est d’au-
tant plus important de couvrir les racines d’une bonne terre ,
que la réussite d’une plantation dépend souvent de la pre-
mière année. Il en est des végétaux comme des animaux ;
lorsqu'ils ont souffert dans leur jeunesse , ils donnent rare-
ment de beaux individus , quelques soins que l’on apporte
plus tard à corriger ce défaut.
Une opération de la plus haute importance, surtout lors-
26 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
que le sol est sec , c’est de l'entretenir net de plantes adven-
tices par des binages suffisamment répétés, par les raisons
que j'ai déjà expliquées.
Avec tous ces soins, je suis parvenu à obtenir sur des sols in-
grats, des gravierssablonneux très secs, de beaux arbres, même
parmi quelques-uns de ceux qui sont les plus difficiles à élever.
J'ai constammentobservé que, lorsque par une cause quelconque
je négligeais les binages que je recommande si expressément,
la sécheresse ne manquait pas d'occasioner quelques dégâts ,
de détruire quelques branches, lorsqu'elle persistait long-
temps.
J'ajouterai encore une recommandation importante pour
ceux qui s'occupent de plantation : si l’on veut que des ar-
bres prospèrent dans les sols secs , 1l faut avoir l'attention de
déchausser quelquefois le pied des arbres dans la morte sai-
son pour couper rez le tronc les racines superficielles qui
pourraient s'être formées. Cette observation est applicable
surtout à la vigne que l’on destine particulièrement aux terres
les plus sèches. Les auteurs , qui appuient sur l'avantage des
racines superficielles et sur la nécessité de les conserver,
confondent les sols argileux qui se laissent pénétrer diffci-
lement par l’air et la chaleur, avec les sols graveleux et sa-
blonneux que ces éléments pénètrent avec une telle facilité
qu'il s'y forme quelquefois des bourgeons partant de 18 pou-
ces de profondeur, ainsi que je m'en suis assuré sous le cli-
mat de Lyon. |
Les végétaux qui prospèrent dans les sols chauds et légers,
tels que la vigne , le pècher , l’abricotier , le melon, peuvent
y donner des produits abondants au moyen des labours pro-
fonds ; mais le cultivateur doit se méfier de cette fécondité :
car , à la suite d’une chaleur vive et soutenue, la sécheresse
peut compromettre non seulement la récolte, mais encore
l'existence du végétal ; parce que l'absorption des racines
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 27
étant augmentée en raison du nombre des fruits qui aspirent
une grande masse de nourriture, cette absorption concourt
avec la sécheresse de l'air et la sécheresse naturelle du sol ,
à épuiser les sucs nécessaires à la vie végétale. Aussi , le cul-
tivateur intelligent qui entend ses intérêts s'empresse-t-il de
décharger la plante d’une partie des fruits; et tel est l’effet
remarquable de cet acte de prudence que la production en
est toujours plus égale et souvent plus belle sur des sols in-
grats en apparence, que sur des sols fertiles abandonnés à
eux-mêmes.
5° Il me reste à examiner l'avantage des labours profonds
sous un dernier et très important point de vue. J'ai dit que ;
à quantité égale d'engrais les récoltes sont en raison de la
profondeur du labour.
Il y a de la hardiesse de ma part à soutenir cette assertion,
qui se trouve en contradiction avec le plus grand nombre
des auteurs qui ont traité cette matière. Cependant, malgré la
haute opinion que je professe pour quelques-uns d’entr’eux ,
je vais chercher à la démontrer par des raisonnements ap-
puyés de fait.
IL est vrai quelquefois que les labours profonds paraissent
contraires à la végétation; mais ici, je ne crains pas de le
dire , l'exception a été prise pour la règle.
Lorsque la terre végétale repose à une très petite profon-
deur, la profondeur à laquelle se font les labours ordinaires
sur un sous-sol de craie, de sable, ou d'argile pure, et
que l’un participe des défauts de l’autre, le défoncement
est le plus souvent nuisible, et encore seulement pour les
premières années s’il s’agit de culture de plantes annuelles,
ct jamais s’il s’agit de plantation d'arbres, ou du moins n'en
ai-je pas vu d'exemple.
Il en est bien différemment, si le sous-sol est non pas seu-
lement une terre d'alluvion, une terre renfermant de l'hu-
€
28 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
mus ; mais encore si, ‘par de certaines proportions des trois
principaux éléments terreux, l'alumine ; la silice et la chaux,
il est. susceptible de retenir sans excès l'humidité nécessaire
à la végétation ; ou s'il peut servir d’amendement à la cou-
che supérieure. Or, on ne peut s'empêcher de le reconnaitre ;
c’est bien là le plus grand nombre des circonstances. J'ai
cultivé sur une grande variété de sol ;: j'ai parcouru en ob-
servateur bien des départements ;et le nombre des exceptions
à Ja règle que je prétends étabhirest si petit, qu'il m'est im-
possible de ne pas admettre comme une vérité; l’assertion
que je développe en ce moment.
Long-temps avant d'apprendre à connaître par la lecture
la proposition que. je. cherche à combattre ; je m'étais
aperçu que, partoùt où l’on fait des fosses pour planter des
arbres , si l’on sème du blé sur toute la-surface du champ ;
les tiges et les épis sont plus beaux sur la place où les arbres
ont été plantés, quoique la meilleure terre: ait été placée au
fond de la fosse. De là nécessairement je fus porté à conclure
que l’approfondissement du labour était avantageux. Lorsque
plus tard je connus l'opinion contraire professée par’ le plus
grand nombre des hommes capables qui se-sontoccupés de
la science agricole, je m’empressai d'y réfléchir, et je mul-
tipliai mes observations qui n’ont sérvi, je dois le dire, qu'à
me maintenir en opposition, avec eux. J'arrive aux faits :
Losque par un défoncement l’on aura amené à la surface
une terre aride, infertile , si l’on plante un arbre de manière
que les racines plongent immédiatement dans la terre végé-
tale, il végètera avec beaucoup plus de force que st l'on
s'était contenté de planter dans des fosses aprés un simple
labour. Les racines , plongeant au fond de la fosse et ren-
contrant sur les côtés une terre rebelle, se nourrissent aux
dépens de la terre végétale accumulée dans cette fosse, ct
lorsqu'elles La lapissent en entier, la végétation faiblit, les.
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 29
racines remontent à la surface, et viennent chercher leur
nourriture dans la petite couche de terre végétale qui sur-
monte le sous-sol rebelle. Ainsi, au bout de peu de temps
l'arbre languit, et la sécheresse atteint fréquemment les ra-
cines qui ont été forcées de revenir près de la surface cher-
cher leur nourriture. Si le sous-sol est imperméable à l’eau ,
les fosses la retiendront , et les racines pourriront inévitable-
ment. Maintenant , si l’on considère que les arbres ont une
propension à enfoncer leurs racines, et qu'elles vont cher-
cher la bonne terre partout et à quelque profondeur qu'elle
se rencontre , je n'aurai pas besoin d’insister davantage pour
admettre comme une vérité le bon effet des défoncements,
dans toutes Les circonstances, pour les grands végétaux.
J'arrive. aux plantes herbacées : c’est Jà le point le plus
délicat; celui qui exige le plus de développement.
Il est des plantes qui profitent merveilleusement d’un la-
bour profond, quoique le sous-sol paraisse rebelle à la vé-
gétation. Je me contenterai d'en citer une espèce. Les cul-
tivateurs ont déjà deviné que je veux parler de la famille des
choux. J'en ai planté sur des terrains dont le sous-sol était
soit tantôt une argile, ou un gravier sablonneux tellement
rebelles , que presqu’aucune herbe ne s'y montrait à la sur-
face dans le courant de l’année, avec cette différence entre
ces deux sols qu'ils croissent constamment avec vigueur
dans le premier, et qu’ils souffrent dans le second, si la sé-
cheresse est extrême. Cependant, tel est l'effet d’un labour
profond, que, malgré l’avidité de ces plantes pour l'eau,
elles poussent avec vigueur dans le gravier sablonneux pour
5
peu que la pluie se fasse ressentir de loin en loin.
Voici un fait bien remarquable et auquel peu de personnes
paraissent avoir fait attention : c'est que sur un sol défoncé
pour la première fois, si le cultivateur a semé un grain
quelconque , il arrivera , à la vérité quelquefois ; que très peu
30 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
de semences lèveront ; mais le petit nombre de celles qui
prennent le dessus croît avec une vigueur extrême ; hors de
proportion avec toutes celles que portent les champs voisins.
Voici comment j'explique ce fait : Dans la plupart des se-
mences le germe a besoin ; surtout dans le commencement
de son développement , d’une nourriture substantielle et
d’une certaine proportion de chaleur et d'humidité sans les-
quelles il périt. En un mot, chez les plantes comme chez
les animaux, c’est le moment le plus critique ; tout excès
et toute mauvaise nourriture tendent à compromettre leur
existence. Ainsi , lorsque le germe commence à se développer
sous la seule influence de l’eau et de la chaleur , si les pre-
mières radicules ne trouvent pas à leur portée une nourriture
qui leur soit appropriée , la plante périt inévitablement ; si,
au contraire , elles trouvent seulement de quoi les alimenter,
elles languissent à la vérité d’abord ; mais , lorsqu'elles arri-
vent à la terre végétale devenue le sous-sol , elles prennent
tout-à-coup un accroissement prodigieux qui s'explique par
les raisons que j'ai précédemment données. Cet accroissement,
ou plutôt ce changement d’état de la langueur à la plus
grande force vitale, est quelquefois s: prompt que, la pre-
mière fois que j'ai observé ce phénomène, j'étais tenté de le
prendre pour un rêve.
D’après le fait que je viens d'expliquer, on peut conclure
que s’il était possible , après un labour profond , de placer la
semence de manière qu'elle puisse végéter assez long-temps
pour arriver à la couche inférieure , le résultat d’un pareil
labour serait toujours avantageux , à de très rares exceptions
près. Eh bien! ce moyen est le plus souvent entre les mains
du cultivateur. Ainsi , lorsque la nature du sous-sol lui per-
mettra d'espérer de grands résultats de cette opération , il
pourra approfondir le labour d’un seul coup à la profondeur
qu'il croira la plus convenable ; et la perte de temps sera peu
ET L’APPLICATION DES LABOURS. 31
de chose , si le labour est fait de bonne heure en automne.
Il est des sous-sol qui s’améliorent tellement par leur expo-
sition aux météores , que , dès le printemps suivant , sur une
petite fumure , on peut y semer et se flatter d'obtenir une
récolte presque toujours très belle. Les plantes qui réussissent
le mieux dans cette circonstance sont l'avoine parmi les cé-
réales, les pommes de terre, et par-dessus tout les choux ,
et principalement encore ceux qui ont été semés à part pour
être repiqués à demeure. L'extrémité des racines, par cette
opération , se trouvant à portée de la terre végétale placée
dans le fond du labour , donne le moyen à ces plantes de
croître immédiatement avec vigueur.
Quant aux sous-sol les plus rebelles, si l’on ne craint pas
de sacrifier une année, l’on parvient à opérer sa transforma-
tion par deux labours complets : l’un au printemps suivant ,
et l’autre sur la fin de l'été, qui, associés à des bimages
convenables , mélangent le sol dans toutes ses parties , en
font un tout homogène , et assurent au second printemps une
récolte remarquablement belle , quelque petite que soit la
fumure.
S'il pouvait y avoir doute sur ce que je viens d'annoncer
pour les labours de défoncement qui rencontrent un sous-sol
rebelle , relativement à la quantité d’engrais qu'ils néces-
sitent , il n’en serait pas de même lorsque le défoncement
serait opéré sur un sol précédemment défoncé. C'est bien
alors que l’on peut dire , sans aucune espèce de restriction :
A quantité égale d'engrais , les récoltes sont en raison de la
profondeur des labours. Que si je rencontrais encore des
contradicteurs , je leur dirais que depuis 20 ans que Je
m'occupe de culture , j'ai eu constamment de plus belles ré-
coltes que mes voisins sur des sols semblables , en employant
moins d'engrais ; ce que je ne peux attribuer qu'à l’'amélio-
32 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
ration des labours profonds dont j'ai, depuis long-temps ,
apprécié le mérite. |
L'effet de ces labours se fait ressentir pendant longues
années. Pour les cultures annuelles , il suffit de le renouveler
à chaque période d'assolement. Pour les grands végétaux , ils
s’en ressentent toute leur vie ; quelle que soit sa durée.
La différence de l'accroissement entre des ‘arbres plantés
en même temps, mais sous des conditions diflérentes , aug-
mentant suivant une progression remarquable , si lon consi-
dère que les volumes sont en raison du cube des dimensions,
on en conclura ; lors même que l’on n'aurait fait aucuneex-
périence comparative, que l'avantage des défoncements pour
les plantations d'arbres est énorme ; et qu'il vaut mieux
planter peu à la fois en défoncçant, que de planter de vastes
espaces sur de simples labours.
Je ne saurais résister au désir de citer le fait sui-
vant qui peut servir d'exemple : J'avais toujours entendu dire
que tout labour était inutile pour les plantations d'arbres
verts, les pins particulièrement ; et ; quelque peu disposé que
Je fusse à le croire , je pensais néanmoins que l'avantage
comparé aux frais pouvait être insignifiant. Cependant , en
visitant une forêt de pins maritimes semés depuis 9 à 10 ans
dans les landes de la Gironde, je m’apercus que quelques
toufles d'arbres dépassaient leurs voisins dans la proportion
de 1:à.2, et que par conséquent il y avait entr’eux l'énorme
différenee de 1 à 8; c’est-à-dire , que les uns pouvaient avoir
8 fois autant de matière ligneuse. Cette différence tenait à ce
que l'on avait fouillé, dans ces parties, le sol à environ
30 pouces, pour en extraire des pierres ferrugineuses qui s'y
trouvaient près de la surface. Or si, dans l’espace de 9 à
10 ans , la différence de 24 pouces, entre les deux labours ,
en à apporté une aussi grande dans le volume des arbres ;
différence qui pourra être centuplée , lorsque les premiers
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 33
s'exploiteront pour la charpente, comment pourrait-on hé-
siter à faire les frais convenables en présence de pareils
résultats ?
Je dois faire remarquer que cette augmentation de produit,
soit pour les grands végétaux , soit pour les plantes herbacées,
a lieu sans augmentation d'engrais.
Je termine ce Mémoire par quelques considérations d’au-
tant plus importantes , qu’elles ont trait à la culture ordinaire.
Les plantes, qui profitent le plus d’un défoncement , sont
celles à fortes racines : les choux , la luzerne , le sainfoin ou
esparcette ; le trèfle, le maïs, etc. Celles ; au contraire , qui
paraissent le moins en profiter, ce sont les céréales , quoique
cependant les récoltes en soient réellement plus belles, moins
casuelles et moins sujettes à verser. Si l’on. se bornait à la
culture des céréales , il serait possible que la différence du
produit ne füt pas en rapport avec-l'augmentation des frais :
tout au moins je. n’oserai l’aflirmer ; mais si, comme cela
doit être ; les céréales alternent avec d’autres plantes , soit
fourragères , soit économiques , dès lors l'avantage est incon-
testable , et j'ajouterai d'autant plus grand que l’assolement
est plus long.
Grâce au défoncement , il est possible de cultiver les
plantes les plus épuisantes sur des sols qui ne donnaient au-
paravant que de chétives récoltes de grain. Ainsi, j'ai vu
changer par un seul défoncement en bonnes terres à froment,
des, sables reposant,sur une, glaise imperméable. Ces terrains
étaient alternativement noyés et brülés, et les récoltes y
payaient rarement les frais ; tandis que , par cette opération,
ils se sont trouvés à l’abri de toutes les intempéries ; et ont pu
suflire aux exigences des plantes les plus difliciles.
La plupart des auteurs , dans leurs raisonnements sur les
labours profonds s’appuient sur la longueur des racines du
blé. Tous sans exception afirment qu'elles ne plongent pas
34 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
à plus de 8 à 12 pouces, et encore n’arriveraient-elles jus-
que-là que lorsque la terre végétale atteint cette profondeur *.
Étrange erreur , dont il serait si facile de s'assurer ! Ils igno-
rent donc que, dans toutes les céréales sans exception , les
premières racines s’enfoncent perpendiculairement sur une
longueur double des tiges; à moins que le sous-sol ne soit
imperméable : ce qui changerait alors leur direction , mais
ne diminuerait pas leur longueur. Ainsi pour un froment de
3 pieds d'élévation , les 3 racines qui se forment simulta-
nément , au moment de la germination , vont à 6 pieds dans
l'intérieur du sol, lors même que le sous-sol se compose
d'une terre en apparence infertile.
Je donnerai une dernière preuve à mon assertion que je
cherche à faire passer en principe , et cette preuve n'est pas
assurément la moins concluante.
C’est que sur les sols en apparence complètement infertiles
la plus grande partie des végétaux peut y croître , et y déve-
lopper des semences susceptibles de se reproduire sous la
seule influence des agents extérieurs : l'air, l'eau , la chaleur
et la lumière.
Les expériences de Rozier et de Duhamel pouvaient déjà
le faire pressentir ; mais des expériences qui ne laissent aucun
doute, et dont il a été rendu compte dans les séances de
1 Lorsque le blé-froment commence à germer , il se forme simultanément trois
racines qui s’enfoncent perpendiculairement dans le sol, en divergeant un peu, Ces
racines pénètrent le sous-sol, lors même qu'il est infertile en apparence, pourvu
seulement qu’il soit perméable. A mesure que la plante croît et forme de nouvelles
tiges , il se forme aussi de nouveaux systèmes de racines qui s’écartent des premières
en se rapprochant de la surface. Ces racines sont fibreuses et minces comme des fils
déliés depuis leur naissance jusqu’à leur extrémité. Tout autour d’elles se forment de
petites radicules très courtes, ayant les mêmes apparences. La finesse de ces racines
est telle, que l’on conçoit comment l'erreur que je signale a pu se propager. Le point
de rupture exige la loupe pour être aperçu. A la sortie de l’hiver , les premières racines
atteignent déjà au moins 2 pieds, et finissent par arriver à la longueur du double des
tiges, lorsque la plante est entièrement formée.
ET L’APPLICATION DES LABOURS. 35
l'Institut des 19 et 26 novembre dernier , viennent corro-
borer ce que j'avance d’une manière irrécusable.
Ainsi, dans un terrain entièrement dépourvu d'humus,
tel que du sable chauffé préalablement au rouge , plusieurs
plantes ont accompli le cours de leur vie, ont formé des
semences qui ont elles-mêmes parfaitement germé et végété,
et enfin ont acquis une dose d'azote, base de la matière orga-
nique , beaucoup plus forte que celle que renfermait la
semence.
‘Cette vérité ressort peut-être mieux encore d’un fait pra-
tique bien connu de la masse des cultivateurs : c’est que sur
un sable ou gravier en apparence dépourvu d'humus, si l’on
parvient à y faire passer un courant d’eau continu , la surface
se couvre spontanément d'une foule de plantes qui font la
base des bons prés ; plantes qui croissent avec vigueur , et s’y
développent complètement sans addition d'engrais.
En un mot, toutes les fois qu’un sol par sa bonne organi-
sation , l’alumine , la silice et la chaux en certaines propor-
tions, sera apte à s’'échaufler convenablement et à conserver
facilement l'humidité à sa surface , la végétation s’y fera re-
marquer spontanément, füt-il entièrement dépourvu d’humus.
Je termine en donnant à ma proposition toute l'extension
possible , et je dis : Toute terre peut produire constamment
la même récolte par le seul fait des labours et sans addition
d'engrais, au moyen d'un repos dont la longueur sera en
raison inverse de son aptitude à se saturer des agents
extérieurs.
Ainsi il est des terrains dont la fertilité naturelle est si
grande , qu'ils produisent constamment sans engrais et avec
le même succès, blé sur blé chaque année. Je me contenterai
de citer, en France, le Marais dans le département de la
Vendée, et en dehors, les terres volcaniques de la Sardaigne.
Quant aux sols de nature opposée, je puis citer un exemple
Ts II, L
36 CONSIDÉRATIONS SUR LA THÉORIE
qui m'est personnel : Je possédais un terrain de la nature la
plus sèche et la plus ingrate ; un sable granitique en pente,
reposant à quelques pouces sur un banc de roche. L’éloigne-
ment de ce terrain de la propriété principale était si con-
sidérable , que non seulement il eût été dispendieux d'y
faire transporter des engrais ; mais encore il n’y avait pas
d'économie à y faire conduire le bétail pour pâturer. Cepen-
dant ce terrain si ingrat , si brülant , produisait tous les
5 ans la même récolte de seigle ; et, par conséquent, 4 ans
de repos combinés avec les labours suflisaient pour y donner
un résultat économique , un produit net. L'on voit donc
que, pour que toute espèce de sol puisse produire con-
stamment et sans engrais la même récolte , il ne lui faut que
des labours convenables joints à un repos en rapport inverse
avec sa nature plus ou moins fertile. |
Mais cette proposition ne peut s’admettre en thèse géné-
rale | économiquement parlant, sauf les circonstances que
je viens de citer, parce que l’addition des engrais augmen-
tant la production de manière à donner un produit net beau-
coup plus élevé, le cultivateur qui se bornerait à produire
par le seul fait des labours, ne pourrait entrer en concur-
rence avec celui qui ajouterait les engrais.
Les circonstances les plus-favorables pour opérer les dé-
foncements sont les suivantes :
Lorsque la couche de terre arable repose sur un sol ren-
fermant des débris de matières organiques , telles que les
alluvions qui couvrent le fond des vallées ;
Lorsqu'une argile tenace repose immédiatement sur un
sable ou une marne de quelque nature qu’elle soit : ce cas
est fort rare , si toutefois il se rencontre dans la nature ;
Lorsque le sable repose sur une marne argileuse ou sur
une glaise : ce dernier cas est’ assez répandu, j'en connais
un grand nombre d'exemples ;
ET L'APPLICATION DES LABOURS. 37
Enfin, lorsqu'une terre arable quelconque repose immé-
diatement sur un sol composé des trois principaux éléments
tenus dans de bonnes proportions.
Je me résume: toute terre est apte à donner naissance
spontanément à un certain nombre de végétaux. Cette apti-
tude est augmentée par les labours, et cela en raison de leur
profondeur. Ils corrigent les défauts des différentes natures
de sol, la sécheresse des sables , la ténacité et la froideur des
argiles. Les engrais , par d’autres causes, produisent les
mêmes résultats ; non seulement ils fournissent aux plantes
une nourriture directe par la solubilité dans l’eau d’une par-
tie de leurs éléments, mais encore ils donnent du liant aux
sables, et diminuent les désastres de la sécheresse par leur
avidité pour l’eau ; ils rendent les argiles plus douces et plus
perméables, et empêchent leur prompt refroidissement par
leur aptitude à prendre et à retenir la chaleur. Ainsi, les
faits et le raisonnement se réunissent pour démontrer que, si
les récoltes sont en raison de la masse des engrais à
égale profondeur des labours , la force de végétation
des plantes est aussi en raison directe de la profondeur du
labour à quantité égale d'engrais.
DU 7
res RSA
Ve YO Pare
pr Fa NIET
- CORRE" “re
A. # OUUIDRS 2
dé EL va a «x wie
FuË “ mi Le. +07 St cr d
Le et His se ti id
SUR E Vis ré) ;
vecu PDA TVR ts de sie © ' 4
ne
dd Es mails, #0 M Dear rpatt 4e APE
Le » à db SAM
A Hd vx
CAR fur: ta las RE LES
aber 26 me “:
LTRAUS
CONTAGIEUX
DES BÊTES A CORNES,
PAR
AN, Bernard ,
DIRECTEUR DE L'ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE DE TOULOUSE 3 EX-TITULAIRE ET
CORRESPONDANT DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D’ACRICULTURE ; HISTOIRE
NATURELLE ET ARTS UTILES DE LYON.
LD 0—
MÉMOIRE COURONNÉ.
— 21e 0 —
« Pâturage et labourage sont
« les deux mamelles de l'État. »
SuLLY.
Une maladie terrible est venue à différentes époques déso-
ler nos campagnes, frappant cet animal précieux, qui,
après avoir fertilisé les champs par un travail lent et pénible,
fournit au peuple sa nourriture la plus saine et à l’industrie
toute sa dépouille , comme si rien de lui ne devait être inutile
à l’homme qui l'élève et le nourrit.
A l’aspect de ce fléau qui s'étend avec une effrayante rapi-
dité , tous les gouvernants se sont émus ; ils ont senti qu'il
40 TYPHUS CONTAGIEUX
frappait au cœur la fortune de l'État, et ils ont appelé toutes
les lumières qui pouvaient conjurer le mal. Leurs vœux n’ont
point encore été accomplis : la science médicale , jusqu’à ce
jour du moins, n’a obtenu que quelques guérisons isolées ;
et, dans son impuissance , elle s’est vue obligée d'indiquer à
l'administration un moyen plus désastreux que le fléau lui-
même : car celui-ci ne frappe pas de mort tous les animaux,
et plus généreux que la massue de l'assommeur, il abandonne
quelques-unes de ses victimes au vrai médecin, à celui qui ne
veut pas, qui ne doit pas désespérer toujours des ressources
de son art.
Heureusement ce n’est qu'a de longues époques que se
montrent ces calamités publiques ; mais elles ne doivent pas
nous trouver en défaut : le temps du danger n’est pas celui
de la prudence et de la réflexion. IL etait donc digne de la
Société d'agriculture de la seconde ville du royaume d’appe-
ler de nouvelles recherches sur cette question importante.
Heureux celui qui, s'associant parfaitement à ses utiles
vues , aura bien mérité de cette compagnie et de la recon-
naissance publique ! Ce doit être pour un homme de bien une
douce et flatteuse récompense.
{er POINT.
Décrire succinctement le typhus contagieux des bêtes à cornes *.
Cette maladie , qui s’est montrée à des époques très éloi-
gnées, a du présenter quelques variétés selon les temps, les
lieux, les complications, et peut-être aussi dans les descrip-
* Respectant les limites dans lesquelles la Société a cru devoir renfermer ce sujet
et les conditions du concours, jai renvoyé à des notes explicatives les points impor-
tants qui se rattachent au fait principal de la contagion , et qui forment dans celte
grande question un tout presque inséparable,
DES BÈTES À CORNES. 41
tions qu'on en a données suivant les idées médicales de l’épo-
que et des auteurs.
Malgré ces différences réelles ou apparentes , on remarque
dans les tableaux qui en sont restés des traits généraux , une
physionomie particulière qui constitue en quelque sorte l’es-
sence, ou mieux le caractère par lequel cette affection se dis-
tingue de toutes les autres. Ce sont ces grands traits que nous
devons exposer ici, sauf à indiquer ensuite les nuances parti-
culières.
De même que toutes les maladies aiguës , celle-ci offre dans
le développement de ses phénomènes trois périodes que l'on
a appelées temps, et qui répondent au début , à l'état et au
déclin. Ces symptômes nombreux, pour plus de facilité, nous
les exposerons, autant que possible , dans l’ordre de leur suc-
cession et dans les appareils d'organes ou leurs fonctions,
ainsi qu'ii suit : 1° sensations et habitude extérieure ; 2° cir-
culation et respiration ; 3° digestion; 4° sécrétions et ex-
crétions.
fer vewrs. — Début.
1° Abaïtement ou exaltation qui donne à l'animal un air
d'inquiétude et de fureur ; il regarde à droite et à gauche,
flairant l'air, hochanit la tête. Les pupilles sont diiatées, l'œil
fixe et animé; tout, en lui, annonce une sorte d’agitation ver-
tigineuse : frissons, tremblements convulsifs partiels, sur-
tout au coude et au grasset; grincements de dents, ho-
quets, etc.
Horripilation, peau sèche et adhérente , quelquefois em-
physémateuse et crépitante; grande sensibilité, principalement
de la colonne épinière ; roïdeur des articulations , contracture
générale , lassitude extrême. |
2° pouls plein, vite et fréquent ; coloration de toutes les
muqueuses apparentes, avec excrétion de mucosités blanches
42 TYPHUS CONTAGIEUX
ou jaunâtres ichoreuses excoriant les surfaces auxquelles elles
adhèrent, les larmiers, le chanfrein, le mufle, écumeuses
dans la bouche et les naseaux ; haleine chaude, oppression ,
toux quinteuse.
30 Anorexie, bouche chaude et pâteuse , déglutition difi-
cile, soif vive, gonflement du ventre et surtout de l’hypo-
condre droit , constipation. ;
4° Urines rares, colorées , d’une évacuation difficile ; di-
minution du lait qui devient séreux , bleuâtre ; les mamelles
sont flasques et flétries. Vers le soir, on remarque ordinaire-
ment de l'exaspération dans tous les symptômes.
La durée moyenne de ce temps est de 2 à 3 jours; s'il se
prolonge , la maladie a moins de gravité.
Tousles auteurs assignent comme phénomènes précurseurs
les plus constants : l'accélération du pouls, une plus grande
sensibilité, les frissons ; le sang est noir sans sérosité ; le lait
moins blanc, salé et légèrement amer, il ne lève point sur
le feu et se prend en grumeaux.
2€ rEmps. — Etat.
19 Tous les sens sont obtus : somnolence interrompue
par des secousses convulsives ; soubresauts dans les tendons ;
spasmes. |
Peau alternativement chaude et froide ; les reins et la co-
lonne épinière sont d’une telle sensibilité, que l’animal fléchit
jusqu’à terre quand on le presse sur cette partie.
2° Pouls vite, petit et dur ; toux plus faible, mais plus pé-
nible ; oppression plus grande, accompagnée de plaintes et de
gemissements.
3° Soif toujours vive, anorexie, trumination , langue
chargée d'un enduit visqueux jaunâtre ; on entend une sorte
de bruissement dans la bouche ou des éructations; gonflement
ct douleur de l'épigastre avec de légers signes de coliques;
DES BÊTES A CORNES. 43
la constipation s’est changée en une diarrhée fétide de ma-
tières d’abord colorées, qui deviennent ensuite blanchîtres,
semblables à la lavure de vaisselle ; d’autres disent à des dé-
bris d’intestins. Ces matières sont projetées au loin avec
épreintes , ténesmes et dégagement de gaz.
4° Urines pâles, troubles, plus rares et plus fétides ; le lait
est tari.
Durée de 2 à 3 jours.
3° Temps. — Deéclin.
Passé le 5° jour, s’il n'y a pas eu de décroissement dans
les symptômes :
1° La tête est penchée sur le côté; le regard est morne ,
l'œil terne et enfoncé dans l’orbite ; état soporeux continuel,
affaissement considérable.
Parties extrêmes du corps froides et insensibles , sueurs
partielles, gonflement emphysémateux des parties latérales
du corps.
2° Pouls petit, mou, inégal et régulier, qui va en s’effa-
cant; muqueuses d’une teinte livide et plombée, mucosités
mêlées de stries de sang et d’une odeur insupportable, la
bouche s'ouvre à chaque inspiration ; celles-ci deviennent de
plus en plus pénibles et sont accompagnées de gémissements
ou de mugissements.
3° Flanc creux, digestions sanguinolentes d’une odeur m-
fecte, urines décolorées souvent striées par du sang noir.
4° Dans les derniers instants de la vie , l'anus reste béant’;
les digestions sont nulles ou continuelles, toute sensibilité
est éteinte, les plaintes cessent, la bête tombe et meurt
dans un profond accablement , le plus souvent du 7° au 10°
jour.
Quand la terminaison doit être heureuse, indépendam-
ment des signes communs à toutes les maladies, tels que des
44 TYPHUS CONTAGIEUX
symptômes moins graves ou leur diminution graduée ; on re-
marque à la peau, dans quelques circonstances , une éruption
de boutons que tous les auteurs ontregardée comme une crise
salutaire ; mais cette éruption ne forme pas un caractère pro-
pre de cette maladie; elle n'en est pas constante et ne s’est
montrée que dans quelques cas du typhus bénin, au déclin de
la maladie et dans sa 3° période.
Aucune maladie des bêtes à cornes ne présente dans son
cours une marche plus régulière, une uniformité plus con-
stante. À la vérité, on l’a vue quelquefois se compliquer acci-
dentellement de maladies enzootiques qui en ont imposé sur
sa nature et ont jeté beaucoup de confusion dans la descrip-
tion. On a vu régner en même temps le glossanthrax, la
fièvre charbonneuse, avec ou sans développement de tumeurs,
l’angine et la péripneumonie gangreneuse , la fièvre aphteuse.
Mais ainsi que M. Leroi en a fait la remarque en 1814 , les
symptômes très distincts de ces maladies indigènes n’alté-
raient en aucune facon la marche de l'affection principale qui
suivait son cours accoutumé.
Autopsie.
Les lésions cadavériques forment d’autres signes essentiel-
lement liés à la description de la maladie ; je les dirai aussi
succinctement.
Prompte putréfaction des cadavres ; les vaisseaux sont rem-
plis d’un sang noir dépouillé de sérosité et se prenant en
caillots grumeleux ; le cœur et ses enveloppes présentent des
taches ou plaques noires ressemblant à de fortes échymoses.
En général, toutes les muqueuses sont parsemées de ces
mêmes taches qui varient de couleur depuis le rouge vif jus-
qu'au brun foncé, noirâtre avec épaississement et friabilité du
tissu ; mais ces lésions se rencontrent principalement dans les
organes digestifs et surtout dans l'intestin grêle (duodenum).
DES BÉTES À CORNES. 45
Le résidu alimentaire y est liquide et en petite quantité,
trouble , d'un blanc jaunâtre, et mêlé à des gaz fétides.
Dans le feuillet on voit des aliments secs et durs qui en-
traînent avec eux la couche épidermoïde (epithelium). Cette
circonstance , qui existe dans toutes les maladies aiguës , gra-
ves, est cependant plus prononcée dans celle-ci, au point
que beaucoup d'anciens auteurs la regardèrent comme une
lésion principale.
La vésicule du fiel est toujours très distendue par une bile
noire et fluide ; le foie, la rate, les reins , le poumon, etc.,
sont presque toujours sans altérations. Des auteurs disent
même en avoir trouvé très peu dans les viscères abdominaux.
(Dupuy et Girard.)
L'extérieur du cerveau présente aussi quelques-unes de ces
taches rouges ou noires ; de l’intérieur des membranes s'é-
chappe un fluide aériforme. La sérosité des ventricules est
plus abondante, plus colorée. Quelques-uns ont trouvé le
cerveau et surtout la moëlle épinière plus ramollis ; d’autres
auteurs les disent à l’état naturel. Mais un point sur lequel
tous les observateurs s'accordent, c’est que toutes ces lésions
sont d'autant moins appréciables que la mort a été plus
prompte.
Je ne m'arrêterai pas à discuter la prétendue nature de
cette maladie , ni à mettre d'accord les diverses dénomina-
tions qu’on a voulu lui imposer * ; elles sont étrangères à mon
sujet et n’appartiennent déjà plus qu’à l'histoire de la science.
Ces hypothèses , plus ou moins ingénieuses , ont pu avoir de
l'attrait tant qu'on a cru qu'elles mettraient sur la voie de
quelque indication thérapeutique importante. L'expérience a
1 Peste du gros bétail, morveuse, dyssenterique , varioleuse , bovine hongroise,
fièvre maligne, bilieuse et putride, ardente et pestilentielle, bilioso-inflammatoire,
typhoïde continue avec redoublement ; bos-hongroise , maladie humide , exotique et
typhus , typhus contagieux. Ce dernier nom est généralement adopté.
46 TYPHUS CONTAGIEUX
prononcé, et le vieux mot de typhus, précisément parce qu'il
est vague et ne préjuge pas la nature de la maladie , me sem-
ble préférable.
Dans l'opinion la plus récente, le typhus n’est et ne peut
être qu'une gastro-entérite. Quelle raison pourrait donc nous
autoriser à faire ainsi abstraction de tous les désordres au pro-
fit de quelques-uns ? Est-ce parce que la maladie semble
commencer par les organes digestifs ? Mais le plus souvent
c’est le système cérébro-spinal qui en donne les premiers si-
gnes. Serait-ce que le premier appareil fournit les principaux
symptômes ? On les a vus dominer tour-à-tour dans chacun ;
et le plus constant , le plus caractéristique , l’altération de la
sécrétion muqueuse , se retrouve dans plusieurs , et elle dé-
pend bien un peu, je suppose, de celui qui en fournit les
matériaux , le système circulatoire , sous l'influence du sys-
tème nerveux. Enfin , les lésions anatomiques ont-elles con-
firmé cette préférence ? pas davantage. On a pu voir les
principales dans chaque appareil , chaque organe , selon les
opinions du jour et des auteurs , comme aussi elles ont manqué
dans chacun , à son tour, suivant les époques et les circon-
stances de la maladie; et il est digne de remarque que ces
lésions sont d'autant moindres, que la mort a été plus prompte,
c’est-à-dire la maladie plus grave et plus intense.
Quoi qu'il en soit, il nous suflira de dire que le typhus porte
une atteinte profonde à tout l'organisme. Si quelques symptô-
mes et certaines lésions semblent indiquer , par leur prédo-
minance ou une manifestation plus sensible , qu'il a frappé
plus fortement sur tel ou tel point de l'économie, la mala-
die n’a pas pour cela cessé d’être générale ; car tous les prin-
cipaux centres de la vie sont altérés dès le début jusqu’à la
fin.
Au reste, ces idées de généralisation et de localisation
tour-à-tour exploitées en médecine, ne sont pas des erreurs,
DES BÈTES A CORNES. 47
mais les deux faces d’une question qui se développe à mesure
qu'elle est mieux étudiée; et l’on est sur le point de recon-
naître que toute maladie grave est à la fois générale et
locale.
On a vu le typhus apparaître dans ces circonstances mal-
heureuses où des guerres lointaines entraînent de grands dé-
placements d'animaux pour l'approvisionnement des armées,
alors que ces animaux sont exposés à l'action d’an nouveau
climat, aux fatigues d’un long voyage et à toutes les priva-
tions qui en sont la suite, la disette, la mauvaise alimenta-
tion, le défaut d’abri contre les intempéries , l’entassement
dans des lieux étroits et mal aérés , etc.
De même que dans toutes les épizooties , les grands agents
de la nature et tout ce qui forme l’ensemble d’une constitu-
tion atmosphérique , l'air , l’eau, le calorique, l'électricité,
etc., doivent avoir leur part d'influence dans la production
de ce fléau, puisqu'alors on voit régner aussi ce qu'on appelle
une constitution médicale qui imprime son cachet à toutes les
maladies sporadiques les plus simples et les plus diverses ;
mais le typhus ne se montrant qu’à de longs intervalles , ne
faut-il pas en conclure qu’il doit se rencontrer, dans la com-
binaison de ces causes générales, des conditions particulières
encore peu connues et dont l'association est rare ? (NOTE 1"°.)
Quoi qu’il en soit, une fois engendré, le typhus s'étend et
se propage dans toutes les directions , indépendamment des
saisons , des climats et de toutes les circonstances générales
ou locales qui peuvent exister ; mais c’est assez, comme com-
plément, sur ce point , qui ne fait pas partie de la question :
j'arrive au plus important , celui sur lequel la Société d'agri-
culture insiste avec raison.
TYPHUS CONTAGIEUX
PS
[e 2)
2e POINT.
M
Indiquer et apprécier les mesures administratives à opposer à cette
maladie , en insistant spécialement sur les avantages et les incon-
vénients de l'abattage tant des animaux malades que des suspects,
et sur les moyens de rendre cette mesure le plus efficace et le moins
onéreuse possible. |
La question ainsi posée part d’un fait indubitable et géné-
ralement reconnu, la contagion du typhus. Effectivement,
les observateurs de tous les temps l’ont vue se propager par
toutes les voies de communication : l’inoculation, le contact
immédiat, celui des corps chargés des émanations typhoïdes,
les fumiers, les dépouilles des animaux , les fourrages ; et,
enfin, l’air lui-même, messager d’autant plus funeste qu'on
ne peut arrêter sa course , semble pouvoir la porter à une
certaine distance.
Ce n'est pas moi qui nierai la contagion en présence de
faits si graves , si nombreux, attestés par tant d’observateurs
habiles, et qui se sont reproduits à toutes les époques ; mais
il importe de faire la part des temps et de préciser les faits ,
afin de bien apprécier leur importance et leur valeur quant
aux conséquences qu’on en peut déduire.
Il y a deux espèces de contagion : 1° celle des virus ou
matières spécifiques développant, par le contact ou leur intro-
duction dans l’économie , une maladie identique sur tous les
individus , à quelques rares exceptions près : la rage, le cla-
veau , la vaccine appartiennent à cette classe.
Dans la seconde on trouve le typhus, les affections gangre-
neuses et toutes celles qui, par une altération profonde, sem-
blent produire, même pendant la vie , une sorte de décompo-
sition des matières animales, lesquelles acquièrent alors un
degré de malignité tel, que tous les corps qui en sont impré-
DES PÊTES A CORNES. 49
gnés transmettent la maladie dans un rayon plus ou moins
étendu dont le malade est le centre ou le foyer.
Cette autre contagion a recu le nom d'infection miasma-
tique qui lui convient mieux , non que l’on sache très bien ce
que c'est qu'un virus, un miasme ; mais ces dénominations
nous représentent un ordre de faits différents, et cela nous
suffit.
Ces maladies miasmatiques , à la manière des maladies
aiguës , accidentelles, ont une révolution en quelque sorte
fatale, qu’on remarque , non pas seulement dans l'individu ,
mais encore dans l'espèce elle-même ; elles ont des périodes
bien marquées de début, d'état et de déclin, comme si la
maladie se dévorait elle-même en s'étendant. À chacune de
ses périodes de croissance et de décroissance correspondent
aussi différents degrés d'infection; l’activité du miasme s’use,
elle devient nulle sans doute dans quelques circonstances ;
sans cela comment concevoir que la maladie puisse s’éteindre,
quand son foyer est continuellement alimenté ?
Les virus ne s’altérant pas sensiblement , on pourrait, par
des inoculations successives, étendre presqu'indéfiniment
les maladies de la première classe : on ne le pourrait pas des
maladies miasmatiques ; vient un temps, une époque où la
matière manque , elle est épuisée ou transformée.
Le miasme s’use, disais-je , c'est peut-être à tort ; car, plus
faible ici, on le voit souvent se reproduire là-bas avec une
nouvelle intensité. D’où vient donc que dans le même lieu ,
quand il aura frappé un plus grand nombre d'individus, alors
que la contagion devrait augmenter en proportion de sa cause,
d’où vient que tout-à-coup elle s'arrête ?Cet effet, encore inex-
pliqué , n’est , sans doute, que le résultat d’une loi générale
applicable à toutes les contagions.
En effet, si le miasme ne s'affaiblit pas, c’est peut-être
que le sujet est devenu moins apte à en ressentir les atteintes;
50 TYPHUS CONTAGIEUX
il se sera familiarisé avec la cause étrangère, à mesure qu'elle
prenait ses droits de cité, par une sorte d’inoculation lente
et progressive qui, en modifiant la disposition de ses organes;
lui a donné les moyens de résister aux forces toujours crois-
santes de son agresseur.
A cette explication se rattache le fait bien connu que les
veaux des vaches qui ont eu le typhus avant de devenir mères,
sont constamment affectés de la maladie d’une maniere bé-
nigne. N'est-ce pas là une sorte d’inoculation naturelle ,
d'acclimatation dans le sein de la mère? Alors aussi l’inocu-
lation produit en eux de moindres effets ; c’est probablement
encore par cette raison que la maladie, reparaissant dans un
pays ; n'y trouve plus la même facilité de propagation.
Enfin, généralisant davantage cette idée , ne pourrait-on
pas dire que c’est ainsi que paraissent agir presque toutes les
causes de maladies ? Leurs effets sont d’autant moindres que
l'économie y est plus habituée : ici, se présente à la mémoire
de tous l’histoire de ce roi qui était parvenu à prendre im-
punément d'énormes doses de poison.
A l'exemple des auteurs, j'ai laissé dans la deuxième classe
des maladies qui me semblent très différentes : les unes pro-
duites par des miasmes spécifiques , les autres résultant des
émanations qui s’échappent des malades accumulés comme
cela a lieu dans toutes les affections graves : la fièvre jaune,
les affections gangreneuses , putrides , adynamiques , les fiè-
vres d’hôpitaux, de prisons, etc. Cependant ces maladies
diffèrent essentiellement; celles-ci agissent indistinctement
sur toutes les espèces et ne déterminent pas toujours une
même affection comme celle du miasme : il faut l'entassement
d'un grand nombre d'animaux pour produire un foyer d’in-
fection ; tandis que dans le premier cas un seul animal suflit,
que dis-je , non pas même l'animal malade , mais un inter-
médiaire quelconque , Souvent même un sujet suspect avant
DES BÊTES A CORNES. 51
que la maladie se soit développée en lui, comme on dit en
avoir vu des exemples dans le typhus.
Il faudrait donc distinguer ces choses , et si je ne craignais
de multiplier les noms là où la confusion est déjà très grande,
je proposerais d’appeler l’une infection simple, et l’autre in-
fection miasmatique. La première, en cflet, ressemble davan-
tage à celle des effluves, puisque, dans l’une comme dans
l’autre, ce sont des matières organiques en décomposition qui
produisent la maladie , et seulement sur les individus qui se
trouvent pendant un certain temps dans leur sphère d'activité;
tandis qu'au contraire la matière spécifique du miasme a
plus de rapport avec celle du virus par son mode de propa-
gation , et les maladies produites par ces deux causes mérite-
raient seules le nom de contagieuses.
M. de Gasparin , qui a traité le sujet des contagions avec
une grande hauteur de vues , a rapproché ces deux infections
sous le nom unique de miasmatique; mais il laisse pressentir
la nécessité de la distinction que je viens d'établir, quand il est
forcé de convenir que les maladies par miasmes sont très ra-
res dans le mouton; et, citant un exemple de simple infection
dans le transport d'un grand nombre de ces animaux pendant
la guerre d'Amérique, il dit : « Voilà bien une espèce de ty-
phus des bêtes à laine ; mais il est douteux qu'il ait eu la
puissance de se communiquer. Cependant, s'il y avait un
grand nombre d'animaux malades à la fois, il est probable
que l'air vicié pourrait aussi se charger des particules morbi-
fiques ; mais les exemples manquent, et rien ne nous donne
le droit d'établir une contagion à distance dans les bêtes à
laine. » On peut ajouter que le cheval n'en offre aussi aucun
exemple :.
" Ce qui jette de la confusion dans cetie question difficile, c’est que les malières
contagieuses n’ont pas de caractères tranchés : se ressemblant par quelques points,
TM 4
TYPHUS CONTAGIEUX
J'ai dit qu'il faut être de son temps : la contagion du
typhus est réelle, incontestable ; mais n’a-t-on pas exagéré
Qt
kg
ses eflets? La peur, dit-on, grossit les objets ; les médecins
et les vétérinaires n’ont pas cédé à la peur eux-mêmes. Mais,
trop préoccupés des idées de l'époque ; n'ont-ils pas accueilli
souvent des renseignements inexacts ou exagérés ? Ont-ils
contrôlé et vérifié tous les faits ? J’en doute , et l’on pourra en
douter si l’on considère qu’ils n’ont recueilli pour la plupart
que ceux qui sont conformes à l’idée de la contagion ; les au-
tres ont été négligés où mis dans la classe des exceptions ; et
ces exceptions étaient peut-être nombreuses.
On n’a pas assez fait la part des influences générales dans
le développement de la maladie et celle des causes locales et
individuelles qui la font éclater cà et à sur différents points.
Tout a été mis sur le compte de la contagion, et, une fois cette
idée arrêtée, on n’a pas manqué de trouver une cause, si pe-
üte füt-elle : tantôt un bœuf hongrois ou anglais, un cuir,
une poignée de fourrages ; tantôt un mendiant , de l’eau cou-
rante , une poule , etc. On n'a pas vu qu'à ce compte, le mé-
decin et le vétérinaire auraient été les plus grands fléaux de
l’époque; car on ne les a pas assommés, eux , on n’a pas même
brülé, ni lavé tous les jours, ainsi que le recommandent
certains auteurs , leurs habits de laine et leurs souliers im-
prégnés de l'air des étables, de la fiente et du fumier des
malades.
On remarquera sans doute que je ne cite pas de faits con-
elles différent sous beaucoup d’autres ; ainsi, par exemple, la clavelée me semble
présenter le double caractère des maladies à virus par son mode d’inoculation , et des
affections miasmaliques par sa marche croissante et décroissante, et sa propagation à
l’aide des corps intermédiaires ; enfin , elle a peut-être un troisième caractère : celui
de maladie épizootique ou enzootique, si Pon n’adopte pas opinion qu’elle est, comme
la petite vérole , le seul résultat d’une contagion importée. De là, la difficulté d'établir
des classifications régulières : aussi ne pousserai-je pas plus loin cette comparaison »
dans la crainte de rendre plus obscure une question que j’ai voulu éclaircir.
DES BÊTES A CORNES. 53
tradictoires (NOTE 2°); c'estquejene les ai pas vus moi-même, et
je pense qu’on les a beaucoup négligés; la preuve, c'est qu'on à
dit vaguement : le typhusest contagieux, mais non comment
et dans quelle circonstance. Cependant, cette contagion di-
minue d’abord , puis elle cesse : cela est évident ; mais cette
observation est tirée d’une induction générale , plutôt qu'ap-
puyée sur des faits positifs. Du reste , la nature de cette ques-
tion, devant une société savante, ne comporte pas ces détails.
(On les trouvera plus loin.)
Les faits sont les mêmes à toutes les époques , et pourtant
quelle différence entre les opinions du jour et celles du siècle
dernier !
La contagion de la fièvre jaune était bien avérée, quand
les précieux documents du docteur Chervin sont venus jeter
au moins le doute dans les esprits les plus prévenus. Les la-
zarets et les quarantaines ont perdu de leur importance.
Le choléra effraie en ce moment (1836) toute l'Italie, on
établit des cordons sanitaires , il les franchit ; on défend aux
médecins de voir les malades , aux prêtres de les assister ; on
ne trouve personne pour ensevelir et enterrer les morts, et
cependant le fléau poursuit ses ravages avec plus de ténacité
qu’en France, où l’on s’est borné à de simples mesures de
précaution qui ont fait renaître la sécurité.
Qui aurait nié la contagion de la morve établie par des
faits depuis des siècles , aurait passé pour un insensé ; cepen-
dant aujourd’hui de nombreuses expériences laissent au moins
la question indécise, si elles ne font pencher la balance. On
ne brûle plus les harnais dans les régiments, et l'État perd
moins de chevaux qu’autrefois; grâce à l'instruction des
vétérinaires et à l'observation mieux entendue des règles
d'hygiène.
« Il semble, dit M. de Gasparin, qu'il devrait rester peu
« de doutes sur la nature contagieuse des maladies : c’est un
54 TYPHUS CONTAGIEUX
« fait facile à vérifier que celui d’un animal sain , qui par
« son seul contact avec un animal malade acquiert la même
« maladie; cependant, le doute plane sur la plupart des
« contagions. Vicq-d’Azir était allé jusqu’à croire que toute
« maladie de la peau était contagieuse, et nous disputons cette
« qualité à des maladies à qui tous nos devanciers l'avaient
« accordée.»
On peut donc répéter ici la remarque que nous avons faite
ailleurs : contagion et non-contagion, dans une même mala-
die, sont peut-être deux points opposés d’une même question
qui pourront se concilier, quand on aura mieux étudié les cir-
constances qui appartiennent à l’une et à l’autre. Déjà l’on
sait que l'infection peut se développer dans quelques condi-
tions particulières qui donnent à des maladies ordinairement
simples et inoffensives un caractère de putridité et de pro-
fonde décomposition ; telles sont : la morve aiguë , l’angine
et la péripneumonie gangreneuse.
Mais nous, vétérinaires de l'empire, nousne sommes peut-être
‘pas aptes à décider cette question ; il est difficile de dépouiller
entièrement le vieil homme. Le débat est donc entre les jeunes
vétérinaires qui, formés en présence de ces deux opinions,
n'ont pas encore pris parti pour ou contre : c’est à eux qu'il
appartient de les juger sans prévention et avec impartialité.
Ces considérations étaient nécessaises pour se bien poser
en face du dernier membre de la question : » Zndiquer et
apprécier les mesures administratives à mettre en usage dans
cette circonstance, etc. »
Un écrivain a dit judicieusement que la littérature est l’ex-
pression de la société ; ne peut-on pas appliquer cette haute
pensée à la législation qui est ou doit être aussi l'expression
de la société ? Elle doit tenir compte de toutes les opinions,
représenter tous les intérêts ; les lois contraires à ces opi-
DES BÈTES À CORNES. 95
nions qui sont aussi. des intérêts sont enfreintes ou mal
exécutées.
Or, s'il est vrai que la nature dans sa marche providen -
tielle, ainsi que l'observation le démontre, a pris soin d’ar-
rêter le fléau, de poser des limites à la contagion , 1l nous
reste moins à faire, non que j'admette cette maxime déjà
vieille : laissez faire, laissez passer ; non, l’action adminis-
trative doit être toujours présente pour diriger , aider , proté-
ger. Mais la science médicale n’a-t-elle donc pas fait un pas ?
Faudra-t-il, comme par le passé , développer en cordon cet
appareil militaire, barrière impuissante, tout au plus propre à
jeter l’effroi dans l’âme des timides, éveiller dans les autres
une basse cupidité, et à porter partout dans les relations com-
merciales une ficheuse perturbation. (nort 3 Pas)
frons-nous, désespérant de l'avenir de la science , assom-
mer comme autrefois tous les animaux indistinctement ,
établir dans les campagnes une vaste et inutile boucherie ?
Car, suivant l'opinion des contagionistes quand même..., on
n'atteindra pas toutes les causes de la contagion, toutes les
émanations échappées des malades, tous les corps qui en ont
été imprégnés et dont on ne peut pas se défier autant que du
malade. Et ces monceaux de cadavres vont-ils perdre tout de
suite leur funeste propriété ? Si vous les mettez dans une seule
fosse , quel immense foyer d'infection ! si vous les dispersez ,
quelle étendue !
Et si, ayant exécuté cette mesure digne d’un autre âge, la
terre qui les recouvre , l'air qui les environne , les COrps qui
les ont touchés, partagent la maladie ; si, indépendamment
(le la contagion, il se forme une constitution atmosphérique
générale ou locale qui la continue ; quelle déception !!
IL faut donc reléguer dans le vieil arsenal des lois et l’his-
toire de la science cette mesure de l’assommement en masse
(noTE 4°), la flétrir comme inutile au moins, dangereuse
56 TYPHUS CONTAGIEUX
peut-être ct toujours préjudiciable et onéreuse à la fortune
publique. En effet , la contagion est importée ou bien elle se
développe dans le lieu même ; dans tous les cas, on n’est or-
dinairement averti du danger qu'au moment où dejà il est
presque impossible d’y apporter remède par ce moyen, et
alors l’assommement aurait le résultat ficheux que je viens
de signaler.
Cependant, comme en matière de loi il ne faut rien
faire inconsidérément, disons dans quelle circonstance il
serait possible d'appliquer l’occision avec quelque avantage.
Une maladie contagieuse vient-elle à se manifester dans
un pays voisin de la France! le gouvernement, après avoir
interdit l'entrée des animaux étrangers , envoie sur les
lieux un commissaire spécial pour étudier le caractère de la
maladie.
Pendant ce temps, on organise en France le service des
épizooties qui doit être permanent. Toutes les autorités et
surtout les vétérinaires ont recu l'éveil; ils sont sur leurs
gardes, munis du rapport du commissaire spécial ; ils épient
en quelque sorte la maladie pour l’étouffer en germe. De fré-
quentes visites sont ordonnées ; on répand dans les campagnes
des instructions simples et faciles sur les moyens de recon-
naître la maladie et de s'en garantir; des indemnités ou des
primes d'encouragement sont offertes aux propriétaires qui
les premiers en auront signalé la présence
À la première apparition, les animaux sont séquestrés ; et,
dès que la maladie est patente, bien et dûment constatée,
l'autorité ordonne leur sacrifice. Ils sont abattus avec toutes
1 Telest, à mon avis, le plus sûr moyen de rendre la déclaration efficace , à la dif-
férence de ces peines contre la non-déclaration qui, sans doute , n’ont jamais été ap-
pliquées ; en effet , comment prouver qu'un propriétaire a dû connaître la maladie con=
tagieuse , qu’il a dà seulement savoir que ses animaux étaient malades ? M. de Gasparin
voudrait aussi, avec raison, voir disparaître de la loi les peines aflicüves, qui, dans
celle circonstance , on! souvent empéché son application.
DES BÈTES A CORNES. D7
les précautions indiquées dans les réglements; tous les objets,
qui ontété en contact avec eux, sont désinfectés, ou détruits,
s'ils sont de peu de valeur.
L'opération est exécutée en présence de l'autorité , sous la
direction du vétérinaire commissionné par le département
ou l'arrondissement. Le meilleur procédé, pour l'exécution,
serait de faire conduire ces animaux au lieu où les fosses ont
été préparées , accompagnés de plusieurs personnes : les unes
chargées de recueillir soigneusement la fiente et toutes les
matières qu'ils auraient pu répandre ; les autres, d’écarter tous
les animaux et tous les objets qui se trouveraient sur leur pas-
sage. Arrivés à l'endroit désigné, ces animaux seraient tués
sans eflusion de sang et enterrés dans les fosses avec la couche
de terre sur laquelle ils se sont débattus en mourant et avec
leurs peaux tailladées. ( Ces peaux pourraient être utilisées
comme nous le dirons ailleurs ; mais, dans l'hypothèse où
noussommes placés, cette perte est minime, et, pour plus de
sureté , il vaut mieux en faire le sacrifice.)
On agira de même à l'égard des animaux morts qui doivent
être voiturés ou portés, mais non traînés par des animaux
d’une espèce différente. Il est toujours prudent de prendre les
autres précautions si souvent recommandées, telles que de
recouvrir les cadavres d’un lit de chaux ou de charbon, de
fouler la terre qui les recouvre, de la garnir d’épines, de
pierres , etc.
Ayant toujours égard à la circonstance que nous avons sup-
posée , les suspects me paraissent devoir être signalés , mar-
qués ctrester séquestrés sous la surveillance d'un commissaire
spécial (le vétérinaire du lieu), à qui ils seront représentés
à toute réquisition.s Jusqu'à la manifestation de la maladie,
qu'on pourrait appeler la preuve du délit, ce sont des préve-
nus ; dans l’ordre judiciaire , la loi ne doit pas les frapper
comme des coupables , sous peine d'atteindre des innocents.
58 TYPHUS CONTAGIEUX
D'ailleurs, ces animaux n’ont pas tous communiqué avec les
malades, de la même manière. Les surveiller , recueillir à
cet égard des renseignements précis, n'est-ce pas un moyen
de découvtir les nombreuses voies de la contagion ?
Mais, aussitôt que la maladie se déclare, ces animaux su-
bissent le sort des premières victimes.
Ce que nous venons de dire d’un pays comme la France,
par rapport aux États circonvoisins , on peut l'appliquer de
département à département, de canton à canton, etc. Le ty-
phus n'est point originaire de nos pays ; il a toujours été im-
porté en France, ainsi que l’attestent tous les faits dont se
compose l'histoire de cette maladie.
Ainsi, la mesure de l'abattage sera peu onéreuse; car
nous avons supposé le moment d'introduction de la maladie
dans un cercle très étroit. Une indemnité entière devra être
accordée aux propriétaires , afin qu'ils subissent sans se plain-
dre, sans arrière-pensée, la libre exécution de la loi. La
science médicale aussi saura sacrifier ses avantages à de plus
grands intérêts.
Alors on aura retiré de l'abattage tous les résultats possi-
bles. Si tel est son pouvoir, la maladie sera étouflée , abat-
tue ; mais si, au contraire, de nouveaux malades surgissent
sur d’autres points , les limites de cette mesure se posent na-
turellement : c'est qu'elle n’a pu atteindre toutes les matières
de la contagion, ou que ces matières se renouvellent ou se
perpétuent par des causes inconnues et qu'il faut étudier.
C’est qu'enfin l'abattage sera devenu ; comme nous l'avons
dit , inutile, peut-être dangereux el toujours onéreux ; car il
frappe ; sans retour , des animaux que la maladie eût épar-
gnés , d’autres que l’art eüt sauvés pôur son instruction à
venir.
Il nous reste à examiner les autres moyens à doivent être.
mis en usage dans cette circonstance.
DES BÉTES A CORNES. 59
Les causes générales du typhus étant la plupart inconnues
ou hors de notre atteinte , le premier , le véritable fléau, dans
ce cas, c’est le malade lui-même et les corps qui ont subi son
contact, peut-être même l'atmosphère qui l’environne. Tel
est le point de départ des mesures administratives qui doivent
s’opposer à la contagion.
En première ligne se place l'isolement ; isoler le malade ,
c’est l’éloigner des animaux sains, ou transporter ceux-ci hors
de son influence funeste.
Le premier mode est presqu'impraticable , ou du moins ce
ne serait pas sans danger que l’on transporterait ces animaux,
arrivant dans toutes les directions et disséminant partout sur
leur passage les germes de l'infection , et pour aller où ? hors
de la commune, c’est-à-dire sur le territoire d’une autre qui
s'en effrayerait à juste titre ! Et dans quel lieu les déposer ?
dans des hangars, espèces de lazarets construits à la hâte
pour un nombre illimité d'animaux qui peut dépasser toutes
les prévisions !. Mais cet entassement, indépendamment de
ses dangers pour l'individu malade qui serait plongé au mi-
lieu des causes actives de la maladie , n'aurait-il pas un autre
effet plus fâcheux , celui d'accroître, d’aviver, en l’alimentant
sans cesse , le foyer de l'infection ?
Et ces malades, ainsi parqués sous une surveillance qui, à
la vérité , deviendrait plus facile , qui les traiterait ? le vétéri-
naire de l'administration : il méritera , je n’en doute pas,
toute votre confiance ; mais aura-t-il aussi celle de tous les
propriétaires à qui elle serait imposée contre ce principe de
liberté, bien ou mal compris de nos jours , qui veut que cha-
cun dispose de son bien dans les limites de la loi ? Or, le trai-
tement des animaux par tel ou tel moyen ne dépasse pas ces
limites.
C’est donc dans l’étable où elle a pris naissance qu'il faut
60 TYPHUS CONTAGIEUX
renfermer la maladie ; tel est le premier mode de l'isc-
lement.
Le second consiste à éloigner de ces espèces de lazarets ,
foyers circonscrits et d'autant plus limités, qu'ils sont plus
dispersés, tous les animaux sains et les suspects pour préve-
nir leur contact et toute espèce de rapprochement.
Ceux-ci peuvent être déplacés sans imconvénients; mais où
iraient-ils ? sains aujourd'hui, ils peuvent être malades de-
main ; ils doivent donc refluer sur quelque point du domaine,
une écurie, une grange, un hangar, etc., pour laisser le
champ libre aux malades qui exigent plus de soins et de sur-
veillance. Dans tous les cas , les suspects ou ceux qui ont été
en contact plus immédiat avec les malades (car tous les ani-
maux d’une même ferme sont plus 6u moins suspects) , se-
ront distingués par des marques particulières et mis à part
pour qu'il soit plus facile d’épier les premiers développements
de la maladie , s’il y a lieu.
IL est préférable, ai-je dit, d'abandonner aux malades le
local où les premières atteintes du mal se sont fait sentir; par
là on éviterait d'infecter plusieurs étables et des déplacements
qui ne seraient pas sans inconvénients. Cependant, si ce lo-
cal était très vaste et les malades peu nombreux comparative-
ment aux autres animaux , il.y aurait nécessité à leur assi-
gner quelqu’autre endroit de la ferme, isolé autant que possi-
ble. Ces divers arrangements seront motivés sur la dispo-
sition des lieux et autres circonstances.
L'isolement ne consiste pas seulement dans la séparation
du sujet qui porte en lui les causes de l'infection, il comprend
encore la surveillance de tous les objets qui peuvent être
chargés du miasme : les aliments, les harnais, la litière, les
fumiers, etc. Une partie des provisions de la ferme devra être
exclusivement réservée à l'usage des malades; ils seront
abreuvés à part , dans l’étable même , qui devra Ctre aérce
DES BÊTES À CORNES. 61
tous les jours par des ouvertures pratiquées; si elle en manque,
par des ventilateurs , des famigations, etc.
La bticre et les fumiers surtout exigent une attention par-
ticulière. Ils ne seront point rassemblés en tas ou en masse,
susceptibles de fermenter et d'accroître les forces de la ma-
tière mfectante ; ils devront être enlevés chaque jour et même
plusieurs fois par jour , s’il en est besoin , pour être transpor-
tés dans un endroit isolé de la ferme , où ils seront brülés ou
enfouis à une certaine profondeur.
Le meilleur mode de transport consiste en un tombereau
trainé par un cheval, si les fumiers sont fournis par un grand
nombre de malades ; sinon, une civière, un petit cuvier porté
à bras, dans lequel les fumiers seront recouverts de substances
susceptibles de retenir ou d’absorber les émanations, soit un
lait de chaux vive ; un chlorure, du charbon, du sable, etc.
Une couche de ces substances sera aussi répandue sur la fosse
ou les fosses ; car il vaut mieux disséminer les matières que
les amonceler.
Les animaux morts seront traités et transportés de la même
manière avec les précautions que nous avons déjà indiquées ;
mais nous reviendrons sur ce sujet en parlant des moyens
d'utiliser les peaux. ( NOTE 5°.)
Quant aux objets servant à l'entretien | au travail et au
pansement des malades , il suflira de les laver souvent et de
les employer exclusivement à leur service , et, autant que
possible ; d’affecter à ce travail une personne qui ne soit pas
chargée du. soin des autres animaux. De fréquents layages à
l'eau chaude, bouillante, acide ou alcaline, qui dispersent la
matière contagieuse , ou la détruisent à mesure qu'elle se
forme ; enfin , l’aération des étables , complètent ce dernier
moyen et en assurent les effets.
Tel est l'isolement aussi complet qu'on puisse espérer de
62 TYPHUS CONTAGIEUX
l'obtenir dans les campagnes , si l’on ne veut le rendre trop
onéreux et plus diflicile à observer.
Pour en assurer l’exécution, plusieurs mesures, parmi celles
qui ont été recommandées ,; méritent d'être conservées.
Vient d’abord le recensement de tous les animaux de la
commune, pour prévenir les soustractions que ne manque-
raient pas d’inspirer la peur ou la cupidité. Des tableaux dres-
sés par les vétérinaires aux ordres de l’administration consta-
tent le chiffre total, celui des malades et des suspects. Des
marques particulières les distingueront mieux que ne pour-
raient le faire des signalements toujours difhciles ou in-
complets.
Pour rendre plus certains les effets du recensement, il faut
conserver les amendes et les indemnités. Celles-ci ne seraient
accordées qu'aux propriétaires qui auront observé scrupuleu-
sement les mesures prescrites , d’après des certificats délivrés
par le vétérinaire et l'autorité locale. Il serait d’un bon effet
moral de consacrer au paiement de ces indemnités le produit
des amendes encourues par les propriétaires négligents ou
infidèles.
Déjà ces indemnités ont été très utiles dans les temps d’é-
pizooties pour déposséder du traitement des malades , les em-
piriques , les charlatans et autres prétendus guérisseurs à qui
les autorités ont refusé avec raison le droit et la capacité de
délivrer des certificats. Le rôle d’une bonne administration
n'est pas de punir et réprimer toujours ; elle doit aussi pré-
venir et encourager uülement.
Telles sont les mesures qui doivent resserrer le fléau dans
les limites où il a éclaté primitivement, et s'opposer à sa dis-
sémination. Suivent celles qui seraient propres à garantir le
territoire limitrophe ; que ce soit un département , un can-
ton , une commune , etc.
On a beaucoup vanté autrefois l'interdiction des foires et
DES BÊTES A CORNES. 63
marchés et l'établissement des cordons de troupes. Par le
temps qui court, ces mesures pourront paraître sévères et
onéreuses ; plusieurs penseront qu'elles sont inutiles.
Défendre les foires et marchés, pourquoi ces entraves à un
commerce utile ? pour empêcher la vente de quelqu'animal
malade ou suspect! Mais elle est sévèrement défendue par
des réglements qu'il faut conserver , et qui prononcent une
forte amende contre de pareilles infractions ; mais le recen-
sement et les marques vous donnent le moyen de constater et
de prévenir cette fraude. — Sans doute , va-t-on dire; mais
qu'importe la punition du coupable, quand le mal est produit
et poursuit sa route ? — À cela je réponds que c’est en secret
et sur les lieux mêmes où sont attirés d’avides spéculateurs que
ces animaux , les malades surtout , sont ordinairement vendus
à vil prix , et non dans les lieux publics où les acheteurs,
avertis par les différents actes de lautorité , de l'existence
d'une maladie contagieuse dans tel endroit, sont tous inté-
ressés à dévoiler la fraude.
D'ailleurs, l'autorité locale ne devra permettre la vente
sur la place publique , que des seuls animaux dont les pro-
priétaires justifieront d’un certificat constatant que le pays
d’où ils proviennent n’a point été exposé à la contagion. Bien
entendu que ceux de ces animaux qui porteraient les marques
particulières dont il a été question ; seront rigoureusement
exclus des foires et marchés ; ils devront être saisis et abattus
sur-le-champ.
Ces simples précautions prises et bien exécutées ; à quoi
serviraient vos cordons de troupes ? Qu’auraient-ils fait dans
la maladie des provinces méridionales, s’il est vrai qu'elle y
fut apportée par des cuirs de la Zélande débarqués à Bayonne?
S'il s’agit d’un département, d'un canton ou seulement d’une
commune , les limites naturelles n’en sont pas tellement dis-
posées qu'on ne puisse profiter d'un sentier , d’une haie ou
64 TYPHUS CONTAGIEUX
d'un fossé pour se livrer à la contrebande, si ce commerce
illicite offrait assez d'avantages pour faire braver les dangers
d'une forte amende et la réprobation que doit encourir tout
citoyen qui viole les lois faites dans un but d'intérêt public.
Mais si l’air et les vents se chargent de la propagation ; si,
malgré toutes les précautions que nous avons indiquées ; les
animaux d'une autre espèce, des corps inanimés , l'homme
lui-même, ont transporté la contagion; si la maladie éclate
cà et là contre toutes les prévisions de la science , alors c'est
une nouvelle étude de la maladie qu'il nous reste à faire. En
attendant, l’action administrative est suspendue, ou du moins
ses réglements ne subsistent plus que comme un avertisse-
ment du danger , une crainte salutaire.
L'administration s'arrête... Je me trompe, elle n’a plus
à réprimer puisqu'elle ne sait plus sur qui doit peser la res-
ponsabilité ; mais il lui reste d’autres devoirs à remplir, une
tâche plus douce et plus digne d'elle, celle de relever et sou-
tenir le courage des habitants par des instructions simples et
d'une facile exécution pour diminuer la mortalité. Il lui reste
à distribuer des secours pour adoucir les rigueurs du fléau et
faire bénir partout cette sage et paternelle protection qui fait
son plus beau caractère.
RÉSUMÉ ET CONCLUSION.
I. Le typhus des bêtes à cornes est une maladie d’origine
étrangère qui ne s’est montrée chez nous qu’à de longs inter-
valles et dans des circonstances déterminées.
IL. Sa propagation en France et dans d'autres pays où
elle à toujours été importée met en évidence le fait de sa con-
tagion. Cette contagion, comment a-t-elle lieu ? on ne sait.
J'invoque ici le témoignage de nos meilleurs auteurs ; tous
DES BÊTES A CORNES. 65
conviennent que les faits sont contradictoires : c’est un des
points les plus importants de la science , il faut l’étudier.
III. Or, une législation qui accorde des primes d’encou-
ragement à la délation, qui s’oppose à l'étude de la maladie
par l’assommement de tous les malades ; qui réunit et confond
sous la dénomination vague de contagieuses, des maladies au-
jourd’hui très distinctes; cette législation, dis-je, n’est plus
en harmonie avec les idées et la science de notre époque. La
preuve, c’est qu'elle est tombée en désuétude ; en 1815,
elle ne recut nulle part son entière exécution.
IV. Telle est la législation actuelle sur les maladies con-
tagieuses des animaux, aussi vague que l’idée sur laquelle
elle repose , la contagion en général ; elle est pleine d’er-
reurs et de contradictions. IL y a autant de contagions que de
maladies contagieuses. Les classifications peuvent être utiles
pour leur étude pathologique ; elles sont toujours arbitraires
et fausses dans l’application toute pratique des mesures mé-
dico-légales. |
V. Il faut une nouvelle loi et des réglements particuliers
pour chaque contagion.
VI. Les affections charbonneuses et gangreneuses, qui sont
ordinairement enzootiques et épizootiques , ne se communi-
quent que par l’inoculation. Si quelquefois elles ont paru se
propager par l’entassement des individus malades, ce n’était
pas le résultat d’une véritable contagion, mais les accidents
d’une simple infection , accidents toujours très limités et qui
cessent par la dispersion des malades.
VII. Prévenir les causes de ces maladies ou les corriger ,
avertir des dangers de l’moculation et de l'infection ; par
excès de prudence , recommander l'isolement : tel est le but
qu'on doit se proposer. Pour cela, il faut des conseils et non
des lois : c’est l’affaire de la science, et elle y parviendra
66 TYPHUS CONTAGIEUX
quand ses organes seront mieux entendus, quand les vétéri-
naires jouiront de toute la considération qu'ils méritent.
VIII. La clavelée, véritable contagion, donnerait lieu à
un réglement basé sur les principes que l’on trouve exposés
dans les ouvrages de MM. de Gasparin et Girard. Les régle-
ments en vigueur, en y apportant quelques modifications ,
suffisent pour la contagion de la rage.
IX. Enfin, la contagion toute spéciale du typhus exige
aussi un réglement particulier. Le malade , voilà le fléau. Le
tuer dans quelques cas , l’isoler toujours , ainsi que les objets
qui ont eu contact avec lui ; tel est le point sur lequel doit se
concentrer la sollicitude administrative : l'isolement et toutes
les précautions qui s'y rattachent et en assurent le succès.
Le reste appartient à la science , aidée de l'influence du
gouvernement. Ce sont des conseils d’une facile exécution sur
les préceptes de l'hygiène, la désinfection ( note 6°) et sur
le traitement de la maladie. ( nor 7°. )
Telles sont les bases d’une nouvelle loi qu'appellent de
leurs vœux tous les amis de l’art vétérinaire. Tous reconnais-
sent que les lois anciennes qui régissent la matière exigent
une réforme prochaine. ( NOTE 8°.)
« De même que la lillérature , lalégislation
« doit être l'expression de la société. »
Pensée empruntée à M. ne Boxauv.
DES LÈTES À CORNES. 67
note A’.
Causes et origine du typhus contagieux.
J'ai dit que, pour produire cette maladie , indépendamment des
causes générales et occasionelles qui sont communes à toutes les
épizooties , il devait s’en rencontrer de spéciales , ou du moins une
certaine combinaison de causes peu connues et dont l'association
est rare.
En effet, le typhus ne s’est montré dans nos pays qu’à de longs
intervalles ; après des périodes de 20 et quelques années , et tou-
jours pendant les guerres qui ont opéré un grand déplacement
d'hommes et d'animaux venant du Nord , Nord-Est , principalement
de la Hongrie , de la Dalmatie , ou de l'Allemagne. Ce fait bien
reconnu doit, au moins , nous faire supposer dans les animaux de
ces pays une prédisposition particulière au développement de cette
maladie ; sans cela on l'aurait vue se montrer, à d’autres époques ,
et dans les mêmes circonstances générales.
Il ne seraït pas difficile, en effet, de trouver dans l'histoire des
Guerres dont notre pays a été le théâtre toutes les conditions géné-
rales auxquelles on attribue la production de ce fféau ( moins l’ori-
gine des animaux), différence de climat, pénurie d'aliments ,
encombrement des animaux , privations et souffrances de toutes
sortes , et pourtant on ne citerait pas d’autres exemples de typhus
bien constatés.
Barberet cite une maladie épizootique qui se montra dans l’île de
Minorque, en 1756 , sur des bœufs venus'de l'Auvergne. Il l’attribue
à la différence du climat de leur pays froid et humide comparé à
l'ardeur d’un soleil brûlant auquel ces animaux étaient exposés tout
le jour, sans abris , n'ayant, pour se désaltérer , ni herbe fraîche,
ni eau pure, rien qu'un pâturage brûlé, une eau saumâtre et
bourbeuse. Ils languissaient, maigrissaient à vue d'œil, leur souffle
était brûlant , et ils finissaient par pisser le sang.
Voilà bien quelques causes générales et occasionelles du typhus;
mais les caractères de la maladie sont ceux d'une vive inflammation.
Paulet fait la remarque que le typhus était inconnu dans la Hol-
lande , avant l’année 1745 , époque à laquelle s'ouvre son commerce
T. 5
68 TYPHUS CONTAGIEUX
d'animaux avec la Hongrie. Avant ce temps , ses pâturages humides,
son climat insalubre étaient les mêmes , et, sans doute , elle avait
supporté des guerres et entretenu des relations commerciales avec
d'autres peuples.
La France , l'Italie, la Suisse et l'Angleterre nous offriraient aussi
des exemples de commerce lointain ou de guerres avec déplacement
d'animaux, ete., mais pas de typhus, hors la circonstance particu-
lière que nous avons fait connaître.
Que fallait-il done pour la production de cette maladie ? sans
doute , des bœufs hongrois, dalmatiens , ou allemands. Mais , dit-
on, cette maladie est inconnue dans ces pays ,; au dire d’autorités
dignes de foi; on n'y voit qu'une enzootie commune à plusieurs
autres contrées, véritable affection charbonneuse très différente du
iyphus contagieux, et les animaux alteints de cette maladie ne sont
pas ceux que l’on choisit pour une longue expédition.
Soit; mais qui peut répondre que ces prédispositions ne sont pas
changées par les circonstances en celles qui donnent lieu au typhus,
en place du charbon qui aurait frappé ces animaux au milieu de
leurs habitudes locales? On ajoute : ces prédispositions auraient
dû, au contraire, être annulées par le seul fait de l’émigration ,
comme cela se remarque erdinairement dans les enzooties. Cette
observation aurait quelque valeur, s’il s'agissait d’une émigration
lente et sagement conduite , et si ces prédisposilions n'étaient
qu’accidentelles , au lieu de tenir peut-être profondément à la race
ou à la constitution de ces animaux.
Au reste, que cette prédisposition à engendrer le typhus dans les
circonstances données existe dans d’autres animaux que ceux de la
Hongrie ou de l'Allemagne , je ne le nie pas; maïs rien ne nous
autorise à l’admettre autrement que comme une simple supposition,
jusqu'à ce qu’on cite un seul cas de typhus produit par des animaux
venant des climats méridionaux ou de l'Ouest.
Quoi qu’il en soit de ces observations, plusieurs auteurs , parmi
lesquels on distingue MM. Hurtrel d'Arboval et Rodet, pensent que
cette maladie peut naître spontanément dans toutes les contrées ;
lorsque les animaux y sont exposés aux causes qui la suscitent
dans le bœuf hongrois, Cette idée paraît prendre sa source dans
l'opinion professée par ces auteurs : qu'il n'y a qu'une seule épi-
zootie , et que le typhus contagieux, de même que le typhus char-
DES :BÊTES A CORNES. 69
bonneux, ne sont autre chose qu'une gastro-entérite; mais les
faits qu'ils citent sont peu propres à faire partager cetle opinion,
Le premier de ces auteurs nous dit que, dans la Cerdagne, se ren-
contrent toutes les conditions d’insalubrité qui donnent naïssance à
ces maladies ; aussi, n'est-il pas étonnant que le typhus contagieux
y exerce quelquefois ses ravages. Ce typhus contagieux dont parle
ici M. d’Arboyal, c’est sans doute le charbon qui est à ses yeux une
même chose; car, après avoir décrit d'une manière très exacte et
très détaillée ces deux maladies , il s’eflorce de prouver qu'aux
yeux de tout homme de bon sens , ce ne sont que des gastro-
entérites. Cependant c’est le même auteur qui dit (pag. 414 de son
Dictionnaire ) que le typhus épizootique n'est pas épidémique * dans
nos pays, c'est-à-dire qu'il n'est pas le résultat des altérations gé-
nérales du fluide atmosphérique ; qu'il est seulement contagieux
dans toute la force du terme. Pourrait-il en dire autant du typhus
charbonneux ?
Or, nous nous croyons obligés de demander pourquoi ce typhus
contagieux des Pyrénées orientales reste si bien cantonné chez lui,
qu'on n’a jamais entendu parler de son extension dans les lieux
circonvoisins, ni en France, ni en Espagne ; tandis que l’autre a
ravagé plusieurs fois toule l'Europe. Évidemment, il y a ici quelque
confusion dans les mots ou dans les choses.
Quant à M. Rodet, il écrit sous les mêmes inspirations ; maïs il
ne se pose pas franchement , comme le premier, en face de la
question : il élude la difficulté , il déclare n’avoir pu observer que
très superficiellement le typhus de 1814, à cause de ses occupations
militaires, et il ne le décrit que sur quelques faits isolés. C’est une
circonstance fâcheuse; car s’il eût vu beaucoup d'animaux malades ,
ou à défaut, s’il eût consulté les nombreuses descriptions des au-
5 Jadopte cette acception du mot épizootie, Il faudrait ne l'appliquer qu'aux mala-
dies dues à des causes générales ; le nombre des animaux attaqués n’est qu’une
condition secondaire. Par exemple : si, dans un troupeau de moutons bien tenu, où
jette une bète galeuse, tous seront bientôt atteints de la maladie, et ce ne sera
point-une épizootie, Un chien enragé mord 40 ou 50 chiens qui, à leur tour, pro-
pagent la maladie sur un grand nombre d’autres animaux : toutes ces causes sont indivi-
duelles , et ne donnent pas lieu à des épizooties. Ilen est de même du typhus dont
les causés générales w’existent point dans nos pays ; quand il s’y propage , c’est par
ka cause: individuelle de la contagion : ilne peut y avoir. que la forme épizootique,
70 TYPEUS CONTAGIEUX
teurs , il n’eüt pas donné le nom de typhus à cette description vague,
sans signes caractéristiques que l’on trouve dans son Mémoire.
Selon lui, la maladie attaquait de préférence les animaux les
plus faibles : ce qui est contraire à tout ce qu’on a écrit sur le typhus.
Exceplé quelques symptômes généraux, tels que le trouble varié
des actions vitales, la suppression du lait et du mucus du mufle qui
étaient constants, tous les autres signes sont à peu près éventuels.
« Quelquelois il y avait toux et fièvre; l'animal faisait quelquefois
« entendre des beuglements plaintifs, d’autres fois de simples gé-
« missements ; il donnait parfois des signes de douleur vive à l’in-
« térieur du corps, d’autres fois il était abattu et tranquille. Dans
« quelques animaux, il y avait dyssenterie ou flux par les naseaux ;
« mais, dans d’autres, des tumeurs inflammatoires critiques plus
« ou moins prononcées : enfin , les animaux qui échappaient à ses
« ravages ne paraissaient pas susceptibles d'en être de nouveau
« affectés. »
Dans les 44 cas de récidive cités par Leroi, ainsi que dans ceux
qu'ont observés Volpi et le marquis de Curtivron, on ne dit pas
qu'il y eût aucun signe apparent capable de faire reconnaitre si ces
animaux seraient de nouveau affectés du typhus; l’un d’eux en fut
guéri deux fois.
Je le répète : il est fâcheux que cette description vague et incom-
plète du typhus jette du doute sur l'identité des maladies qu'on a
voulu lui comparer.
Par exemple : au siége de Dantzick (1806-1807), où l’on fut
obligé de nourrir les chevaux de cavalerie avec la paille des toits,
les fatigues de la guerre et la pénurie d'aliments « occasionèrent ,
« dans l’armée et chez les habitants, une grande mortalité de che-
« vaux et autres animaux, du nombre desquels la diminution fut
« encore augmentée par la consommation de l’armée en viande...
« Au retour de la belle saison , après le départ de l’armée , l'air
« et les eaux , viciés par une grande quantité de cadavres jetés dans
« les rivières , la disette , les travaux excessifs , produisirent de si
« funestes effets, qu’on vit périr en un seul jour jusqu'à 60 per-
« sonnes; et il se manifesta sur les bêtes à cornes une maladie
« contagieuse que l’on ne pouvait regarder autrement que comme
« un véritable typhus. Cetie maladie s’étendit ensuite par la conta-
« gion jusque dans l'ile de la Nougat, où les causes qui l'avaient
DES BÊTES À CORNES. 11
« produite dans le pays d'Elbing n'avaient jamais existé , au moins
« d'une manière aussi absolue. »
Puis vient la description de ce typhus qui avait pour symptômes
précurseurs (voir ceux que lui assignent tous les auteurs) « le
« marasme , la faiblesse , les maladies psoriques , une diarrhée
« habituelle, l'épuisement et une sorte de fièvre hectique qui fai-
« sait quelquefois périr les animaux, d’une manière sporadique ,
« par extinction lente et graduée des forces vitales , lesquelles
« étaient déjà usées par le jeûne et les souffrances des maladies
« soit de la peau ; du système lymphatique , ou des organes
« digestifs. »
A la vérité , cette maladie , quand elle n’était plus sporadique et
qu’elle acquérait tous les caractéres d’une épizootie , présentait
d’autres symplômes : « troubles variés des fonctions organiques ,
« stupeur, suppression du lait et du mucus du mufle; flux nasal,
« dyssenterie , beuglements , tumeurs critiques , ete. »
Un autre typhus, observé par cet auteur et qu'il ne décrit pas,
régnait aux environs de Madrid, en 1810; mais « ces maladies ne
« déterminaient pas toujours (dit-il) des ravages assez multipliés ,
« pour qu'on pût les regarder comme de véritables épizooties ,
« quoiqu'on ne leur opposât parlout dans les campagnes que
« des prières et des amulettes : c’est qu'à l'approche de l'armée
« française, on éloignait la plus grande partie des animaux. »
Or, après avoir lu ces descriptions , on peut se demander, je
pense, si c'était bien là cette maladie unique qui à plusieurs fois
ravagé l'Europe, avec sa contagion si rapide et si subtile , qui s’é-
tend dans toutes les directions, indépendamment des saisons, des
climats et de toutes les conditions hygïéniques et atmosphériques ,
générales ou locales. Si c’est un fyphus (le nom n'y fait rien),
est-ce bien le même que celui qui se joue des cordons sanilaires
et de toutes les mesures prescrites par de sévères réglements, celui
qui a résisté souvent à la grande opération de l’assommement ?
« En Espagne, diles-vous, il n’y avait presque plus d'animaux
« pour propager la maladie. » Mais le vrai typhus ne se serait pas
arrêté à si peu de chose, ni à des prières et des amulettes ; à défaut
d'animaux de la même espèce, n’eût-il pas traversé la mer, enve-
loppé dans un cuir ?
Peut-on démontrer la contagion avee évidence, quand elle est si
12 TYPHUS CONTAGIEUX :
limitée, et qu'elle s'exerce au milieu d’influences générales ou lo-
cales , qui ont agi sur un grand nombre d'animaux de différente
espèce et même sur l'homme? Ne sont-ce pas là de ces maladies
ordinairement sporadiques , auxquelles des causes plus intenses et
plus générales donnent ce caractère de gravité épizootique , et qui
peuvent produire l'infection , mais non le véritable miasme,
J'ai dû examiner longuement l'opinion de ces deux autorités
vétérinaires , parce qu'elle me semble contraire aux faits , et qu’elle
tend à rétablir la confusion de ces maladies sous le nom générique
et vague de peste, typhus , épizootie, ete. , qui rend la lecture des
anéiens auteurs si difficile et si rebutante.
Je leur oppose l'autorité de M. Leroi qui a étudié le typhus
contagieux sur plus de 1000 sujets, en qualité de commissaire du
gouvernement pontifical, et qui en a donné la description la plus
exacte.
Cet auteur distingue si bien cette maladie qu'il appelle exotique ,
par rapport ä son origine , des affections épizootiques et enzootiques
indigènes , que , l'ayant vue compliquée de ces dernières : le glos-
santhrax , la fièvre charbonneuse avec ou sans exanthêmes ; la
pneumonie , la gastro-pnetmonite , ete. , il cite cette particularité
digne de remarque : que chacune d’elles a suivi son cours régulier ,
de manière que les affections indigènes cessèrent les premières ;
tandis que la maladie exotique continua à régner. D'où il conclut
que les éléments de ces diverses maladies qu'il appelle générales et
fébriles ne sont pas de nature à se combiner , au lieu que cette
combinaison est facile entre le typhus et les affections locales : ce
qui expliquerait très bien la diversité des descriptions qu’on a
données d'une maladie aussi identique ; aussi régulière que le ty-
phus contagieux.
Plus loin , le même auteur ajoute d'autres distinctions non
moins importantes : « Les flux de sang (dit-il) ne peuvent , dans
aucun cas , être pris pour la maladie exotique. Dans la première »
les matières dyssenteriques sont souvent du sang presque pur ;
elles ont très peu d’odeur, et s’accompagnent presqne toujours
d'hématurie; enfin, elles forment le symptôme primordial de ces
maladies. »
Dans le typhus , au contraire , il n'y a presque pas d'exemples
d'hématurie , très peu de symptômes inflammatoires. La dyssenterie
DES PÊTES À CORNES. 73
est toujours combinée à la diarrhée qui est le phénomène capital
et consécutif, c’est-à-dire , propre à la seconde période, de même
que la dyssenterie appartient à la troisième période qu'il appelle
de dégénération gangreneuse et de désorganisation.
A l'exemple de cet auteur,je ne n'arrête pas à tracer les caractères
distinctifs des affections charbonneuses, ils sont trop connus; mais
il importe d'établir la distinction entre le typhus et la péripneu-
monie gangreneuse qu’il nomme fiéore pneumo-gastrique , d'autant
plus que les mêmes causes occasionelles semblent capables de pro-
duire ces deux maladies.
Dans la dernière , on ne voit pas dès le principe cet écoulement
de matières ichoreuses par le nez et par les yeux ; ce n’est que vers
la fin qu'un écoulement mêlé de sang a lieu par les naseaux. Sa
marche est plus lente (15 à 30 jours), plus continue , et ne pré-
sente aucune période distincte. La diarrhée n’a pas toujours lieu ,
et n'est jamais combinée avec la dyssenterie. Enfin , les symptômes
principaux et les lésions se montrent également dans les appareils
pulmonaire et digestif; tandis que, dans le typhus, les poumons,
le foie , la rate et les reins ne présentent ordinairement aucune
altération , si ce n’est accidentellement. C’est alors ce que Leroi
appelle une combinaison de maladie locale.
En résumé, le typhus est une maladie étrangère, non enzoolique,
ni épizootique dans nos pays : elle y est seulement contagieuse ;
mais d'une contagion propre et tellement différente de celle qu'on
observe quelquefois dans nos maladies épizootiques, que ce grand
caractère seul , indépendamment de son origine, aurait dû suffire
pour la distinguer de toutes celles auxquelles on a voulu la comparer.
Ici se présente , pour terminer , une sage réflexion de Paulet :
« Tant que l’on croira (dit-il) que la science des mots est celle
« de l'art; tant que l’on s'imaginera devoir classer les maladies à
« raison de leur siége ou d'un symptôme particulier, au lieu de
« considérer l’ensemble de leurs caractères et la cause qui les pro-
« duit, on en fera 3 et plus d’une seule , comme en 1711. Ce que
« Rammazini appellera une pelite vérole , sera une dyssenterie pour
« Seroëckius, pour Lancisi une peste nerveuse. De là, confusion
« dans les mots et dans les choses. »
IL aurait pu ajouter, s'il eût prévu ce qui arrive aujourd'hui :
ou bien, de plusieurs maladies on n’en fera plus qu'une ; ce qui
est aussi funeste aux intérêts de l'art.
74 TYPHUS CONTAGIEUX
NOTE 2°.
« Si je ne cite pas de faits contradictoires sur la contagion , c'est
que je ne les ai pas vus moi-même. »
_Ges faits , où les puiser? dans les auteurs qui, pour la plupart,
se sont copiés les uns les autres , ou les ont acceptés tels quels de
ceux qui les racontent ! Ces auteurs sont presque tous des médecins
ou des académiciens les plus distingués de l'époque. « Jamaïs (dit
Paulet) on ne fit tant d'honneur aux animaux. » Mais étrangers à
la pratique vétérinaire , enlevés à leurs habitudes pour aller étudier
au loin et dans une grande étendue de pays les maladies des bes-
liaux , ils ont dû voir beaucoup de choses trop rapidement et s’en
rapporter souvent à des récits qui portent l'empreinte des préjugés
de l'époque.
On est étonné , à bon droit, de les voir transporter dans la
pharmacie des étables, des formules de médicaments qui figureraient
mieux sur la table parfumée d’une petite maîtresse : les erèmes
d'avoine , les émulsions d'amandes, les pruneaux, les raisins d'Es-
pagne , les figues , Le miel rosat, etc.
Les causes de ces maladies, ils les rapportent tantôt à une
éclipse , une comète, tantôt à une grande quantité de cigales , de
sauterelles , de chenilles , de reptiles venimeux , etc. , à des éga-
gropiles, ou à la piqüre des frelons qui se seraient nourris de la
chair des malades les années précédentes. (Épiz. de 1711 et 1712.)
Dans leurs descriptions souvent incomplètes ou inexactes , sous
des noms qui varient selon les temps et l'opinion des auteurs, il
n’est pas toujours facile de reconnaître ces maladies que d’autres
auteurs confondent sous la dénomination commune de maladie
contagieuse , peste , épizootie, ete. ; ce qui fait que , croyant à une
seule contagion , ils citent toujours les mêmes faits et prescrivent
les mesures préservatrices , quoique leur mode de communication
soit très différent.
Quelqu'un élève-t-il des doutes sur la contagion du typhus , par
exemple? Ils ne manquent pas de citer des faits pris dans la peste de
homme : l'inoculation du charbon , ou le passage de la maladie
dans une autre contrée , ou à toutes les espèces, les sangliers , les
oies , les lapins, etc.
DES BÊTES A CORNES. 75
Mais il y aurait quelque témérité , à moi obscur vétérinaire, de
porter un jugement sur les écrits d'hommes aussi recommandables
que les Lancisi, Rammazini, les Scroëckius, Cothénius, les Vicq-
d'Air, les Paulet , ete. ; je les laisse parler eux-mêmes.
Le célèbre Vallisneri, après avoir énoncé l'opinion, que ce sont
des vêtements qu’on devait brûler et qu’on aurait repris sans pré-
caution , l’année suivante , qui donnèrent lieu au retour de la maladie
dans le territoire de Padoue (1711 et 1712), ajoute ces paroles
remarquables , dit Paulet, et pleines de modestie : « Je mets l'hy-
pothèse des virus pestilentiels au rang des choses probables ; mais
comme nous autres médecins (à parler entre nous) jouons à qui
devinera le mieux dans la recherche des causes des maladies , il
nous faut d’autres preuves avant d'établir une opinion comme
évidente. »
Vieq-d’Azir, et c’est aussi l'opinion de M. Leroi, pense « que
les écrits de Lancisi, Rammazini et Fracastor ont servi de source
et de base à la majeure partie des ouvrages qui, à des époques
postérieures , traitèrent du typhus. »
« Il est remarquable (dit Leroi) que , dans l’épizootie de 1740
à 1750 , aucun auteur ne fait mention des exanthêmes , si ce n’est
dans de rares exceptions ; et la différence que présente sous ce
rapport la description d'une même maladie qui , à la même époque
ou à peu de distance , se montra dans toute l'Italie (1711 et 1712),
fait supposer que les deux grands médecins , qui en firent l'histoire,
s'en sont rapporlés souvent à des relations inexactes plutôt qu’à
leur propre observation. »
Buniva s'exprime à peu près de la même manière à l'égard de
Vicq-d’Azir à qui il accorde une grande finesse de tact et d’obser-
vation. « Mais (dit-il) ce n’est pas tout, pour un médecin , que
d'acquérir les connaissances des vétérinaires , il faut se familiariser
avec eux et avec les paysans , fréquenter habituellement les étables ,
en un mot, faire toutes les fonctions du vétérinaire ; sans cela, le
médecin s'expose à beaucoup de méprises, et ce demi-collaborateur
pourrait bien n’offrir, en place de l’observaiion!, que des élucubra-
tions infidèles. »
Ces témoignages peuvent être facilement appuyés de beaucoup
d'exemples qui jettent, au moins, du doute sur les faits dont se
compose l'histoire de la contagion. Assez d’autres ont répété et recopié
76 TYPHUS CONTAGIEUX
ceux qui établissent cette propriété du typhus; je ne m'attacherai
qu'aux premiers , et je vais les puiser aux mêmes sources.
En première ligne , il faut placer ces quantités d'animaux qui ont
été préservés de la maladie par des moyens insignifiants bien jugés
aujourd'hui. Pour qu'on ait pu croire à leur efficacité , il faut sup-
poser, quoiqu'on ne le dise pas, que ces animaux avaient été exposés
à la contagion comme ceux qui en furent atteints, et alors il en résulte
deux choses : ou la maladie n’est pas toujours contagieuse et de la
même manière, ou bien ces animaux en ont été réellement pré-
servés , mais par toute autre cause, sans doute l'isolement.
En 1745, tout un village du Bourbonnais (Bazu-la-Forêt) fut
préservé par des sétons ou orties , des mastigadours, ete. L'efficacité
de ce moyen fut si authentiquement reconnu , que le Parlement de
Rouen le publia, à la suite d'un arrêt du 47 mars 1745.
D'autres fois, on attribua la même faculté à l'usage du sel. Lors
de l'épizootie de 1770 , Needham dit qu'on amena en Hollande des
bœufs hongrois qui furent placés impunément au milieu des ma-
lades : ce qui était dû au sel dont ces animaux font un grand usage
dans leur pays. Cependant , ajoute-t-on , la maladie était
très contagieuse , puisqu'elle pénétra en France par la Flandre; et
l'École vétérinaire d’Alfort prescrivit les mesures préservatrices
qu'on met en usage dans le cas de typhus contagieux. Cette maladie
paraît être une angine gangreneuse.
Le marquis de Curtivron tenta inutilement de donner le typhus
à deux jeunes bêles , en les recouvrant de deux cuirs frais pro-
venant d'animaux morts de cette maladie. Les mêmes expériences,
répétées par Vicq-d'Azir à quatre reprises différentes sur 8 vaches,
eurent le même résullat; tandis qu'en France et en Piémont, on
crut l'avoir inoculée en plaçant sur Le dos d'animaux sains les habits
de personnes qui avaient donné des soins aux malades. Il est vrai
que de 6 bêtes sur lesquelles on tenta cette expérience , 3 seulement
tombèrent malades. En lialie, on fit avouer à un maréchal qu'il
avait plusieurs fois donné la maladie par des attouchements ; enfin
On & pu croire, disent les auteurs, qu'un vétérinaire de Pianezza
l'avait transmise par ses lancettes.
Comme lous ces faits sont vagues ! Tous les vétérinaires n'avaient-
ils pas des laneeltes et des habits? ne faisaient-ils pas des attou-
chements comme ce maréchal ?
DES BÊTES À CORNES. 11
A Îs-sur-Tille, 6 vaches maigres, qui ne furent jamais séparées des
autres, ne furent point atteintes de la maladie (1746). Dans la
Basse-Saxe , se reproduit un fait semblable cité par le docteur Even :
les animaux faibles et maigres, vivant avec les malades dans les
mêmes pâturages, ne contractèrent point la maladie.
Enfin , Barberet a fait boire de l’eau mêlée à la matière des
écoulements pestilentiels ; il a fait respirer l'air qui avait été ren-
fermé dans le même vase. Cette eau , il l’introduisit dans le rectum ,
et il en lava plusieurs fois des plaies faites à dessin : le tout
sans effet,
: À eôté de ces exemples qui seraient sans doute plus nombreux ,
si les auteurs, moins prévenus par l’idée de la contagion absolue ,
avaient pu les remarquer et surtout les rapporter, nous pouvons
citer des exemples de contagion , mais tellement exagérés, qu’ils
pourraient servir de preuves contraires.
Tout le monde connaît l'histoire du fameux bœuf Poromée venant
de la Hongrie , et qui a emprunté son nom au propriétaire de l'étable
où il fut recueilli en 1711. C’est à ce bœuf que le célèbre médeein
Cothenius attribue toutes les contagions qui se sont montrées de-
puis cette époque, malgré les longues interruptions qui les séparent.
On a prétendu que l’épizootie de 1745 fut introduite dans la
commune de Mortara par un ruisseau où des bêtes malades s’é-
taient désaltérées; à Sommariva, par des bœufs qui léchèrent une
corde qui avait servi à tirer le cadavre d’une bête morte de la ma-
ladie; et ce qui est plus extraordinaire , dans la commune d’'Acqui,
par du foin qui se trouvait près des écuries où la maladie avait
régné , et que des proprictaires achetèrent à vil prix.
Le marquis de Curtivron , déjà eité , fait arriver en France
l'épizootie de 1743 par le Rhin avec l'armée du roi, revenant de
la Bavière ; et Paulet assure que cette maladie, qui se continuait
en 1745, existait déjà en 1742 dans la Lorraine et les Vosges où
elle fut décrite par Bagard.
A une autre époque , on attribua aussi l'épizootie de 1711 à une
maladie semblable qui n’éclata qu'en 1712.
On trouvera tous ces faits dans l'histoire des épizooties de Paulet
que tous les auteurs modernes ont recopié ; on y remarque le sui-
vant qui n’est pas moins singulier : « Une femme venait de donner
un remède à une vache malade ; elle retire son bras de la bouche;
718 TYPHUS CONTAGIEUX
et le porte humide de bave sur le sein d’une jeune fille qui lui
avait désobéi : celle-ci meurt du charbon. » On ne dit pas ce qui
arriva à la vieille, et personne ne le demande ; on rapporte le fait
tel quel, sans réflexions , eomme une chose toute naturelle.
À ces exagéralions, nous pouvons ajouter la confusion faite par
les auteurs de toutes les maladies contagieuses en une seule , ayant
même faculté de propagation.
C’est ainsi que l’École d’Alfort , en 1770 , proposa pour la ma-
ladie qui régnait alors (angine gangreneuse) un plan de mesures
préservatrices, qui fut appliqué sans modification (en 1711 , arrêt
du Conseil-d’État du 13 mars) à la maladie décrite par Dufot, et
qui paraît être le typhus ; car, suivant cet auteur , elle était conta-
gieuse dans toute la force du terme. Ce plan, pour le dire en pas-
sant, n'empêcha pas la maladie de continuer ses ravages en 1773.
Dans l’épizootie charbonneuse décrite par Audouin de Chaïgne-
brun , et celle de la Finlande par Hartman, on voit encore les
mêmes idées sur la contagion et les mêmes mesures employées.
On alla même jusqu’à donner l’ordre de saisir une peau qu’un curé
s’obstinait à garder , et de brûler non seulement la peau , mais
encore la maison où elle avait été préparée et même le presbytère !!!
C'était porter loin la prévoyance.
Nicolau regarde la contagion de l’épizootie de La Rochelle comme
fort douteuse, et Paulet se croit en droit de répliquer que cette
faculté de se communiquer quand même on ne pourrait pas la dé-
montrer, il faut toujours la supposer, surtout lorqu’il est prouvé
qu'elle a existé dans des cas semblables. Il y a, dit-il ailleurs, des
contagions qui se'communiquent à plusieurs espèces; mais il est
vrai que les symptômes de la maladie sont rarement les mêmes.
Ces mêmes lois qui s'appliquent indistinclement à toutes les
contagions, on les laisse subsister aujourd'hui, quoiqu'on sache
très bien que chaque maladie a sa contagion propre.
Quand j'exercais les fonctions de vétérinaire en chef d'un dé-
partement, je fus envoyé par le Préfet pour étudier une maladie
contagieuse qui s’était montrée dans plusieurs communes : c'était
une fièvre charbonneuse très limitée. À cette occasion, le Maire,
ancien notaire et possédant en cette qualité tous les réglements
publics sur la matière, avait développé tout l'appareil des me-
sures usitées dans les grandes contagions : des poteaux étaient plan-
DES BÊTES A CORNES. 79
tés à tous les confins de la commune; des affiches avaient été
placardées partout et envoyées dans toutes les communes voisines ,
les foires et marchés étaient suspendus. Heureusement ce maire
n’avait point de troupes à sa disposition; il n'aurait pas manqué de
faire cerner la commune, barrer toutes les avenues, et peut-être
même de faire assommer tous les chiens , les poules et les lapins du
canton. Qui aurait pu le blâmer de cet excès de zèle? les lois l'y
autorisaient , lui en faisaient un devoir.
A mon arrivée, les habitants étaient dans une grande conster-
nation. Je les rassurai, ainsi que le maire, sur les dangers de cette
maladie qui tenait à des causes purement locales , et qui sévissait cà
et là dans quelques élables et sur des individus isolés. C'était dans
les grandes chaleurs de l'été ; une petite rivière presqu’à sec, la
seule qui existât pour l’abreuvage des animaux, avait été barrée et
formait une marre dans laquelle on avait jeté de la coque du
Levant pour empoisonner les poissons. Précédemment ses inon-
dations avaient couvert les prairies les plus basses.
Le cours de la rivière fut rétabli, des mesures hygiéniques indi-
quées , les chaleurs cessèrent et avec elles le grand fléau et la peur
qu'avait inspirée le formidable appareil de mesures déployées par
le zélé magistrat.
Je voudrais citer aussi des faits qui attestent par quelles voies
s’établissent les contagions; mais ceux-ci sont aussi vagues que
les précédents.
« Malgré tout ce qu’on a écrit et répété à cet égard, dit Paulet, on
ne citerait pas une seule observation bien faite et assez concluante
pour prouver que ces maladies se propagent par la voie de l'air.
Au contraire , on voit souvent dans le même village , dans la même
cour , une étable infectée et l’autre intacte, et dans une nom-
breuse écurie quelques malades seulement; de sorte qu’il faudra
réduire la contagion au seul malade et aux humeurs qui s’en
échappent. »
C’est aussi le sentiment de Vicq-d’Azir, que les animaux ne
peuvent contracter le typhus que par la voie de la déglutition; d’où
il résulte qu'un animal, qui n’est pas blessé et qui s’infecte , a avalé
le principe de sa maladie. Cette matière étant déposée sur quelques
corps, on conçoit , en effet, avec quelle facilité un bœuf peut se
80 TYPHUS CONTAGIEUX
l'approprier avec son mufle et ses lèvres humides , et sa tête mobile
qu'il promène en tous sens.
M. de Gasparin émet la même opinion sur la contagion de la cla-
velée. M. de Berg, au contraire , croit qu’une étable placée sous le
vent sera nécessairement infectée jusqu'à 200 pas de celle où règne
la maladie ; mais ce qui est singulier après une telle opinion , c’est
que la contagion est arrêtée , dit-il, quand les animaux sont sépa-
rés par des eloisons qui s'élèvent seulement un peu au-dessus d'eux;
laissant une libre circulation à l'air dans les parties supérieures de
l'étable. IL s’est assuré de ce fait, qui a dû lui paraître bien extraor-
dinaire ; du moins je le juge tel.
Peut-être en est-il de la contagion du typhus comme de celle du
choléra. La Commission des médecins de Lyon , envoyée pour étu-
dier cette maladie à Paris, a fait les remarques suivantes : 1° que
les communes placées sous le vent de Paris ont été les plus mal
traitées ; 2° que la cause matérielle de l'infection agit en raison de
sa quantité , aidée de certaines circonstances qui favorisent sa pro-
pagation : tel est l’entassement dans les lieux bas et humides, ce
qui explique pourquoi l'on peut toucher sans danger des malades
isolés , et comment, dans quelques cas, les cordons sanitaires ont
élé impuissants pour arrêter les progrès de la maladie.
Je ne puis mieux terminer cette note que par cette réflexion de
M. de Gasparin : « Jusqu'à ce jour les maladies contagieuses des
animaux n’ont pas été assez étudiées ; elles portent peut-être en elles
les caractères de contagion et de non-contagion , selon les cireon-
stances , les climats et les prédispositions. »
Ainsi, on ne rencontre partout dans les faits que contradiction ;,
incertitude ou confusion : voilà les bases de la législation actuelle,
NOTE 3€,
Cordons sanitaires , emploi des troupes.
On cite l'exemple de quelques pays préservés de l’épizootie par
celte défense à main-armée , surtout en Italie ; on peut en trouver
beaucoup d’autres dans lesquels ces mesures se sont montrées in-
suffisantes ou inutiles. Comment auraient-elles arrêté le typhus
de 1745 , s’il est vrai qu'il fut apporté dans les provinces méridio-
DES BÊTES A CORNES. 81
nales de la France par des euirs débarqués à Bayonne , venant de
la Zélande ? Si la maladie est aussi contagieuse qu’on le dit, opposez
donc à l'air un rempart de baïonnettes; à un chien, à une poule,
le qu? vive d’une sentinelle ?
En 1711-1712, malgré les mesures prises du côté du Piémont ,
on ne put empêcher la maladie de pénétrer en France. Toute la vi-
gilance des magistrats de Turin ne put faire que la maladie de 1735
s’éteignît avant 1739. Celle de la Swabe, apparaissant en 1743 , se
continue jusqu'en 1745. Celle de 1771 se réveille avec une nou-
velle fureur en 1773 ; enfin , le fameux typhus de 1740 ne s'arrête
qu'après dix ans de ravages par toute l’Europe, ete.
L'adoption de l’assommement n'est-il pas encore une preuve de
l'inefficacité des autres mesures préservatrices ? Et pourtant que
pourrait-on ajouter de précautions rigoureuses à cette ordonnance
du roi (1739), qui défend tout commerce de bestiaux et autres
marchandises avec les pays infectés; qui preserit de faire rétrogra-
der comme suspects , sur toute la frontière , les commerçants, voi-
turiers , voyageurs, passagers ou aulres qui ne seraient pas munis
de certificats de santé attestant que les pays d’où ils proviennent ou
qu'ils ont traversés , eux et leurs marchandises , n'étaient pas atta-
qués par la maladie ; ladite ordonnance ne faisant exception qu’en
faveur des officiers qui ont fait la dernière campagne en Hongrie ,
pourvu toutefois qu'ils constatent, par un certificat authentique,
qu'ils ont fait depuis cette époque une quarantaine en pays non
suspects? — ( Ordonnance du roi du 6 janvier 1739).
D'autres faits prouvent qu’on s’est souvent garanti de la conta-
gion par l'observation rigoureuse du seul isolement. On lit dans une
lettre de Rosing , que dans la Westphalie , du côté de Munster (en
1774), on ne vit point la maladie attaquer des villages entiers ,
mais seulement quelques maisons çà et là.« C’est(dit-il) que les ha-
bitants de ce pays sont très propres; ils lavent et nettoient soigneu-
sement leurs étables chaque jour, et font prendre l'air à leurs
animaux. »
: Dans la maladie de 1745-1746 , les villages de Curtivron, de
Tarsul , de Moley , dans la Bourgogne , n’eurent aucun malade; on
l'attribua à leur éloignement des grandes routes et aux précautions
recommandées par le marquis de Curtivron , pour éviter toute com-
munication avec les villages infectés.
82 TYPHUS CONTAGIEUX
Lors de la dernière apparition du typhus en France (1814-1815),
on vit aussi la maladie suivre la marche des troupes alliées. À quel-
ques exceptions près , les parties de la France qui n’eurent point de
communiealion directe avec elles en furent préservées : tout le lit-
toral de la Loire, isolé en quelque sorte par l'occupation de l’armée
française , etc. 19°
Enfin , on peut, je crois , faire honneur à l'isolement de ce grand
nombre d'animaux préservés dans tous les temps , bien plus sûre-
ment par celte mesure que par les orties , les mastigadours et au-
tres prétendus préservatifs.
NOTE 4€,
Assommement , occision générale des malades et des suspects.
Les partisans de cette mesure se fondent : 1° sur l'impossibilité
d'empêcher les communications, malgré la sévérité des mesures pre-
serites pour l'isolement; 2° sur l’avidité et l'imprudence des cultiva-
teurs qui propagent la maladie par la vente des animaux malades et
de leurs peaux, ou qui cachent ces animaux et ne les déclarent qu’à
la dernière extrémité , extorquant ainsi l'indemnité que le gouver-
nement destinait aux honnêtes gens; 3° sur la difficulté d'obtenir
d'eux les précautions nécessaires pour le traitement et la désinfee-
tion dans ces temps de malheur, où ils sont exposés sans défenses
à la séduction des empiriques et de tous les guérisseurs ; 4° enfin,
sur l'inefficacité même du traitement.
On n’a done pas voulu voir que presque toutes les raisons, sur
lesquelles on fonde la nécessité de cette mesure, peuvent être tour-
nées contr'elle.
En effet, Buniva , l’un. de ses plus ardents partisans, se voit forcé
de convenir que d’abord cette opération ne marcha pas très bien ;
parce que les experts feignaient de ne pas reconnaître la maladie ,
et administraient des remèdes en secret. D’un autre côté, les ani-
maux n'étaient pas strictement séquestrés ; ce qui fit qu’en 17174 ,
dans le Hainaut , on assomma long-temps et inutilement.
Pour assurer le succès de cette opération, il veut qu’on sévisse
contre quiconque s'oppose à la désinfection ou {a néglige ; contre
les experts et les propriétaires qui administreraient des remèdes aux
DES BÈTES A CORNES. 83
malades. 11 ne propose rien moins que de tuer et enterrer tous les
lapins du canton, tous les chiens et les chats des maisons infectées
(pourquoi pas les autres ? ), d'empêcher tous les animaux de sortir.
« Des officiers , dit-il , y veilleront. » Il va jusqu'à faire appel aux
évèques et à tous les ministres des autels, pour qu'ils disposent le
peuple à la résignation.
« Qu'on se garde ( dit Vieq-d'Azir) d’une loi aussi sévère , si l'on
« n'a pas le courage de la faire.exécuter partout et en même temps.
« Au lieu d’un projet utile , on exercerait une suite de vexations
«aussi onéreuses à l'État qu'à charge aux particuliers. Il faut re-
æ courir à la force-armée et à la troupe de ligne. Dans les Pays-Bas,
« on employa des magistrats distingués par leurs lumières et leur
« crédit, Enfin, si ce moyen n'avait pas tout le succès possible la
« première fois , il faudrait y revenir sans se lasser , sans se décou-
« rager. »
Selon la remarque de Brugnone, il paraît prouvé par l'expérience
que l’assommement n'abrége pas la durée des maladies contagieuses,
et il est probable qu’on a altribué souvent à son efficacité la cessa-
tion d'une maladie qui tirait à sa fin d’après la loi générale de leur
décroissement, après un temps plus ou moins long. En effet, l'Italie,
où l'on n'a jamais pratiqué celte opération , n’a pas plus souffert du
typhus que les pays où cette mesure fut adoptée. La contagion de
1814 s'éteignit naturellement en France , après une durée de
deux ans.
Ainsi , pour ce qui précède , indépendamment des dépenses énor-
mes qu'elle occasiona , la mesure de l'assommement en masse est
jugée sans appel. Elle diminue , à la vérité , les causes de la conta-
gion; mais elle ne les atteint pas toutes. Elle ne dispense pas des
autres mesures de précaution pour l'isolement des besliaux et la dés-
infection. Des animaux sont sacrifiés, qui auraient pu guérir par
les efforts de la nature ou par l’art, et d’autres (les suspeets) qui
n'auraient peut-être jamais été infectés. Enfin , il serait possible que
dans le principe on l'appliquât à une maladie qui ne serait pas
contagieuse.
Dans tous les cas , on exige pour cette opération une surveillance
si active et des moyens tellement austères , que ,transporiés, s'ils
étaient encore applicables , à la mesure moins onéreuse de l’isole-
M 6
84 TYPHUS CONTAGIEUX
ment , ils préviendraient toutes les difficultés qu'on lui suppose et
suffiraient pour la rendre tout-à-fait efficace.
Pour ne rien oublier d'important , je résume ici les résultats de
l'inoculation , autre mesure vantée comme préservatrice :
41° Elle n’a paru utile que sur les veaux nés de vaches qui avaient
guéri du typhus contracté par elles avant de devenir mères , sans
doute parce que la maladie spontanée eût été ee eux très bénigne,
ainsi que la remarque en a été faite ;
2° La maladie inoculée est, en général , aussi meurtrière que celle
qui résulte de la contagion ; et, dans quelques circonstances, elle
a fait plus de victimes ;
3° Elle multiplie les foyers de contagion, et perpétue la maladie
en la rendant, en quelque sorte ; enzootique comme en Hol-
lande , ete.
NOTE ˰.
Usage des viandes , moyens d'utiliser les peaux.
Il y a peu de choses sur l'usage des viandes dans les anciens au-
teurs , sinon des observations exagérées et contredites par celles de
nos jours. Pour prouver le danger de l’usage des viandes dans les
temps d'épizooties , ils prennent leurs exemples tantôt dans le char-
bon, tantôt dans le typhus, les affections gangreneuses , ete. Les
chiens qui s’en nourrissent, ils les font périr de la rage (Basse-Hon-
grie , fait rapporté par Barberet), ou de toute autre maladie qu’on
ne désigne pas.
En voici de plus positifs : À l’occasion d’une dyssenterie qui ré-
gnait en 1759 , et qu’on attribua à l'usage de la viande de quelques
bœufs venus de Hongrie, il y eut une querelle entre le peuple et
les bouchers ; et le sénat de Venise défendit, sous peine de mort,
de vendre du bœuf, du lait et du fromage. Pendant la maladie de
1745 , une diarrhée dyssentérique se montra aussi sur les soldats
du régiment Royal-Bavière, qui mangèrent de la viande des ani-
maux infectés ; on ne dit pas que cette maladie existât dans le peu-
ple, qui, sans doute, en avait aussi fait usage. Ajoutons à cela
quelques accidents très limités, la diarrhée , produite par le lait de
quelques vaches malades. (Gohier.)
DES BÊTES A CORNES. 8)
Les faits observés de nos jours par des autorités connues de nous
me semblent mériter plus de confiance. On sait qu'en France et en
Italie, pendant l'épizootie de 1814 , des armées entières, de nom-
breuses populations, même les malades des hôpitaux, en ont fait
usage impunément pendant plusieurs mois. ( Huzard.)
Les affections charbonneuses sporadiques et enzootiques ne sont
pas rares en France; il n’y a pas d'années qu'il ne s’en montre
dans plusieurs localités. A part quelques accidents d'inoculation
par imprudence, on ne cite pas de maladies produiles par l'usage de
ces viandes.
Mais pour ne parler que de la maladie qui nous occupe (le ty-
phus), la question a été résolue en 1814. Cette viande est sans doute
une mauvaise alimentation , une nourriture peu substantielle ; mais
elle est sans danger pour l'homme qui en fait usage. Et, si l'on con-
serve les réglements faits à ce sujet, que ce soit parce qu’on ignore
encore si cette viande ne serait pas.une des causes nombreuses de
là propagation du typhus; ce qui détruirait l'efficacité des mesures
d'isolement.
Plus tard , avec les progrès rapides de l’industrie , il se formera ,
sans doute , sur plusieurs points de la France, des établissements
semblables à celui de M. Payen, à Paris ; alors les animaux morts
transportés avec précaution, et ceux qui seraient abaltus, pourront
leur être livrés sous certaines conditions. Il n’est pas douteux qu’un
animal , transformé en quelques heures , par le feu et la vapeur ,
en différents produits chimiques ou agricoles , doit être incapable de
propager la maladie.
Quant aux suspects, ils peuvent très bien être employés à la
consommation , mais sur les lieux, avec les précautions connues :
1° un certificat de santé sera délivré par le vétérinaire et légalisé
par l'Autorité; 2° le boucher n’entrera pas dans l’étable , l'animal
sera tué dans les 24 heures et sa peau portée à la désinfection.
Dans un cas d’abattage limité comme celui que nous avons sup-
posé , nous avons dit qu’il serait prudent d’enterrer les peaux tail-
ladées , cette perte étant minime. Mais , dans toute autre circon-
stance , elles doivent être utilisées ; tous les auteurs sont d'accord
sur ce point : Vicq-d’Azir , Guersent , Hurtrel-d'Arboval , etc.
L'expérience démontre, en effet , que lavées et passées à Ja chaux
immédiatement après le dépouillement des animaux , et ensuile au
86 TYPHUS CONTAGIEUX
tannage , elles perdent la faculté de transmettre la maladie ; mais il
faut que cette opération soit fidèlement exécutée , et elle ne peut
l'être que par des personnes à qui cette entreprise sera concédée
sous certaines conditions, et sous la surveillance de l'Autorité ou
de ses délégués. (Écarrisseurs autorisés par l’art. 9 de l'arrêt du 16
juillet 1784.) Le recensement et les marques qui indiquent le nom-
bre des animaux morts donnent un moyen facile de s'assurer des
soustractions, et les auteurs en seraient sévèrement punis.
NoTE 6°.
Désinfection des écuries , harnais et autres objets.
Pendant le règne de la maladie, il est prudent, avons-nous dit ,
de pratiquer les fumigations, les lavages, l’aération des étables, ete.;
ces mesures ne sont pas moins uliles , quand la maladie a cessé.
L
Le miasme du typhus paraît avoir pour véhicules ordinaires les
matières ichoreuses ou les mucosités qui s’échappent des naseaux ,
de la bouche et de l'intestin. Dans quelques circonstances, la bile ,
le lait, le sang et toutes les humeurs peuvent inoculer la maladie.
Ces matières contagieuses peuvent-elles se répandre et se soutenir
dans l'air pour être transportées à distance ? Les opinions sur cette
question sont partagées ; peut-être cela n’a-t-il lieu que lorsqu'elles
sont en masse, dans l'air humide, fournies par un grand nombre
d'animaux, et non dans les conditions de l'isolement. Cetle remar-
que a élé faile dans le choléra de Paris; ce qui explique l’inefficacité
des cordons de troupe dans quelques cas. (apport de la Commis-
sion des médecins de Lyon, déjà cité.)
Dans le doute, il sera prudent de mettre en usage les fumiga-
tions acides, celles de chlore, qui, si elles ne détruisent pas le
miasme , ont loujours l'avantage de neutraliser les mauvaises odeurs
et de renouveler l'air.
Des expériences positives prouvent qu’en elfet les acides et les
alcalis , même concentrés , ne détruisent pas cette propriété conta-
gieuse ; aidés par l’action de l’eau et du feu , il se pourrait qu'ils
produisissent cet effet. Quoi qu'il en soit, c’est un moyen de pro-
preté et de dispersion des matières , qui, étendues , perdent bien
DES BÊTES A CORNES. s7
plus tôt leur funeste propriété que concentrées dans des lieux fermés
où l'air se renouvelle mal.
Il résulte des expériences de Vicq-d'Azir, Camper et Munichs
sur l’inoculation , que les liquides animaux dans un vase fermé ont
perdu leur action au bout de quatre jours ; qu'ils la conservent plus
long-temps (quatorze jours) par un temps sec et froid, si le vase est
privé d'air; et jusqu’à trois mois, sices matières sont en masse.
(Sanie des cadavres dans leurs fosses.) L'air hâterait-il leur décom-
position par son renouvellement ? c’est probable. Ces faits, examinés
de nouveau , seraient d’un haut intérêt.
On a remarqué que la contagion est moindre ou nulle pendant la
convalescence : cela s'applique, sans doute , aussi au déclin ou
époque de décroissance de la maladie ; mais malheureusement per-
sonne n’a pensé à en faire l'observation.
En attendant, comment faire concorder ces expériences et ces
observalions avec les exemples de contagion si extraordinaires rap-
portés successivement par tous les auteurs? Ce matelas qui commu-
nique la peste au bout de 7 ans, ces habits , ces étoffes qui la con-
servent aussi plusieurs années ; enfin, ces cordes qui , oubliées pen-
dant 80 ans dans le coffre d’une église à Venise, renouvellent la
peste et font périr 10,000 personnes. (Le sénateur Trincavel.)
Si ces faits n’inspiraient pas quelques doutes , il ne faudrait plus
croire à la possibilité d’une désinfection , et il faudrait craindre de
regarnir jamais une étable dépeuplée par une maladie contagieuse.
Heureusement cetle panique est restée dans les livres , et les auteurs
modernes, les chimistes surtout (Serrulas) , pensent que l’eau est
le grand dissolvant de tous les miasmes , et qu’une fois dispersées
dans la masse atmosphérique , ces matières ne sont bientôt plus à
craindre.
On nettoiera donc à grands layages d’eau chaude, bouillante ,
acide ou alealine tous les objets qui ont pu être souillés par le con-
tact des malades ou des malières qui s’en échappent : rateliers ,
mangeoires, voitures , harnais , habits de laine , ete. Les murs se-
ront ensuite reblanchis , le sol ou le pavé retourné, ete.
Toutes ces précautions prises et exécutées minutieusement , on
peut, je crois, sans danger , repeupler les étables ; mais il serait
mieux d'attendre que la maladie fût arrivée à son déclin, on qu'elle
88 TYPHUS CONTAGIEUX
eût entièrement disparu du pays. En attendant , les travaux seraient
exécutés par des animaux d’une autre espèce.
NOTE 7°.
Traitement préservatif et curatif.
Après les mesures d'isolement , de propreté et de désinfection, le
meilleur préservatif , le plus sûr ést l'observation des règles de l'hy-
giène : nourriture saine , sans profusion , travail léger , pansage ré-
gulier , air pur , assainissement des habitations , etc.
Tous les autres préservatifs sont jugés inutiles ou nuisibles : sai-
gnées, sétons, purgatifs, mastigadours, etc. Un seul fait semblait les
autoriser en théorie , c’est que les animaux les plus faibles et les
plus maigres ont toujours été moins maltraités par la maladie; mais
en quoi cette faiblesse constitutionnelle ressemble-t-elle à l'affai-
blissement momentané et perturbateur que produisent les saignées ,
les sétons et autres évacuants ? Quoi qu'il en soit, l'expérience a
prononcé, et l’on peut aujourd’hui regarder tous ces prétendus pré-
servatifs comme insignifiants , sinon nuisibles.
Tous les faits se réunissent aussi pour démontrer le peu de succès
des divers traitements employés. Tous les agents pharmacologiques
ont élé mis à contribution pour combattre cette maladie; mais on
peut les ranger tous sous trois chefs principaux : 1° les traitements
empiriques faits au hasard ; 2° ceux qui attaquent les symptômes
d'après les souvenirs de l'expérience ou de l’analogie; 3° les traite-
ments dits méthodiques ou rationnels , qui ont varié avec les doctrines
médicales de l’époque : évaeuants, toniques , antiseptiques, anti-
spasmodiques , antiphlogistiques ; etc. Tous ont échoué; c’est qu’au-
cun agent, aucune doctrine n’a le pouvoir de combattre la variété
d'accidents que présente une maladie aussi compliquée.
Il en a été de même dans le‘choléra , cette affection de l'homme ,
d'origine étrangère comme le typhus ; et qui présente avec ce der-
nier une grande analogie dans ses symptômes ; sa marche , sa con-
tagion et ses lésions cadavériques. Il ne manque à cette ressem-—
blance que la cyanose et les vomissements qui ne peuvent pas se
montrer dans nos animaux. L'Académie royale de médecine confesse
l'incertitude ou l'impuissance de tous les traitements proposés. — ,
DES BÊTES A CORNES. 89
De nos jours, on a beaucoup vanté les bons résultats d’un traite-
ment rationnel , basé sur la connaissance positive du siége et de la
nature du typhus. Un seul exemple est rapporté , où je vois figurer
un traitement bâtard qui proscrit généralement la saignée , indique
les purgalifs huileux et salins , et dans lequel, après avoir affaibli
le sujet par une diète rigoureuse , on ne craint pas d'en venir , pour
relever ses forces , à l’acétate d’ammoniaque , aux toniques , etc.
Si cetle médication a eu quelque succès, ne serait-ce pas, comme
l'avoue son auteur , qu'on avait fait un choix de sujets en qui la
maladie s’annoncçait par des phénomènes moins graves et moins
alarmants , que les antiphlogistiques sont les moins perturbateurs de
tous les agents , et laissent plus de latitude aux efforts de la nature?
On remarquera aussi qu’en 1816 le typhus tirait vers son déclin.
Cette impuissance de la médecine se révèlera toujours dans ces
théories étroites, qui, sur la découverte de quelques signes et de
certaines lésions , se prétendent en possession du secret de la na-
ture, surtout dans ces maladies profondes qui minent tout l'organisme
et épuisent rapidement toules les sources de la vie. Les exemples
récents du typhus et du choléra en sont la preuve la plus évidente.
Désormais, c'est dans les phénomènes nombreux de cette affec-
tion avec ses accidents variés de symptômes, de causes , de lésions
que nous devrons chercher de nouvelles indications qui , variées
comme ces phénomènes eux-mêmes , devront être claires, faciles à
remplir par des médicaments simples et peu coùûteux. Pour cela , il
faudra abandonner ces énormes doses de substances exotiques qui
ont si souvent ajouté aux pertes énormes causées par la maladie.
Telle est aujourd’hui la tendance de la médecine , nous devrons y
obéir.
NOTE 6°.
Législation actuelle relative aux maladies contagieuses des animaux.
Depuis le commencement du siècle dernier jusqu’à 1815, il a
paru sur cette matière 24 réglements , dont les principaux sont ceux
du 10 avril 1714, 24 mars 1745, 19 juillet 1746, 10 octobre
1774 , 30 janvier 1775 , 16 juillet 1784 , l'arrêté du Directoire du
27 messidor an V, et l'ordonnance du roi du 27 janvier 1815.
90 TYPHUS CONTAGIEUX
La plupart de ces réglements prescrivent des mesures parlicu-
lières appliquées à quelque localité et aux circonstances diverses
dans lesquelles ils ont été rendus.
Quant aux mesures générales applicables à tous les cas, elles sont
répétées dans tous et surtout dans les plus modernes. Il serait donc
tout-à-fait inutile de recopier les termes de tous ces arrêts, régle-
ments ou ordonnances ; il me semble plus méthodique de montrer
d’abord ia confusion et les nombreuses contradictions qui s’y ren-
contrent, et d'en extraire ensuite les mesures générales qui peuvent
encore être appliquées.
Cette législation incohérente , comme nous le démontrerons tout
à l'heure, est maintenue d’une manière générale par l’article 484
du Code pénal, et plus spécialement par l’article 4° de l’ordon-
nance du roi du 27 janvier 1815, qui en rappelle les principaux
réglements. Mais il est bon de remarquer qu’elle a été, en quelque
sorte, abrogée de fait; puisqu’à chaque circonstance qui se présente,
on se croit obligé d'émettre un nouveau réglement sur la matière ,
soit pour rappeler les anciennes mesures, soit pour y en ajouter de
nouvelles.
Ainsi, cette vicille législation ne nous lie en aucune manière
pour l’avenir. On peut dire qu’elle porte en soi sa condamnation
comme inutile ou inefficace ; car, dans la plupart de ces arrêts , on
lit, dans le préambule , ce considérant : « Le roi ayant été informé
que la maladie épizootique qui régnait dans les États voisins a pénétré
en France, où bien qu'elle y continue ses ravages , nonobstant les
précaulions qui ont été prises par ses ordres pour en arrêter la cause
ou diminuer ses progrès, ete.. elc. »
Cependant il serait difficile de trouver des précautions plus mi-
nulieuses et d'ajouter à la sévérité des mesures prescrites , soit par
l'ordonnance du roi du 6 janvier 4739, pour arrêter la maladie à la
frontière , soit par d'auires ordonnances pour prévenir ses ravages
à l'intérieur; puisqu'après avoir ordonné l'assommement des dix
premières bêtes malades par l'arrêt du 18 octobre 1774, celui du
30 janvier 1775 , qui défend le traitement des malades permis par le
Parlement de Toulouse , arrive, sans plus de succès, à l’occision
générale , et, pour plus de sureté, confie l'exécution de ces mesures
à la seule autorité militaire. £
On trouverait, sans doute, qu’il serait peu constitutionnel d’ap-
DÉS BÊTES À CORNES. 91
pliquer aujourd’hui l'ordonnance du 1€° novembre 1775, qui enjoint
à tout officier , soldat ; cavalier ou dragon d’emprisonner ceux qui
auraient résisté à leurs ordres. On peut recommander , comme me-
sure de précaution , de ne laisser entrer dans les maisons , cours et
étables où règne la maladie aucune bête à cornes, chevaux, cochons
ou moutons ; et même les chiens; mais si l’on en fait l'objet d’une
défense expresse, comme l’article 11 de l'arrêt du 31 janvier 1771,
cette mesure peut paraître singulière. Quelle peine infligerait-on au
propriétaire dont le chien aurait brisé sa chaîne ?
Avant d'extraire de tous ces arrêts ce qui peut être bon à conser-
ver , ne faudrait-il pas les mettre d'accord en faisant disparaître les
contradictions qu'ils présentent ?
S'agit-il de l'enfouissement des animaux morts ou abattus ? je
demande quelle devra être la profondeur de la fosse. Sera-t-elle de
3 pieds comme le veut l'arrêt du 16 avril 1714 , ou de 4 pieds selon
le décret de l'Assemblée constituante du 6 octobre 1792, ou 10 pieds
(arrêt du 16 juillet 1184) , ou 8 à 10 pieds (arrêts des 23 mars ct
44 mars 1743-1745, ou 8 pieds (3 janvier ATT1 )? Est-il défendu
de recouvrir les cadavres de chaux vive et de brûler les fumiers aux
termes de ce dernier arrêt, ou le regarderai-je comme permis et or-
donné par celui de 1743 (article 5)?
Si, pour plus de sécurité, je préfère la plus grande profondeur
des fosses , je pencherais , dans quelques circonstances , si le choix
m'en était permis , pour la plus faible amende. Elles varient depuis
20 livres, 100, 200, 300, jusqu'à 500 et 1,000 Liv. (16 janvier
1714); et, dans tous les cas, je supprimerais la peine afflictive ;
l'emprisonnement.
Quant aux marques , je préfère le fer chaud (30 janvier 1771) au
cachet de cire verte (16 juillet 1784).
Mais est-il possible de laisser subsister aujourd'hui cet arrêt du
16 juillet 1784, qui confond dans une même catégorie des maladies
contagieuses aussi différentes que la morve, le charbon , la gale,
la elavelée , le farcin et la rage ; et qui a pour base ce considérant :
que la morve se perpétue par toutes sortes de voies , que l’écurie où
un cheval qui en est atteint n’a fait que passer , les harnais et tout
ce qui lui a servi, reçoivent et communiquent ce vice épidémique
qui ne tarde pas à se développer , ele. , etc.?
Au lieu de recopier sans fin ces éternels réglements, il me semble
92 TYPHUS CONTAGIEUX
qu'il est préférable de faire connaître leurs dispositions générales
dans l’ordre du développement d’une maladie contagieuse , en rap-
pelant les principaux arrêts qui les prescrivent. Ainsi, on aurait
réunis tous les matériaux de l’ancienne législation, dans laquelle on
pourrait puiser, pour de nouveaux réglements , les dispositions gé-
nérales qui peuvent être appliquées dans certaines circonstances.
1. Tout propriétaire ou détenteur d'animaux , à quel titre que ce
soit, qui aura une ou plusieurs bêtes malades ou suspectes de mala-
die contagieuse , est tenu , sous peine de 500 fr. d'amende, d’en
avertir sur-le-champ le Maire de sa commune, qui les fera visiter
par l'expert le plus voisin, ou par celui qui a été désigné par le dé-
partement ou le canton. — (Arrêt du Parlement du 24 mars 1745.
— Arrêt du Conseil-d'Etat du 19 juillet 1746 , article 3. —- Arrêt
du 16 juillet 1784 , article \%, — Code pénal , article 459, — Dé-
cret de l Assemblée constituante , 8 octobre 1191 , article 19.)
Avant mème que le Maire ait répondu à cet avertissement, ce
propriétaire , détenteur , etc. , devra tenir ces animaux renfermés ,
sous peine d'un emprisonnement de six jours à un mois , et d’une
amende de 16 à 200 fr. — ( Code pénal , même article.)
2. Lorsque, d’après le rapport de l'expert, il aura été constaté
qu'une ou plusieurs bêtes sont atteintes ou suspectées d’une maladie
contagieuse , le Maire en ordonnera la séquestration , afin d’'empê-
cher qu’elles communiquent avec aucune autre. A cet effet , le pro-
priétaire , etc. , Sera tenu de les nourrir dens des lieux renfermés ,
etil ne pourra, sous quelque prétexte que ce soit, les conduire dans
les pâturages , ni aux abreuvoirs communs , sous peine de 100 fr.
d'amende. — (Arrêt du Conseil-d'État du 19 juillet 1746 , art. 2.
— Idem du 16 juillet 1784, art. 1er.)
Si, de la communication mentionnée ci-dessus , il résulte une
contagion pour les autres animaux , les contrevenants seront punis
d'un emprisonnement de deux à cinq ans, et d’une amende de 100
à 1,000 fr. , le tout sans préjudice de l'exécution des lois et régle-
ments relatifs aux maladies épizootiques et de l'application des
peines y portées. — (Code pénal, art. 461.)
3. S'il s’agit d'un troupeau malade (bêtes à cornes, à laine ou
pores) après la déclaration qui doit en être faite dans tous les cas
et la visite, le Maire assignera sur le terrain de parcours ou de la
vaine pâture ( si l’un et l'autre existent dans la commune ) un es-
DES BÊTES A CORNES. 93
pace où ce troupeau pourra pâturer exclusivement et le chemin
qu'il devra parcourir pour se rendre au pâturage. Si ce n’est point
un pays de parcours ou de vaine pâture, le propriétaire ne pourra
sorlir son troupeau de son héritage. — (Décret de l'Assemblée
constituante du 6 octobre 1T91 , titre 127, art. 19.)
Dans le cas où le troupeau ne pourra être conduit au pâturage ,
il sera mis sous la garde d’un pasteur choisi par la communauté ,
lequel ne pourra conduire ce troupeau que dans le lieu qui lui aura
été assigné, à peine de punition corporelle et de tous dommages
et intérêts ,; dont la communauté demeurera responsable. —
(Arrêt du Parlement du 24 mars 1743 , art. 1°.)
Défenses sont faites aux communautés qui ont droit de parcours
ou d'usage sur le territoire voisin, de l'exercer dès le moment
qu'il y aura dans la communauté des bêtes atteintes de maladies
contagieuses , à peine pour les habitants en contravention de ré-
pondre solidairement de tous dommages et intérêts dont la commu-
nauté demeurera responsable. — (Méme arrét, art. 2.)
Le troupeau affecté de maladie contagieuse, qui sera rencontré
sur les terres de parcours ou de la vaine pâture, autres que celles
qui lui auront été assignées , et à plus forte raison partout ailleurs,
pourra être saisi par le garde-champêtre et même par toute autre
personne , et il sera conduit au lieu de depôt assigné par la muni-
cipalité.
Le maître de ce troupeau sera condamné à une amende de la
valeur d’une journée de travail par tête de bêtes à laine et à une
amende triple par tête d'autre bétail. — ( Décret de l'Assemblée
constituante du 6 octobre 1791 , titre Il , art. 23.)
4. Aussitôt que l'existence de. la maladie aura été constatée , le
Maire en informera le sous-Préfet, celui-ci le Préfet et ainsi jus-
qu'à l’Administration-Centrale. Des rapports devront constater le
nombre des animaux malades , des morts , ete., etc. — (Arrét du
19 juillet 1746.)
5.En même temps, le Maire en instruira les propriétaires de sa
commune par une affiche posée aux lieux où se placent les actes
de l’Autorité publique. Ces affiches contiendront l’injonction aux
propriétaires de déclarer le nombre des animaux malades qu'ils
possèdent et leur signalement. Copies de ces actes seront envoyées
94 TYPHUS CONTAGIEUX
au sous-Préfet, de là au Préfet. ete. , ete. — (ÆArrét du 19 juillet
1746 , art. 4.)
Des signaux seront placés à la porte des maisons ou étables où
règne la maladie, et aux principales avenues de la commune, qui
devront être barrées. — (Arrêt du 30 janvier ATTA , art. 6.)
6.Le Maire fera marquer sous ses yeux tous les animaux de la
commune avec un fer chaud, représentant les lettres Met S, qui
seront contremarqués de la lettre G , sur l'arrêté du Préfet, quand
l'épizootie aura cessé.— (Arrêts du 19 juillet 746,16 juillet 1784.)
Des poteaux , indiquant l'existence de la maladie , seront placés
aux confins de la commune. — (19 juillet 1741 et A6 juillet 1784.)
7. Défenses sont faites à tous vétérinaires, maréchaux , bergers ou
autres de traiter aucun animal attaqué de maladie contagieuse , sans
en avoir fait la déclaralion aux Autorités. — (16 juillet 1784,
art. 4.)
Afin d'éviter toute communication des pays infectés avec ceux
qui ne le sont pas , le Maire ordonnera des visites dans les communes,
afin de s'assurer qu'aucun animal n’en a été distrait. — (Arrêts du
24 mars 1745116 juillet 1784.)
Ces visites seront faites par les vétérinaires qui se feront accom-
pagner par l'Autorité ou un officier public, à qui ils sont tenus de
prêter leur ministère toutes les fois qu'ils en seront requis, comme
aussi de se transporter dans les marchés publics, les écuries des
maîtres de poste, entrepreneurs de messageries , loueurs de che-
vaux et même des particuliers. — (16 juillet 1784 , art. 2 et 3.)
À cet effet, il est défendu à toute personne de refuser aux vété-
rinaires ainsi assistés, l'entrée de leurs étables ou écuries , d’ap-
porter aueun obstacle à l'exercice de leurs fonctions. — (16 juillet
1784 , art. 3.) |
Ceux qui auront caché ou recélé un animal sain ou malade, lors
des visites qui seront faites en exécution du présent arrêt, seront
punis d’une amende de 500 fr. payable par corps , et sans pouvoir
être modérée. — ( Arrêt du 18 octobre 1714, art. 6.)
8. Si, au mépris de ces dispositions , un propriétaire, boucher ,
marchand ou tout autre, se permet de vendre ou acheter des bêtes
marquées , alteintes ou suspeclées de maladies contagieuses , il sera
puni d'une amende de 500 fr.
Les propriétaires , ele. , qui feraient conduire ces animaux dans
DES BÊTES A CORNES. 95
les foires et marchés , ou dans tout autre lieu non infecté, seront
responsables du fait de leurs conducteurs. — (Æ4rrét du 16 juillet
1784, sant.5 et 6)
Il est défendu aux hôteliers , cabaretiers , laboureurs ou autres,
de recevoir dans leurs écuries ou étables aucun animal atteint ou
soupconné de maladie contagieuse , sans en faire aussitôt la décla-
ration. — ( Méme arrêt, art. T.)
9. Tout fonctionnaire publie, et même les particuliers qui trou-
veront dans les chemins, foires ou marchés un animal marqué de
la lettre M, seront tenus de le faire conduire devant le juge-de-paix
qui le fera tuer sur-le-champ en sa présence. — (Arrêt du 16 juillet
1784, et arrét du Conseil-d'Etat du À9 juillet 1746.)
10. Pourra l'Autorité commettre tel nombre d’écarrisseurs qui
sera jugé convenable , lesquels seuls pourront faire l'enlèvement et
l'écarrissage des animaux morts.
Ces écarrisseurs ne pourront , sous peine d'être déchus de leur
commission, d'amende ou de telle autre punition qu’il appartiendra,
vendre e tdébiler aucune viande provenant de chevaux ou autres
animaux qui auront été abattus pour être enterrés. — (Arrét du 16
juillet 1784, art. 9.)
11. Défense à toute personne de déterrer les animaux sous quel-
que prétexte que ce soit, et aux tanneurs ou autres de vendre ou
acheter les peaux des animaux affectés de maladies contagieuses ,
à peine de 300 liv. d'amende et même de punition corporelle.
— (Arrét du Parlement du 24 mars 1143 , art. 6.)
12. Cependant, comme il pourrait se trouver des bêtes saines
dans un pays infecté , il sera permis aux propriélaires de les faire
tuer chez eux, ou de les vendre aux bouchers aux conditions
suivantes :
1° L'expert aura constaté , par un certificat signé du Maire,
qu'elles ne sont point atteintes de la maladie ;
2° Le boucher n’entrera pas dans l’étable, et il sera tenu de
tuer dans les 24 heures;
3° Le proprictaire ne pourra s’en dessaisir , ni le boucher tuer ,
sous peine de 200 fr. d'amende, dont ils seront solidaires, sans la
permission du Maire qui en fera mention dans ses états. — ( Arrét
du 19 juillet 1746 , art. 8.)
13. Tous les chiens d’un pays infecté seront tenus à l'attache ,
96 TYPHUS CONTAGIEUX DES BÈTES À CORNES.
pendant le temps que durera la maladie. Ceux qui seraient trouvés
divaguants seront tués sur-le-champ.— ( Loi sur la police rurale du
19 juillet 1791.)
14. Tout fonctionnaire publie, qui donnera des certificats ou
attestations contraires à la vérité ,; sera condamné à 1,000 fr.
d'amende et même poursuivi extraordinairement. — ( Arrêt du 24
mars 1745, art. 14.)
Dans tous les cas où des amendes auront été appliquées , aucun
juge ne pourra les remeltre ou les modérer. Les jugements, qui
interviendront en conséquence, seront exécutés par provision; et
les délinquants, au surplus, seront soumis aux lois de la police
correctionnelle. — (_Arrét du Parlement 1746 ; du Conseil 1746,
art. 15; idem 1784 , art. 12.)
15. Aussitôt qu’une bête sera morte d’une maladie contagieuse ,
au lieu de la traîner on la transportera à l'endroit où elle doit
être enterrée , et qui sera au moins à 100 toises de toute habitation.
Elle sera jetée seule dans une fosse de 10 pieds de profondeur avec
sa peau tailladée. La terre sera foulée par-dessus et couverte d’é-
pines et de pierres.
Dans le cas où le propriétaire de la bête n’aurait pas la faculté
d’en faire le transport , le Maire peut en requérir un autre , et même
les manouvriers nécessaires , à peine de 50 fr. d'amende contre
les refusants. Les voitures seront traînées par des animaux d'une
autre espèce que celle attaquée, et les objets, qui auront servi à
son usage, seront lavés à l'eau chaude et désinfectés par tous les
moyens reconnus.
Il est, en outre, défendu de jeter les animaux morts dans les
rivières , les bois ou les voieries , de les enterrer dans les étables ,
cours ou jardins, à peine de 300 fr. d'amende et de tous dommages
et intérêts. —(4rrét du Parlement de 1145 , art. 5; du Conseil de
1784, art. 6.)
16. Dans toutes ces circonstances , les contraventions aux ré-
glements de police administrative seront punis d’une amende plus
ou moins forte; mais le Code pénal peut les considérer comme
des délits qui entraînent la police correctionnelle et l'emprison-
nemenl.
BSTRALITS
DES
PROCES-VERBAUX.
Séance du 11 janvier 1839. — Présinence DE M. BoTTex.
M. Thomas Dugas lit un rapport sur le Mémoire de M. Dralet,
relatif aux propriétés du plâtre. Le fait dominant de ce Mémoire est
l'opinion : que le plâtre agit plutôt sur le terrain que sur les feuilles
des végétaux.
M. Dupuits de Maconex pense que cet effet est loïn d’être prouvé.
Il regarde le prompt effet du plâtre sur les légumineuses comme
une conséquence du nombre et de la largeur de leurs feuilles qui
arrêtent le gypse, avant qu’il arrive au sol.
La Société accepte la proposition de M. Césaire Nivière, son
correspondant , qui lui offre d'ouvrir , sous son patronage , un cours
public et gratuit d'agriculture. Ce cours traitera spécialement des
assolements , des engrais et de la comptabilité agricole.
MM. Scipion Gras, ingénieur des mines, et Garnier , biblio-
thécaire-adjoint de la ville d'Amiens , sont nommés correspondants.
M. Jules Bourcier lit un rapport sur la filature d’un cocon du
Phalæna Paphia faisant partie de ceux que la Bonite a rapportés
«en France , et que M. le Ministre des travaux publics , de l’agri-
culture et du commerce à confiés à une Commission , pour qu’elle
étudiât la qualité de cette soie et les avantages qu’on en pourrait
tirer, en même temps qu’elle rechercherait les moyens de filature.
MM. Borrex, Président ;
Lecoe , Secrélaire-adjoint.
98 EXTRAITS
Séance du 18 janvier. — PRÉSIDENCE DE M. Jurx.
Une pétition adressée à la Chambre des députés par la Société
d'agriculture de Lille, en faveur des fabriques de sucre indigène ,
est accompagnée d’une lettre demandani l'adhésion de la Société
d'agriculture de Lyon. MM. de Saint-Didier , Alexandre, de Bé-
nevent, Dupuits et Reverchon sont priés d'examiner cette pétition.
M. Guillard père lit un rapport sur un Mémoire de M. Noirot-
Bonnet, concernant le défrichement des bois dans la Haute-Marne.
M. Jules Bourcier lit une notice sur une nouvelle espèce d'oiseau
mouche qu'il nomme le Labrador. I met sous les yeux de la Société
cet oiseau el les espèces Barbe-bleue et Cora, avec lesquelles le
Labrador présente plusieurs ressemblances.
M. Jourdan donne lecture d’un Mémoire de M. Duval, membre
de la Société géologique de France , sur le terrain Néocomien de la
Drôme. (Voyez pag. 3.)
M. Deschamps présente un échantillon d'encre indélébile, de sa
composition. Sur sa demande , une Commission ; composée de
MM. Pelletier, Bineau et Magne , est chargée d’en faire l'examen.
MM. Jon, Président ;
Lecog , Secrétaire-adjoint.
*
+ +
Séance du 25 janvier — Présidence DE M. Borrtex.
Le Secrétaire lit une note de M. Mathieu Bonafous sur des œufs
de ver à Soie exposés à une basse température. (Voyez pag. 1.)
M. Dupuits de Maconex communique un Mémoire qui a pour
titre : Plantation de la vigne , conduite les premières années ; es-
pacement des souches , vignes pleines , joalles ou joualles , hautains ,
vignes hautes , vignes basses.
M. Magne rend compte des Considérations sur l'amélioration des
animaux domestiques , par M. Favre , médecin-vétérinaire du canton
de Genève , correspondant de la Société. M. le rapporteur analyse
DES PROGÈS-VERBAUX . 99
ce travail, et termine en demandant qu'il soit inséré dans les
Annales : « car, dit-il, en suivant les principes qui y sont exposés,
les agronomes contribueront à la richesse publique par l'augmen-
tation de leur fortune et de leur bien-être. » :
M. Mulsant lit une note de M. Gaillemain sur une subslance
qu'il désigne sous le nom d'Æntiseptique , et qui a, selon lui, la
propriété de doubler la durée de la chaussure , en la rendant im-
perméable à peu de frais. Une Commission est nommée pour exa-
miner cette substance.
Séance du 1% février. — Présinexce pe M. Borrex.
M. Dupuits de Maconex lit un Mémoire sur les engrais et amen-
dements qui conviennent à la vigne, sur la manière de les employer,
sur l'influence qu'ils exercent et sur le moyen d’oboier à leur rareté.
Il traite aussi des différentes manières de renouveler la vigne , soit
par arrachement , soit par prooins.
M. Repiquet, à l'appui de l'opinion des personnes qui pensent
que les engrais nuisent aux qualités du vin, rapporte l'avis d’un
propriétaire de Sainte-Foix qui affirme que les vins de cette localité
ont perdu , depuis que l’on fume beaucoup les vignes. Autrefois ,
selon lui, on retirait moins de vin du vignoble de Sainte-Foix ;
mais la qualité remplacait la quantité.
M. Seringe cite comme effet notable de l'influence des engrais sur
la saveur des végétaux , des légumes qu’il a eu l’occasion d'observer
en Suisse et qui avaient un mauvais goût. Il rappelle aussi ce qui se
passe dans les prairies où les vaches déposent leurs excréments.
Deux ans après , des touffes d'herbes plus hautes, d’un vert plus
foncé , eroissent dans ces places et restent d'autant plus apparentes
que les bestiaux n’y touchent pas, repoussés sans doute par une
saveur désagréable.
M. Jules Bourcier dit qu'il est reconnu que la cornaille , dont on
fait usage pour fumer les vignes autour de Lyon, exerce une in-
fluence sur le vin. Il devient plus léger , plus aqueux , et contracte
une légère odeur,
ET É
100 EXTRAITS
M. Dupuils de Maconex pense que les émanations de l’engrais
ne peuvent communiquer une saveur particulière au vin qu'autant
qu’elles se trouvent en contact avec le raïsin.
M. Seringe ne croit pas que l'absorption se fasse par la pellicule,
mais que les feuilles qui absorbent les gaz ambiants les trans-
meltent à la sève qui, par la circulation , peut les communiquer
aux fruits.
M. Dupuits de Maconex est persuadé que c’est par la pellicule
du raisin seulement que l’arôme peut être vicié. Il rappelle qu'il
suffit de suspendre des aristoloches au-dessus d’un cep, pour
donner aux fruits la saveur de ces plantes. Pour prouver que l’a-
rôme réside dans la pellicule , il rapporte qu’il a souvent expéri-
menté que les vins qu’il récoltait à Côte-Rôtie étaient plus par-
fumés , lorsqu'ils provenaient des dernières pressées. Des marchands
de vins, auxquels il faisait goûter du vin retiré ainsi de grappes
coupées et soumises au pressoir après la cuvée , crurent ce parfum
factice , tant il était fort.
M. Jourdan étaye l'opinion de M. Dupuils des expériences
de M. Dutrochet , qui servent de base à la théorie sur l’endosmose
et l'exosmose. Il compare ensuile chaque grain de raisin à une
vessie pleine d’un liquide inodore et suspendue dans un vase qui
renfermerait une odeur forte. Au bout d’un certain temps, cette
odeur se communique au liquide retenu dans la vessie. Il eroit que
la baie de raisin, qui conlient beaucoup d’eau, peut absorber les gaz
qui l'entourent , et même les liquides. Il cite les graines éclatées
après les pluies ou les matinées humides, et ne pense pas que la
surabondance de liquide qui a occasioné cet accident provienne des
racines.
M. Magne pense que les vins peuvent prendre mauvais goût ,
non seulement par l'absorption qui s'opère par les racines, les
feuilles et les différentes parties de la vigne , mais encore par suite
des dépôls que les gaz laissent sur la grappe. Il donne comme
preuve les fourrages récoltés dans les prairies de la Guillotière ,
qui sont fumées avec de la gadoue , et que beaucoup de bestiaux
ne veulent point manger, parce qu'ils ont une odeur repoussante,
Il combat l'opinion de M. Jourdan pour les causes qui font crever
les baies de raisin. Selon lui , elles seraient bien plutôt dans la
suppression de la transpiration , quand il pleut. Du reste , il convient
Mbilia pou Le Linge des Geouta
Cnnal, des Ociene ayrie et inclus:
De AL AG, Dulu Beuvcies ab Ge Miel Frevettha
pi |
Rs: ce OU CE ne
— ————— ‘ F
(2) pay 404,
—
_
œ Boite Cu Eee à dartements,
où s'ppléqunt Les fil de sue,
lebtr de À tement
f F Ge à page. fre. dus ba Toile
non inbérieust
ñ. # sur ae de de preuliol ei sinroule tantit la sense V et
lantst La sonde
K Cnbrepuoid) 7e mi le diloir le) La crethre di Le «filesuse me
pese Le bouton à Lx petits Peurchelle we
W lan dun volant ow dévideire demente
RS -
se
Le guénare
frege ve des liant.
“
Bee
Sel Csusuur mécsaique
FD de Joel,
Jytame dit à La lala
3 perl Les filière
|
_—e 22 Clé fout (x féodiute à à Le 202 F ot nil suce noie
Chiege fe T° 40 ce fl Ca cdi O0 Pa LEGS, 224 Lane
6 Wocl tcèt 2 Li CCR Pop 2e 4 ACL:
er LA CA CCD 7e 72777774 le fil <phlgaont ré Loue
À brut an chat E fall farce, tit gps lue ie buts)
Û & Gb CL WW AE 274 ni lai ef le c'eusee 4 faite. y 4
AR CR “4. HEC ET, LH I De Æ. cohhaonl ed bor ds (eee AE Ces
ce - Â 4 clef À DES 277 Gé a SA 77A A LE. PE x |
ALES En A CR LR DA 222724777774 Ve P eot face |
Paie 000 MC CRD TT Le mére LANDES pee 7472 Crree
SA re CeCece ee CAE NC lt CL 224 EE 7e ee Apart
Lée le ge PE A 2 222 LA 2 LT LotLE crc CALE LED LA ZE L
er Pate 0 Le Co 26 étés ce A vo LAC 24 HAUTE AH Cage
77 acssguee Ci CD ON hd pioche A RE
à ee Céccttibe de 22272 “ rephrerl 224 C0 Ch cbañsar tel
24 22772 26 74 Lu CA te 247 LA 7 mo Le dinde PAC
ce HER CA crépetl K pre ln LL CCE lol none AA
Couces A chocutte cllei LÉ VA Cdt bd DCE dl LS CL cételle
con A A 222 V2 conte tai à A 222 LA Cotes col bitisel us
2272277277 PE 27e CLR Ce petéee 4 D Ce lues TR oe 4.
Le fic CC éco à coflet, ent Chl cége AO F, bcot he
7/2 / 7 Ace 746 ue Ve CE JR 2% CAEN OA 7774 4 La 24
lee ta ce 22 OS Cha rigee
DES PROCÈS-VERBAUX. 191
que l'opinion de M. Dupuits sur la position de l'arôme est conforme
aux idées recues. C’est , en général , dans les parties externes des
fruits que se trouve le principe odorant : dans le zeste du citron ,
de l'orange.
M. Bottex, pour montrer que ce ne peut être dans la pellicule
que réside exclusivement l’arôme , objecte la manière dont se fait le
vin blane qui a souvent un bouquet assez prononcé.
M. Magne répond qu'outre le principe renfermé dans la pellicule ,
il doit y ayoir aussi dans le jus de raisin une saveur particulière.
M. Dupuits de Maconex dit que l’arôme du vin est plus fort ,
lorsque le marc a été coupé plusieurs fois , et que jamais le bou-
quet du vin blanc n’a la force de celui du vin rouge.
M. Jules Bourcier expose aux yeux de la Sociélé un nouveau
mélier mécanique , avec ses accessoires, pour la filature ou tirage
des cocons ; il en donne la description. Ce métier, pour lequel
MM. Bourcier et Morel ont pris un brevet d'invention, outre les
avantages que présentaient déjà d’autres découvertes plus ou moins
récentes, en offre plusieurs tout-à-fait nouveaux. 11 obvie à des
inconvénients qu'on n'avait pas encore su prévoir ou éviter, et
donne enfin les produits les plus beaux et les plus réguliers. Le
bâlis en est simple, d’un dessin pur et grâcieux. On a laissé sur
les guindres de ce modèle , qui est réduit à la proportion du quart-
cubique , de belle soie tirée de vieux cocons. Les écheveaux détachés
sont remarquables sous tous les rapports, surtout sous celui de la
régularité du fil.
La machine est mise en action, à l’aide d'une manivelle qui
s’emmanche à l'arbre principal , lequel fait marcher des tambours
de friction communiquant leur mouvement aux aspes ou guindres
au moyen d'une poulie de friction, fixée à l’axe ou arbre de ces
mêmes guindres sur lesquels se dévide la soie. Un des tourillons
du guindre repose sur un levier à ressort, à mouvement ingénieux
et facile qui, à la volonté de la fileuse , fait presser la poulie de
friction contre un arrêt à support : opération qui a pour résultat
d'arrêter immédiatement le guindre , sans obliger la fileuse d'y
portier ses mains presque toujours mouillées, ni l'exposer à gommer
ou à ternir la soie déjà dévidée. Un va-et-vient à cœur excentrique ,
placé à une des extrémités latérales du métier , recoit son impulsion
de l'arbre des tambours de friction, et fait disposer la soie sur les
102 EXTRAITS
guindres avec une égalité parfaite , sans établir de cordons , tant
est uniforme le balancement qui lui est propre. A la gauche de
chaque fileuse , est un petit caisson fermant à clé , destiné à recevoir
la pesée de cocons qui lui est confiée pour remplir sa journée:
Par ce moyen , le propriétaire fileur peut être averti des infidélités ,
el arrive à calculer exactement la proportion de soie obtenue pour
telle quantité donnée de cocons. Il peut, en même temps , juger du
produit, du travail et des déchets de chacune de ses fileuses. Les
siéges , à dos pliants , sont fixés à la partie antérieure du métier ;
ils s’abaissent latéralement par une charnière , et se remettent en
place au moyen d’une coulisse. Le porte-bassines est muni d'un
rebord antérieur qui garantit la fileuse du jaïllissement de l’eau ,
quand elle bat ses cocons , et qui lui sert principalement à reposer
ses brins purgés. La table est légèrement inelinée , et déverse l’eau
dans une petite rainure pratiquée sur le bord extérieur. La tablette
de dévidage supporte inférieurement ses filières et supérieurement
la mécanique d’un système de croisure à lors déterminé , enfermé
dans une boîte, surmonté de son écartement flexible appelé rejet
de mariage , et qui porte les brins au château adapté à la règle du
va-et-vient. Le croiseur mécanique offre d’abord un petit arbre, qui
recoit à ses deux extrémités les deux brins de soie sortant des
filières ; le tors est ensuite effectué par un mouvement de -rotation
imprimé par la mécanique , qui est renfermé et qui marche, dès
qu'on tire le bouton qui y est attaché. Sur la droite du métier , est
placé le système du tirage dit à la tavelle, perfectionné , et auquel
on à fait l'application du croiseur mécanique pour les fileurs qui
persisteraient dans ce système.
Voici le résumé des avantages qu’on relirerait de l'adoption de
ce métier :
1° Construction solide et commode ;
2° Éducation facile des jeunes fileuses ;
3° Facilité , aisance et propreté pour les fileuses ;
4% Grande économie de temps , donnée par l’exécution promple
de Le croisure mécanique; —
° Diminution dans les déchets du rage des cocons , et surtout
ui le dévidage en fabrique ;
6° Croisure déterminée par le filateur , invariable pour les
üleuses ;
DES PROCGÈS-VERBAUX. 105
1° Surveillance mécanique pour la régularité du fil ;
8° Même netteté , même rondeur , même nerf pour les grèges
d'une même filature ;
9o Enfin, et comme principe de ce qui précède , invariabilité
dans la force des deux brins , puisque , dès l'instant qne l’un ou
l’autre ne serait plus le produit d'un même nombre de cocons,
ils ne pourraient se contrebalancer , l'équilibre serait rompu , le
plus faible finirait par se casser , et l'écartement jetterait celui qui
reste sur l’axe des guindres.
Les économies positives que l’on obtiendra sur la filature d'une
bassine pour 80 journées (temps moyen du travail des filatures, en
général), et sur 32 kilog. ( produit moyen d’une bassine , pour
les 80 journées ), sont basées sur ce qui suit :
1° La promptitude de l'exécution de la eroisure mécanique
donne , par bassine et par jour , un produit surpassant de 30 décagr.
celui de la croisure à la maïn : soit, pour 80 journées , 2 k. 400
dont la façon: économisée est de . . . . . . . . . . . 15.
2° La croisure mécanique , ne pouvant se manquer
ni se nouer, diminue le déchet du tirage des cocons dans
la proportion de 1 p. °/, sur la production des 80 jour-
nées (32 kilog. de soie) : ce qui, au prix moyen de
60 f. le kilog. , offre un bénéfice réel de. . . . .... 19 20
3° La plus value des soïes obtenues à l’aide du croi-
seur mécanique serait :
Pour celles de 1“ ordre 3f.
Pour celles de 2° ordre 6 50
Pour celles de 3° ordre 10
Soit une moyenne de 6 f. 50 qui, pour les 32 ki-
lmnmes monte ete aura pe he 1504208
Somme des bénéfices . . . . . 242 20
Que l’on remarque bien que ce bénéfice peut être obtenu par
bassine dans toutes les filatures établies qui adopteraient le croiseur
mécanique , dont le prix modique fixé à 15 f. prouve le désin-
téressement qui an°me ies inventeurs; et que l'on calcule les profits
énormes , montant en proportion des bassines, qu’ils offrent en
retour de faibles dépenses.
Le métier complet (son dévidoir, son porte-bassine et son ré-
gulateur ) est coté f. 145.
104 EXTRAITS
Séance du 8 février. — Présence DE M. BoTrex.
Une lettre de M. le préfet annonce que M. le ministre des travaux
publics, de l’agriculture et du commerce accorde à la Société une
subvention de 2000 f., destinée à favoriser les progrès de l’industrie
agricole.
Un Membre remarque , à propos d’une lettre de M. d'Hombres
Firmas , que les tableaux météorologiques publiés sans avis préa-
lable dans le recueil de la Société, pourraient induire en erreur ;
car les observations faites à l'Observatoire de Lyon sont fréquem-
ment en opposition avec celles faites à la campagne et sur les
hauteurs, par suite de causes inhérentes à la localité.
M. Guillard fils lit une ÂVote sur un végétal fossile des terrains
houillers de Rive-de-Gier , qu’il dénomme Cycadium Cyprinopholis.
L'écorce et le bois de cette plante avaient quelques analogies avec
ceux des Cycas.
M. Seringe donne lecture d’un manuscrit de M. Rivière , intitulé :
Notes sur l'industrie séricicole et quelques observations touchant
plusieurs lettres écrites à M. C. Nivière sur le méme sujet, par
M. Gensoul , insérées dans la seconde livraison des Annales de la
Société d'agriculture de Lyon. Ce Mémoire est renvoyé à l'examen
de la Commission des soies.
%
+ *
Séance du 15 février. — Présidence DE M. BorTex.
Le Secrétaire donne lecture d'une Vote (manuscrite ) sur les Cal-
céolaires cultivées au Fleuriste de la couronne , par M. Charles
Gondouin.
Un Membre demande des renseignements sur un petit cham-
pignon parasite, de couleur vineuse, qui s'implante sur les racines
de la luzerne. Il cite une jeune iuzernière dans laquelle cette ma-
ladie a fait de grands ravages.
M. Seringe dit que c'est le Rhizoctone de la luzerne (Rhizoctonia
medicaginis de C.), qui présente de petits tubercules irréguliers ,
pourpres , lie de vin à l'extérieur, puis noirâtres, blancs en de-
dans , charnus, fragiles , et des filaments de même couleur entor-
DES PROCÈS-VERBAUX . 105
tillés les uns dans les autres , recouvrant la racine de la luzerne ,
et se prolongeant à travers la terre pour se fixer sur les racines voi-
sines. Les tubercules occupent ordinairement les bifureations de
ces filaments , ct disparaissent dans un âge avancé. La luzerne dont
les racines sont entourées se fane et ensuite se dessèche entièrement.
La dévastation continue, en agrandissant toujours son cercle par
le rayonnement souterrain de ce champignon. Une autre espèce du
même genre , le Rhizoctone du safran (Rhizoctonia crocorum) , vit
sur les tiges souterraines et les racines du safran cultivé. Elle fait
beaucoup de dégâts dans le Gâtinais. Les filaments , qui couvrent
toutes les parlies de la plante qui sont en terre, sont de couleur
rousse , se ramifient de tous côtés, et présentent çà et là des tuber-
cules de même couleur assez fermes. M. Seringe pense que ce genre
renferme une troisième espèce , encore mal étudiée , qui attaque les
rosacées ligneuses , surtout les racines des poiriers , des pommiers;
celle-ci est blanche. Jusqu'à présent on n’a pas trouvé de meilleur
moyen pour arrêter la propagalion du champignon que de faire, dans
la partie saine , un fossé profond autour des luzernes ou des safrans
attaqués , et de jeter la terre sur la partie dont les plantes sont
malades , afin d'empêcher toute communication; ensuite on brûle
cette terre. Il croit que le chaulage réussirait, en l’appliquant à la
graine de la luzerne et aux bulbes de safran avant leur dissémination
ou leur plantation; qu’il serait utile de ne semer la luzerne que
dans les lieux secs et profondément défoncés. Il faudrait miner
plus profondément le terrain dans les parties où l'eau a séjourné ;
car on a remarqué que ces champignons se développent facilement
dans les sols humides. Si de grandes parties d’une luzerne étaient
atteintes par le Rhizoctone , il faudrait bêcher la terre , enlever les
racines et les brûler sur place. On pourrait, jusqu'à ce que toute
la luzerne fût retournée , faire quelques cultures partielles de
plantes appartenant à une autre famille que celle des légumineuses.
Lors même que la luzerne sera détruite , il ne faudra revenir sur
ce sol avec la même plante qu'après plusieurs années, pendant
lesquelles le Rhizoctone, ne trouvant plus de moyens de se nourrir,
sera enlièrement détruit.
M. Botlex rappelle qu’une autre plante parasile , la Cuscute , fait
beaucoup de mal dans les luzernes , et demande s’il n’y a pas quel-
que moyen efficace de la détruire.
106 EXTRAITS
M. Seringe récapitule ceux qui ont été employés jusqu’à ce jour ,
tels que de faucher fréquemment et très ras la luzerne , d'employer
une faux trempée dans une dissolution de sulfate de fer, de faire
un feu de paille sur la place où est la Cuscute, ou d'y répandre
de la tannée.
MM. Rozier, médecin à Heyrieux (Isère), et Gondouin , chef
des cultures au Fleuriste de la couronne (Seine et Oise), sont
nommés correspondants de la Société.
Séance du 22 février. — PRÉSIDENCE DE M. Borrex.
La Société a recu une lettre et un mémoire manuserit de
M. Andrieu sur l'éducation des vers à soie. Ce travail est accom-
pagné d’un modèle en petit de l'appareil qui porte les ablettes. mo-
biles de M. Fasseur et de trois échantillons de cocons. Les uns
sont des cocons ordinaires, jaunes et blancs , qui servent de type
de comparaison; les autres sont de beaux cocons blancs de vers
Sina, qui proviennent d'une éducation de M. Vasseur ; les troisiè-
mes enfin , issus de la graine rapportée du Bengale par la Ponite ,
sont pelits, minces, allongés, comme pointus aux extrémités. Il
semble , à les voir, que les vers qui les ont produits aient souffert ,
bien qu'ils aient été élevés dans la nouvelle magnanerie que le roi
a fait établir daus son domaine privé de Neuilly , en 1838.
M. Alexandre propose l'inscription de M. Andrieu sur le registre
d'expeclative pour une place de Membre titulaire.
M. Dupuits de Maconex pense qu'il serait très avantageux, sur-
tout dans les appartements qui ont une grande élévalion , de monter
les tablettes mobiles de M. Vasseur sur une chaîne sans fin,
comme pour une noria. Ce serait un moyen d'utiliser tout l’espace.
MM. Alexandre et Pothon observent qu’un perfectionnement
analogue a été fait par le sieur Pelit.
M. Alexandre , au nom de la Commission des soies, expose un
échantillon de l’étoffe destinée à être offerte à sa Majesté la reine
des Français. Cette étoffe est beaucoup moins remarquable par sa
richesse que par la beauté de la soïe et la perfection avec laquelle
DES PROCÈS-VERBAUX. 107
elle a été fabriquée ; elle sort des ateliers de M. Mathevon , membre
de la Société. Le dessin représente des branches de müûrier sur les-
quelles des vers à soie vont chercher leur nourriture. La soie, ré-
coltée dans l'atelier d’expérimentation de la Société , est due à des
vers qui ont été nourris avec la feuille du Mürier multicaule.
M. Dupuits de Maconex, à l’occasion de la taille du müûrier,
rapporte qu'il a observé que, dans les endroits où on laisse un
bouquet de feuilles après la cueillette, il arrive presque constamment
que les yeux qui sont à la partie inférieure de la branche s’éteignent:
tandis que, lorsqu'on ne laisse aucune feuille sur la branche , tous
les bourgeons se développent.
M. de St-Didier a la parole, comme organe de la Commission
qui a été nommée pour examiner l'opportunité d’une demande faite
par la Société d'agriculture de Lille , qui réclame l'appui des Sociétés
d'agriculture pour une pétition qu’elle adresse à la Chambre des
députés en faveur du sucre indigène. Il fait observer que la question
des sucres présente plusieurs faces d’une haute importance, et
que, soit par manque de documents, soit par suite de l'étendue
même de cette question , elle n’a pu être étudiée par la Commission
que sous ses rapports avec l’agriculture. La position actuelle de
notre département semble le rendre étranger à cette discussion; car
l'industrie sucrière se rattache à la grande culture , et peu de parties
de notre territoire la permettent. M. le rapporteur pense que, loin
d'accabler d'impôts cette industrie , l’une des plus puissantes pour
porter l’agriculture à un haut point de perfection , il serait avan-
tageux de lui accorder des primes et des encouragements, ou tout
au moins de lexempter d'impôts pendant les cinq ou six premières
années. Ce moyen, sans diminuer sensiblement le revenu public ,
donnerait une chance de plus au succès de cette industrie, et pro-
duirait une notable amélioration dans l’agriculture; mais la question
de la protection à accorder aux sucres indigènes se complique avec
des intérêts d'une si grande importance : ceux, par exemple, des
colonies et du commerce maritime. Elle a été l’objet de si vives
discussions dans les hautes régions administratives , que la Com-
mission pense qu'elle ne peut être traitée à fond sans de nombreux
documents qui ne sont pas en son pouvoir. Néanmoins , elle croit
que cette industrie peut être assimilée à toutes les industries qui
commencent , et qui nécessairement froissent d’abord quelques in-
#
108 EXTRAITS
térêts : maux inévitables qui disparaissent bientôt, et sont com-
pensés par de grands avantages pour les masses.
M. Paul Reverchon annonce à la Société que, frappé des diffi-
culiés que présente dans beaucoup de localités l'emploi de la charrue
à versoir fixe , et de la perte de temps que fait éprouver à l'extrémité
de chaque sillon la charrue à versoir mobile, perte d'autant plus
grande que l'étendue du champ est moindre, il a fait construire
une charrue qui obvie à ce double inconvénient. Il propose à la
Société de nommer une Commission pour la voir fonctionner et
faire un rapport, s’il y a lieu. M. le Président désigne MM. Bou-
chard, Gariot et Seringe.
Séance du 8 mars. — PRÉSIDENCE DE M. BoTrex.
Parmi les pièces de la correspondanee , se trouve une note de
M. d'Hombres-Firmas sur une formation curieuse des environs
d'Alais (Gard). M. Fournét est prié d'en rendre compte. Le nom
de M. d'Hombres-Firmas est inscrit par M. Hénon sur le registre
de présentation pour une place de correspondant. MM. Bottex et
Lecoq appuient cette présentation.
M. Olivier Mariéton , fermier à Chasselay (hameau de Varleroy),
est inventeur d’une charrue qui présente des avantages tels, que
les cultivateurs ses voisins l'ont adoptée. Le labour, même pro-
fond, se fait avec beaucoup plus d’aisance qu'avec la charrue
employée dans le pays. Les modifications portent principalement
sur l'oreille et le soc; elle n’a point d’avant-train. M. Olivier Ma-
riéton désire qu’une Commission soit nommée par la Société d’a-
griculture , pour décider du mérite de son invention et la faire
connaître si elle en est jugée digne; « car, dit-il, son but, avant
tout, est d’être utile à ses concitoyens. »
M. le Président prie MM. Gariot, Seringe et Bouchard, de voir
cette charrue et de faire part à la Société du résultat de leur
examen.
M. Guillard lit un rapport sur le Mémoire de M. Rivière, in-
titulé : Notes sur l'industrie séricicole et quelques observations
DES PROCÈS-VERBAUX . 109
touchant plusieurs lettres écrites à M. C. Nioière sur le même
sujet, par M. Gensoul , insérées dans la 2% livraison des Annales
de la Société d'agriculture de Lyon. X analyse ce Mémoire qui ren-
ferme une réfutation des lettres de M. Gensoul, et plusieurs faits
dignes d’un haut intérêt, notamment la description d'une machine
nouvelle inventée par M. Damon, à l’aide de laquelle le magnanier
est constamment averti par une sonnerie, si la ventilation a lieu
dans son atelier. Cet appareil a été appliqué chez M. Delafarge et
aux Bergeries de Sénart, où chacun a pu se convainere combien il
est ingénieux et utile. s
MM. Borrex, Président ;
Hénox , Secrétaire-général.
NOTE
DÉVELOPPEMENT D'UN NUAGE PARASITE
AU PILAT,
PAR M: FOURNET 0
PROFESSEUR DE GÉOLOGIE.
a£de
se
Le développement des nuages parasites contre certaines
cimes est généralement considéré comme l'indice d’une pluie
prochaine , et cette idée existe surtout chez les habitants des
alentours du mont Pilat.
Souvent son arête culminante est surmontée de ce chapeau
ou de cette perruque vaporeuse qui lui a valu son nom de
Mons Pileatus ; d’autres fois les nuées , s’abaissant sur ses
épaules, simulent une immense collerette au-dessus de la-
quelle s'élèvent les têtes de la montagne ; plus rarement le
voile se déroule de manière à l’envelopper jusqu’auprès de sa
base ; enfin, ‘quelquefois un seul de ses flancs est visible ,
tandis que l’autre est plus ou moins masqué par un épais
manteau.
TA 8
112 NOTE
Toutes ces apparences proviennent surtout de l'allure va-
riable des vents humides du Sud , du Sud-Ouest et de l'Ouest
qui, frappant contre ce réfrigérant naturel, laissent aussitôt
précipiter leur eau à l’état de vapeur vésiculaire , et ces con-
densations doivent avoir lieu au Pilat plutôt que sur toute au-
tre de nos montagnes lyonnaises ; parce que cette masse, s’é-
lançant à 1,450 mètres au-dessus du niveau de la mer et à
près de 500 mètres au-dessus des chaînes voisines, porte à
une plus grande hauteur qu’elles l’action frigorifique des ré-
gions élevées. Aussi, dès qu’une cause de précipitation de va-
peur survient dans l'atmosphère ; c'est autour d'elle que sa
manifestation commence , et son extension a lieu ensuite gra-
duellement sur le reste du pays, suivant la direction des
vents ; car une fois formées, ces vapeurs ne se redissolvent
pas toujours immédiatement après avoir été entraînées au-delà
du lieu de leur naissance.
Si, par exemple, le vent du Midi règne avec une certaine
force, on peut voir quelquefois tout le flanc septentrional de
cette montagne parfaitement à découvert , tandis que le côté
méridional se couvre d’épaisses nuées ; elles glissent le long
des pentes, surmontent l’arête culminante et continuent en-
suite leur marche dans le sens du vent en se maintenant alli-
gnées sur toute la partie occidentale du département.
Dans ce même moment , la partie du ciel, qui correspond
à la concavité du bassin du Rhône, peut rester parfaitement
limpide jusqu'aux Alpes; mais celles-ci, étant susceptibles de
produire les mêmes effets que le Pilat , donnent souvent nais-
sance à une bande parallèle de nuages couvrant tout l’horizon
opposé.
Si c’est par le vent du Sud-Ouest ou de l'Ouest que la pré-
cipitation des vapeurs a lieu, alors la colonne traverse obli-
quement ou perpendiculairement le bassin du Rhône, dont
le Nord et le Sud jouissent encore d’une atmosphère pure
SUR UN NUAGE PARASITE. 113
ou moins chargée ; en un mot, le Pilat doit être considéré
dans la météorologie lyonnaise comme un des pivots princi-
paux sur lesquels les nuages peuvent se former , puis prendre
toutes les directions possibles , et si je ne parle pas des effets
des vents du Nord ou du Nord-Ouest , c'est qu'ils sont moins
évidents pour nous ; parce que la montagne nous masque l’ho-
rizon opposé, et que d’ailleurs ces mêmes vents nous arrivent
presque toujours chargés de vapeurs condensées de plus loin.
Quant au Nord-Est , il nous amène quelquefois des colonnes
légères formées sur les montagnes du Jura , et qui, dans leur
extension oblique, prennent la direction du Bugey vers le Pilat;
et le vent du Sud-Est produit un effet inverse en passant sur
les Alpes maritimes et dauphinoises.
Mais laissons de côté ces apercus généraux pour nous occu-
per des détails du développement d’un de ces nuages parasites
du Pilat que j'ai eu le bonheur de pouvoir étudier complète-
ment le 10 juin 1838; journée dans laquelle les circonstan-
ces m’ayant amené dans son voisinage , je tins compte ,
comme (le coutume, des phénomènes météorologiques , pen-
dant que mon collègue ; M. Clerc, faisait à Lyon les obser-
vations correspondantes. Exposons, d'abord , quelles ont été
les physionomies successives du ciel ; nous établirons ensuite
les résultats numériques du baromètre et du thermomètre.
Les vents du Nord-Ouest et du Nord régnaient depuis le
3 juin, et le temps avait été constamment nuageux ou plu-
vieux ; mais dans la nuit du 9, les étoiles avaient paru, et
dans la matinée du 10, l'atmosphère , rafraîchie par le froid
de la nuit, était saturée de cette vapeur blanchâtre légère et
peu humide , que les habitants du pays distinguent d’avec les
brouillards ordinaires sous le nom de ntible. Celui-ci se main-
tint Jusque vers les 9 heures , instant où la chaleur du jour
commencant à opérer sa dissolution, l’atmosphère s’épura
de telle sorte , qu’à midi le ciel était d’un beau bleu et d’une
114 NOTE
limpidité parfaite à Lyon et dans les parties correspondantes
des plaines du Dauphiné ; mais cette sérénité ne se manifesta
pas à Givors.
Dès les 10 heures du matin , après la première période de
la dissolution du ntble , on put voir de légers nuages allongés
dans la direction du Nord au Sud, s'établir au Zénith et sur
le pourtour du Pilat, où ils formaient un stratus peu épais.
Peu à peu des cirrhi filamenteux se détachèrent de ce stratus,
et, quoique leur direction en longueur füt Nord-Sud, ils che-
minaient comme poussés par un courant occidental , en em-
piétant ainsi successivement sur les plaines dauphinoises , de
telle sorte qu'à 4 heure de l'après-midi , au moment de la plus
grande pureté du ciel à Lyon, ils s'étaient déjà étendus du
côté des Alpes en dérivant toujours du Pilat.
Pendant ces mouvements , le vent du Sud régnait en forme
de brise dans les régions basses de l’atmosphère, et sa cha-
leur maintenait une dissolution des vapeurs aqueuses si com-
plète , que les Alpes se distinguaient avec la plus grande
netteté. Je questionnai alors les habitants du pays qui, par
leur position, sont à même de voir journellement à la fois
ces montagnes et le Pilat ; leur rapport unanime a été que
cette visibilité parfaite des Alpes n’était pour eux qu’un signe
du vent du Midi et nullement d’une pluie prochaine ; que le
Pilat était , sous ce dernier point de vue, leur seul indicateur,
et qu'enfin sous peu la question de la pluie serait résolue.
Ces phénomènes, précurseurs d'un changement de temps,
durèrent jusqu’à 4 heures du soir ; les cérrhi étaient alors dé-
générés en stratus et réunis à celui du Pilat, dont la masse
était si fortement condensée autour des cimes , qu'elles ne se
distinguaient plus qu'à peine au travers de cette nébulosité
grise et presqu' opaque.
Les cultivateurs me déclarèrent que maintenant le vent du
Midi allait prendre le dessus, et, en effet , il soufilait avec une
SUR UN NUAGE PARASITE. 5
grande énergie dans les régions basses. Cependant la couche
de vapeur ne masquait pas encore tout le ciel ; elle s’étendait
du côté des montagnes lyonnaises jusqu’auprès d'Izeron , et
l’espace restant vers le Nord ne présentait que des flocons
pommelés et clairsemés.
Le soleil déclinait : en plongeant , par rapport à ma posi-
tion, dans le voile du Pilat ,il perdit d’abord son éclat , au
point de pouvoir être considéré à l'œil nu; puis : disparut
long-temps avant l’heure de son, coucher, parce que l’épais-
seur du stratus s'accroissait constamment autour de la mon-
tagne et au-dessus de la vallée du Gier , tout en conservant
son extension générale de l'Ouest vers l'Est. Enfin ; dans la
soirée , il se gonfla latéralement vers le Nord, de manière à
couvrir Lyon et bien au-delà ; vers les 10 heures, le Zénith.
de cette ville était d’un noir complet , les étoiles avaient dis-
paru et une légère pluie tomba ; le lendemain, les vents du
Sud et du Sud-Est dominèrent exclusivement dans les hautes
et basses régions de l'atmosphère ; la journée fut pluvieuse ;
des cumuli blancs , minces , poussés par ces vents, passaient
continuellement au-dessus de la ville et ne laissaient des
éclaircies que par intervalles : cet état, dura jusqu’au 15 juin.
Voici donc un bel exemple du développement d’un nuage
parasite indiquant un changement de temps; le vent du Sud
venait remplacer celui du Nord , la vapeur se condensait à
mesure autour de la montagne , et si, malgré la direction
Sud du vent, les nuages ont gagné d’abord vers l'Est, on
peut en trouver la cause dans l'orientation presque Est-Ouest
du Pilat, en vertu de laquelle les vents bas sont infléchis
dans le même sens ; mes nombreux voyages de ce côté m'ont
fourni tant d'exemples de la constance de cette déviation du
vent , que je puis la considérer comme complètement hors
de doute.
On pourrait encore y retrouver un exemple de la tendance
116 NOTE
assez habituelle aux cirrhi de s'épanouir latéralement, à partir
d'un axe commun , de manière à affecter très souvent la dis-
position des barbes d’une plume par rapport à la tige ; ainsi,
dans la journée du 12 avril 1839 , le vent du Nord régnant
avec violénce , un axe général de cirrhi s'était établi dans la
direction du Bugey au Pilat ; mais à cet axe très délié et in-
terrompu cà et là se rattachaient, par des pédicelles min-
ces , des houppes blanches parallèles , symétriquement espa-
cées qui, après un renflement très prononcé vers l'Ouest ,
s’effacaient ensuite au Zénith de Lyon, tandis qu'aucune n’é-
tait tournée vers les Alpes. Dans l'exemple présent, la tige
était évidemment dans le sens du vent régnant; mais les
barbes lui étaient perpendiculaires d’un seul côté, et ce fait
est très commun ; souvent aussi les barbes divergent dans les
deux sens.
Ces circonstances sont-elles dues à des épanouissements la-
téraux du vent, ou bien à des répulsions électriques , comme
le voudront peut-être quelques physiciens , ou bien à des ex-
pansions produites par les retours alternatifs de la vapeur vé-
siculaire à l’état gazeux, comme on pourrait le concevoir d’a-
près quelques données de de Saussure : c’est ce que nous n'en-
treprendrons pas de discuter ici.
Voyons maintenant quelles ont été les indications des in-
struments météorologiques :
LYON. GIVORS.
ER A
BAROMÈTRE THERMOMÈTRE BAROMÈTRE THERMOMÈTRE
RÉDUIT A ZÉRO. AU NORD. A ZÉRO. A L'OMPRE.
État idi
Elat moyen à midi dans les k 749,72 16,80 » »
journées du 8 et9 juin,
Gheures matin 744,45 42,50
10 ‘d, 742,31 1640 747,90 16,5
qiuos J midi T9 18,00 ; »
Re A te :
6 ‘., 139,06 920,80 TAA 70 29,0
10 id, 13820 18,60 ; ,
Etat moyen à midi dans les
journées du 41'et49 juin, À 156,72 18,70 à à
SUR UN NUAGE PARASITE. 117
En examinant ces nombres, on voit d’abord que le baro-
mètre a sans cesse baissé à Lyon, et cela surtout dans la jour-
née du 10 , en sorte que la différence entre les résultats , de
10 heures du matin à 6 heures du soir, a été de 3,95 ;
mais à Givors, dans le même intervalle , l’abaissement a
été bien plus fort, puisqu'il s’est élevé à 6,20.
La formation du nuage parasite était donc accompagnée
d'une diminution énorme dans la pression locale comparati-
vement à celle qui avait lieu dans l'atmosphère ambiante à 3
ou 4 lieues de distance.
Pour rendre cette inégalité plus sensible , il suflit de cal-
_culer la hauteur de l'Observatoire de Lyon au-dessus de la
station de Givors, d’après les deux éléments du matin et du
soir ; ce calcul, fait avec les tables d’Oltmanns, donne, pour
le matin, 59%,50 , et, pour le soir, 32,00 seulement. Si
donc ces modifications dans le niveau général avaient eu
réellement lieu , le Rhône eût éprouvé à Givors un exhausse-
ment ou une crue d'environ 26,00 ; ce qui fournit, je crois,
un des exemples les plus saillants de ces inégales pressions
de l’atmosphère auxquelles M. Vaucher à attribué les seiches
du lac de Genève.
Maintenant , pour qu'un résultat aussi extraordinaire ne
paraisse point douteux quant aux mesures, je dirai que le ba-
romètre de l'Observatoire est un excellent instrument de For-
tin, et que le mien est sorti des ateliers de Bunten ; que
tous deux ont été comparés ; que j'ai pris mes hauteurs du
soir en deux points diflérents, et en laissant chaque fois l’in-
strument stationner assez long-temps pour se mettre en équi-
libre de température avec l'atmosphère ambiante ; qu'enfin ,
l'observation du matin a été faite avec les mêmes soins et
qu'elle donne d’ailleurs, à peu de chose près , l'élévation
réelle de l'Observatoire de Lyon au-dessus du Rhône à Givors;
118 NOTE SUR UN NUAGE PARASITE.
d’où il résulte que l’on ne peut émettre aucune conjecture
défavorable contre l’exactitude des observations.
IL est presqu'inutile d’ajouter que je ne prétends pas dé-
duire de ce fait unique une loi générale pour les variations
du baromètre qui peuvent accompagner la formation des
nuages parasites ; mais enfin ce premier exemple peut servir
aux météorologistes , ‘et, par conséquent, je n’ai pas du hé-
siter à le faire connaître.
DESCRIPTION
D'UN GENRE NOUVEAU
DANS
LA TRIBU DES LUCANIDES,
PAR
FA, CG, Mulsant,
L'espèce, qui sert de type à ce nouveau genre, a le port
du Lucane Cerf-volant , et quelque analogie avec certains
Dorcus, par la forme de ses mandibules et de la partie pos-
térieure de sa tête; mais il s'éloigne de tous les Lucanides
connus jusqu’à ce jour, par le nombre des feuillets de la mas-
sue des antennes. Le nom que nous lui avons imposé ex-
prime cette particularité.
Genre HEXAPHYLLUS.
(£E, SIx3 pÔAdoy , FEUILLE.)
Caractères. Antennes géniculées , de dix articles ; terminées par
une massue pectinée , composée de six dents.
Labre indistinet. ,
Mandibules des mâles corniformes , arquées , relevées et pointues
à l'extrémité | armées d’une dent au côté interne.
120 DESCRIPTION D'UN GENRE NOUVEAU
Mâchoires terminées par un lobe soyeux et pénicellé.
Palpes maxillaires allongés , grêles , subfiliformes , le 3° article
tronqué en biseau et peu distinctement séparé du dernier.
Languette bifide , soyeuse, pénicellée.
Palpes labiaux , courts.
Canthe peu prolongé sur les yeux.
Pieds antérieurs dentés ; postérieurs épineux.
Corps allongé, subdéprimé.
H. PonrTgrranri.
Tête et corselet noirätres ; le dernier marqué, de chaque côté, de
deux gros points enfoncés ; élytres de couleur marron.
Longueur du corps, 36 Mm-(151.) — Longueur des man-
dibules, 9 "®+ 192 (41.) — Largeur du corps 16 mm.
(6 1. 1/2.)
Tête noirâtre , finement chagrinée , penchée et presque semblable
dans sa partie antérieure à celle du L. cerf-volant ; post-épistome
très distinct , transversal , séparé par une arête prononcée de l’épis-
tome ; celui-ci infléchi, en demi-cerele ou en triangle eurviligne ,
caréné ; partie postérieure de la tête aussi grande que le prothorax,
tronquée obliquement à ses angles antérieurs , presque en forme
de parallélogramme , déprimée en dessus + couverte de points rap-
prochés , ne présentant vers sa base aucune trace de rebords.
Mandibules des mâles , brunes, ponctuées , diminuant de diemètre
de l'origine à l'extrémité, armées d’une dent au milieu du côté in-
terne , terminées en pointe et relevées vers leur sommet. Prothorax
noïrâtre , semi-brillant; une fois aussi large que long ; orné de cils
dorés à ses bords antérieur et postérieur ; sinueusement coupé en
devant ; tronqué presqu’en ligne droite à sa base , et d’une manière
oblique à ses angles postérieurs ; garni, dans son pourtour , d’un lé-
ger rebord; médiocrement convexe en dessus; couverts de petits
points, moins nombreux et moins sensibles sur son disque ; rayé
dans son milieu d’un sillon peu apparent; marqué, de chaque
côté , de deux gros points enfoncés placés transversalement sur la
même ligne. Écusson en demi-cerele. Élytres de couleur marron ;
un peu plus larges que le prothorax à sa base ; à peine plus larges que
DANS LA TRIBU DES LUCANIDES. 121
ce dernier dans son milieu ; trois fois aussi longues que lui; sub-
épineuses à l'angle huméral ; infléchies au-dessous de l'épaule ; re-
bordés sur les côtés ; diminuant de largeur et d’une manière curvi-
ligne jusqu'à leur extrémité; médiocrement convexe, en dessus ;
lisses, mais couvertes de petits points enfoncés. Dessous du corps
brun , ponctué , plus fortement sur le poststernum et surtout sur la
parlie inférieure de la tête; bords antérieur et postérieur du protho-
rax ciliés ; poststernum garni d’un léger duvet. Pieds d’un brun mar-
ron; les antérieurs armés de trois petites dents, dont la dernière
bifide ; les postérieurs épineux.
Cet insecte a été trouvé en mil-huit cent-trente-trois dans
les bois de Roche-Cardon, par M. Clément-Lecourt. J'ai dé-
dié cette espèce à M. de Pontbriant, entomologiste lyonnais.
POST Par,
. N
%
k
. se ; à de ze ‘Haiti ( À
. A aa Mn dns d nn mat
KE SAP) Li ae LD ie reste
NS LAS dv air RAA
Rs + Re ne ‘af
NOTE
SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE
DES
TERRAINS HOUILLERS DE RIVE-DE-GIER
( CYCADIUM CFPRINOPROLIS ),
PAR
M. GUILLARD runs.
+-De+
Je dois à l’'obligeance de M. Fulchiron, propriétaire de
mines à Rive-de-Gier, la possession de plusieurs fragments
de végétaux fossiles, parmi lesquels se trouvent quelques
Pécoptéris: , des Astérophylittes> , des vestiges de Calamites,
plusieurs Sigillaires’ , enfin l’empreinte et la tige d’une plante
qui ne paraît appartenir à aucun des genres décrits jusqu'ici
par M. Ad. Brongniart. C’est celle que j'ai l'honneur de
mettre sous les yeux de la Société. (PI. I., fig. 1-2.)
1 P. arborescens. ( Ad. Brongniart , Histoire des Vegétaux fossiles ; t. 1, pl. 102).
— P, gigantea. ( Ad. Br.,t.I, pl. 92.)
2 Je désigne ainsi , d’après l’analogie du nom avec la forme, des empreintes fos-
Siles pareilles à celles qui bordent l’Odontopteris Brardii dans l’Hist. des Wég. foss.,
t. 1, pl. 75.
3 S. elongata ( Ad. Br., t.1, pl. 145), etc. L'une d’elles est un tronc de près de
3 m de longueur sur0®,40 de diamètre à la base, et 0,25 au sommet.
124 NOTE
Au premier coup-d’œil, on pourrait la confondre avec les
Sigillaires ; mais on reconnaît bientôt qu’elle ne réunit päs
les caractères assignés à ce genre par le savant que j'ai
nommé. Les voici, tels que M. Seringe les a rapportés dans
la 4° livraison de nos Annales. ( T. 1, pag. 355 et suiv.)
« Sigilaria. Tige simple ( rarement fourchue), non articulée ,
« portant les cicatrices des feuilles disposées par lignes régulières;
« le plus souvent sillonnées en long; cicatrices circulaires , le plus
« souvent oblongues ou ovales , ordinairement plus hautes que lar-
« ges ; ni anguleuses , ni en carène inférieurement , marquées le plus
« souvent de deux lignes aiguës ou presque droîtes , et toujours
« assez parallèles , placées vers le milieu ou vers le haut de chacune
« d'elles, »
Notre fossile porte , au contraire, des écailles imbriquées,
plus larges que hautes, en carène inférieurement, et sans
aucune marque de séparation. De plus, M. Ad. Brongniart
(T.I, pag. 407) fait valoir les traces des faisceaux vasculaires
que portent toutes les cicatrices des Sigillaires comme un
des caractères essentiels qui lient ce genre aux fougères ar-
borescentes. Or, les traces vasculaires des Sigillaires sont au
nombre de 3 ou de 2, linéaires , creuses , tandis que la dor-
sale de nos écailles (PL. I, fig.3)est une proéminence unique,
couronnée par une cicatrice lancéolée,
Enfin , si l’on enlève l'écorce charbonnée pour dénuder le
schiste argileux sur lequel elle est appliquée, on trouve dans
les Sigillaires le relief des côtes extérieures, et les vestiges
vasculaires presque toujours en même nombre et de même
forme que sur l'écorce; les cicatrices des pétioles seules ne
paraissent plus ; mais, dans notre fragment, la surface dé-
pouillée de l'écorce (PL. I, fig. 2) n'offre plus aucune trace
ni des écailles, ni du réseau que forment leurs extrémités ,
ni de leur ligne dorsale ; on n'y voit plus que des tubérosités
dont la tête correspond au sommet de chaque écaille super-
SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE. 125
ficielle, et un point déprimé placé sous l'angle inférieur de
la carène. Ces tubérosités et ces points forment chacun des
lozanges aussi réguliers que le réseau des écailles auxquelles
ils correspondent.
Notre fossile n’a donc pas les traits généraux des Sigillaires.
Les différences deviennent encore plus sensibles , si l’on
considère les caractères spéciaux des différentes sections de
ce dernier genre.
S. 1. Caulopteroides (Ad. Br.,t. 1, pag. 417).
Tige à surface unie , sans côtes parallèles , sans sillons réticulés.
Dans notre échantillon, la surface est entièrement occupée par
les écailles.
S. 2. Clathraria (Ad. Br.,t.1,p. 430).
Tige treillisée par des sillons réticulés.
S. 3. Sigillaria vera (Ad. Br.,t.1,p. 422).
Tige à côtes à peu près égales et longitudinales.
La nôtre ne présente ni côtes, ni sillons.
S. 4. Lineolaria (Seringe, Ann. sc. phys. et nat. d’'agricul-
ture et industrie de Lyon, t.1, p. 318).
Tige sans côtes parallèles et sans sillons réticulés , mais gauffrée
par des lignes en zig-zag.
Dans la nôtre, au contraire, les écailles ne sont séparées
que par leurs propres extrémités : il résulte de là qu’elles
couvrent’entièrement la tige; caractère qui la rapproche des
Monocotylédonés.
« En eflet, dit M. Ad. Prongniart ( &. 7, p. 402), la plu-
« part des feuilles des plantes Monocotylédonées s’insèrent
« sur la tige par une base élargie amplexicaule, qui déter-
« mine, après la chûte de la feuille , une cicatrice très éten-
« due dans le sens transversal, formant souvent même un
« anneau complet autour de la tige (graminées , palmiers),
« et présentant dans tous ces cas peu de hauteur, même dans
<c sa partie moyenne qui correspond à la partie la plus épaisse
« de la feuille, de sorte que ces cicatrices sont presque liné-
126 NOTE
« aires ou de forme plus ou moins lancéolée, et toujours
« placées transversalement par rapport à l’axe de la tige. »
Plusieurs de ces caractères se retrouvent dans la plante
qui nous occupe : les écailles, orientées d’après leur cica-
trice, sont plus larges que hautes, de forme à peu près lan-
céolée , et placées transversalement par rapport à la tige ;
mais elles sont trop nombreuses et trop peu étendues pour se
rapporter aux palmiers ni à aucune des familles à feuilles en-
gaïnantes; tandis que leur disposition imbriquée ;, et leur
forme en écaille de poisson, rappellent vivement, ce me,
semble, l'aspect de la tige des Cycadées , de cette famille
remarquable qui paraît être intermédiaire entre les Monoco-
tylédonés et les Dicotylédonés *.
La fig. 3 (PI. IT ) représente à mi-grandeur la tige d'un
Cycas revoluta , que M. Saunier a mis à ma disposition avec
la plus extrême complaisance. Elle a 0" , 40 de hauteur ,
sur 0%, 16 de diamètre; elle doit être âgée d'environ
25 ans. On y reconnait les caractères de cette famille, ainsi
résumés par M. Lindley°: « Arbres à tronc simple , cylin-
« drique, croissant par le développement d'un seul bourgeon
« terminal, et couverts par les bases écailleuses des feuil-
« les : bois consistant en cercles concentriques; entre les-
quelles sont les zônes cellulaires excessivement molles. »
Nous ne citons que ce qui concerne la tige.
On remarque , en outre , que les bases écailleuses portent
un pétiole à leur aisselle , mais seulement dans la partie su-
1 V. Lindleÿ, An introduction to the natural system of botany (London, 1850,
p.xxvir et 245-6) ; et le Mémoire de M. Ad. Brongniart sur la tige des Cycadées
(Ann. des Sc. nat., t. XNI, p. 389).
2 (Anintrod., p.246.) « Trees, with a simple cylindrical trunk, increasing by
the development of a single terminal bud , and covered by fhe scaly bases ofthe leaves:
the wood consisting of concentric circles , the cellular zones between which are excce-
dingly loose. »
SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE, 12
=!"
périeure du tronc : à mesure que l’on descend, on trouve
les traces des anciens pétioles plus rares, parce que , flétris
chaque année après la nouvelle pousse, ils ont été envelop-
pés par les écailles ; enfin, les quatre derniers rangs de cel-
les-ci n’offrent aucune trace de feuille, et les montrent ré-
gulièrement imbriquées , comme dans le fossile qui est sous
nos yeux. ;
Examinons maintenant le revers et la texture intérieure du
fossile. Le revers (PI. T, fig. 1. A-B) offre les tubérosités
et les points déprimés ; que nous avons trouvés tout à l'heure
en enlevant les écailles charbonneuses : ces tubérosités et ces
points sont également en lozanges réguliers. Le revers cst
donc aussi la portion extérieure d’une tige semblable à l'autre;
mais les lozanges de l’une et de l’autre face sont parfaitement
égaux, semblablement disposés, orientés de la même ma-
nière : donc les deux faces forment la tige unique d'un même
individu. L'examen de la texture intérieure confirme cette
opinion ; en eflet, en regardant la tranche du fragment
(PL. I, fig. 4), on la voit partagée dans sa longueur par une
ligne, dont le noir charbonneux indique des couches li-
gneuses. Ces couchés effectivement débordent( PL. I, fig. 2),
l’une en cd, l'autre vis-à-vis en e f; et nous laissent voir
leurs fibres serrées, parallèles et charbonnées. Nous avons donc
dans cet échantillon fossile deux faces corticales et sem-
blables , adossées l’une à l’autre , et deux faces ligneuses ap-
pliquées l’une contre l’autre. Ce n’est donc pas seulement
une écorce, mais une section complète d’une même tige,
qui à été écrasée et applatie par la compression. Or, pour
que cette déformation ait été possible, il faut que l'arbre ait
eu la moelle très abondante , « les zônes cellulaires excessi-
vement molles » , et les couches ligneuses au contraire fort
rares : caractères qui distinguent si bien les Cycadées , que
M. Ad. Brongniart les compare à la pousse annuelle des Di-
à AS dx 9
128 NOTE
cotylédonés (Ann. des se. nat.,t.. XFT.;p. 393). Cette par-
ticularité devient palpable en présence de la tranche d'un €.
revolutæ, tiré des serres chaudes de M. Sédy. (PL. IT, fig. 2.)
Notre fossile est donc , ‘dans son ensemble, tout-à-
fait analogue aux Cycadées ; mais une différence grave dans
les formes se fait apercevoir : l’écaille du C. revoluta
(PL. IT, fig 4) se termine en pointe épineuse , tandis qué
celles du fossile ont le bord supérieur à peu près circulaire.
Toutefois, si l'on divise l’écaille du C. revoluta par une
section verticale, de manière à voir son profil intérieur
(PL. IT , fig. 5) , on la trouve composée de deux parties fort
distinctes : l’une (a) allongée , aiguë, ligneuse, sèche, et héris-
sant le tronc ; l’autre () en forme de cœur ; renflée ; utricu-
leuse ; molle , et adhérente à la tige, en sorte que, si on
essaie-de casser vivement l’écaille par le bout , l’épine se dé-
tache par sa base, et la partie utriculeuse reste avec sa forme
propre (PI. IT , fig. 6), qui paraît singulièrement semblable
à celle de notre écaille fossile ( PL. I , fig. 3). Cette forme
se dessine même sur l'enveloppe ligneuse de la plupart des
écailles inférieures du Cycas revoluta. Une d'elles, brisée par
accident , la représente avec la même fidélité *.
J'ai observé des particularités analogues sur un Zamia hor-
rida de MM. Martin-Burdin : seulement ses épines sont beau-
coup moins aiguës.
Or,en aidés à la loupé l'écaille fossile (PL. T, fig. 3),
on découvre que, si la partie inférieure est parfaitement unie
et d'une apparence utriculeuse , le bord supérieur porte :
1° Les traces évidentes d’une déchirure sur toute sa demi-cir-
1 Nous croyons pouvoir faire observer que l’ensemble de ces écailles constitue une
véritable écorce , composée d’une couche utriculeuse et d’une couche fibreuse ; carac-
tère qui sépare encore les Cycadées des Monocotylédonés. Mais ce qui ne les distin-
gue pas moins des Dicotylédonés, c’est que les couches fibreuses revêtent la partie utri-
culeuse , et forment ainsi la surface extérieure.
SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE. 129
conférence; 2° une cicatrice lancéolée tout-à -fait semblable à
celle que laisse une épine brisée à sa base; 3° la coupe cir-
culaire de la peau ligneuse qui enveloppait l’écaille.
On remarque enfin , sous l’écorce ; que les points dépri-
més , que nous avons déjà signalés , renferment un reste char-
bonneux , comme s'ils avaient servi de passage à ces fibres
que M. Ad. Brongniart a vues dirigées des cercles fibreux in-
térieurs aux bases des pétioles.
On peut donc conclure que ces écailles fossiles portaient
des pétioles à leur aisselle ; que chacune d'elles était termi-
née par une épine proéminente ; que ces épines ont été cas-
sées et enlevées comme toutes les feuilles des Sigillaires ; en-
fin que le végétal, dont nous avons la tige fossile , appar-
tient à la famille des Cycadées.
N'ayant sous les yeux qu’une seule espèce de Cycas et une
seule espèce de Zamia, je ne puis asseoir aucun jugement
sur le genre ni sur l'espèce; c'est donc uniquement pour
fixer les idées, et en attendant de plus amples études, que je
proposerai de l'appeler Cycadium cyprinopholis (petit Cy-
cas à écailles de carpe) : dénomination qui rappellerait la
petitesse des écailles comparativement à celles du C. revo-
luta, et leur apparence générale.
CYCADIUM CYPRINOPHOLIS.
Tige simple , entièrement revêtue par des écailles régulièrement
imbriquées ; écailles égales de 0", 007 de hauteur sur 0", 018 de
largeur, paraissant à peu près circulaires par le bord supérieur ,
anguleuses latéralement, carénées à la base; divisées par une
dorsale renflée, laquelle sert de base à une cicatrice lancéolée; sur-
face inférieure à l'écorce, semée en quinconce de légères tubérosités,
dont chacune porte à son pied un point déprimé : à l'intérieur ,
couches de fibres parallèles.
Gis. Terrain houiller.
Loc. Mines de Rive-de-Gier.
130 NOTE SUR UN VÉGÉTAL FOSSILE.
Les Cycadées vivent actuellement dans les régions tropi-
cales d'Asie et d'Amérique, au cap de Bonne-Espérance et à
Madagascar. (Lindley , p. 247.)
EXPLICATION DES PLANCHES.
Pzraxcue I.
Fig. 1.— Fragment du fossile, de grandeur naturelle. Il est ap-
pliqué sur le schiste, et y laisse son empreinte, qui déborde en C D.
À B revers du Cycadium dépourvu d’écorce.
Fig. 2.— Face du Cycadium revêtu de son écorce, de grandeur
naturelle : cette face était appuyée sur l'empreinte C D de la fig. 1.
L'échantillon complet a 0" , 30 de longueur sur 0M, 25 de
largeur.
Fig. 3.— Une écaille de Cycadium , triplée.
Fig. 4. — Tranche du Cycadium ; c’est la partie indiquée par les
lettres c def dans la fig. 2. |
Fig. 5.—Autre empreinte du Cycadium; la différence de l’imbrica-
tion et de la nervure dorsale en fait peut-être une autre espèce, ou
du moins une variété.
PLraxcee Il.
Fig.1.— Cycas revoluta, de grandeur naturelle, âgé de 5 ans,
suivant M. Sédy.
La tige À est partagée par une section verticale, pour montrer
l'épaisseur de sa moelle.
Fig. 2. — Coupe horizontale de cette même tige, grossie. Elle
n’a qu'un seul cercle de fibres,
Fig. 3.— Base d’une tige de 25 ans , réduite au quart.
Fig. &.—Une écaille de latige précédente, de grandeur naturelle.
Fig. 5.—Coupe verticale ou profil intérieur de cette même écaille.
Fig. 6. — Portion utriculeuse de l’écaille, dépouillée de la pointe
ligneuse.
BUES
AUX CULRTIVATBEURS
SUR UNE
ESPÈCE DE VER A SOIE A TROIS RÉCOLTES ,
NOMMÉE EN TOSCANE ÆREVOLTINE,
PAR
M. Marrureu BONAFOUS,
CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE y DIRECTEUR DU JARDIN ROYAL
D’AGRICULTURE DE TURIN » ETS.
aRèp
CSe®
ENT
Depuis Olivier de Serres, dans son livre intitulé : La
Cueillette de La soie , imprimé en 1599, jusqu’à Dandolo,
la plupart des auteurs, qui ont traité de cette industrie, ont
désapprouvé l'usage de faire , chaque année , plusieurs édu-
cations de vers à soie. Leur opinion était principalement
basée :
1° Sur le préjudice occasioné au murier par lenlève-
ment réitéré de ses feuilles e
2° Sur l’action dangereuse des chaleurs de l'été et des
fraicheurs de l'automne , pendant le cours des secondes édu-
cations ;
192 AVIS
3° Sur la difficulté de retarder le développement des œufs
réservés à une deuxième couvée, ou d'obtenir l’éclosion im-
médiate des œufs de la première récolte, pour entreprendre
une nouvelle éducation.
Mais ces divers motifs, sans doute très plausibles à lé-
poque où ils furent allégués, n’ont plus la même valeur,
dans l’état actuel de notre industrie séricicole.
En effet, si la première de ces objections repose sur ce que
le mürier ordinaire ( Morus alba), déjà fatigué d’une pre-
mière dépouille, ne peut sans danger pour son existence en
subir une seconde, la même année ; je dirai que le mürier
des Iles Philippines (Morus cucullata ), par son étonnante
aptitude à se propager de boutures, sa croissance plus rapide,
et le prompt renouvellement de ses feuilles, se prête incom-
parablement mieux, dans les climats analogues à celui du
Piémont , aux exigences d’une double ou triple éducation.
Quant à l'observation que les chaleurs de l'été et les frai-,
cheurs automnales mettent obstacle au succès des éducations
ultérieures , on peut répondre qu'aujourd'hui les procédés de
ventilation et d'assainissement, perfectionnés par M. d’Ar-
cet, permettent aux éducàteurs de créer un climat artificiel ,
tel que l’âge et la santé du ver le réclament.
Enfin, pour réfuter l’objection qui porte sur la difficulté
de retarder la graine ou d’obtenir l’éclosion immédiate, je
pense, et c’est là l’objet principal de cette Note , qu'au lieu
de rechercher à retarder l’éclosion des œufs de vers à soie
par l'effet d'une basse température , ou à obtenir l'éclosion
peu de jours après la ponte (ce qui ne s'exécute pas toujours
au gré des éducateurs ); le moyen le plus certain serait , à
l'exemple des Chinois, de destiner aux éducations multiples
une race particulière de vers à soie, dont les œufs, doués de
la faculté d’éclore peu de jours après la ponte, permettent
AUX CULTIVATEURS. 133
d'entreprendre plusieurs éducations successives, tant que la
végétation du mürier n’est point interrompue,
Or, les Chinois ne sont pas seuls possesseurs d’une espèce
aussi propre aux éducations multiples.
Informé qu’il existait en Toscane et dans les deux Siciles
une espèce ou variété de vers à soie, désignée par le nom de
Trevoltini, c'est-à-dire vers à soie à trois récoltes, je me ren-
dis, au mois d'octobre 1838, époque ordinaire de mes ex-
cursions agronomiques , dans la petite ville de Pistoie , située
près de l’'Ombrone , à six lieues de Florence ; et là, témoin
de l’état prospère des nombreux ateliers de vers à soie que je
visitai, au moment où ces insectes étaient, les uns à leur
quatrième mué (de la 2° ou 3° génération), les autres à l’état
de phalène ; témoin du bien-être que ce surcroît de richesse
(évalué pour ladite année à vingt mille kilogrammes) ré-
pondait chez le peuple des campagnes , je m'approvisionna;
d'une quantité de graine assez considérable pour offrir aux
cultivateurs le moyen d’expérimenter jusqu’à quel point le
système d’une double ou triple éducation peut s'adapter à
leurs intérêts agricoles.
Je considère cette espèce, déjà acclimatée en Italie,
comme d'autant plus intéressante que , lors même qu’on ne
trouverait pas un avantage réel à faire plusieurs récoltes par
année , elle serait utile : 1° pour renouveler les éducations
qui auraient encore manqué par quelque accident; 2° pour
servir à des expériences auxquelles ne se prêéteraient point
les espèces, dont les œufs n’éclosent qu’une fois, ou ne don-
nent naissance à quelques vers que par un phénomène ac-
cidentel.
Mais persuadé que, dans l’état actuel de notre industrie
progressive, la question des doubles récoltes de soie, de-
mande, pour être définitivement résolue, de nouvelles expé-
riences et de nouveaux efforts ; J'invite les agronomes à con-
134 ‘AVIS AUX CULTIVATEURS.
sidérer que l'exemple des Chinois, nos premiers maitres dans
l'art de gouverner le ver à soie, est un fait accompli depuis
des milliers d'années , et que celui plus rapproché, mais trop
peu connu des industrieux cultivateurs de Pistoie et des deux
Siciles, doit éveiller l’émulation de tous les éducateurs , par-
toutoù le climat et la main-d'œuvre n'offrent pas des obsta-
cles insurmontables.
QUELQUES CONSIDÉRATIONS
SUR
L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES,
PAR
FN, 4, @, Favre,
MÉDECIN-VÉTÉRINAIRE DE LA RÉPUBLIQUE DE GENÈVE, MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ
DES ARTS DE LA MÈME VILLE, CORRESPONDANT DE L’ACADÉMIE ROYALE DE
MÉDECINE , DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE ; HISTOIRE NATURELLE
ET ARTS UTILES DE LYON, DE LA CHAMBRE ROYALE D'AGRICULTURE
ET DE COMMERCE DU DUCHÉ DE SAVOIE ; ETC.
PPS ©
Améliorer une race, c’est la modifier dans les formes ou
les produits, en développer les capacités et en diriger les
inclinations , afin d'en retirer plus d'utilité, ou pour satis-
faire au goût et à la fantaisie.
Le bénéfice du producteur est la condition vitale de toute
amélioration. L’utilité générale, l’intérêt public, en sont le
gage de stabilité, la garantie de durée.
L'utilité, combinée avec la rareté, établit le prix des
choses ; mais les productions les plus utiles ne peuvent être
long-temps rares. Quand elles le deviennent momentanément,
elles s'élèvent à une grande valeur, en raison de ce qu'elles
sont utiles à un plus grand nombre. Elles acquièrent alors
une valeur de circonstance, moins durable que la valeur
idéale , à laquelle le producteur ne doit cependant accorder
qu'une confiance momentanée, Les valeurs 2déales et tempo-
136 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
raires sont la base principale des spéculations commerciales ;
c'est la valeur positive qui doit être, à peu d’exceptions près, .
la règle du producteur d'animaux domestiques.
Il existe trois moyens d'améliorer : 1° le perfectionne-
ment des races par elles-mêmes; 2° leur croisement avec
des individus de race étrangère ; 3° l'importation de race,
Tout ce qui a rapport à l'amélioration se réduit à deux
questions principales : l'examen de convenance, et le choix
des moyens. |
$ I. Des convenances.
1° Il ne convient jamais de tenter des améliorations qui
exigent une avance de capitaux telle , que la non-réussite
puisse compromettre la fortune.
Le capital consacré à des améliorations doit toujours être
en raison de la chance de succès.
Quoiqu'il soit prudent de faire des essais en petit, il n’y
a guère que les grandes entreprises qui puissent être lucra -
tives. Celles-ci acquièrent une publicité , une vogue, qui pro-
curent l'écoulement à des prix élevés ; puis , après la fièvre
d’engouement, leur trop plein reflue, s'étend de proche en
proche , et acquiert une utilité populaire; alors la valeur
idéale cède à la valeur positive.
Ce n’est que dans les grands établissements qu'on peut
espérer la persévérance d'une longue suite d'observations ,
et qu'on obtient la certitude qui résulte de moyennes calcu-
lées d’après des bases larges.
Mais il faut être riche et dévoué au bien public, pour ces
honorables entreprises. On ne verra jamais s'y livrer celui
dont l'âme est ensevelie dans son gros porte-feuille, ni le
marchand d'argent toujours occupé de hausse ct de baisse ,
ni le riche égoïste dont la mort sera la seule époque utile
SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 137
d’une vie méprisable. Honneur et reconnaissance aux riches
vertueux, à ces nobles exceptions, à ces philanthropes dévoués
dont le cœur bat d'amour pour le bien public!
2° La convenance d'améliorer peut naïître de quelques cir-
constances passagères , telles que le caprice ou la manie d’un
puissant de la terre, et la mode. L’utilité générale y est étran-
gère; le producteur exploitant la fantaisie pour son intérêt
personnel, les résultats sont fugaces comme le caprice et la
mode qui en ont été les motifs. On peut y trouver du profit,
mais sans aucun droit à la considération , aucun titre à la re-
connaissance publique.
Sous un roi dont la cruauté est livrée à l'exécration du
genre humain, Louis XI, la race de chiens de chasse connus
d’abord sous le nom de Beaux, puis sous celui de Greffiers, fut
un moyen de fortune. Sous un autre roi que le poignard de
Jacques Clément a sauvé de l'oubli, Henri IIT, une race de
petits chiens nommés Chiens de Lyon, devint précieuse
comme valeur pécuniaire. S'il en faut croire les historiens ,
ni son fanatisme religieux et ses débauches honteuses, ni
les embarras d’un règne orageux et la pénurie des finances ,
ne purent le distraire de sa passion pour ses chiens. Il en por-
tait ordinairement plusieurs suspendus à son cou, et ne les
quittait pas pour donner audience à des ambassadeurs! Le
président de Thou dit : « qu'il lui en coûtait tous les ans
plus de cent mille écus d’or. »
Quoique déjà bien loin de nous, 1l n’est pas sans intérêt ,
sans utilité, de rappeler des époques déplorables, où il était
plus lucratif, plus glorieux, je ne dis pas plus honorable ,
d'élever, de perfectionner des oiseaux pour les plaisirs de cer-
tains personnages , que d'améliorer les races des animaux
domestiques dans l’intérêt de la société.
Alors le duc de Milan, Galeazzo-Maria-Sforza . cédait au
138 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
canton d'Uri la vallée Lévantine pour le tribut annuel de
trois faucons et d’une arbalète .
Alors le duc de Bourgogne, dont les oïseaux pour la fau-
connerie étaient plus grands qne ceux mêmes du roi, en-
voyait à Bajazet douze faucons blancs pour la rançon du
comte de Nevers *.
Alors un certain d'Interville, évèque d'Auxerre, faisait
crucifier un de ses gardes pour avoir vendu à son insu quel-
ques oiseaux de fauconnerie 3
Alors la loi Gombette condamnait le voleur d'un épervier
à une amende de huit écus d’or, ou à se laisser manger par
cet oiseau cinq onces de chair sur les fesses on
Alors des nuées de veneurs , fauconniers , fureliers , per-
driseurs , oiseleurs , louvetiers , archers , valets de chiens, et
tout l’attirail accessoire, composaient les trains de chasse
des rois, des grands seigneurs, ravageaient les campagnes,
ranconnaient les cultivateurs , et vivaient chez eux à discré-
tion. Les charges de Grand-Veneur , Grand-Fauconnier ,
étaient des titres de faveur pour les hauts personnages * ; et
Mézeray nous dit que « c'était un bien plus grand crime
d’avoir tué un cerf qu’un homme. »
La mode est souvent une convenance d'amélioration ,
mais locale et passagère. Varron nous apprend que, chez
les Romains , un troupeau de cent paons rapportait à
son maître environ trois mille de nos livres par an.
C'était la partie la plus lucrative de la basse-cour 5. Un
1 William Coxe, V’oyage en Suisse et dans le pays des Grisons.
2 Choisy, ist. de Charles VI.
3 Indication sommaire des faits qui prouvent la compétence de la justice sé-
culière.
4 Citée au liv. XIII de l'esprit , des usages, ec.
5 Môêm. hist. sur lu chasse , par La Curne de Sainte-Palaye.
6 Ex pavonibus fructus capiuntur majores quam &è gallinis. De re rusticä , Gb. HI,
c. 4.
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 139
nommé Aufdius Lucro, ayant trouvé la manière de les
engraisser , gagnait chaque année, à ce trafic, 600,000
sesterces, environ 7,500 francs ‘. Servir des paons sur la
table devint si fort à la mode, que Cicéron écrivait à Pœtus :
« Jai osé donner à souper à Hirtius sans paon *. Outre nos
oiseaux de basse-cour, les Romains engraissaient des trou-
peaux de grues, de sarcelles , de tourterelles , de grives , et
même de loërs dont les Italiens mangent encore , mais qu’ils
n'élèvent pas. Le producteur retirait souvent plus de profit
de cette partie de son exploitation que d’autres cultivateurs
de tout le produit des terres de la ferme *.
Des formes indépendantes de la bonté, et les différences de
couleur, ont été souvent un motif de convenance pour le
producteur de chevaux.
3° Des considérations d’une toute autre importance que
le caprice et la mode, doivent éclairer le producteur et dé-
terminer les convenances d'amélioration.
On entend par race certaines modifications de formes,
transmises héréditairement , et perpétuées dans une longue
suite de générations. Les qualités et les capacités en dépendent.
Lorsque ces modifications rendent les individus moins
propres au service , on dit que la race dégénère ; et le degré
d'amélioration se mesure d’après l'aptitude à l'utilité.
Le beau est la convenance des organes avec leur destina-
tion. Toute amélioration considérée sous d'autres rapports
n'est qu'un sacrifice à la mode, à la fantaisie , au caprice ,
sans utilité publique et sans base solide.
Avant d'entreprendre l'amélioration d’une race, avant d’al-
térer des formes acquises depuis long-temps, il faut com-
1 Habitudes et Mœurs privées des Romains, par d’Arnay.
2« Sed vide audaciam , etiam Hirtio cœnam dedi sine pavone. »
3 Et ide ex his pastionibus ex un& villà majores fructus capere, quäm alëi
fuciunt ex toto fundo, (Varro, lib. HI, cap. 2.)
140 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
mencer par la bien connaître, en apprécier les avantages ,
les inconvénients , et remonter aux causes qui l’ont produite.
L’élévation sur jambes des bêtes de trait , toute favorable
qu'elle soit à la vitesse, ne convient que sur les sols unis.
Dans les lieux coupés en montées et descentes , le point de
tire se trouve à chaque instant ou trop haut, ou trop bas.
Une portion des forces est employée sans avantage contre la
résistance à vaincre , et cet inconvénient est en raison de la
hauteur des animaux.
La petitesse de la taille devient une qualité du gros bétail,
ou du moins une condition nécessaire à son existence, sur les
montagnes à défilés étroits , à sentiers rocailleux et difficiles.
En général , les collines ne sont pas propices à la grosseur
de la taille. L’élasticité des fibres, la bonté des pieds, l’agi-
lité, la vivacité, plus d'énergie vitale, se remarquent non
seulement dans les races aborigènes de ces localités, mais
encore dans les individus qui y sont amenés et élevés.
Les plaines basses, à gras pâturages , sont favorables au
développement osseux et musculaire, à la taille grande et
grosse.
Des animaux à taille petite prospèreront sur les pâturages
où des races de grande taille ne pourront subsister. Ils sont
aussi moins délicats, moins difficiles sur la qualité de la
nourriture. .
Celui donc qui veut améliorer les races sous le rapport
d'ampleur et d’élévation de taille, doit commencer par s'y
préparer en améliorant ses pâturages et ses fourrages.
Dans tous les pays , sous tous les climats, la bonne qualité
et l'abondance de nourriture favorisent le développement des
individus, et augmentent la taille des races. Cette observation,
que tout nourrisseur a faite sur les races indigènes , n’est rien
moins que vraie quant à celles importées. Un troupeau de
vaches choisies dans la plus grande race de la Suisse fut
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 141
amené avec les bergers à la Malmaison; l'intérêt qu'y mettait
l'impératrice JoséPmiNE ne put empêcher qu’elles ne fussent
d'une maigreur extrême, mauvaises laitières , et qu’elles ne
dépérissent. La nourriture était cependant abondante.
Tous les cultivateurs savent qu'il faut assortir le bétail à la
nature des fourrages; mais trop peu distinguent la qualité
occulte que les fourrages tirent du sol. Quoiqu’en apparence
entièrement semblables , ils pousseront à la graisse ou au
lait, ou bien ils élèveront la taille et étioleront les in-
dividus , etc.
Depuis 30 à 35 ans, l'espèce ovine , et surtout la race
mérinos, a été celle des animaux domestiques la mieux étu-
diée. Quelle différence dans les formes et dans la qualité des
laines , selon les fourrages , le sol et les soins hygiéniques !
La nourriture bonne et abondante grandit, grossit la taille ,
permet la quantité de laine ; mais elle est incompatible avec
l’extrème finesse. La transhumance , l'estivage sur les mon-
tagnes, le parc, sont favorables à la force, à l’élasticité de
la laine, et nuisent à sa douceur. L’habitation dans les ber-
geries à l'exclusion du parcage, rend la laine douce, mais
d’une apparence plutôt cotonneuse que soyeuse. Les fourrages
artificiels noërs , tels que le trèfle et l’esparcette, donnent un
suint abondant et jaunâtre, préjudiciable à la vente sans
cependant nuire aux qualités. Le foin-gazon, la paille et les
fourrages-racines , dans des proportions convenables , favo-
risent la blancheur des toisons et la douceur de la laine.
L’extra-fin est le résultat de la plus grande faiblesse compa-
tible avec la faculté de vivre et la puissance de reproduction.
Ainsi c'est en vain que l’éleveur aura acquis des races extra-
fines , s’il ne les soumet aux conditions, aux influences
spéciales,
L’Angleterre , dont quelques comtés sont favorables à la
production des laines à peigne , n’a pu conserver la finesse
142 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
des mérinos. Plusieurs années d’observations suivies sur les
principales races anglaises à laine longue, ne m'ont pas
encore prouvé qu’elles puissent garder leurs qualités sans
altération dans le pays que j'habite , la partie méridionale de
la Suisse francaise.
La différence entre les pâturages alpestres des cantons de
Berne, de Fribourg et la plaine des environs de Paris , celle
des gazons humides de l'Angleterre aux herbes aromatiques
du Jura, sont des motifs suflisants pour expliquer pourquoi
les vaches suisses du pays d'En-haut dépérissaient sur les
bords de la Seine, et pourquoi les bêtes à laine des races an-
glaises, Cottswold , Leicester, Lincoln, s'élèvent difiieile-
ment, et semblent dégénérer sur les pâturages élevés et sur
les côteaux du canton de Vaud, en Suisse.
L'expérience a prouvé que la différence de nourriture sous
les rapports d'espèce, de qualité , de quantité, ou celle des
lieux , tant sous le rapport de la nature du sol que sous ceux
d’élévation et d'inclinaison, suffisent pour modifier les races
et déterminer en elles un caractère local , contre lequel on
ne lutte qu'avec effort, rarement avec avantage, et ja-
mais sans des soins continuels.
L'étude des causes des races est d’autant plus nécessaire ,
que quelques ressemblances de sites et d’habitudes hygiéni-
ques ne suflisent pas pour garantir le succès. Les chevaux,
qui pâturent dans les steppes unies et sablonneuses de la
Tartarie, ont le sabot petit et élevé , la crinière longue, et
quelquefois pendante jusqu’à terre. Ceux des déserts sablon-
neux de l'Arabie ont le pied rond et très peu de crinière. Les
chevaux sauvages, qui pâturent en troupes les Pampas du
Chili , plaines élevées et peu fertiles, proviennent d'Espagne
et sont abâtardis. Ces trois races , quoique vivant en liberté
dans des plaines sablonneuses et inutiles, diffèrent de formes,
de taille, de tempérament et de moyens. Les chevaux de la
SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 1443
Camargue pâturent en pleine liberté sur un sol uni , aride ,
et ont les sabots très larges. Ainsi, malgré les ressemblances
topographiques , les différences de ces climats agissent sur les
individus, puis encore sur les fourrages; et l'influence de
ces deux causes, qu'il est plus facile de signaler que de ca-
ractériser , détermine les formes de ces différentes races.
Chaque année ; en automne, des troupeaux de poulains,
achetés en Suisse, viennent en Savoie où on les élève pour
les besoins de l’agriculture. Le pays d’où ils sortent, et celui
où ils arrivent, se ressemblent en tout sous les rapports
topographiques. Ces poulains achetés sont ou des rebuts,
ou au-dessous de la moyenne. Ils n’acquièrent en Savoie ni
la taille ; ni la grosseur de leur race ; mais les jambes sont
solides, les articulations prononcées , les sabots fermes; tan-
dis que la race originaire manque de ces qualités. Ils sont de
meilleur entretien , ont proportionnellement plus de force ,
et surtout plus de fond d’haleine. Ils se reproduisent et font
une sous-race.
Un de ces petits chevaux savoyards , acheté à Genève
pour deux cents et quelques francs , est souvent allé de cette
ville à Lausanne , et revenu diner le même jour , après avoir
fait 23 lieues de pays. Il est probable qu'aucun cheval suisse
n’en ferait autant.
L’abondance de la nourriture , en foin-gazon de très bonne
qualité, :et la trop grande chaleur des écuries, développent
en Suisse les systèmes celluleux et musculaires. En Savoie,
une nourriture moins substantielle, composée en partie de
foin médiocre et de bonne paille, mais avec quelque peu de
grains ; est favorable au développement osseux, à la densité
et à l’élasticité des fibres.
TH. 10
ds.
PES
=
QUELQUES CONSIDÉRATIONS
$ 2. Des moyens.
Chacun des moyens d'amélioration, perfectionner , croi-
ser , importer ; a ses avantages et ses inconvénients , qui dé-
pendent surtout des circonstances. On ne peut en tirer que
des règles générales, dont l'examen des convenances déter-
mine l'application. | | |
1° Le perfectionnement des races par elles-mêmes est
la plus lente et la plus sûre des améliorations. Quelques vé-
térinaires disent méthode de progression; mais il y a aussi
progression dans la méthode par croisement. Ce moyen ne
compromet point l’aisance du producteur , parce qu'il n’exige
pas de grosses avances, et il échappe aux inconvénients
des innovations, dont le principal est la défaveur qui les
précède. Il porte la persuasion avec lui et il entraîne par
l'exemple ; car chaque voisin comprend le but, et juge qu'il
peut y parvenir ou en faire son profit. Enfin , la certitude
d’une progression croissante , celle de la stabilité et de l'uti-
lité locale des résultats obtenus , sont des avantages précieux.
Ges considérations sont concluantes en faveur du perfec-
tionnement des races aborigènes , lorsqu'elles ne sont pas
trop dégénérées. On ne risque jamais de faire des écoles,
d’avoir des croisements décousus , de former des races qui
ne conviennent pas au sol ou aux usages du pays. On va len-
tement, mais sans arrêt, sans pas rétrogrades, sans risquer
de prendre une fausse route ; et la lenteur se trouve compen-
sée par la généralité du mouvement.
Cette méthode n’est pas cependant sans inconvénients : une
race s'améliore par le choix judicieux des accouplements, en y
appliquant l’aphorisme médical ,contraria contrariis sanantur,
corrigez les défauts par les défauts contraires. Ceux en plus
de l’un sont mis en opposition avec ceux en moins de l’autre,
SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 145
el vice vers4, avec l'attention d'éviter qu'il y ait excès de
différence, sans quoi on n’obtiendrait pas la fusion des formes.
On a dit qu'il faut corriger les défauts par les qualités oppo-
sées : ce mot qualité, n'ayant, lorsqu'il s’agit des formes ,
d’autre signification que celle de justesse , proportion, ré-
gularité , et ces qualités étant altérées dans la progéniture
par les défauts de l’un des parents, le moyen d'amélioration
se trouve insuflisant. L'opposition des défauts est impossible,
lorsqu'on accouple les individus d’une même race, si le vice
à corriger est très prononcé, et surtout quand le climat, la
localité , y ont plus de part que la négligence ou l'ignorance.
Alors, on procède par élection, en accouplant les individus
chez lesquels le vice est moins prononcé, et en s’aidant des
secours de l'hygiène.
Un des mérites de la méthode par perfectionnement est
de pouvoir être généralisée sur un grand espace à la fois, de
pouvoir devenir une chose de mode chez tous les cultivateurs;
mais l'amélioration étant lente, la persévérance devient la
condition nécessaire du succès, et c’est en cela qu'est la plus
grande des difficultés , quand il s’agit de la multitude.
Cette méthode manque de partisans, parce qu'une amé-
lioration lente et générale exclut les spéculations étroites de
l'intérêt personnel ; parce qu’elle ne flatte pas l’amour-propre
en fournissant à quelque individu le sujet d’un mémoire am-
poulé ; parce qu’enfin le succès dépend surtout d'habitudes
qu'il faut changer , d'erreurs qu'il faut rectifier , de préjugés
quil faut détruire.
Point de commissions d'achats, point de place d'inspec-
teurs, de directeurs, de conservateur , de régisseur , d’ad-
ministrateur. Rien pour satisfaire la morgue des puissants ,
et rien encore en faveur de leurs créatures. Que de motifs de
réprobation !
Il suflit d'éclairer, d'encourager , de vouloir le bien du
146 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
plus grand nombre. C’est la tâche honorable des Sociétés d'a-
griculture ; les concours ct les primes assureront le succès.
20 Le croisement par des individus de race étrangère.a
le mérite de produire des effets plus prompts et plus grands.
Il a lieu par l'importation des mâles plutôt que par celle des
femelles, parce que celles-ci n’ont dans l'amélioration que
l'influence d'unité numérique ; tandis que celle des mâles se
mesure par leur capacité fécondante, et se compte dans les
proportions de vingt, au moins, jusqu'à cent et plus contre
un , selon les espèces.
L'influence du mâle prédomine sur les formes extérieures,
sur la couleur du pelage, sur la qualité des poils , des laines,
des plumes.
C’est à tort que quelques personnes attribuent à la mère
plus d'influence sur les produits de la conception que n'en à
le père, quoique les raisons qu’ils en donnent ne soient pas
sans valeur. La différence de nourriture , disent-ils , qui agit
à la longue sur l'adulte, dont les organes bien développés et
jouissant de toute leur énergie n’ont qu’à assimiler , doit être
bien plus forte , avoir bien plus d'influence sur le fœtus , dont
les organes se développent , se forment et ne recoivent qu’une
nourriture animalisée par la mère ; et cette influence mater-
nelle , qui déjà a concouru à la conception , se prolonge pen-
dant le développement du fœtus, et se continue pendant l’al-
laitement avec une évidence telle , qu’elle agit même sur le
moral. « Depuis long-temps , dit Sylvius de le Boë , j'ai ob-
« servé que les enfants sucent avec le lait le tempérament
« aussi bien que les inclinations que l’on remarque en eux
« pendant le cours de leur vie, et qu’ils tiennent, à ces deux
« égards, autant de leur nourrice que de leur mère. » On
cite encore les maladies héréditaires , c’est-à-dire, la disposi-
tion organique transmise aux enfants par voie de génération ,
plus redoutable quand elle est maternelle.
SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 147
La réponse à toutes les objections tirées de la longue in-
fluence de la mère pendant la gestation, pendant l'allaitement,
est que celle du père, lors de la conception, suflit pour la
contrebalancer.
Mais c’est l'expérience qui doit décider.
Linnée avait conclu , d’après des croisements de brebis de
Suède avec des béliers mérinos et de brebis de cette race
avec des béliers de Suède , que le mâle influait principale-
ment sur les parties extérieures et la mère sur les organes
internes. Les résultats obtenus du mélange de la race des
chèvres d’Angora avec celles de Suède, confirmèrent son opi-
nion ; les métis provenant d’un bouc d’Angora avaient les
poils soyeux, et ceux qui provenaient d’un bouc de Suède
avec une chèvre d’Angora les avaient plus grossiers.
Comme il n’est pas nécessaire d’être un Linnée pour se li-
vrer à ces expériences et faire de parcilles observations, je
peux ajouter que les résultats obtenus à diverses époques,
pendant vingt ans, sur des brebis de huit races différentes ,
de Suisse , du Piémont , de Souabe , de Savoie et de France,
m'ont prouvé la supériorité de l'influence du mâle.
Elle est incontestable dans la race des mérinos. Quand les
béliers qui composent {a monte d’un troupeau sont nombreux,
il existe entr’eux des différences ; elles se transmettent sur-
tout aux mâles, et la filiation se reconnait facilement à la
grosseur et à la direction des cornes , à la longueur et à la
forme de la tête, aux poils du nez et des joues , aux propor-
tions de l’encolure , au genre et à la qualité de la laine.
La superfétation met en évidence cette supériorité mascu-
line : une chienne , une chatte, pleines de différents mâles ,
font d’une, seule portée des petits très différents entr’eux, et
ressemblant aux divers pères. Quant aux oiseaux de basse-
eour , la prédominance du mâle est une vérité triviale.
La proportion des puissances effectives du mâle et de la
145 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
femelle, selon l'expression de Buflon , se prouve plus évi-
demment encore dans les produits hybrides , mulets ou mé-
us, qui résultent de l’accouplement de deux mdividus d'espèce
différente. Les formes du père et celles de la mère, se res-
semblant moins, peuvent facilement se distinguer dans leur
progéniture. Le mulet tient plus de l’âne que de la jument ,
et le bardeau plus du cheval que de sa mère. Le chardonneret
avec une femelle de serin, et un serin avec une femelle de
verdier, produisent des métis qui ressemblent beaucoup plus
au père qu’à la mère. La même influence se remarque sur les
produits du canard musqué avec la femelle de l'espèce com-
mune.
Buffon a observé que la tête , les oreilles, la queue, les
jambes , les sabots du mulet ont plus de rapport avec l'âne
qu'avec la jument ; que la tête et la queue du bardeau , qui a
le cheval pour père et l’ânesse pour mère , ressemblent au
cheval ; et que tous deux tiennent plus de la mère que du
père, non seulement pour la grandeur, mais aussi pour la
forme du corps *. Il dit ailleurs que les oiseaux métis res-
semblent à la mère par le corsage, et au père par la tête, la
queue ; les pieds et les jambes.
La tête est la partie sur laquelle l’influence du mâle se fait
sentir plus généralement. Il en détermine la grosseur et les
formes , la grandeur et la direction des oreilles , la grosseur
et la courbure des cornes , leur nombre ou leur absence.
Les produits des taureaux sans cornes avec les vaches com-
munes ressemblent ordinairement aux pères.
La variété des boucs à quatre cornes se reproduit avec les
chèvres ordinaires ; et la présence ou l'absence de ces organes,
chez les béliers, se transmet à leur race.
Cependant, outre les cas particuliers , qui font exception à
1 Supplément. — Tom.V. Des mulets.
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 149
ces règles générales , on peut objecter que les chevaux issus
de juments à tête pesante et d’étalons de belle race, ont
souvent la tête commune et plus ressemblante à la mère que
les autres parties.
L'influence plus grande de la part de la mère sur les
organes internes par la conception et la gestation, et
sur le tempérament et les inclinations par l'allaitement,
sont moins évidentes que l'influence paternelle , et. peu-
vent être mises en doute , du moins quant aux animaux.
En créant une race , on altère les formes d’une espèce, on
les développe, on les restreint , on les modifie , on crée des
aptitudes physiques , et on décide de l'emploi et des qualités
intellectuelles des générations à venir. L'influence de la ges-
tation n’est dans tout cela que secondaire ; celle de l’allaite-
ment est nulle, excepté sous le rapport sanitaire, comme
qualité et quantité de nourriture.
Les enfants élevés avec du lait de vache et ceux qui le sont
encore plus facilement en tetant une chèvre, n’ont pas plus
de rapport avec le tempérament et les inclinations de ces ani-
maux que les enfants nourris par une femme.
Le mulet hérite du tempérament érotique de son père, ct
le bardeau ressemble , sous ce rapport , plus au cheval qu'à -
l’ânesse.
Le père influe sur l'extérieur , sur les organes de la vie de.
relation ; il donne la couleur, la vigueur, et il modifie les
formes. La mère, dit-on, influe davantage sur les organes
intérieurs , sur les viscères ; mais, chez les chevaux, l’in-
fluence de l’étalon sur les organes pulmonaires ne peut être
contestée. :
La grande supériorité de force et de dimension que la na-
ture a donnée aux males de presque toutes les espèces domesti-
ques , démontre que c’est par eux qu'il faut améliorer la gros-
seur de la race.
150 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
La prédominance du mâle dans les produits de la conception,
et son influence qui se multiplie en raison de sa faculté fé-
condante , en font le moyen principal de toute amélioration.
C'est celui que la nature emploie pour empêcher la dégénéra-
tion des espèces : pendant qu’elle fait naître chez les femelles
un désir graduel, réprimé par l'indécision , elle allume dans
le cœur des mâles les fureurs de l'amour , la jalousie , les ri-
valités , les combats. La victoire devient le titre des plus vi-
goureux et exclut les faibles, qui lavent dans leur sang le
crime d’avoir voulu propager leur faiblesse.
Non aliter fortes vidi concurrere tauros ;
Cüm prelium pugne, toto nitidissima saltu ,
Expetitur conjux ; spectant armenta , paventque ;
MNescia quem maneat tanti victoria regni *.
Ov.
Les mâles , à l’époque du rut , sont plus brillants de cou-
leur ; la voix devient forte , l'allure fière et majestueuse , leur
courage grandit avec leur audace ; ils deviennent « aimables
à leurs belles , terribles à leurs rivaux. »
On doit regarder comme une erreur le précepte de Vir-
gile : « Que , si l’on veut obtenir de belles races, soit de che-
vaux , soit de bœufs , il faut porter l'attention principale sur
le choix des mères *. »
La prépondérance de l'individu dans l’acte de la conception
l'emporte souvent sur celle du sexe ; cela sert à expliquer
1 Celle récompense , qui devient l’apanage des plus robustes, dit Virey, et qui
écarte de la génération les plus faibles, nous montre le but de la nature cherchant la
perfection des espèces aux dépens des individus, et opposant une barrière éternelle
aux causes qui tendent perpétuellement, dans le cours de l'existence ; à détériorer ces
espèces eL à abätardir les races.
2 Seu quis, olympiciæ miratur præmia pulme ,
Puascit equos , seu quis fortes ad aratra juvencos ,
Corpora præcipuè malrum legat.
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 101
pourquoi, dans un grand nombre de cas, l'influence plus
grande du mâle se trouve démentie. C'est ainsi que l'extrait
d’un chien turc noir avec une petite femelle de roquet à man-
teau gris-rougeâtre , ressemblait au père par le corps et à la
mère par la tête. Dans ce cas, l'influence du mäle a été nulle
pour les formes de la tête , parce que la femelle était indigène
et le père sous l'influence débilitante d’une température trop
froide pour sa race.
« Lorsque les chiens turcs se mêlent avec des chiens d’au-
« tres races , il se trouve, parmi les individus qui en provien-
« nent, des chiens qui sont absolument sans poil , d'autres
« qui ont du poil sur tout le corps, ou d’autres enfin qui
« sont en partie couverts de poil et en partie nus *. » Un
autre chien, issu d’une dogue à nez fendu et d'un père le-
vrier , avait le nez fendu comme sa mère , avec des formes
intermédiaires des deux races. On peut encore attribuer à la
force, à l'énergie de la race, cette influence de la mère sur
la tête. J'ai vu à Plain-Palais, banlieue de Genève, une fe-
melle métisse issue de l’accouplement d’un gros dogue avec
une jeune louve. La tête et les jambes ressemblaient à la
mère. Le male était beaucoup plus gros et plus fort ; mais il
appartenait à la race , et la femelle à l'espèce.
Pendant quatre ans, à Coppet, chez M. de Staël, environ
cent cinquante brebis mérines ont été livrées chaque année à
des béliers à longue laine, des trois races connues , importés
d'Angleterre. Les agneaux ressemblaient pendant les deux
premiers mois à des mérinos; puis la toison cessait d'être
ratinée et se rapprochait du père par la longueur, mais
sans en avoir ni le lustre , ni l’élasticité, ni la force, ni l'é-
galité des brins. Elle avait perdu le suint, mais elle conser-
vait la mollesse et la douceur. La finesse mérine était dimi-
1 Daubenton. (Descrip. du chien, hist. nat. de Buflon.)
152 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
nuée des deux tiers, et le tassé de moitié. Les formes et la
taille de ces métis de premier croisement avaient beaucoup
plus de rapport avec les mères qu'avec aucun des pères. —
Il faut considérer , pour expliquer cette prépondérance des
mères , que la race mérine était acclimatée depuis vingt ans;
que c’est une race antique, pure, forte, énergique et bien
prononcée. Les béliers anglais, affaiblis par le développe-
ment d’une taille colossale , appartenaient à des races bien
récentes comparativement à l'autre ; leurs inclinations sont
douces, leur caractère mou et indolent, leur constitution
lâche, disposée à l'engraissement ; et ces mäles importés
étaient sous l’influence d'un climat étranger.
Elle tient du père , elle tient de la mère : expressions tech-
niques chez les éleveurs de vaches, pour désigner la génisse
dont le mâle a déterminé les qualités, ou celle qui ressemble
à sa mère ; cette différence, qui est souvent du tout au tout
entre des individus provenant du même taureau, tient au
plus ou moins d'énergie de la force reproductive chez la fe-
melle, comparativement au mâle. La versalité de ressem-
blance ou avec le père ou avec la mère est plus rare , quand
le taureau est d’une race bien caractérisée et qu’il jouit d’une
grande force organique. Alors l'influence du père se porte
jusque sur les organes qui ne se développent pas chez les
mâles; de telle sorte que l’origine d’un taureau issu d’une
vache faible laitière est d’un mauvais augure pour la bonté
des génisses qui en proviendront. Comme c’est dans les gé-
nérations croisées que les influences de père et de mère sont
évidentes, Je citerai une observation que j'ai pu faire en
grand et à loisir : La race bovine du canton de Schwitz, sur-
tout la variété à poil brun-marron, est la plus robuste des
grosses races suisses. Les produits de ces taureaux avec des
vaches analogues pour la taille, mais de races différentes,
ressemblent au père, ct n'ontque peu d’analogie avec la mère.
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 153
On croit que, dans toutes les espèces , la faiblesse relative
du père, soit qu’elle provienne de son jeune âge , de sa con-
stitution , ou de l'excès de copulation , lui fait perdre son in-
flüence pour déterminer le sexe ; de sorte que ; dans ces cas,
les femelles naissent en plus grand nombre que les mâles.
Cette opinion est admise par les uns, contredite par les au-
tres, et tous invoquent l'expérience. Buffon cite les peuples
qui vivent en polygamie, les sérails des Musulmans, où il
naît plus de filles que de mâles. M. Girou de Buwzareinges a
rajeuni cette idée, et a essayé de démontrer par des expé-
riences , sur des bêtes à laine, en 1825 et 1826 entr’autres ,
publiées dans divers journaux, qu’on pouvait faire naître
à volonté un plus grand nombre de mâles ou de femelles.
Pour obtenir plus d’agnelles , il a donné à des brebis fortes ,
bien nourries, âgées de 4 à 5 ans, des mâles de 10 mois,
etila allié des brebis peu vigoureuses, de 4 ans et au des-
sous, affaiblies par la nourriture, avec de forts béliers de
3 ans , afin d'obtenir plus de mâles. Tout cela est appuyé par
des chiffres ; cependant combien il existe d'observations con-
tradictoires! M. Girou tire des nt lié semblables pour
tous les animaux domestiques , même ceux de basse-cour *.
En admettant que le principe ne soit pas illusoire , les con-
ditions, pour obtenir plus de femelles, seraient la cause la
plus active de l’abâtardissement des races. C'est la faiblesse,
l'enfance, la débilité, pour base de la génération." Quels
béliers que des agneaux de dix mois !
Fortes creantur fortibus et bonis ;
Est in juvencis, est in equis patrum
Virtus....
Des effets plus prompts, une marche plus rapide vers l’a-
* Annales de l’agric. franc. , 1827-1898, p. 217 et suiv.
3 Horace. (Ode : Qualem ministrum.)
154 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
mélioration par la méthode du croisement, sont le résultat
de la facilité qu'elle procure de corriger les défauts par les
défauts opposés; mais ces avantages ne peuvent s'obtenir que
par un choix judicieux de la race mâle : les erreurs sont ir-
réparables.
La race des males qu'on se propose d'introduire doit être
en rapport de taille , d'aptitude et de conformation avec celle
à améliorer, sans quoi les extraits manqueront de propor-
tion ; comme , par exemple, un corps pesant et épais sur des
jambes longues et déliées, ou une tête courte et grosse au
bout d’une encolure mince et allongée. Lorsqu'il y a ressem-
blance de structure, la différence de taille , si elle n’est pas
très grande, ne nuit pas à la beauté de la progéniture. Une
mère un peu plus forte, plus double que le père, donne l’es-
poir d’un plus bel extrait que si c’était le contraire. La gros-
seur du père n’est pas seulement une convenance pour les
proportions de sa progéniture : les mâles de grosse espèce
peuvent écraser les femelles trop petites, et rendre la partu-
rition très dangereuse. L'accouchement des vaches est plus la:
borieux que celui des autres femelles domestiques, et il arrive
souvent qn'il devient impossible quand les taureaux sont d’une
race beaucoup plus grosse. Les chiennes paient chèrement
leur préférence pour les plus gros mâles.
Dans quelque pays qu’on aille recruter les mâles, 1l est de
la plus grande importance de ne les tirer que de races dès
long-temps indigènes, et conservées sans alliance étrangère.
L’étalon qui provient d’une race récemment formée à l’aide
du croisement , tout modifié qu'il soit par son père et par le
sang de quelques aïeux, n’en a pas recu l'énergie suflisante
pour transmettre ses formes, et contrebalancer, par son in-
fluence instantanée sur le produit de la conception, celle de
la mère, qui est prolongée ct favorisée par l’action constante
du sol, du climat, et de la nourriture , etc.
SUR L’AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 155
La migration doit se faire généralement du Midi au Nord,
d’un pays plus chaud , ou du moins de température analogue,
et jamais d’une localité beaucoup plus basse. C’est là une de
ces vérités de faits, contre lesquelles les arguments théo-
riques ne sont que de la phraséologie. Il est probable que le
principe de vie, lorsqu'il est disséminé dans les individus à
grosse corpulence, agit avec moins d'énergie que chez ceux
à taille moyenne où il se trouve plus concentré. Peut-être en-
core , la conservation, la réparation et le mouvement d'une
sse “plus grande exigent-ils un plus grand emploi, une
fee grande fraction de l'unité de vie; de sorte que les su-
jets à grande taille et à grosses formes, ayant peu d'énergie
vitale en surabondance, n’en peuvent pas beaucoup commu-
niquer.
Ce qui est vrai pour les individus ne l’est pas moins pour
les races ; car si l'individu fait souvent exception , les races
n’en font pas. Les lieux bas, les plaines à pâturages gras et
abondants, les gorges des montagnes qui ne sont pas ouvertes
aux vents , un climat tempéré et humide , disposent à la cor-
pulence , à la graisse , en affaiblissant le ressort et l’élasticité
des fibres. Les plaines sèches et élevées, les côteaux battus
des vents , un climat chaud et sec, des pâturages plus aroma-
tiques qu’abondants , produisent l'effet contraire. Ainsi les
mâles tirés de cette première classe de pays ne perpétueront
pas leur type, et leurs descendants iront en dégénérant ; tan-
dis que ceux originaires des pays chauds et secs, ou secs et
élevés, auront beaucoup plus d'influence génératrice et
modifieront davantage leurs produits.
Ces principes généraux suflisent pour expliquer pourquoi
les chevaux africains connus sous le nom de Barbes, ceux
de l'occident de l'Asie , persans ou arabes, ont toujours pro-
duit , en Europe, des extraits plus gros que le père ; comme
aussi les étalons espagnols, turcs, napolitains , produisent
156 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
plus gros qu'eux en France et en Allemagne. On comprend
pourquoi les étalons de race hanovrienne , wurtembergeoise ,
issus de croisement avec des chevaux anglais, et amenés, du
Nord au Midi dans les dépôts d’étalons, en Savoie, produi-
sent des chevaux peu vigoureux ct faibles surtout des jambes
antérieures. Ils ont donné le même résultat en France.
On ne saurait trop prévenir ceux qui se livrent à l’amé-
lioration par le croisement, qu'il n’est pas rare qu'un mâle
bien choisi, tant sous le rapport de race que sous celui des
qualités, ne réponde pas à l'attente, quoique suflisamment
assorti aux femelles indigènes. Les extraits viennent lariguis-
sants, mal proportionnés : cet état de langueur se dissipe or-
dinairement avec l’âge, et l'individu se forme un peu plus
tard. L'emploi prématuré de tels sujets, moins formés que
développés en taille, est la cause la plus nuisible aux amé-
liorations des races ; elle répand la défaveur contre une opé-
ration bonne, et elle dégoûte les bien intentionnés, qui ne
devraient accuser que leur impatience. Quoique le défaut de
proportions, le manque de fusion des formes du père avec
celles de la mère, se corrige beaucoup moins avec l'âge et
soit un manque de succès quant aux individus d’une première
génération, d'un premier métissage, d'un premier croise-
ment, il ne faut pas en inférer de même pour les générations
de second et de troisième croisement. Ce prapier manque
de succès, ces sujets décousus annoncent qu'on a outré l’op-
position des défauts ; mais ces extraits femelles, dont le ca-
ractère des formes a été profondément ébranlé, sont par cela
même disposés à laisser prendre au mâle la prédominance
dans l’influence génératrice. Leur accouplement avec le père
est une condition du succès, et en devient la garantie.
Croiser deux races, c’est les modifier toutes deux, en al-
térer le type dans leurs descendants.
C'est donc former une nouvelle race. Admettons les cir-
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 157
constances égales pour le père et pour la mère, et que l’un
et l’autre exercent sur leur progéniture la moyenne d'action
qui appartient à leur sexe ; il arrivera que les extraits ressem-
bleront davantage au père. Mais cette égalité des circon-
stances ne peut avoir lieu , et la différence est toute contraire
à l'influence de l’étalon étranger ; il faut qu'il résiste aux
différences de pays, de fourrages , etc. , ce qui a toujours
lieu aux dépens de sa puissance génératrice ; d’où 1l résulte
que celle de la mère est augmentée en proportion relative.
Puis , les influences locales agissant en suite sur le dévelop-
pement du métis , du jeune croisé , il s’en suit que , si l’in-
fluence absolue du male peut être comptée en moyenne pour
deux tiers , elle se trouve réduite par l'effet relatif à un tiers et
souvent moins.
Comme étalon , cet extrait dont l'existence n’a recu qu'un
tiers d'influence paternelle ou d'amélioration, et qui paie
encore l'influence fâcheuse du climat sur son père , ne peut
être capable d’avoir plusde puissance effective génératrice que
les femelles indigènes avec lesquelles on l’accouplerait; desorte
que sa progéniture, tenant moitié du père et moitié de la
mère , se trouverait n'avoir recu qu'un sixième de l'influence
d'amélioration; et comme les causes locales agiront avec
d'autant plus d'efficacité pour ramener au type que l’in-
fluence paternelle sera moindre, celle-ci se trouvera réduite
à peu de chose. Un tel métis doit être exclu comme propa-
gateur de sa race. Son alliance avec les femelles issues de
leur père commun serait mauvaise, non pour cause de pa-
renté , car l’union de celles-ci avec l’étalon dont elles pro-
viennent est nécessaire pour atteindre promptement le but.
mais parce que les influences locales agiraient avec trop d'a-
vantage sur des produits issus de parents sans type fixe , et
de conformation équivoque ou altérée par lunion de deux
races.
158 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
L'évidence de ces motifs est trop apparente pour pouvoir
être contestée ; mais puisque le croisement, ou le métissage,
crée une race, quand peut-elle être considérée comme telle
et se perpétuer par elle-même ?
D’après l'opinion du plus grand nombre , c’est après un
croisement non interrompu arrivé à la troisième ou quatrième
génération , selon les espèces.
Cependant, à cette époque, en admettant même que le type,
le sang maternel, soient entièrement disparus, la race n'est
pas établie invariablement. L'influence locale agit encore à la
longue avant de fixer le caractère national ; et le choix ju-
dicieux des accouplements, pendant cette période , décide à
jamais des qualités de la race. IL arrive même assez souvent
que l’action des causes locales est telle , que la nouvelle race
dépérit , si l’on n’a recours de temps en temps à une nouvelle
importation de mâles. Cela se remarque plus ordinairement,
lorsque les étalons proviennent d'un pays trop diférent de
celui où ils vont croiser. On nomme cette opération renou-
veler la race.
Désirant constater par une expérience facile l'influence de
localité sur la taille des mérinos, quelques antenais âgés de
5 à 6 mois furent pris dans la moyenne du troupeau de
Carraz près Genève , et envoyés estiver sur le mont Salève
avec d’autres troupeaux qui y allaient chaque année. Carraz
est en plaine, presqu’au pied de la montagne; le troupeau ne
quitte jamais la ferme. Lorsque ces agneaux revinrent à la
bergerie après 5 mois, ils paraïssaient appartenir à une autre
race. Beaucoup plus petits que la moyenne, le système osseux
plus mince, les formes plus dégagées, les allures plus vives,
plus légères, ils refusaient de se joindre au troupeau, et
avaient dans les mouvements , dans le port , quelque chose
de vif ou de sauvage.
3° L'importation des races ae , qui parait être le
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 159
moyen d'amélioration le plus simple ; le plus expéditif , est
cependant celui dont le succès est le plus incertain.
Le père et la mère étant tous deux sous l'influence débili-
tante du changement de pays, la progéniture naïîtra faible ,
incapable de résister à cette même influence. C’est pourquoi
l'importation de la mère pleine aurait plus de chance de
succès. La mère indigène contrebalance, en faveur de la
santé de l'extrait, la cause de faiblesse provenant du père.
« Depuis 550 ans qu’il y a des Mameloucks en Égypte ;
dit Volney, pas un seul n’a donné lignée subsistante ; il n’en
existe. pas une famille à la seconde génération : tous leurs
enfants périssent dans le premier ou dans le second âge. Les
Ottomans sont presque dans le même cas, et l'on observe
qu'ils ne s'en garantissent qu’en épousant des femmes indi-
gènes; ce que les Mameloucks ont toujours dédaigné. Qu'on
explique pourquoi des hommes bien constitués , mariés à des
femmes saines, ne peuvent naturaliser sur les bords du Nil
un sang formé au pied du Caucase :. »
La faiblesse des enfants qui naissent dans les Indes , de
parents européens , est une chose connue.
« Dans le Lodésan, les vaches, dès la troisième génération,
perdent leurs qualités de bonnes laitières, au milieu de la
plus abondante nourriture. Il faut , chaque année, en im-
porter de Suisse *. »
-La race des moutons mérinos ne peut se conserver en An-
gleterre ; elle y perd la finesse et le tussé. Cette même race,
en Saxe, dans quelques troupeaux en France, et aux environs
de Genève, a acquis beaucoup en finesse ; mais, aux dépens
du tassé et de la force de constitution, les formes se sont
1 Voyage en Égypte.
2 Lullin de Château-Vieux, (Lettres écrites d'Italie.)
F0. 11
160 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
étiolées. Les nombreux troupeaux de mérinos, qui ont été
exportés dans les vastes pâturages de la Crimée , fournissent
une laine dure et qui manque de finesse.
A Coppet, canton de Vaud, en Suisse , chez M. de Staël,
les agneaux issus de béliers et de brebis de diverses races à
laine longue importées d'Angleterre ;, naïssaient petits , ché-
tifs, et périssaient presque tous aux second et troisième mois.
On ne put y remédier en partie qu'en donnant à ces agneaux,
dès les premiers jours de leur naissance , une mère imdigène.
J'ai observé les agnelages. de quatre ans, et deux générations :
les formes et la toison s'éloignaient du type primitif. La laine
des brebis et des béliers importés avait diminué de longueur
dès la seconde année de leur arrivée , d'une manière trop
prompte pour que l'âge en fût la seule cause.
Les chèvres du Thibet, ou , plus exactement, les chèvres
à duvet , importées en France en 1819 , avaient à peine, aux
environs de Genève , suflisamment de lait pour nourrir leurs
chevreaux , et tarissaient presqu’entièrement après le sevrage.
Le duvet était plus fin que celui des chèvres indigènes sur
les montagnes avoisinantes ; mais il n’était guère plus abon-
dant.
La race des chevaux normands , quoique exportée à di-
verses époques dans plusieurs états de l’Europe, est restée
particulière à la Normandie, et s'y est conservée , malgré les
altérations que divers croisements lui ont fait subir. Les sous-
races y restent distinctes : dans les quatre à cinq mille che-
vaux réunis à la foire de Guibray (elle commence le 7 août
et finit le 15), peut-on ne pas reconnaître ceux du Mel-
raut, d'Alençon, de Caen, quoique tous chevaux nor-
mands ?
Pour ne pas multiplier les citations, je terminerai par un
fait, dont j'emprunte la narration au vétérinaire Godine
jeune : « Un riche propriétaire hollandais, M. Beyen , acheta
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 161
par mes soins, en 1806, un lot de mérinos, un étalon et
une jument arabes, pour les placer dans ses domaines , au
milieu des marais de son pays ; au bout de 6 ans , les pro-
ductions diverses de cette colonie ne présentaient presque plus
de ressemblance avec les animaux de souche ; les mérinos
étaient énormes , leur laine allongée et grossière ne ressem-
blait plus au produit superfin de leurs ascendants; les pro-
ductions arabes étaient grandes , décousues , à pieds larges ;
à ventre ample, à membres grêles, etc. : »
49 Les importations sont quelquefois doubles et croisées :
c'est ainsi que les races et les sous-races de chevaux de pur
sang en Angleterre, proviennent , selon toute apparence ;
d’une ancienne importation de juments normandes entr’au-
tres et d'étalons arabes.
Mre du Caylas, à Ecouen, près de Paris, a fait des croi-
sements de brebis espagnoles , anglaises , ete. , avec des bé-
liers africains, amenés de Nubie ou d’Abissinie, par l’ex-
mamelouck de la Garde impériale, Barbarÿ. On a dit mer-
veille des produits. Peut-on citer comme preuve (on l’a pu-
blié) que l’un de ces béliers a été vendu par cette dame, en
1830 , trente mille francs * ?
Ce croisement en rappelle un semblable qui a été fait, il
y à dix-huit siècles, par M. Columella , oncle de l’auteur de
l'ouvrage intitulé : De re rustèca. Il acheta à Cadix des bé-
liers sauvages (silvestres ac feri), arrivés d'Afrique avec
d’autres animaux pour les combats. Il les allia avec des bre-
bis de Tarente, qui étaient renommées pour la finesse de
leur toison ; et , par suite de croisements, il obtint une race
1 Observalions adressées à M. de Lorminat, au sujet d’un Mémoire de M. le duc de
Guiche , sur Pamélioration des chevauxen France. ( Journ. de Méd. vèt. théor. et
prat., cahier de mai 4830, p. 258.)
2 Gazette des Tribunaux du 26 mai 1830:
162 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
qui alliait à la douceur de la toison des mères la belle cou-
leur des béliers africains :.
Des milliers. de croisements par l'union de deux races
étrangères ont été perdus pour la zoologie vétérinaire. Le
hasard et la fantaisie les ont faits ; et les résultats n'ont pro-
duit aucun bien pour l'amélioration des races domestiques ,
parce qu'ils ont été sans suite. La science n’y à rien gagné /
parce que les faits n'ont pas été recueillis ou souvent mal
observés.
CONCLUSION.
On améliore une race, quand on la rend plus profitable.
Les qualités ne sont que relatives. Chaque espèce est suscep-
tible d'autant de genres d'amélioration, qu'il y a de manières
différentes de l'utiliser. On n’améliore pas les espèces ; on en
détériore , au contraire , le type naturel ; de sorte que, quand
ces animaux améliorés, mais plus réellement dégénérés par la
servitude et avilis par l'esclavage, s’échappent vers ceux de
la même espèce vivant en liberté, dans l'état de nature ;
ceux-ci les méconnaissent , les dédaignent et les repoussent.
Les qualités varient selon l'emploi : les unes sont physiques ,
les autres intellectuelles. On dit de quelques animaux qu’ils
sont agiles , adroits, doux, obéissants, craintifs, courageux ,
intelligents , fidèles, etc. Pour les races destinées à la bou-
cherie , on veut le volume et la pesanteur des chairs, les os
petits proportionnellement aux autres parties, la qualité de
viande , l’abondance de graisse , la facilité à engraisser dès
le jeune âge. La masse , l’aplomb, la force de la charpente
osseuse , la grosseur des muscles, distinguent le cheval de
charrette ou de rivière. Tel n’est pas le cheval de main, aux
formes élégantes , pour qui la souplesse , la liberté des mou-
1 Dere rustica, Hb. VIL, c. 2.
SUK L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 163
vements, l'agilité , la vitesse sont nécessaires. Le mérite de
quelques races est dans la laine, les poils, ou le duvet qui
les couvre; celui d’une vache est dans ses mamelles ; celui
d’un chien d'ordre , dans son nez , etc.
Toute ancienne race, bonne ou mauvaise , à été formée à
la longue par l’influence du pays , du climat, de la localité ,
de l'air, de l’eau, de la nourriture, de l'habitation, des
soins, du travail ;-etc. C’est donc par ces choses qu'il faut
commencer l’amélioration , en remédiant aux unes, en mo-
difiant et en corrigeant les autres.
L'amélioration de race, qui n’a pour résultat que le profit
de celui qui s’y livre, n'est qu'une spéculation passagère.
C’est l’utilité publique qui donne à ces entreprises la durée et
la stabilité. Ce but suflit pour les rendre honorables ; mais la
réussite exige des connaissances spéciales pour en apprécier
les convenances , fixer le choix des moyens et les diriger vers
le but,
Il faut ou perfectionner , ou croiser , ou importer.
Le perfectionnement des races par elles-mêmes réunit à
l'avantage que présentent les animaux acclimatés et appro-
priés aux usages , celui de pouvoir être déterminé facilement
et dirigé à peu de frais dans tout un pays, avec certitude de
plus ou moins de succès. On peut reprocher à ce moyen la
lenteur des résultats. On peut objecter qu'il est impraticable,
quand la race indigène est trop abätardie. Enfin il devient
insuflisant , dès: que le perfectionnement reste station-
naire. qi c
Le croisement produit des effets plus prompts; il doit avoir
licu par l'importation des males. L'influence des mères n’est
pas assez efficace sur le pelage, sur les formes et sur les or-
ganes de locomotion. C’est une vérité de fait, quoique mé-
connue , contestée par plusieurs anciens et par quelques bons.
164 QUELQUES CONSIDÉRATIONS
auteurs modernes, au nombre desquels Marshal, qui a dit :
« Tout dépend presque de la mère :. » D'ailleurs , l’amélio-
ration provenant du père se compte par sa force prolifique ;
la mère n'y concourt que comme unité. Il arrive souvent que
la prépondérance du sexe est contrebalancée par celle de l’in-
dividu ; ce ne sont là que des exceptions. Le choix de la race
exige des connaissances spéciales, trop négligées par Les vété-
rinaires , et ignorées de la très grande partie de ceux pour
qui il serait un devoir qu’elles leur fussent familières.
L'importation des mâles et femelles de même race est le
plus prompt des moyens d'amélioration ; mais il est de tous
le plus incertain et le plus dispendieux. Ces races amenées
de loin, ou d’une localité différente , réussissent rarement :
les pères et les mères souffrent du changement de pays, leurs
productions sont faibles et résistent mal aux influences loca-
les de modification.
Il arrive souvent que le produit d’une mère de race étran-
gère et d’un père d’une autre race aussi étrangère , est plus
robuste que s’il provenait de parents importés de même race.
C'est qu'alors il y a compensation pour l'extrait, dans la
manière différente dont le changement de pays agit sur le
père et sur la mère.
Les considérations sur l'importation des races ne sont pas
les mêmes quant aux espèces : on veut conserver les formes
et les qualités distinctives des premières ; on veut acquérir
les secondes, pour en faire usage selon qu'elles réussiront.
C’est à l'importation que nous sommes redevables de presque
toutes les espèces domestiques; et si la servitude a altéré le
type primitif de la plupart jusqu’à le rendre méconnaissable ;
les influences locales et domestiques ont ensuite formé les
différences de races, toujours variables selon les causes de mo-
4 Agr. pra. V, p: 16, de la trad. franc.
SUR L'AMÉLIORATION DES ANIMAUX DOMESTIQUES. 16:
dification. Les dindons sont venus de l'Amérique septentrio-
nale. Les pintades , indigènes dans la Numidie et dans plu-
sieurs contrées brülantes de l'Afrique, se sont acclimatées
en Europe et-en Amérique. Le paon est originaire de l'Inde.
Le coq sauvage ne se trouve que dans les forêts de l'Asie mé-
ridionale et de l'Afrique, suivant Sonnini. C’est presque de
nos jours que les vers à soïe sont venus en France; mais quel
est le type du chien ? Est-ce la domesticité qui lui a donné la
voix qu'il perdit en arrivant cn Amérique? Les autres ani-
maux domestiques sont-ils originaires de la Tartarie ? Si le
paseng des Persans, ou l’œgagre , sont la source de nos
chèvres, le moufflon est-il celle des bêtes à laine ? L’écono-
mie rurale ne peut-elle rien espérer , en Europe , de la cigo-
gne et du lama ; du zèbre et du couagga ; du babiroussa, du
peccari et du patira ; du chacal et de l'isatis ? Ne pourrait-on
pas employer utilement le coati dans les vergers , le hérisson
dans les jardins, le guépard pour la chasse ? Le coq de bruyère,
la grosse perdrix , la grande et la petite outarde , ne viendront-
ils jamais enrichir nos basses-cours ? Le canard musqué pro-
duit avec le canard domestique des métis dont la chair est
meilleure que celle de leurs parents : est-il impossible que
quelques gallinacées, le coq de bruyère, la perdrix, le fai-
san, s’allient avec la poule domestique ;, et fournissent des
mulets ?
Sans cesser de faire partie de l'hygiène vétérinaire , le per-
fectionnement et l'amélioration des races indigènes , l’intro-
duction des étrangères, et la formation de nouvelles races
domestiques, appartiennent encore à l’économie publique.
C’est un chapitre des devoirs du gouvernement envers la so-
ciété. Lui seul peut se livrer à des essais souvent infructueux,
et les suivre avec la persévérance qui les rend utiles. Sous ce
rapport , 1l faut regretter que les expériences malheureuses ,
que les bévues, n'aient pas été enregistrées et publiées pour
166 QUELQUES CONSIDÉRATIONS ; ETC.
l'avancement de la science. Il faut désirer que l'amélioration
et la conservation des races soient démontrées d’une manière
pratique dans les écoles vétérinaires. Il faut espérer que les
établissements publics , haras, bergeries , etc. , seront con-
fiés aux soins, placés sous la surveillance de vétérinaires
instruits, et cesseront d’être l'apanage de la bureaucratie
et des faveurs ; car un très honnête homme , un bon citoyen,
un excellent officier de cavalerie , un savant même, peuvent
n'être que des machines inutiles ou nuisibles dans ces éta-
blissements.
Ma voix est faible contre de si grands obstacles ; mais si-
gnaler des abus est un devoir dont ne peut dispenser même
cette réflexion décourageante.
SRE tenuique in puloyere sulcos
Ducimus , et littus sterili versamus aratro.
Juv. Sat. VIT.
RAPPORT
LA CHARRUE DE M. PAUL REVERCHON,
AU NOM D'UNE COMMISSION COMPOSÉE
DE
MM. SERINGE , BOUCHARD-JAMBON ET GARIOT,; RAPPORTEUR.
Messieurs ,
Chercher à perfectionner les labours avec des instruments
plus convenables, joindre à ces recherches une instruction
théorique et pratique , c’est sans doute bien mériter de l’art
agricole, c’est se montrer digne de la gratitude de ses con-
citoyens ; voilà ce que notre honorable collègue, M. Re-
verchon , a l'habitude de faire, et vous connaissez dejà,
Messieurs , ses œuvres dans un autre genre de profession :.
Mais , peu satisfait de ses anciens titres , il a voulu encore,
pour l'agriculture qu'il aime , nous donner une charrue de
sa composition.
Si le nombre des charrues se multiplie , si chaque localité,
en quelque sorte, veut avoir sa charrue de prédilection ; si
tous les amis de l’agriculture cherchent avec ce désir vif de
faire mieux, que ce désir louable ne soit pas toujours cou-
* M. Reverchon a été décoré, en 4834, pour la. belle fabrication de ses étofles.
168 RAPPORT SUR LA CHARRUE
ronné de succès, s’en suit-il qu'on ne doive plus se livrer à
de nouvelles recherches ? non sans doute ; car, ce n'est que
par ce zèle persévérantque noussommes parvenus en France,
depuis 50 ans, à voir enfin surgir de ce nombre considérable
d'instruments aratoires , deux charrues très remarquables par
la perfection de leur construction et de leur grande utilité ;
nous voulons parler de l& Dombasle et de la Grangé, qui,
successivement sont venues se placer avec orgueil au milieu
de notre conservatoire agricole, et semble jusqu'à présent y
vouloir régner long-temps en souveraines.
Tout en payant notre tribut d’admiration à ces deux chefs-
d'œuvre , il n’en reste pas moins présent à l’esprit des agro-
nomes, que la meilleure charrue sera toujours celle ; qui ;,
avec le moins de puissance motrice , fera dans le plus court
espace de temps possible le labour le plus profond.
Qu'on ne croie pas qu'un enthousiasme irréfléchi qu'in-
spirent ordinairement les choses nouvelles, nous fasse incon-
sidérément porter un jugement sans avoir bien consulté notre
conviction : nous dirons, d’abord , que ce n’est point encore
assez ,; que d'autres problèmes sur cette matière restent à
résoudre ; celui le plus pressant dans le moment et qui nous
occupe , est pour les médiocres et petites propriétés qui n’ont
que des pièces de terre peu larges et peu étendues ; il faut à
celles-ci une charrue qu'il puisse, sans perte de temps,
revenir labourer à côté du sillon pour son aller et son retour,
et non passer comme les autres charrues connues à versoirs
fixes, d’une sole dans l’autre ; qu’elle soit construite de ma-
nière à gagner du temps et à éviter la manœuvre pénible du
versoir comme cela se pratique avec toutes les charrues et
araires à oreilles mobiles ou fixes. Que fallaitil donc faire
pour cela ? il fallait construire une charrue-jumelle ; eh bien!
Messieurs, M. Reverchon s’est très bien acquitté de cette
tâche, il a fait comme M. Valcour, il a aussi imaginé un
DE M. PAUL REVERCHON. 169
araire double ; mais avec cette différence que celle de M. Re-
verchon retourne mieux la terre et exige moins de force mo-
trice ; elle obvie, en un mot, à tous les inconvénients dont
nous avons parlé.
Voici, si notre mémoire est bien fidèle , la description de
cet instrument de labour : ,
Figurez-vous , Messieurs, deux charrues superposées l’une
sur l’autre en sens inverse, liées ensemble , dont les manche-
rons seulement sont communs : chacune d'elles a son versoir
à la Montelimart fixe ; mais l’un est pour la droite et l’autre
pour la gauche, c’est-à-dire, que lorsque l’une des charrues
fonctionne , l’autre se trouve entièrement dessus et tournée
le sep et le soc en l’air. On va croire, tout d’abord, que c’est
une monstruosité ; mais pas du tout : sa construction, ou plu-
tôt son bâti n’est point dépourvu de grâces, il est des plus
simples et des plus ingénieux. Toutes les pièces qui compo-
sent cette charrue-jumelle sont de fer, et dans les proportions
géométriques voulues ; un sep léger auquel vient s'adapter
un soc en demi-lance, et deux étancons servent à réunir le
sep à la flèche : l’étançon antérieur, qui est perforé et
qui se divise en deux pièces jointes l’une à l’autre , gra-
due l’entrure et, par conséquent, sert de régulateur par
le moyen d'une vis-écrou ; l'étancon postérieur , qui est
un quart de cercle fixé à chacun des deux seps, sert éga-
lement de point d'appui aux mancherons lors du mouvement
de va-et-vient pour tourner la charrue. Les mancherons, qui
sont mobiles, se trouvent fixés par un écrou à la flèche qui
est commune aux deux charrues, de manière à laisser mou-
voir ces mancherons comme leviers autour du quart de cer-
cle formant l’étancon postérieur ; d’où il résulte que le labou-
reur, arrivant au bout du sillon, n’a simplement quà lever une
cheville de fer qui fixe les mancherons au quart de cercle et
les abaisse sur le côté opposé où se trouve également une
170 RAPPORT SUR LA CHARRUE
mortaise ronde à jour , et une cheville de fer pour les fixer de
nouveau ; ce qui se fait sans perte de temps , pendant que les
chevaux font leur conversion, en dirigeant en même temps
et de suite sa charrue sur la ligne de la tranche de terre à
renverser ; ainsi de suite, l'instrument reprend aisément son
entrure et fonctionne très horizontalement. Cette manœuvre
s'opère avec facilité et sans peine, pour l’aller et le revenir ,
toujours à côté du sillon. |
La flèche, qui est commune, comme nous l'avons dit,
aux deux charrues , porte deux coutres qui sont assujettis par
une vis de pression; elle est armée, en outre , d’une roue de
20 pouces de haut , qui lui donne à la fois, un point d’ap-
pui et de la fixité dans sa marche.
Sur un sol garni d'herbes, argilo-siliceux de première
classe, cette charrue-jumelle attelée de deux chevaux à fonc-
tionné avec aisance ; elle a constamment labouré de 7 à 8
pouces de profondeur , en prenant une tranche de terre de
6 pouces; elle a donné au dynamomètre une force de trac-
tion qui s'est élevée à 250 kilogrammes, qui est le terme
moyen des charrues ou araires allant à cette profondeur , et
en ne prenant qu'une tranche de terre de 16 à 17 centi-
mètres de large. Le labour a eté bon , régulier et la raie bien
nettoyée.
Votre commission, Messieurs, dont j'ai l'honneur d’être
l'organe, sentant toute l'utilité que peut avoir cette charrue
entre les mains de la médiocre et de la petite propriété , vous
propose, dans l'intérêt même de l’agriculture en général , de
lui donner toute publicité non seulement par la voie des jour-
naux de cette ville, mais encore par vos 4nnales, en Jjoi-
gnant au texte explicatif un dessin lithographié de cette
charrue-jumelle.
DE M. PAUL REVERCHON. 171
Charrue-Jumelle de Paul REvERGHON, propriétaire à St-
Genis-Laval, membre de la Société royale d'agriculture
de Lyon.
Cette charrue , de fer forgé , est d’une grande solidité , elle pèse
75 kilog. et coûte 120 francs à raison de 1 f.60 ce. le kilog.; le prix
waärie selon le poids. Elle durera autant que deux charrues ordi-
naires , puisque les parties sujettes à s’user sont doubles et ne tra-
vaillent qu'alternativement.
Elle a été construite par le sieur Perret, maréchal, à St-Genis-
Laval, ouvrier adroit et très intelligent qui se charge de leur con-
fection.
A.— L'âge.
BB.— Les socs en fer, la pointe et le tranchant en acier.
CC.— Les seps.
DD.— Les versoirs en tole forte.
EE .—Les étançons intérieurs, avec des trous gradués pour régler
la profondeur du labour.
FF.—Les coutres, tenus par une vis de pression dans une coulisse,
G.— Les mancherons.
H. — La roue.
I. — La chappe avec son crochet pour recevoir la volée.
KK.— Tige en fer, pour tenir l’écartement des versoirs.
L.— Étançon postérieur en demi-cercle, sur lequel glisse les man-
cherons , pour se fixer au moyen d’une cheville à l’une ou l’autre
de ses extrémités, selon le côté de la charrue qui doit travailler ; en
les fixant dans le milieu , ils servent à conduire la charrue aux
champs comme une brouette.
MIM.— Coin en bois, pour fixer les socs.
NN.—Goussets dans lesquels entre l'extrémité postérieure du soc;
il doit avoir assez de jeu, pour qu’au moyen de petit coin en bois,
on puisse faire varier la pointe du soc à droite ou à gauche, pour
régler la largeur de la bande de terre.
Les
DRE Lo LES
FFT Whà ous Gr
A URS DPNTRRES
26,9 MS 4 005), F4 LEE
NOTE
SUR LES ESPÈCES DU GENRE CALCÉOLAIRE
CULTIVÉES AU FLEURISTE DE LA COURONNE,
PAR
M. Cuances GONDOUIN,
CHEF DES CULTURES DE CET ÉTABLISSEMENT,, CORRESPONDANT DE LA SOCIÈTÉ 1.
La culture des Calcéolaires , en Europe, date de 17173.
C’est à cette époque que deux espèces. seulement ( C. pinnata
RS. , et G. Fothergilli, R. S.)y furent introduites. Tout le
monde sait que c’est à la forme de leurs fleurs, que ces
plantes doivent leur nom générique. Elles attirèrent, un mo-
ment , l'attention des amateurs de jardins ; mais bientôt elles
tombèrent dans l'oubli, soit qu’on ne les appréciät pas, soit
que les révolutions ou les guerres terribles, qui survinrent peu
d'années après et qui bouleversèrent l’Europe , fissent négli-
ger l’horticulture. Ce n’est que vers 1824 que l’on vit repa-
raïître les Calcéolaires. Les Anglais en avaient fait connaître
de nouvelles espèces. Loudon, dans son excellent. ouvrage
(Hortus. Britannieus), publié en 1830, à Londres ,. en
compte quinze espèces; depuis, elles ont bienaugmenté. Cha-
x Cette note est un extrait d’un Mémoire plus étendu sur le même sujet que l’auteur
a présenté à la Société.
174 NOTE SUR LES ESPÈCES
que annfe , les voyageurs nous en envoient des espèces de
plusieurs points du globe, et, chaque jour , le semis en pro-
duit des variétés dont les nuances et les formes sont très
souvent fort éloignées les unes des autres. Bientôt il arrivera
à ce genre, distendu par tous les individus nouveaux qui
viennent s’y grouper , ce qui déjà est arrivé au genre Pelargo-
nium et à plusieurs autres : les espèces et les variétés an-
ciennes seront abandonnées pour les nouvelles; le grand
nombre amènera la confusion.
L'établissement du Fleuriste de la couronne (Parc de St-
Cloud ) est loin de posséder toutes les Calcéolaires cultivées
en France; néanmoins, nous en comptons un assez grand
nombre parmi lesquelles plusieurs ont été obtenues par nous.
En les énumérant, je n’ai pas le dessein d’en donner une
description; j'indiquerai seulement, par une phrase à la
suite de chaque nom, la couleur et la forme de la fleur.
Comme la valeur que nous attachons aux variétés est en
raison directe de la grandeur, du coloris, de l'éclat ou de la
forme de leurs corolles, nous ne dirons rien de plusieurs
Calcéolaires que le semis nous a données, dont les nuances
sont ternes et difliciles à caractériser , en un mot qui ne mé-
ritent pas l'attention de l'amateur; il ne s’agit ici que du
fleuriste-cultivateur.
Je range mes Calcéolaires en deux sections : dans la première
sont les espèces annuelles, dans la seconde celles qui sont vivaces
ou ligneuses.
dre SECTION.
C. Pranracnea, Rœm. et Sch., Syst. vég. — Fleurs jaunes,
assez grandes.
C. Prvxara, Rœm, et Sch. , Syst. vég. — Fleurs jaunes, petites,
nombreuses,
2e SECTION.
C. Asa, Nobis. — Fleurs blanches, petites, nombreuses; fleurit
DU GENRE CALCÉOLAIRE. 475
très abondamment. Cette Calcéolaire , obtenue de semis par nous,
n’est pas la même que celle désignée par les Anglais sous le même
nom et qui lui estinférieure.
C. para , Nobis. — Fleurs d’un blanc jaunâtre, petites; obte-
nue de semis par nous.
C. rrirozraTa. — Fleurs blanches et jaunes , moyennes. De peu
d'effet.
C. aucosa , Ruitz et Pavon, F1. per. —(C. rnrecrirozra, Willd.
— C. Sazviærozra, Pers., Syn. pl.) — Fleurs d’un beau jaune, moyen-
nes , disposées en thyrses très gros et très fournis.
C. excezsa. — Fleurs d’un jaune doré , grandes ; en corymbe
serré.
C. Hopgana. — Fleurs jaunes, tiquetées de pourpre , grandes.
C. rozypnemus. — Fleurs jaunes, tiquetées de pourpre foncé ,
grandes.
| C. vensrcoLor. — (G. Arcequix.) — Fleurs jaunes et pourpres,
grandes.
C. Czroparia. — Fleurs jaunes, barbouillées de pourpre , gran-
des et très belles.
C. miraginis. — (C. encuanreur. — C. Cnarminc.) — Fleurs
pourpres et jaunes, tiquetées de pourpre, grandes , allongées , ma-
gnifiques.
C. ExCELSA PuRPUREO-LUTEA , Nobis. — Fleurs d’un pourpre jau-
nâtre , assez grandes , obtenues par nous du semis des graines du
C. excelsa, hybridées par le C. Ælexandrina. Elle est plus élevée
que le C. excelsa.
C. ArexanpriNA. — Fleurs d'un pourpre terne , moyennes.
C. Tazismax. — Fleurs pourpres, grandes. Cette belle plante se
couvre de fleurs.
C. arropurpurea. — Fleurs d’un pourpre foncé , petites.
C. aracunordra, Bot. mag. — Fleurs lie de vin, assez grandes.
La feuille est blanchâtre , cotonneuse.
C. Semrromus. — Fleurs d’un eramoisi foncé , plus claires dans
leurs parties supérieures , grandes , très belles.
C. vroracea, Nobis. — Fleurs violettes moyennes. Cette belle
plante est d’un port agréable. Nous l'avons obtenue du semis des
graines du C. Talisman.
TE 12
176 NOTE SUR LES ESPÈCES
Les Calcéolaires demandent une terre légère et substan-
tielle , telle que la terre de bruyère mélangée avec du terreau
et de la terre franche. Dans le moment de leur forte végéta-
tion , on leur donnera de grands arrosements, et très peu
pendant leur repos. Si on a soin de couper les tiges florales
aussitôt qu’elles sont fanées, et de donner de plus grands pots
quand les racines se contournent dans le fond et contre les
parois , les fleurs se succèderont pendant long-temps. Durant
l'hiver , il faudra les rentrer dans une orangerie ou une serre
tempérée, et les placer, autant que possible, près des jours.
On sème les Calcéolaires annuelles en septembre , et on
obtient les fleurs à la même époque l’année suivante ; mais il
en résulte deux grands inconvénients : il n’est pas facile de
conserver, pendant l'hiver, de jeunes plants qui ont à peine
trois ou quatre feuilles ; et, ce qui est plus grave, les fleurs
qu’elles donnent plus tard ne sont pas, à beaucoup près , aussi
belles qu'elles peuvent l'être. Voici quel est le procédé dont
Je fais usage : je fais mon semis sous châssis, au mois de fé-
vrier ; dans des terrines remplies de terre légère , quoiqu’un
peu iourbeuse, comme la terre de saule , que je tiens con-
stamment fraiche. Aussitôt que les jeunes plantes ont deux
feuilles , je les transplante dans de petits pots de deux pouces
contenant de la terre un peu plus substantielle ; et, lorsque
les jeunes plantes ont tapissé de leurs racines les parois de
ces vases , ce qui arrive ordinairement l’année suivante , je
les rempote dans de plus grands (de quatre à cinq pouces ).
Elles ne tardent pas à fleurir. Avec ce mode de culture, les
fleurs ont l'avantage d’être mieux développées , plus éclatan-
tes et de se succéder pendant toute la belle saison, du prin-
temps à l'automne. Il arrive quelquefois que les Calcéolaires
annuelles vivent plus d’une année et refleurissent encore ,
surtout quand elles n’ont point donné de graines. L’horticul-
+eur ne cherchera pas à obtenir ce prolongement d'existence;
DU GENRE CALCÉOLAIRE. PTT
ear les fleurs sont alors chétives et ternes. Il sèmera tous les
ans , et tous les ans il obtiendra ainsi une succession de jeunes
plantes vigoureuses et belles.
Les Calcéolaires ligneuses donnent peu de graines, et il est
rare que les plantes qui en résultent reproduisent les espèces
ou les variétés dont elles sortent : aussi, ce n’est pas le moyen
que l’on emploie pour les conserver et les multiplier. On en
fait, sans précautions particulières , des boutures en pleine
terre , sous châssis, ou bien en pot dans une serre tempérée ,
depuis la mi-août jusqu’à la mi-mars. Les jeunes individus
sont toujours plus beaux que les vieux pieds ; c’est pourquoi il
faut renouveler souvent les Calcéolaires. Ces plantes sont
beaucoup moins délicates qu’on ne le croit généralement. Il
en est même quelques-unes de très rustiques : la C. rugosa ,
par exemple. Pour la conserver pendant l'hiver, j'entasse les
boutures sous un chässis froid. Quand vient le printemps ,
elles sont très bien enracinées. Je les empote et, peu de
temps après , Je les livre à la pleine terre , où elles prennent
un grand développement et se couvrent de fleurs tout l'été.
BKXTRAITS
DES
PROCES-VERBAUX.
Séance du 15 mars 1839.— PRÉSIDENCE DE M. BoTTEx.
Mie Henriette Bierson écrit que , depuis deux ans , elle élève des
vers à soie sans le secours du mürier et dans toutes les saisons de
l'année. Elle prie la Société de nommer une Commission pour sur-
veiller une éducation qu’elle fera à Lyon, au mois de mai prochain.
Des vers éclos depuis dix jours , et d’autres depuis cinq seulement ,
nourris avec le salsifix , sont mis sous les yeux des personnes pré-
sentes. La Commission des soies est priée de suivre les opérations
de M": H. Bierson.
M. Gariot, au nom d’une Commission, lit un rapport sur une.
nouvelle charrue inventée par M. Paul Reverchon. — (oyez
page 167.)
M. Mulsant lit une Votice historique sur Duvillers , naturaliste ,
l'un des fondateurs de la Société d'agriculture de Lyon.
M. Dugas fait un rapport sur un Mémoire de M. Borne, phar-
macien à l’Arbresle et correspondant de la Société; le titre de ce
travail est : Vote sur la formation qui recouvre une partie des com-
munes de l Arbresle, St-Germain et Neuilly. M. le rapporteur fait
l'éloge de cette Note géologique.
M. Guillard lit un rapport sur la brochure de M. Nolhac, rela-
live aux étangs de la Dombe. M. Guillard, contre l'opinion de
M. Nolhac , établit que les étangs sont la cause principale , sinon
180 EXTRAITS
unique, de l’insalubrité de la Dombe; que leur dessèchement est
moins difficile qu'on ne le suppose généralement ; que ce dessè-
chement favorisera les progrès de l’agriculture dans une grande
partie du département de l'Ain.
M. Rey rend compte d’un Mémoire ( Quelques considérations sur
les douleurs rhumatismales du cheval) de M. Jacob, vétérinaire
en premier au 11° régiment de dragons, correspondant de la So-
ciété. Ce Mémoire renferme des observations intéressantes sur une
affection encore peu connue.
Séance du 22 mars. — PRÉSIDENCE DE M. BoTTex.
M. Montain lit un Mémoire sur l'utilité qu'on pourrait retirer des
végétaux. Il résulle des expériences faites par M. Bailly, médecin
de l'Hôtel-Dieu de Paris, sur l'extrait cynarique amer obtenu de
l'artichaut par M. Montain , que ce médicament réunit à ses pro-
priétés fébrifuges l'avantage de ne pas fatiguer l'estomac , et de ne
pas agir sur le cerveau, comme le fait quelquefois le quinquina.
M. Montain s’est servi de l'extrait cynarique, pour donner de l’a-
mertume à l’eau de mer factice. Le vin cynarique , qui présente à
bon marché les propriétés du vin de quinquina , a été employé avec
succès à l'Hospice de mendicité de Lyon.
Ce Mémoire traite ensuite des propriétés économiques de l'Ona-
gre, Œnothera biennis. Cette plante, originaire de l'Amérique sep-
tentrionale, a été introduite en 1614 en Europe, où elle s’est très
bien naturalisée. On mange ses racines en Allemagne , etses jeunes
pousses peuvent servir de salade. Toute la plante a des propriétés
émollientes; l’auteur pense que les graines sont diurétiques : c’est
surlout comme moyen d'alimentation pour les bestiaux , qui en sont
avides, que M. Montain recommande l'Onagre. Il l'a coupée plu-
sieurs fois dans le même été ; elle a toujours repoussé avec vigueur.
M. Montain a fait entrer dans le baume tranquille plusieurs
plantes à vertus sédatives : le pavot, la laitue vireuse , la belladone,
la jusquiame, la morelle , la digitale pourprée. Il donne une odeur
DES PROCÈS-VERBAUX. 181
agréable à ce baume, en y ajoutant, au printemps , des fleurs d’a-
cacia; en automne, des fleurs de clématite : ces dernières lui ont
paru légèrement calmantes, quoique le reste de la plante soit
très irritant.
M. Guillard rend compte de plusieurs numéros du Propagateur
del Industrie de la soie en France. I appelle l'attention de la Société
sur un article où l’on reproche à la ville de Lyon de n'avoir rien
fait pour la mémoire de Jacquard.
M. Guerre rappelle les honneurs rendus à la dépouille mortelle
de Jacquard. Il annonce que la ville élève à 20,000 fr. la souscrip-
tion pour le monument qui perpétuera sa mémoire , et qui consis-
tera en une statue en bronze élevée sur la place Sathonay. « Vau-
canson, dit M. Guerre, n’a obtenu qu’un buste, et Lassale, une
seule inscription sur une planche. »
M. Alexandre ajoute qu'un monument à la mémoire de Jacquard
a-été inauguré solennellement dans l’église d'Oullins.
MM. Borrex ; Président ;
Lecoo , Secrétaire-adjoint.
Séance du 12 avril. — PRÉSIDENCE DE M. BorTex.
Parmi les pièces de la correspondance , se trouvent une lettre et
un mémoire : récemment publiés par M. Bonafous , sur les vers à
soie à trois récoltes. Des œufs de ces vers, et une traduction ma-
nuserite de ce Mémoire faite par M. Bonafous , sont joints à cet envoi.
M. Sylvain-Blot, sous-préfet de Villefranche , correspondant de
la Société . soumet à son examen un manuscrit ayant titre : Caté-
chisme ou Traité d'agriculture pratique , pour le département du
Rhône , par Jean-Antoine-Morin, fermier de M. de Chaponay, à
Morancé (Rhône). M. Gariot est prié d'examiner ce travail.
1 Avviso ai coltivatori sui bachi trevoltini ossia bachi da tre raccolte di Matteo Bo-
nafous , direttore del R. orto agrario. — Letto all! adunanza della R. società di agri-
coltura del di 14 febbraio 1839. — Torino , 1839, in-8°.
182 EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX.
M. Hénon présente de la part de M. Pépin, chef de l'École bota-
nique au Jardin du roi , correspondant de la Société , une nouvelle
pomme de terre et un poireau. La première, qui se nomme Somme-
lier , est recommandable par ses bonnes qualités. Elle est préférable
à la pomme de terre de Rohan, donne des tubercules qui pèsent
quelquefois 5 à 6 livres, sont farineux ct de très bon goût. Le
Poireau gros-court *, communément cultivé dans les environs de
Rouen , est connu à Paris, depuis quelques années seulement. II
est précieux par les dimensions qu’il peut acquérir. En 1837, M. Des-
marais en a présenté à la Société d’horticulture de Rouen plu-
sieurs qui avaient 13 pouces de circonférence. Son goût est le
même que celui du poireau ordinaire. M. Pépin multiplie celte
plante, en la coupant à 6 ou 8 lignes au-dessus du plateau. Elle
donne alors plusieurs cayeux qui se développent rapidement. Traité
par ce procédé, le Poireau gros-court , peut reproduire de nouvelles
tiges pendant trois ans , sans qu’on soit obligé de le semer , comme
cela se fait pour les autres poireaux. Les graines récoltées et se-
mées par M. Duvillers, qui le fit connaître à Paris, en 1836, ont
constamment reprodnit cette variété. On la cultive, du reste, comme
ses congénères qui demandent une terre riche en humus et des
arrosements copieux pendant l'été. Les Anglais le désignent sous le
nom de Zondon-flag.
M. Merk , au nom d’une Commission , lit un rapport sur un Mé-
moire ayant pour titre : Zraité sur les mouches à miel.
M. Bineau donne lecture d’un Mémoire de M. Fournet, sur un
nuage parasite obseroc à Pilat. (Voyez pag. 111.)
MM. Borrex, Président ;
Héwon , Secrétaire-général.
1 Allium porrum, var. grossum. Deuxième série de Votes horticulturales , par
M. Pépin. — 1838, 2n-80, p. 4.
EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX. 183
Séance du 19 avril 1839. — Présence DE M. Botrrex.
Après la lecture etl’adoption du procès-verbal de la dernière séan-
ce, le secrétaire indique le titre de quatre ouvrages reçus par la
Société :
49 Annales de la Chambre royale d'agriculture et de commerce
de Savoie , Chambéry , 1836 , in-8°. M. Sauzey est prié de rendre
compte de cet ouvrage.
20 Mémoire sur la fabrication du coke, par M. L. J. Salmon,
in-8°.
3° Le Propagateur de l'industrie de la soie en France.
4° Recueil de mémoires et d'observations de physique , de méteo-
rologie, d'agricultureet d'histoire naturelle, par M. d'Hombre-Firmas.
L'ordre du jour appelle les élections de Membres titulaires et
de Membres correspondants. Sept candidats sont inscrits pour une
place de Membre titulaire , six ont le temps d’expectative voulu par
le réglement : ce sont MM. Timeroy , Chinard , Pothon , Quinson ,
Jacquemet et Tervers. Il n'y a qu'une seule place vacante. Les ti-
tres de MM. Tervers et Timeroy ont été exposés précédemment.
M. Jourdan rappelle ceux de MM. Chinard et Pothon, et M. Boltex
ceux de MM. Quinson et Jacquemet. On procède ensuile à l’élec-
tion par bulletins secrets. Au second tour de scrutin, M. Chinard,
ayant réuni le nombre de voix voulues, est proclamé Membre
titulaire.
MM. d'Hombre-Firmas , Lortet et Leuillon de Thorigny sont élus
Membres correspondants.
Immédiatement après ces élections , M. d'Hombre-Firmas est in-
troduit dans la salle des séances et reçoit des mains de M. le Pré-
sident son diplôme, un jeton de présence et un exemplaire de la
première année des Ænnales que publie la Société.
M. d'Hombre promet pour le Musée de Lyon la lithographie
d’une coquille fossile très rare qu’il a décrite , la Verina gigantea.
M. Merk a déposé sur le bureau deux vases contenant Primula
villosa , l'une à fleurs simples , l’autre à fleurs doubles. La première
a perdu un peu de son aspect alpestre , la culture a développé toutes
ses parties ; ses fleurs sont en grand nombre sur chaque pédoncule.
*
184 EXTRAITS
La seconde , qui est très rare, a la corolle un peu moins grande,
mais remarquable par ses fleurs doubles.
M. Mulsant lit un Mémoire sur la tribu des Longicornes. C’est un
fragment d'un ouvrage plus considérable que M. Mulsant va publier
sur les Coléoptères de France.
M. J. Bourcier, tant en son nom qu’en celui de M, G. Morel,
remercie la Société d'avoir fait connaître par un extrait des procès-
verbaux le nouveau métier pour le tirage des cocons. Il offre pour
être jointe au second volume des Ænnales une lithographie repré-
sentant ce métier, La Compagnie , par l'organe de M. le Président,
exprime ses remerciments à M. Bourcier.
M. Teste présente deux oliviers à la Société. M. le Président
remercie M. Teste et remet ces arbres à M. Seringe avec prière de
les faire planter au Jardin botanique.
M. Geoffroy-St-Hilaire , fils, membre de l’Institut, assiste à la
séance, et fait hommage à la Société de deux ouvrages qu'il vient de
publier :
Notice sur la zoologie (extrait de l'Encyclopédie du 19° siècle ),
grand in-8° ;
29 Rapport sur les Œuvres d'histoire naturelle de Gœthe , tradui-
tes par M. le docteur Martyns; partie zoologique et anatomique, par
M. Isidore Geoffroy-St-Hilaire. (Extrait du Compt. rend. des séances
de l'Acad. des sciences , séance du 12 mars 1838 ), in-#0.
M. le Président offre à M. Geoffroy un jeton de présence et les
sept premières livraisons des Ænnales.
M. Hénon rappelle que la Société ayant décidé , il y a deux ans,
que des expériences seraient faites pour étudier la manière dont
l'eau chargée de sélénite déposait cette substanee dans les conduits
en bois , en terre ou en fonte, on ne put par des raisons majeures
donner suite à cette décision; mais que les conduits en bois sont
confectionnés. Il demande s’il ne serait pas convenable de les uti-
liser en les plaçant dans une propriété telle que celle de M. Jour-
dan, propriété dont les eaux abondantes lui paraissent convena-
bles à ce genre d'expérience.
M. Jourdan , sur l'interpellation de M. le Président, dit qu'il se
chargerait d'autant plus volontiers d'expérimenter avec ces conduits,
qu'il fait partie de la Commission nommée par la ville pour exami-
ner les eaux que l'on se propose d'y amener ; que par conséquent
DES PROCÈS-VERBAUX. 185
il s'occupe des eaux , de leur incrustation dans les conduits. IL rap-
porte plusieurs observations qu'il a déjà eu l'occasion de faire sur
ce sujet, et qui le conduisent à penser que tant que l'eau coule
dans son conduit naturel, elle ne dépose pas; mais qu'elle le fait
aussitôt qu’elle se trouve en contact avec l'air, soit par l'évapora-
tion de l'acide carbonique, soit par une autre action.
M. Magne rapporte que les conduits en plomb , en cuivre rouge et
cuivre jaune d'une pompe placée depuis 60 äns à l'École vété-
rinaire ont présenté des dépôts peu notables dans les deux pre-
miers métaux; tandis que, dans les conduits en cuivre jaune ; il y
avait une couche de carbonate de cuivre épaisse de 3 lignes. Il en
conclut que le cuivre jaune est plus oxidable que le cuivre rouge.
Des animaux, qui ont bu de l’eau qui avait séjourné 24 heures
dans le conduit en cuivre jaune, n’ont point éprouvé de malaise.
Aucune partie de ce dépôt n’a pu être dissoute par l’eau bouillante.
M. Fournet rappelle qu'une expérience analogue a été faite à
Sèvres par M, Dumas.
M. Magne dit avoir lu que les dépôts occasionés par l’eau étaient
plus considérables dans les conduits placés perpendiculairement ,
que dans ceux qui étaient horizontaux.
M. d'Hombre-Firmas a observé le contraire dans un aquedue ro—
main qui conduisait les eaux à Nimes. Les dépôts étaient moins
épais , lorsque la pente était rapide.
M. Seringe rapporte que, dans le Jardin botanique de Lyon , la
partie verticale des canaux souterrains a élé obstruée en 4 ans.
M. Hénon dit que les canaux inférieurs qui sont très nombreux
à la Pépinière départementale sont plus encombrés par les dépôts
que ceux qui sont placés dans le haut, près de la source, et de-
mande si quelqu'un a vu l’eau sortant à pleine geule-bée faire un
dépôt.
M. Sauzey cite les eaux du château de St-Try , où cela s'observe.
M. Montain est d’un avis opposé et pense, comme M. Jourdan ,
que l’action de l'air est nécessaire pour que le dépôt ait lieu. Il in-
dique des sources sur le côteau de Fourvières et dans sa propriété ,
sources qui lui ont donné l’occasion d'observer plusieurs faits à l’ap-
pui de son opinion.
La séance est levée
MM. Borrex, Président ;
Hévon , Secrétaire-général.
L 5 ei RE
PE OS Mu T VUE
PRTIUTE SZ à ae |
He * 28. penis he arr lan sd:
cr rm ain tres rise
solinidiaiet RER
ci ser nel pre éphng sai ni «
Se à Lemon peed spi
AC
DUR.
st #4 1 Fr
tré PET hr
rs Abe «
À Lei
+ pe NL: Ta bus
| " ve RQ UD ET IA "
J" MÉMOIRE
SUR LES
SOURCES DES ENVIRONS DE LYON,
PAR
M. J. FOURMNET;,
PROFESSEUR À LA FACULTÉ DES SCIENCES,
La Commission, chargée d'examiner la question de la four-
niture des eaux de source pour la ville de Lyon, ayant décidé
qu'une étude préliminaire du sol qui les renferme était in-
dispensable pour établir leur régime et leurs propriétés, nous
a confié cette partie de son travail général. Pour nous acquit-
ter de notre tâche , nous avons fait une nombreuse suite de
recherches dont le cadre, s'agrandissant insensiblement ,
nous a conduit de l’objet primitif et borné de notre mission
. à considérer la question sous un point de vue plus général.
Il en est résulté la connaissance de quelques faits plus ou
moins intéressants que nous nous proposons de développer
dans une série de Mémoires parmi lesquels celui-ci sera par-
ticulièrement consacré à l'étude du gisement des eaux dans
tv he 15
188 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
le promontoire de la Bresse et dans quelques autres parties
du voisinage de la ville ; dans d’autres parties , nous touche-
rons à la question de leur variabilité et de leur température ;
enfin, l’ensemble de ces documents sera complété par
les observations et les analyses faites par notre collègue
M. Bineau.
Pour nous prémunir d'avance contre toute application ,
nous croyons encore devoir déclarer que le point de vue pu-
rement théorique sous'lequel nous envisageons la question ,
n'a qu'un rapport assez indirect avec les conclusions que la
Commission pourra émettre, et que nous n’entendons ici ma-
nifester aucune opinion pour ou contre la possibilité de l’exé-
cution des projets de dérivation des sources.
—S e—
CHAPITRE PREMIER.
Considérations générales sur la structure et la composition du sol
des environs de Lyon, et spécialement du promontoire de la Bresse.
Nature des roches.
Une partie des alentours de Lyon se compose de quatre
formations différentes, qui, théoriquement , se trouveraient
disposées de la manière suivante d’après leur ordre d’ancien-
neté, ou , ce qui revient au même , d’après leur ordre de su-
perposition :
1° Roche inférieure ou primordiale ; généralement
schisteuse ou granitique, solide, compacte et formant un
ensemble suivi que l’on peut désigner sous le nom de très
fond.
2° Molasse marine, composée essentiellement de sable
fin et pur ; quelquefois un peu argileux; souvent incohérent ,
DES ENVIRONS DE LYON. 189
offrant cependant des bancs agglomérés par un ciment cal-
caire ; ceux-ci sont peu suivis et plus semblables à des masses
concrétionnées qu’à de véritables couches.
3° Conglomérat lacustre ou dépôt de cailloux roulés de
sables et d’argiles , formant des assises dont l'extension habi-
tuelle -est très faible, et qui sont groupées entr’elles d'une
manière très irrégulière ; quelques-unes de ces assises sont
solides et même très cohérentes par suite d’une agglutination
des cailloux et des sables , occasionée par une infiltration
calcaire qui leur donne une certaine analogie avec le béton ;
le reste est généralement meuble et ébouleux.
4° Terre diluvienne ou Terre à pisé, connue des géolo-
gues sous le nom de Zehm ; celle-ci forme la masse superfi-
cielle. Son genre de cohésion est bien connu et ses qualités,
sous ce rapport , ne varient qu'en raison de la prédominance
des parties sablonneuses ou argileuses qui entrent dans sa
composition.
Ces quatre masses jouissent d’une perméabilité spéciale.
La roche du très fond, n'étant guère traversée que par d’étroi-
tes fissures , n’est nullement apte à fournir des sources abon-
dantes , mais seulement de simples suintements d'eau ; sa
compacité lui fait, en outre , arrêter presque toutes les eaux
supérieures.
La nature poreuse des sables et molasses marines en fait
de véritables éponges , susceptibles de se saturer d’eau dont
elles retiennent une certaine quantité par la force de capilla-
rité et laissent échapper l'excès par voie de filtration.
Les interstices nombreux des conglomérats permettent, au
contraire, un passage facile aux eaux ; cependant les couches
solides , argileuses ou sablonneuses , distribuées dans leur
masse , les arrêtent au moins momentanément à certains ni-
veaux et donnent lieu à des nappes en rapport avec leur
étendue.
190 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
Enfin , la compacité de la terre à pisé ne se prête qu'avec
ane certaine difliculté à la transsudation des eaux intérieures
ou extérieures, de telle sorte que, si elle était partout égale-
ment homogène, forte et sans solutions de continuité , les
dépressions de sa surface se rempliraient d’eaux stagnantes
qui ne diminueraient qu'avec quelque lenteur par le seal effet
de la filtration. Réciproquement aussi elle retiendrait dans le
sein de la terre les eaux souterraines, qui ne pourraient s'en
échapper qu'à l’aide d’une rupture produite par les effets com-
binés du délayement et de la pression hydrostatique.
Ces propriétés essentielles permettent de concevoir que, si
ces terrains se trouvaient disposés suivant la rigueur théori-
que dans une sorte de bassin, les eaux d'infiltration , arrêtées
par le très fond et fixées par les molasses marines, s'élève-
raient à une certaine hauteur intermédiaire entre celles-ci et
la partie superficielle du conglomérat : là, elles formeraient
une nappe plus ou moins continue qui prendrait son écou-
lement par toutes les échancrures de la bordure du bassin et
par les lacunes de la terre à pisé.
Mais le mode d’enchevétrement réciproque des diverses
assises modifie cette distribution générale des eaux , et les
considérations géologiques devenant indispensables pour la
faire concevoir , nous allons attacher une certaine importance
à leur développement.
Disposition des roches primordiales.
L'étude attentive de la structure du sol primordial des en-
virons de Lyon fait reconnaitre que le plateau bosselé , qui
domine la partie occidentale de la ville, est formé presqu’es-
sentiellement par de grandes côtes détachées obliquement de
la dorsale d’Izeron , et séparant les uns des autres les bassins
du Gicr, du Garon, de l’Izeron, du Ponterle et de lA-
ZCraue .
DES ENVIRONS DE LYON: 191
Ces côtes sont : 1° celle de Mornant sur la prolongation
des montagnes de Riverie; 2° celle de Brindas, ayant son
point de départ au Sud d’Izeron ; 3° celle de Grézieux-la-
Varenne , dont la naissance se trouve entre Izeron et le col
de Courzieux ; 4° enfin , celle de la Tour de Salvagny qui
émane du massif de St-Bonnet ; ces côtes s’abaissent graduel-
lement vers les rives du Rhône et de la Saône, en se diri-
geant du Sud-Ouest au Nord-Est parallèlement à la chaine
du Pilat.
Plusieurs causes géologiques postérieures , telles que des
soulèvements Nord-Sud, des remblais effectués par les con-
glomérats et des érosions diluviennes ont successivement al-
téré la forme particulière qu’elles imprimaient à cette partie
du sol lyonnais sans cependant l’anéantir complètement, en
sorte qu’il sufhit de quelques recherches pour reconnaître bien-
tôt les traces les plus évidentes de vallées sous-jacentes ou
non , dérivées de l’ancien état des lieux.
Parmi ces vallées , nous citerons , comme concernant di-
rectement l'objet que nous avons en vue , d’abord celle d’Y-
vours , située entre roches primordiales d’Irigny et du Péron.
Ces dernières s'étendent en largeur jusqu’à la Mulatière, en
présentant toutefois sur cette étendue la dépression d’Oullins
par laquelle s'échappe actuellement le ruisseau d’Izeron, et
qui, à en juger par sa disposition, parait avoir été un des
anciens débouchés du Garon.
À partir de la Mulatière , nous trouvons le vallon sous-ja-
cent de Ja Quarantaine, dont la largeur occupait tout l’espace
inclus entre ce dernier point et les dépendances du rocher
de Pierre-Scize. Son remplissage jusqu'à une certaine hauteur
par des débris provenant évidemment des montagnes lyon-
naises , et sa position sur le prolongement de l'axe du bassin
de l’'Izeron, peut faire admettre qu'il n’est autre chose que
l'ancienne embouchure de cette rivière ; ou plutôt d'un cours
192 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
d’eau correspondant, dont l'existence remonte au-delà de la
période tertiaire qui a vu se déposer les conglomérats lacustres
supérieurs.
Quoi qu'il en soit, le rameau primordial qui l’encaisse au
Nord se prolonge au travers de Ja Saône sous le pont du
Change, sous le fort St-Jean et sous la Croix-Rousse , de telle
manière qu’une coupe transversale dirigée du Nord au Sud
donne les diverses hauteurs suivantes rapportées au zéro de
l'échelle hydrométrique du pont de Tilsitt.
Sous la place Bellecour au sondage fait pour le puits arté-
sien. Hauteur négative ou profondeur au-dessous 7
di Aéro escaums fie acroutl sad 208
Au pont du Change, environ. . . + :. . 0,00
Au Jardin-des-Plantes, derrière la serre chaude. 24,86
Point culminant du granit au fort St-Jean. . . 52,00
Point culminant visible du schiste dans un che-
min de la Croix-Rousse entre le fort St-Jean et la
porte des Chartreux... 4,1..." 11 2 1286500
Cette arête culminante s'élève encore plus haut
vis-à-vis de la porte des Chartreux, rue de la Cita-
delle, maison N°5 8 et 9, où un puits l’a fait re-
connaître à une hauteur de . . . . . . . 74,26
De là elle parait s’abaisser graduellement vers le
Nord, de manière à n’avoir plus sous le puits des
bois des Tapis à la Croix-Rousse qu’une hauteur de 50,33
Au clos Poy, près le pont de la Gare. . . . 38,00
Enfin elle s'enfonce complètement sous le niveau
de la Saône en aval de la tour de la Belle-Alle-
mandéi suichen au l'uncaitéacrallronmer ax Ain.
Il était important d'établir de même l’abaissement suc-
cessif de cette arête dans le sens rectangulaire, c’est-à-dire
en travers de la Croix-Rousse vers le Rhône. Sous ce rapport,
quelques renseignements nous indiquaient l'existence du ter-
DES ENVIRONS DE LYON. 195
rain primordial sous l’église St-Polycarpe et vers la fontaine
de la Groi-Péquet: d’ailleurs il ne paraissait pas naturel
d'admettre qu'un chaïnon aussi bien suivi s’interrompit tout -
à-coup dans sa longueur , et cela d'autant moins qu'il se rap-
portait à tout un système dont les branches ne présentent pas
ce caractère ; enfin, on devait concevoir que le cap de la
Croix-Rousse n’avait résisté à l’action érosive des grands cou-
rants diluviens dont il sera question par la suite que parce
qu'il était épaulé par cette espèce de mur de soutènement.Ge-
pendant toutes ces données plus ou moins vagues exigeaient
une confirmation authentique pour laquelle nous fimes, sans
succès, les recherches les plus minutieuses dans tous les escar -
pements des balmes du Rhône, et dans toutes les dénuda-
tions produites par le grand nombre de constructions qui s'é-
lèvent journellement de ces côtés. Mais partout des dépôts
successifs de formations plus récentes , des conglomérats ,
des terrains diluviens et peut-être des molasses marines nous
masquaient celte protubérance primordiale ; lorsqu'enfin la
réparation récente du pavé de la terrasse Tolozan , quai St-
Clair , exigea l'emploi de la poudre pour niveler quelques
saillies granitiques , et mit au joue la prolongation de l’arête
en question jusqu'aux bords même du Rhône, où elle forme
le premier gradin de la rampe qui mène des parties basses
de la ville aux sommités de la Croix-Rousse.
Nous désignerons la vallée sous-jacente suivante sous le
nom de vallée de Gorge-de-Loup ; elle est comprise entre les
rochers primordiaux de Vaise et la longue falaise de Roche-
Cardon , ayant sa naissance près de Francheville et conti-
nuant son cours sous le plateau de la Bresse, vers la position
de la tour de la Belle-Allemande. De ce côté , sa limite sep-
tentrionale est formée par la saillie des schistes micacés qui,
commencant à percer le sol sous la brasserie Schimper ; en
avant de l'Ile-Barbe , atteignent leur maximum de hauteur
194 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
connue 40,43 dans un puits foncé au Pelcrut, sur le
grand chemin de Cuire à Caluire , et s’abaissent ensuite vers
le Nord de manière à disparaitre de nouveau au port de Ca-
luire, vers la maison de M. Damiron , maire de cet endroit.
Au-delà , il existe une nouvelle dépression souterraine que
nous appellerons la vallée de Royes et Fontaines. Partant des
bords de la Saône sous Collonges, elle doit, comme les au-
tres , s'étendre sous le plateau de la Bresse ; son encaissement
vers le Nord est déterminé par l’aspérité primordiale de Ro-
chetaillée, dont la plus grande hauteur sur le territoire des
Garennes à la maison dite la Nation, derrière le château de
Rochetaillée, est de 52,00 ; elle est le prolongement naturel
du piédestal des masses calcaires du Mont-Cindre, et dans
un autre sens l’on retrouve sur les balmes les traces de son
extension transversale jusqu’à un quart de lieue en aval de
Fleurieux , où elles plongent à leur tour sous le sol.
Après cette dernière ramification , on ne rencontre plus
jusqu’à Trévoux, limite de nos observations , aucune de ces
aspérités primordiales suflisamment prolongée pour dépasser
la rive droite de la Saône ; car celles de St-Germain au Mont-
d'Or s'arrêtent aux bords de la rivière, ou du moins ne les
franchissent pas à une hauteur telle qu'elles soient immédia-
tement perceptibles.
Disposilion des molasses.
Avant d'examiner les résultats hydrauliques de cette topo-
graphie souterraine des roches primordiales , nous devons
poursuivre le développement des faits géologiques. Or, ceux-
ci démontrent qu'après la commotion qui produisit les rides
précédentes , survint une inondation marine très étendue vers
le Nord , l'Est et le Sud, qui donna lieu de nos côtés à une
grande accumulation de sables bien reconnaissables à leur
homogénéité générale , à leur finesse et aux débris marins
DES ENVIRONS DE LYON. 195
qu'ils renferment. Ils ont du , pendant une certaine période ,
couvrir toutes les parties de l’espace environnant, dont la
hauteur ne dépassait pas de 50 à 60" à peu près le niveau
actuel de la Saône ; par conséquent , les vallées et toutes les
parties basses de notre horizon en ont été encombrées depuis
le Dauphiné jusqu'aux parties reculées de la Bresse , du Bu-
gey, etc., etc. Mais on concoit aussi qu'une masse telle-
ment meuble a dû être facilement entraînée , ravinée et sil-
lonnée de mille manières, lorsqu'elle s’est trouvée en prise à
de nouvelles actions après la retraite des mers qui l'ont pro-
duite ; il en ést résulté une disposition tellement irrégulière
de tous ces lambeaux, qu'il sera très difficile et peut-être
même impossible de dresser une carte qui en représenterait
exactement les contours et les limites. Quelques-uns de ces
lambeaux se présentent sur le versant méridional de la Croix-
Rousse, et s'étendent peut-être depuis le Jardin-des-Plantes
jusque vers le quai de St-Clair ; d’autres paraissent cà et là
dans quelques-unes des vallées précédentes ; mais ces restes
sont encore bien douteux ; cependant nos recherches suflisent
pour démontrer que les balmes de la rive gauche de la Saône
n’en présentent plus de traces au moins visibles et continues
depuis Lyon jusqu'à Rochetaillée, tandis qu'à partir de ce
point nous en trouvons une masse suivie qui s'étend sous le
sol actuel de la Bresse et de la Dombes jusqu'au-delà de
Trévoux.
Cette même masse, ne percant au jour en aucun point
depuis Lyon jusqu'à Montluel, on peut en conclure que sa
limite méridionale peut être figurée par une ligne oblique ,
partant du versant Nord de Rochetaillée pour aboutir en un
point indéterminé et sans importance dans la question ac-
tuelle , qui peut se trouver quelque part dans la Valbonne ou
la vallée de l'Ain.
Cette ligne couperait donc le Delta de la Bresse en deux
196 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
parties : l’une méridionale et sans dépôts continus et certains
de sables marins ; l’autre septentrionale et renfermant ceux-
ci: l’une présentant plusieurs vallées primordiales sous-jacen-
tes, et l’autre aucune qui soit visible ; de là deux caractères et
deux régimes d'eaux essentiellement différents.
Disposition de conglomérais.
La mer des molasses ayant été déplacée par un nouveau
bouleversement, il se produisit un immense dépôt de cail-
loux roulés, amenés des montagnes lyonnaises et surtout des
sommités alpines , par des cours d’eau actuellement oblitérés |
et dont il est inutile, en ce moment, de rechercher l’ancienne
hydrographie.
Ce dépôt a rempli non seulement toutes les excavations
formées dans les sables marins et dans les terrains primor-
diaux , mais il a encore sur-exhaussé le sol de telle sorte, que
les sommités les plus élevées de Fourvières , de Francheville,
du Bas-Dauphiné, de la Croix-Rousse et de toute la Bresse
peuvent être considérées comme autant de jalons laissés pour
rappeler son ancienne épaisseur , qui, auprès de Lyon , a du
être au moins de 75 à 80".
La hauteur uniforme de ces cimes et quelques autres ca-
ractères font naître l’idée d’un remblai effectué dans un grand
lac d’eau douce sur le fond duquel les matières charriées ve-
naient se niveler jusqu’à un certain point seulement ; car en
poursuivant les mesures des hauteurs sur une grande éten-
due, on trouve une légère inclinaison du Sud vers le Nord et
des Alpes jusqu’au plateau lyonnais. C’est ainsi , par exemple,
que dans le Dauphiné , au-delà de St-Symphorien-d'Ozon ,
nous avons trouvé , pour le point culminant de la montagne
caillouteuse du bois St-Jean, une hauteur d'environ 2207 ;
tandis que le pied du télégraphe de Fourvières n’est plus qu'à
1357 au-dessus du niveau de la Saône.
DES ENVIRONS DE LYON. 197
On concoit, du reste , que ce léger pendage est sans in-
fluence sur la distribution des eaux dans des limites aussi cir-
conscrites que celles que nous avons à considérer : aussi nous
n’en faisons mention que pour prévenir toute objection ;
d’ailleurs les résultats qu’il aurait pu produire sont encore
effacés par l'irrégularité de la stratification du conglomérat ,
et surtout par les profonds morcellements qu'il. a lui-même
éprouvés après-son: dépôt.
Disposition de la terre diluvienne ou à pisé.
Ces morcellements résultent de l’action combinée de la dé-
bacle du lac et d’une énorme masse d'eau venant subitement
des Alpes. Les lames principales de ce courant, effectuant le
déblai partiel des conglomérats , ont excavé les vallées de
l’Ain , de la Valbonne, du Rhône, de la Saône , et imprimé
au pays les derniers traits de sa configuration actuelle en fa-
connant le promontoire de la Bresse.
La dureté des roches primordiales n’a pas toujours pu les
soustraire à l’action érosive de ces courants , et de là , en par-
tie au moins, la cause de l'isolement actuel des rochers de
Pierre-Scize et du fort St-Jean , de Roche-Cardon et de Ca-
luire , de Collonges et de Rochetaillée, masses dont la posi-
üon, en regard les unes des autres, rappelle si bien l’ancienne
connexion qu'elle a servi de base à diverses fables popu-
laires.
D'un autre côté , les ricochets de ces mêmes courants ont
. formé les ondulations de la surface de la Bresse, pays qu'il
suflit d’avoir parcouru pour reconnaître que l’action seule des
grandes vagues a pu tracer l’élégante courbure de ses collines
êt produire ses alternances de hauteurs et de dépressions uti-
lisées depuis pour les étangs ; mais le résultat principal de
celte catastrophe n’a pas été la seule excavation du sol. En
effet, la première impétuosité des eaux ‘une fois amortie ,
198 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
elles déposèrent dans tous les recoins, dans toutes les parties
basses et abritées , ce placage de boue argileuse et diluvienne,
la terre à pisé, dont l’ensemble enveloppe , comme d’un
manteau d'épaisseur variable , la plupart des inégalités
du sol.
—s<-—
CHAPITRE It.
Distribution des eaux considérée dans ses rapports avec la
struclure intérieure du sol.
Les considérations géologiques précédentes , basées sur les
études de M. Élie de Beaumont et les nôtres , nous serviront
maintenant à établir le mode de distribution des eaux souter-
raines ; pour cela, rappelons succinctement que nous avons
d'une part, vers le Sud du promontoire de la Bresse, des
vallées souterraines remplies de conglomérats ; vers le Nord-
Ouest , un dépôt uniforme de molasses marines pareillement
recouvert de conglomérats ; qu’enfin, une couche de terre di-
luvienne a été jetée sur l’ensemble.
Ces différences dans la constitution du sol nous forçant à
établir des divisions dans notre travail , nous allons d’abord
passer en revue les faits très simples de la terre diluvienne et
de la molasse septentrionale ; puis nous arriverons à la com-
plication plus grande des conglomérats méridionaux et
orientaux.
Eaux de Ja terre à pisé.
Quelle que soit l’imperméabilité que la vue des étangs de
la Bresse fasse attribuer à la terre diluvienne, on peut ce-
pendant affirmer que sa puissance sous ce rapport n’est pas
aussi absolue que celle d’une roche compacte ou d’une argile
pure et liante ; elle n’est surtout pas uniforme , et pour se con-
DES ENVIRONS DE LYON. 199
vaincre de cette vérité, il suflit d’observer que beaucoup de
ces étangs sont sujets à perdre leurs eaux par transsudations ,
et à dégénérer ainsi en marais fangeux connus sous le nom
de grenouillards.
Si donc ces eaux sont arrêtées immédiatement après une
première filtration au travers de la terre superficielle par des
couches plus compactes , elles pourront former des sources
presque superficielles et, par conséquent , aussi sujettes à se
ressentir de toutes les variations des saisons ; elles tariront
plus où moins dans les étés et dans les années de sécheresse ,
reprendront leur cours dans les temps humides ; leur tempé-
rature sera variable aussi bien que leur masse ; en un mot,
tout dénotera en elles l'influence d’un trop grand voisinage
de l’atmosphère. Les Bressans désignent sous le nom de Rai-
sins celles qui ne font qu'humecter la terre et l'infiltrer
d’eau sans avoir de cours proprement dit, et nous pourrons
adopter cette dénomination en l’appliquant par généralisation
à toutes les sources de la terre diluvienne. Celles-ci sont
d’ailleurs très communes dans nos environs, et leur étude
n'est pas sans importance; car elles se mêlent quelquefois
aux sources des terrains inférieurs qu’elles modifient plus ou
moins ; mais comme nous aurons occasion d'en parler avec
détail, quand il sera question des résultats thermométriques,
nous croyons devoir nous contenter de les avoir signalées , et
nous passerons directement à des sources dont l'origine se
trouve à de plus grandes profondeurs.
Eaux des molasses.
La molasse a déjà précédemment été assimilée à une éponge
qui présente des eaux sur toute sa hauteur en vertu de sa po-
rosité générale. Il est aisé de se convaincre de cette propriété
à Trévoux, où les sources et les puits sont étagés les uns sur
les autres depuis les parties basses de la ville jusqu’àgune cer-
200 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
taine hauteur ; il en est de même à Reyrieux , Parcieux , Ge-
nay et, en un mot, sur toute la ligne jusqu'à Neuville , où
nous trouvons encore la source inférieure de la Vôsne, puis
une série d'écoulements successifs qui alimentent l'étang ou
bien les fosses de rouissage de la ferme Rival, et enfin la
fontaine Camille placée au terme supérieur de cette for-
mation. 40,
Cependant, malgré cette imbibition complète, la masse
principale des eaux présente une disposition spéciale sur la-
quelle il est nécessaire de fixer l'attention.
La molasse , en effet , ne s'élève pas jusqu’à la surface du
plateau de la Bresse , mais se termine à un niveau intermé-
diaire dont la hauteur, déduite par approximation de quel-
ques-uns des nivellements de M. l'Ingénieur en chef des ponts-
et-chaussées, est d'environ 60 à 70" au-dessus de l’étiage de
la Saône : le surplus de l'épaisseur est formé par les conglo-
mérats et la terre à pisé.
Ce niveau, légèrement variable sur l'étendue du champ
de nos observations , est très distinct depuis Trévoux jusqu’à
Neuville. Sur toute cette zône il dessine un étage particulier
en forme de gradin dont l’uniformité n’est que momentané-
ment interrompue par une grande échancrure qui, divergeant
depuis le marais de Montribloud , produit les deux vallées di-
luviennes de Massieux et de Neuville. Cependant la loi géné-
rale se reconnait encore dans le fond de ces vallées ; car leurs
pentes, assez uniformes depuis les plaines de la Saône, éprou-
vent des saccades momentanées à la partie inférieure des
conglomérats.
Or, c'est à la proximité du plan de jonction des conglo-
mérats et des molasses que les principales sources sont éta-
blies de telle manière , qu’elles se trouvent cependant la mo-
lasse même. Il est facile de s’en convaincre à l'aide de quel-
ques recherches pour les belles sources de Reyrieux , pour
DES ENVIRONS DE LYON. 201
celles moins abondantes en eau, mais aussi plus nombreuses
de Parcieux, pour les trois sources du bassin de Massieux ,
pour celles de la commune de Genay, du Péron et enfin du
château de la Venturière , où le fait a été mis dans l'évidence
la plus complète à l’aide d'une série de puits percés par
M. de Boëlle Rodrigues, dans le but de s'assurer de la
constance du niveau de la couche aqueuse, avant d’entre-
prendre certains travaux d'amélioration nécessités par un
changement des sources sur lequel nous reviendrons plus tard.
La fontaine Camille , dans la vallée de Neuville, appar-
tient encore à cet étage , et en étudiant les arrachements voi-
sins, il est facile de reconnaître qu’en cet endroit les molasses
sont plus argileuses et plus humides que partout ailleurs ,
mais partout toujours très reconnaissables par leurs concré-
tions et leur sable particulier.
Cette disposition générale est le résultat évident de la fai-
ble perméabilité des molasses qui, en vertu de cette propriété,
arrêtent vers leur surface une grande partie des eaux que les
conglomérats ont laissé filtrer, et produisent une sorte de
nappe continue à cette hauteur. Trévoux seul présente une
anomalie à cette règle générale, et elle s'explique facilement
par la forme de la localité qui présente une sorte de cap saillant
sur la Saône, dont la forme effilée est par cela même moins
apte à conserver les eaux.
Eaux des conglomérats de la partie Sud.
D’après nos considérations préliminaires , le sous-sol de la
partie méridionale du cap de la Bresse peut être considéré
comme présentant une série de vallées transversales formées
par des roches à peu près imperméables ; les résultats hy-
drauliques de cette ancienne configuration se concoivent
même à priori : aussi, en jetant un coup-d'æil sur la position
des principales sources existantes aux environs de Lyon, nous
202 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
les trouvons essentiellement en vi ou avec cette GERMER
souterraine.
La belle fontaine de la Mouche dans la vallée d’Yvours ;
les nombreux filets qui ont valu à la base du coteau de Ste-
Foy le nom de Fontanières ; les bassins de Gorge-de-Loup ;
les sources des balmes de la Saône sous la Croix-Rousse ; les
eaux abondantes de Royes et Fontaines, sont autant de déri-
vations des masses d'eau incluses dans les vallées que nous
avons énumérées, et, en dehors de leurs limites , on ne peut
leur opposer que des suintements d’une faible importance.
D’autres observations nous apprennent que les relations
précédentes se poursuivent jusque dans le lit même de la
Saône ; ainsi, pendant les hivers rigoureux, l’encaissement de
Pierre-Scize est presque toujours gelé, et l’on peut encore
patiner en amont et en aval du pont de l’Archevêché ; tandis
que la rivière n’est jamais prise le long des Étroits et en face
de l’Arsenal, circonstance que l'opinion générale attribue à
la température élevée que les eaux souterraines communiquent
à la rivière dans ces endroits particuliers.
Ces premières notions nous ont déterminé à examiner avec
soin la corrélation des eaux avec les roches primordiales , et
nous avons reconnu qu'une partie d’entr’elles semble ruisseler
le long de leurs rampes et prendre issue par les points les
plus rapprochés où elles trouvent une dénudation suffisante.
C’est ce qui arrive pour les sources du Jardin-des-Plantes ,
du clos St-Benoït, de Vaise, de Pierre-Scize, etc., etc., et
la distribution suivante ne fera que la confirmer, puisqu'elle
fait voir que les eaux s’abaissent ou se relèvent successive-
ment de la même manière que les rochers primordiaux des
balmes de la Saône.
Ainsi , dans le puits de la rue de la Citadelle , maison
N° 8 et 9, à la Croix-Rousse, nous les trouvons main-
DES ENVIRONS DE LYON: 202
tenues sur le sommet du roc primitif à une hau- m
teardles Mann Mu ki: gro: 2 2°. oetitG
Dans le clos Charrin elles s’abaissent déjà à . ©: 51,17
Hans iplos Poy à: AMERRRUTS eur | 57100
Derrière la brasserie près de l’ancienne caserne
de cavalerie, au pont de la Gare. . . . . . 15,35
Enfin , d'après les renseignements d’un pêcheur,
il y aurait vis-à-vis de Cuire un endroit où la Saône
ne gèle jamais à cause des sources , et dont la hau-
teur serait par conséquent inférieure à . . . . 0,00
Elles regagnent ensuite en élévation sur les ro-
chers primitifs de Caluire, de manière à atteindre
dans le jardin Flachat une hauteur de . . . . 54,29
d’où elles s’abaissent sous le Vernay , de telle sorte
que dans le jardin du Collége et dans la plaine de
Royes et Fontaines, leur niveau inférieur se montre
à de faibles hauteurs au-dessus de la Saône. IL pa-
raît de plus exister vis-à-vis de ces derniers endroits
des points où la rivière refuse de geler par les motifs
déjà indiqués.
À Rochetaillée, un nouvel exhaussement se ma-
nifeste par la position élevée des sources de Noail-
lieux qui se trouvent à un niveau d’au moins . . 50,00
Au-delà de ce point, vers Fleurieux, nous entrons dans
le régime des molasses, et l’apparition des sources subit une
interruption momentanée jusqu'à Neuville : accident occa-
sioné probablement par l’épais revêtement de terre à pisé
qui flanque toute cette berge.
Si des rives de la Saône nous nous portons à celles du
Rhône, nous observons une disposition jusqu’à un certain
point analogue , quoique plus vague, par suite du recouvre-
ment des roches primordiales,
T. NH. 14
204 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
Ainsi , dans la rue des Fossés, maison N° 6 , près du point
culminant de la Croix-Rousse , le puits donne une
hauteur de. MN écadets cils dt l'O
Dans la rue Ste-Catherine. . . . . . . 61,86
Et à partir de là, en tirant vers le Nord, il y a
un abaissement successif tel, que dans la rue des
Gloriettes on n’aurait plus que . . . . . . 43,51
Dans la montée de la Boucle, le niveau moyen de
diverses sources suintant sur le chemin est de . . 47,46
Au clos Chaumet , même montée, les puits ren-
contrent l'eauaf #9 Gers US tosistit 54432
Dans le jardin de M. Aguettan . + + - 45,32
Chez M. Vidallin, teinturier , quai St-Clair,
N° 19et 20, àhenviron. . . . . . . . 10,00
A la montée du grand Bichet, quelques sources
très faibles sont encore à une hauteur d'environ. . 20,00
Et après celles-ci, sur le quai St-Clair, on ne connait plus
de sources, mais seulement le niveau du Rhône vers lequel
on est obligé de foncer des puits à la profondeur d'environ
13,00 au-dessous du sol. Cette disposition des sources se
maintient jusqu’au pont de Vassieux, où nous les voyons se
relever à une hauteur qui serait suflisamment en rapport
avec la prolongation souterraine des rochers primordiaux de
Cuire et Caluire, pour appuyer l’hypothèse déjà énoncée à
ce sujet. Elles se soutiennent ainsi à Crépieux , s’abaissent un
peu au château de la Pape ; dans la propriété de M. Dupuits
de Maconex, elles sont de nouveau abaissées à fleur du
Rhône et couvertes par ses sables ou ses eaux, et enfin au-
delà nous entrons dans un nouveau régime qui fera l’objet
d'un paragraphe spécial. Pour le moment , faisons observer
que ces alternatives d'exhaussement et d'abaissement ne
justifient en rien l'existence d'une nappe d'eau horizon-
DES ENVIRONS DE LYON. 205
tale que l’on pourrait admettre , dans toule celte partie du
cap de la Bresse, comme étant produile par une couche im-
perméable.
Cependant l'encombrement et même l'entier recouvre-
ment des vallées sous-jacentes par les cailloux roulés et les
veines plus ou moins compactes et argileuses des conglomé-
rats lacustres, a dû apporter certaines entraves à la libre
circulation de leurs eaux et modifier jusqu’à un certain point
leur rôle essentiel. Au lieu donc de donner lieu à des ruis-
seaux s’écoulant librement suivant les pentes du sol primor-
dial , ces eaux refluent jusqu'à une certaine hauteur ,
s’échappent par des orifices plus ou moins multipliés, et
produisent l'espèce de niveau ou de plafond d'eau que lon
découvre sous toute l'étendue des territoires de la Croix-
Rousse et de Caluire.
Les nivellements suivants effectués comme les précédents
à l’aide du baromètre , et obtenus en retranchant des hauteurs
du sol les profondeurs des puits correspondants , donneront
une idée suflisamment exacte de la disposition de ce niveau
supérieur des eaux.
Hauteur générale des eaux dans
le voisinage de la Grande-
De us a he ne: 06,52
Rue d'Enfer , bains de Diane . 49,39
Rue d'Enfer , bains des Tapis . 50,36
Grande-Rue , maison N° 60. . 57,32
Croix-Rousse. co
L Grande-Rue , à la jonction de la
montée de la Boucle . . . 58,58
En général et moyennement
dans la Grande-Rue . . . 56,15
Clos Pailleron, vis-à-vis de la
DeRMIEMReTIS. .. : e Mées de JS FD
206 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
Pue Lacoste, maison N° 117 . 48,78
Puits de M Boiron, vis-à-vis
du précédent . . . )2
Maison Demaingeon, sur la de
cente vers l’Ile-Barbe, che-
min de Saône au Rhône . . 57,96
Au Pelerut , sur le grand che-
min de Caluire . . . . 60,56
Chez Gautier , vis-à-vis du pré-
ECM UT. Maries 60,56
Au Pelerut , chez le notaire de
Cale. + À O0
Cuire; Caluire, Grande-Rue de Caluire , chez
etc. , etc. M. Demaingeon . . . . 62,97
Au presbytère de Caluire . . 71,71
Chez les Sœurs de Caluire . . 71,53
Au Mont-Choisi , chez M. Dugas
de la Cantonnière. . ._°. 11,71
Au Vernay , chez M"e Lagrange. 69,18
Puits de M. Coubayon , vis-à-vis
le Mont-Choisi, à l’intersec-
tion de la route de Fontaines
et du sentier descendant à la
que RE MER si ce ls 7 1
Aux Mercières ; puits le plus pro-
fond de la contrée. . . . 44,29
Il résulte des nombres ci-dessus : 1° que Ja hauteur
moyenne du plafond d'eau déduite des puits est d'environ
60®,27, abstraction faite du puits des Mercières, qui est
évidemment en anomalie avec les autres ; et 2° que la hau-
teur des eaux s'élève à mesure que l’on s’avance vers les li-
mites Nord du territoire de Caluire, puisque la moyenne sous
DES ENVIRONS. DE LYON. 207
la Croix-Rousse est de 54,21 , tandis qu'elle monte à
63m,81 sous Cuire et Caluire; la plus grande différence
entre les points extrêmes est de 22,63.
Pour compléter ces äpercus sur la distribution des eaux,
exposons encore les résultats suivants obtenus sur les balmes
de la Saône par les nivellements de M. l'Ingénieur en chef
des ponts-et-chaussées et par les nôtres.
Niveau supérieur des sources du collége au
ah Le ne ie 8 2 020
Niveau supérieur de diverses sources de la pre-
priété de M. Boricand, au Vernay . . . . . 63,13
Ilen existe, de ces côtés, beaucoup d'autres situées
à toutes les hauteurs entre cette limite extrême et
la surface de la Saône.
Source du ruisseau de Ronzier . . . . . 48,29
Source de Noaillieux au moins à. . . . . 50,56
Une des cinq sources de Royes . . . . . 50,00
En coordonnant actuellement les niveaux supérieurs avec
les dispositions moyennes et inférieures précédemment indi-
quées , on voit que les eaux doivent se rencontrer à la proxi-
mité de Lyon à peu près à tous les étages possibles des vallées
sous-jacentes ; si donc nous nous sommes servi de l'expres-
sion de plafond d'eau, ce n’a été que pour nous conformer au
langage habituel, ou à un préjugé populaire résultant d’une
observation exacte en elle-même, mais qui n’a pas été suf-
fisamment développée. En effet, les puisatiers, trouvant
l’eau plus ou moins régulièrement à la profondeur générale
indiquée , n’ont aucun intérêt à foncer leurs puits au-delà ;
mais ils trouveraient ces mêmes eaux à des niveaux de beau-
coup inférieurs, et cela est même si vrai, que, quand un
puits vient à tarir par des causes quelconques , il leur suflit
de l’approfondir pour en obtenir de nouvelles.
Il est d’ailleurs reconnu, à la Croix-Rousse , que , s'il est
208 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
nécessaire de foncer les puits de la place et de la Grande-Rue
jusqu'à une profondeur de 31 à 34 pour obtenir une eau
suffisante , on rencontre cependant déjà des eaux faibles à
15m environ, et qu'elles ne commencent à abonder réelle-
ment qu’à une profondeur de 36" environ. Ces diverses me-
sures , rapportées à notre plan de comparaison général ; don-
nent pour l'élévation du
Niveau des eaux faibles -. . . . . . . ‘75,00
Niveau des eaux moyennes : . . : . : 56,52
Niveau des eaux considérées comme abondantes. 54,57
et l’on ne descend guère au-dessous.
Accidents occasionés par lhétérogénéité des conglomérats.
Jusqu'à présent la nécessité de simplifier les idées nous a
fait admettre tacitement que le terrain de conglomérat se
prêtait à une distribution uniforme des eaux ; mais dans la
réalité il n’en est pas ainsi, et la raison en a déjà été indi-
quée , quand nous l’avons dépeint comme un enchevêtrement
de couches plus ou moins sablonneuses , argileuses ou
caillouteuses. Sa perméabilité doit donc varier suivant les
localités, et nous ne serons pas embarrassés pour en fournir
la preuve.
D'abord l’approfondissement du puits des Mercières , au-
dessous du niveau général, ne peut s'expliquer que par une
pareille cause.
Le puits des bains des Tapis, à la Croix-Rousse, avait
été foncé jusqu'à 38 ", 97 sans rencontrer l'eau qui ce-
pendant existait à une profondeur moindre dans un puits à
proximité. On se décida donc à pousser une galerie latérale
vers celui-ci , aussitôt l’eau arriva et s’éleva à une hauteur
de 6m, 49.
M. Vidallin , teinturier , désirant augmenter la masse des
DES ENVIRONS DE LYON. 209
eaux qui alimentent ses ateliers, établit un puits dans une
position voisine et inférieure aux sources dont il a déjà été
question ; cependant il ne trouva pas l’eau qu'il cherchait ,
mais une espèce de poche argileuse tellement imperméable ,
qu'il put descendre jusqu'au-dessous du niveau du Rhône. Ce
fut alors qu'il concut l’idée de pousser une traverse au fleuve
et d'en élever les eaux à l’aide d'une machine à vapeur.
La même imperméabilité locale s'est manifestée, à la
Mulatière , d’une autre manière non moins remarquable. La
maison Micon à la Caserne , la maison Brochet et autres
possédaient des sourees assez abondantes pour remplir d’eau
claire un ruisseau qui aboutissait au pont; elles ont disparu
depuis que la voûte du chemin de fer passe au-dessous , tan-
dis que d’autres eaux n’ont pas trouvé leur écoulement dans
cette galerie inférieure. Celles d’un puits appartenant à
M. Viallon sont spécialement dans ce cas ; quoique placé à
60 ® des travaux et ayant son fond à 12 " au-dessus de leur
niveau , il les retient à une hauteur permanente de 2", et
peut en fournir , dit-on, environ 7 hectolitres par heure.
:Nous ajouterons encore qu'il existe cà et à , dans ce ter-
rain, des espèces de voies souterraines dans lesquelles les
eaux se meuvent avec une certaine vitesse. On peut s’en as-
surer dans le puits du domaine de M®° Lagrange ; au
Vernay; le courant y affecte une direction à peu près de l'Est
à l'Ouest , et pourrait bien communiquer avec les fontaines
de Royes.
Ce n'est, d’ailleurs, que par de pareilles voies qu'il est
possible de s'expliquer l'isolement de la plupart des sources,
surgissant au milieu d’endroits complètement à sec Jusqu'à
une certaine distance de leurs environs.
Enfin l'existence de ces espèces de tubulures peut être
constatée en beaucoup de points , et nous en avons encore
récemment trouvé un bel exemple dans une sablhière ouverte
210 MÉMOIRE SUR LES SOURGES
pour la fourniture des graviers de la route auprès du Pont de
bois, à Néron. Elle pénétrait à peu près horizontalement dans
le terrain , en présentant divers embranchements à incli-
naisons différentes que le développement de l'exploitation a
fait suivre sur une étendue d’une dizaine de mètres, et ils
continuent encore plus loin dans le sol. A sec maintenant ,
cette tubulure a fourni indubitablement, à une époque quel-
conque , un passage à des eaux; car ses parois sont tapissées
et même consolidées par un léger conduit concrétionné de
carbonate calcaire.
Ces voies peuvent établir une communication souterraine
entre des localités fort éloignées les unes des autres ; et il est
impossible d’en fournir une preuve plus convaincante que le
fait suivant signalé par M. le docteur Gaspard de St-Étienne
en Bresse ; car, suivant cet observateur, « l'établissement
d’un puits provoqua le dessèchement momentané, non seule-
ment de deux autres puits éloignés chacun d’un kilomètre du
puits neuf, mais tarit encore une fontaine assez abondante ,
située dans un pré à environ 2 kilomètres ; et ce qui est bien
digne de remarque , c’est qu'un vallon profond de 20 " au
moins et parcouru par un bief séparait un des anciens puits
du nouveau.
Eaux des conslomérats de la partie Nord-Est.
Les observations précédentes ont démontré une grande ir-
régularité dans la distribution des eaux des conglomérats ;
mais ce régime change sur le versant oriental de la Bresse ,
depuis le Mont-Goitron ou Néron jusqu'à Montluel , étendue
sur laquelle on remarque une distribution des eaux offrant, au
premier coup-d'œil , une grande similitude avec celle des
molasses du versant opposé ; c'est-à-dire qu'un grand nombre
de sources et de puits sont échelonnés sur les rampes, en
même temps qu'on découvre un niveau principal dont la hau-
DES ENVIRONS DE LYON. 211
teur constante est, d’après les nivellements de M. Thiaffait ,
d'environ 70 " au-dessus de l’étiage du Rhône.
Ce niveau se montre au-dessus de Miribel , de St-Martin
et de St-Maurice de Benost , dans les torrents de la Miandière
‘et de St-André ; tandis que , dans la belle échancrure dilu-
vienne qui constitue la vallée de Ste-Croix vers Montluel, on
voit les sources des Cordonnes , du torrent de Morancin , et
une foule d’autres moins importantes sourdir de toutes parts
et à toute hauteur , de manière à produire à la fois le fort
ruisseau de Montluel et le fond tourbeux qui distingue les
prairies de cet endroit d'avec celles des autres vallées
bressanes.
Ce que cette disposition présente de régulier mérite de
fixer un moment notre attention.
La cause du niveau n'étant pas visible immédiatement ,
nous avons supposé d’abord qu'il pouvait être dü à la présence
des molasses qui, des rives de la Saône, se seraient étendues
à celles du Rhône en masse continue sous cette partie de la
Bresse ; mais cette présomption a été formellement contre-
dite par toutes les recherches qui devaient la confirmer , et
elles ont démontré qu'il fallait trouver cette cause dans les
conglomérats mêmes, puisqu'ils se montrent exclusivement
à toutes les hauteurs. Cela étant , il reste à présenter une
explication appuyée sur des faits assez positifs, pour mériter
d'être vérifiée par quelques fouilles peu dispendieuses.
Le charriage des matériaux qui ont comblé le grand lac
qui couvrait notre pays dans la période tertiaire ; ne s'est pas
constamment effectué sur des cailloux et des sables: mais, au
milieu même de sa durée, il est survenu une modification
générale en vertu de laquelle les cours d’eau ont amené des
argiles , puis une immense quantité d'arbres , puis encore des
argiles , et les cailloux n’ont reparu qj L'après. Il en est résulté
un dépôt de bois fossile ou de lignite comprimé entre deux
212 MÉMOIRE SUR LES SOURCES
couches argileuses, système qui divise l’ensemble de la for-
mation lacustre en deux parties à peu près égales ; quelquefois
le lignite manquant , on ne découvre plus que l'argile.
Ces faits s'observent très bien dans les vallées des avant-
postes alpins , dans une grande partie du Bas-Dauphiné, du
Bugey et de la Bresse , depuis la latitude de Vienne jusqu’à
celle de Meximieux et probablement encore bien au-delà.
Or , une couche de cette nature doit nécessairement arrêter
une partie des eaux ; il en résulte qu’elles dessinent dans la
région que nous venons d'indiquer une zône plus humide que
le reste , établie à mi-hauteur de toutes les collines qui n’ont
pas été assez profondément décapées par les courants di-
luviens, pour que l'assise imperméable ait été enlevée.
Pourquoi maintenant une cause aussi générale ne se serait-
elle pas étendue jusque dans les parties les moins littorales et
les moins encaissées du promontoire de la Bresse , en produi-
sant sur l’étendue de Miribel à Montluel le niveau d’eau bien
défini que l’on y observe ? Et si, dans des positions plus rap-
prochées de Lyon, on n’observe point cette régularité , on
peut supposer que les roches primordiales, encore saillantes
alors, y formaient des passes , des anses et autres accidents
de configuration littorale, dans lesquelles les flots et les re-
mous empêchaient les dépôts des bois, des argiles et, en
général , de toutes les matières que leur extrême division
ou leur légèreté spécifique mettaient aux prises avec les
courants.
Résultats généraux.
En résumant les faits concernant la distribution générale
des eaux , on voit :
1° Que leurs niveaux supérieurs , déterminés par les mo-
lasses , par la couche imperméable de Miribel et par les
roches primordiales du Sud de la Bresse, se trouvent égaux à
DES ENVIRONS DE LYON. 243
peu de chose près ; et cette coïncidence ; quoique fortuite ,
n’en est pas moins digne d’être prise en considération ;
29 Que ces niveaux n’indiquent point pour les deux ver-
sants Est et Ouest du promontoire de la Bresse des nappes
bien arrêtées, mais seulement une perméabilité momenta-
nément moins facile , puisque toute la partie des mêmes
terrains inférieure au niveau d’eau est également imbibée ;
30 Enfin rien ne justifie , quant à présent , l'existence d'un
temps d'arrêt analogue pour les conglomérats de la partie
Sud qui paraissent indifféremment aquifères sur toute leur
hauteur. Si donc on voulait y établir un puits susceptible de
fournir le maximum d’eau , il faudrait non pas s’arrèter aux
premiers niveaux , mais déterminer d’abord le thalweg d’une
des vallées souterraines, et y aboutir verticalement au travers
de la plus grande épaisseur possible du conglomérat.
Du reste, pour faire ressortir complètement les avantages
et les inconvénients de cette structure souterraine , imaginons
un moment que deux des axes de la roche primordiale imper-
méable , pivotent de manière qu’au lieu de couper transver-
salement le promontoire de la Bresse , ils viennent à flanquer
l’un les rives du Rhône, l’autre celles de la Saône, ne lais-
sant entr’eux une vallée dont le point d'origine se perdrait
dans les parties reculées de la Dombes , et dont l'embouchure
aboutirait à l'extrémité de la Croix-Rousse vers le Jardin-des-
Plantes.
Dans ce cas les eaux d'infiltration de tout le plateau ; au
lieu de se distribuer sur les deux balmes en forme de filets
clairsemés , arriveraient en masse vers la ville de Lyon. La
cité se trouverait ainsi dotée d’une rivière assez puissante pour
subvenir à tous ses besoins ; mais aussi ces balmes seraient
frappées d’aridité : en un mot, la Providence aurait tout fait
pour nous au détriment des Riverains.
214 MÉMOIRE SUR LES SOURCES DES ENVIRONS DE LYON.
Or, la structure du sol produit précisément l'effet inverse :
des cloisons naturelles suffisamment espacées , une foule
d'accidents intérieurs déterminent autant d’encaissements en
vertu desquels les eaux divisées à l’infini portent l'industrie et
la fertilité sur des surfaces considérables. Convient-il main-
tenant de changer ce régime ? Quels seraient les moyens
d'exécuter cette opération ? Ce sont là des questions dont la
solution est réservée à d’autres.
( La suite à une prochaine livraison. )
DÉFRICHEMENT DES BOIS.
RÉPONSE
À UNE LETTRE DE M. LE PRÉFET
DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE,
PAR
M, Moirot-Bonnet,
MonsEuR LE PRÉFET ,
J'ai les plus justes raisons pour craindre de ne pouvoir ré-
pondre d’une manière satisfaisante à la lettre que vous m'avez
fait l'honneur de m'écrire le 15 novembre, et dont l’objet se
rapporte à l'importante question du défrichement des bois.
Les renseignements que vous avez Cru trouver vers moi se-
raient plutôt du ressort de MM. les Agents des contributions
directes , qui , par leurs fonctions , sont à portée de recueillir
les données statistiques les plus exactes et les plus multipliées
216 DÉFRICHEMENT
sur les divers produits territoriaux du département. Toutefois
je vais, M. le Préfet, essayer de répondre , autant qu'il sera
en moi, au témoignage de confiance que vous avez bien voulu
me donner.
-_ Vous désirez que je vous fasse connaitre ,"pour le départe-
ment que vous administrez , la comparaison , lerme moyen,
entre le prix de location des terres arables des différentes
classes et le prix de location, en cas de défrichement du sol,
des bois de même qualité ?
Afin d'accommoder cette question à ma facon particulière
de l'envisager , et de l'amener au point de vue le plus simple
possible , je me permettrai de l'exprimer sous une forme un
peu différente de l'énoncé de votre lettre; ma réponse en
sera plus facile, et partant plus précise et plus claire.
Quelle est, dans la Haute-Marne , la proportion entre les
produits des différentes classes du sol boisé considéré d’abord
dans sa nature première , puis supposé transformé en terre
arable ? En d’autres termes : Quel avantage trouverait-on à
convertir en terrains cultivables des bois plantés sur des sols
de différentes qualités ?
Pour parvenir à résoudre cette question , je mettrai d’abord
en parallèle deux fonds pris dans la meilleure partie de l’ar-
rondissement de Langres, c’est-à-dire dans le Bassigny , pays
à grande culture et dont on ne peut guère trouver l’analogue
que dans les environs de Montiérender et de St-Dizier.
Un ensemble de terres de toutes classes, dansle Bassigny,
se loue généralement et de temps immémorial à raison d’une
émine (moitié en blé et moitié en avoine * ) par trois Jour-
naux * de terre, et un demi-journal de pré , ou une émine
par 90 ares ; or l'émine représente , d'après les mercuriales
1 L'émine équivaut à 1 hectolitre 45 litres de blé, et @ hectolitres 45 litres d'a-
voine.
2 Un journal : 25 ares 85 centiares.
DES LOIS. 21
des vingt ou vingt-cinq dernières années , une valeur moyenne
et nette de 30 fr.; ainsi une étendue de 90 ares rapporte
30 fr., ce qui donne 33 fr. pour le revenu de l’hectare.
Tel est le fermage d'un hectare de terre avec un septième
environ de pré ; mais en faisant une réduction proportion-
nelle à l’excédant du produit des prés sur celui des terres
cultivées ; on trouve que la somme de 30 fr. exprime le re-
venu net d'un hectare de terre arable de qualité commune
dans le Bassigny ; si l’on englobe dans l'enceinte de ce pays
la localité un peu montueuse et de fertilité moyenne qui s'é-
tend de Montigny jusqu'à la ville de Langres ; si l’on se ren-
ferme dans la riche plaine connue plus particulièrement sous
le nom de Bassigny , on devra porter l'évaluation précédente
à 35cfr.
Maintenant je chercherai quel peut être Le revenu moyen
d’un hectare de bois dans la même contrée que je viens , en
dernier lieu, de prendre pour le point de départ de mes ap-
préciations.
Rien n’est moins uniforme que le revenu des bois ; beau-
coup de circonstances tendent à le faire varier pour une épo-
que déterminée non seulement d'un lieu à un autre, mais
dans le même lieu , d’une forêt à une autre forêt. Le produit
permanent ou le revenu proprement dit des bois est d'autant
plus élevé , que la période de l'aménagement est plus pro-
longée ; que la réserve en futaies est plus importante ; que le
mode de régie est plus favorable à la production en matière
et plus conforme aux principes de l’art forestier ; mais j'évi-
terai les cas d'exception pour ne m’arrêter qu'aux données les
plus habituelles , et j'aurai spécialement en vue les bois de
particuliers qui, d'ordinaire, s’exploitent à un âge moins
avancé que les bois de l’état et des communes.
Je supposerai un bois de 20 hectares aménagé en 20 cou-
pes annuelles ;, et admettant ensuite que ce boïs soit convenar-
.218 DÉFRICHEMENT
blement peuplé de futaies , j'en évaluerai le produit brut
moyen à 800 fr. sans avoir égard à la hausse probablement
passagère qui s’est manifestée depuis un an ou deux dans le
prix des bois ; après avoir retranché 100 fr. pour les frais de
garde et pour les impôts, j'aurai un produit net de 700 fr.,
dont la répartition entre les 20 hectares donnera 35 fr. pour
le revenu annuel de chaque hectare.
Il suit de là que, dans la plaine du Bassigny prise en masse,
il y a parité de revenu entre les terres et les bois ; dans des
sols d'une qualité moyenne et commune.
Si, sans sortir de la même circonscription, je choisis pour
objets de comparaison des terrains de la première qualité ,
alors le rapport des produits change entièrement, la balance
penche en faveur de la culture , surtout à raison de ce que la
plupart des bois de ce pays sont situés dans des bas-fonds
susceptibles de former non seulement d'excellentes terres,
mais même des prés; l’hectare d'un pareil fonds défriché
rapportera 100 fr. , tandis qu’en nature de bois le même hec-
tare rendrait à peine 65 fr., comme le calcul suivant va l’'é-
tablir.
Un bois d'élite ou de première classe dans la plaine du
Bassigny aussi bien aménagé que possible, tant en futaies
qu’en taillis, ne peut rendre à l'âge de vingt ans plus de 1,400
f. par hectare, produit brut, et 1,300 fr. produit net. De là
un revenu annuel de 65 fr. par hectare , revenu fort inférieur
à celui que donnerait le même fonds, s'il était exploité comme
terre ou comme pré. Mais il est essentiel de faire observer
que l'étendue des terrains de cette qualité est très restreinte,
en sorte que, pour peu qu'on veuille donner de l'extension à
cette première classe, on se rapprochera rapidement et pres-
que sans transition du rapport d'égalité que j'ai signalé plus
haut ; d'où je conclus que le défrichement des bois, même
dans la fertile contrée du Bassigny , n’augmenterait la valeur
DES BOIS: 219
de la terre qu'autant que cette opération ne franchirait point
la limite des fonds supérieurs à la qualité moyenne du pays,
ou, ce qui est plus caractéristique, des fonds propres à être
convertis en prairies naturelles.
Quittant cette partie de l'arrondissement de Langres pour
passer sur d’autres points moins favorisés sous le rapport du
sol, je trouverai partout le revenu des forêts plus élevé que
celui des terres. Dans ces contrées, les bois n’occupent gé-
néralement que des fonds ou médiocres ou mauvais , dont la
conversion en terre de labour serait dommageable à la fois
pour l'intérêt particulier et pour l'intérêt général.
J'ai posé tout à l’heure le terme extrême de la progression
ascendante , en portant le revenu annuel de l’hectare à 100f.
pour les terres et à 65 fr. pour les bois de la première classe.
Je vais actuellement déterminer l'extrême opposé.
Les terres de la commune d’Auberive , de même que celles
de tout le canton dont cette commune est le chef-lieu, ne
rapportent pas plus de 10 fr. par hectare ; d’un autre côté,
les bois qui forment le principal produit de ce pays aride ne
se vendent pas moins de 600 fr. l’hectare , toujours abstrac-
tion faite de l'augmentation récente de leur valeur vénale. Et
comme ces bois sont aménagés en moyenne à 25 ans, il en
résulte que le revenu annuel de l’hectare s'élève à 24 fr.
Dans la localité d’Auberive, le produit des bois est
donc plus que double du produit des terres de qualité ordi-
naire.
Pour récapituler ces données, je les encadrerai dans le
petit tableau ci-après , en intercalant entre la deuxième
classe et la dernière une classe intermédiaire dont je porterai
le revenu par hectare à 27 fr. pour les bois et à 20 fr. pour
les terres.
T. IS 10
220 DÉFRICHEMENT
TABLEAU COMPARATIF
DU PRODUIT DES BOIS ET DES TERRES
DANS LE DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-MARNE.
PRODUIT PAR HECTARE
DES FONDS
et, TYPES DES DIFFÉRENTS SOLS.
EN NATURE EN NATURE
DE BOIS. DE TERRE.
CLASSEMENT DES SOLS.
|
Cette classe a pour type la meilleure qua-
lité de fonds ,. dans la plaine du Bassignÿ,
dans celle d’Éclavons, de Montiérender ,
Vassy, St-Dizier , etc,
Are cuAssE.
Cette classe a pour type la moyenne des
fonds dans ces mêmes parties du départe-
2e CLASSE. ment, ou le mélange de toutes les qualités de
terres dans toutes les contrées ci-dessus dé-
signées.
Cette classe a pour type la moyenne des
3e CLASSE. fonds dans les cantons de Prauthoy, Chà-
teau-Villain , Suzenccouft , etc.
Cétte classe a pour type la moyenne des
fonds dans les parties montucuses et à sol
maigre , telles que les cantons d’Auberive,
Arc-en-Barrois , Vignory , Nogent, etc.
A CLASSE.
Les conséquences, qui mé paraissent découler naturelle-
ment des chiffres consignés au tableau ci-dessus sont ,
SaVOIr :
Que dans le département de la Haute-Marne , et je crois
pouvorr dire dans tous les départements où le sol forestier &
de l'importance , le défrichement des bois ne pourrait procu-
tet une augmentation de revenu foncier ; qu'autant qué cette
opération serait rigoureusement limitée à la première classe
de terrain ;
DES BOIS. D941
Que dans les sols de deuxième classe on ne trouverait au-
eun bénéfice à mettre des bois en culture ;
Que dans les sols de troisième et quatrième classe, le dé-
frichement amoindrirait la rente de la propriété suivant une
proportion d’autant plus décroissante que la qualité du sol
serait plus inférieure.
On ne trouverait donc du profit à convertir des bois en
terres arables que dans quelques localités pour ainsi dire pri-
vilégiées ; partout ailleurs , on rencontrerait l'alternative ou
de n'avoir rien à gagner ou d’avoir beaucoup à perdre.
Ici j'aborderai la question de savoir si l'intérêt particulier
saura, dans tous les cas, apprécier les avantages ou les incon-
vénients qui peuvent être la suite prochaine ou éloignée de la
transformation d'un fonds boisé ; peut-on , sur un point d’éco-
nomie publique aussi grave, se confier en toute sécurité au
discernement et à la prudence des propriétaires de bois ?
Nul doute que beaucoup de ces propriétaires , notamment
ceux à modiques revenus , ne se laissent séduire par un double
appat : 1° celui de réaliser instantanément le capital super-
ficiel qui occupe le sol défrichable ; 2° celui de recueillir pen-
dant quelques années une rente sur-éleyée, mais qui doit
fléchir à mesure de l'épuisement du sol, et présenter une
forte réduction après une période de huit à dix ans.
Il s'ensuit que le défrichement des bois serait désastreux ,
s'il n’était soumis à de sévères restrictions. Une loi prohibi-
tive est donc indispensable pour protéger l'intérêt public con-
tre les fausses combinaisons de l'intérêt particulier , et je me
hâte d'ajouter ; pour prémunir ce dernier intérêt contre ses
propres entrainements.
Une semblable loi serait-elle en opposition avec le droit de
propriété ? Il est difficile de le penser; car si ce droit, poussé
jusqu’à ses dernières limites, comporte virtuellement la fa-
culté d’user et d'abuser , l'exercice de cette faculté ne doit-il
222 DÉFRICHEMENT
pas s'arrêter là où ses effets commencent à devenir nuisibles
au bien public ?
Une remarque encore qui n'est pas sans quelque impor-
tance, c’est qu'en général moins le sol d’un pays est fertile ,
plus ce pays renferme de forêts ; tandis qu’au contraire plus
le sol est fécond , moins on y trouve de propriétés de ce genre.
Ainsi, les bois abondent dans les contrées où l'intérêt privé
est d'accord avec l'intérêt public pour repousser leur défri-
chement, et par opposition , ils sont rares dans les lieux où
ce défrichement serait profitable à l’intérèt privé , sans cesser
pour cela d’être contraire au bien du pays; je dis contraire
au bien du pays, parce que, dans les localités de cette dernière
catégorie, les ressources en matière ligneuse n'étant déjà plus
en équilibre avec les besoins , une nouvelle atteinte portée au
sol forestier pourrait avoir les suites les plus déplorables.
Une induction à tirer du rapprochement précédent, c’est
que l’on agirait au rebours des indications tirées des faits, si
Fon proclamait la permission de défricher comme règle et la
défense comme exception; l'état réel des choses commande
de procéder d’une manière diamétralement opposée.
Toutefois pour faire une large concession à l'opinion qui
provoque la liberté du défrichement ; je supposerai que l’in-
térêt privé ne se méprendra jamais sur la question de savoir
s’il doit gagner ou perdre à détruire un bois ; dans cette hy-
pothèse, la nécessité d’une loi restrictive ne m'en paraîtra
pas moins évidente. Une éventualité très réalisable est celle
d'un abaissement du prix des bois par suite d’une modifica-
tion dans le tarif d'entrée des fers étrangers ; quelle consé-
quence doit en surgir immédiatement ? Aussitôt la deuxième
classe de bois s’assimilera à la première en offrant comme
celle-ci, mais à un moindre degré, un excédant de revenu
_ des terres sur les bois; le défrichement s’étendra donc sur
cette deuxième classe et avec d’autant plus de rapidité, qu’elle
DES BOIS. 2923
ne se compose que de sols très propres à la culture. La
destruction atteindra de cette sorte tous les bois des plaines
et des pentes douces, pour ne s'arrêter qu'au pied des fortes
déclivités et des plateaux pauvres en terre végétale qui se re-
fusent à toute autre production qu'à celle du bois.
Au reste, cette supposition d'une influence défavorable-à
la valeur vénale des bois n’est point nécessaire pour faire
comprendre combien il importe d’opposer une forte barrière
à leur défrichement. Aucune nature de propriété n'exige plus
que celle-là d’être gouvernée d’une manière rationnelle et
dans un but d'avenir ou plutôt de perpétuité. C’est unique-
ment, en effet, de l'application éclairée et soutenue de tel où
tel régime que dépend le plus ou le moins d'importance des
produits forestiers. Entre un bois soumis à un système rai-
sonné de conservation et de prévoyance, et un bois régi par
la routine et dans les vues rétrécies d’un intérèt momentané,
la rente du fonds peut présenter une différence du double au
simple et peut-être une atténuation encore plus marquée.
Conséquemment , moins le sort de la propriété forestière aura
de fixité, plus ses produits s’affaibliront, et plus la destruction
des bois deviendra imminente.
C’est ainsi que l’on verrait disparaitre sans retour les meil-
leurs bois particuliers; ceux qui concourent avec les forêts
royales à alimenter en beaux chênes nos arsenaux de marine,
qui fournissent les arbres de la charpente civile ; ceux dont
on tire du sciage ; ceux que l’on convertit en merrain , ctc. ;
les bois particuliers , en un mot, qui constituent une des prin-
cipales branches de la richesse publique.
En résumé, d’après la situation actuelle de la propriété
forestière comparée à la propriété agricole , il est évident que
le défrichement des bois particuliers ne pourrait favoriser
que des intérêts individuels peu nombreux et n'oflrant qu'une
importance secondaire ; tandis que ce résultat serait tonjours
224 DÉFRICHEMENT DES BOIS.
acquis au prix d'un grave dommage pour l'intérêt général, ou
du moins pour l'intérêt de localité. D'un autre côté , il est
manifeste que cette mesure ne se recommande que comme
moyen d'accroître la rente du sol dans de certaines condi-
tions données; et que, sous ce point de vue, si elle offre
quelques avantages isolés et très circonscrits , elle a l'immense
inconvénient de menacer incessamment l'existence des bois
particuliers, surtout dans ce que cette classe de fonds pré-
sente de plus frécieux pour la société.
SUPPLÉMENT
À LA RÉPONSE FAITE A M. LE PRÉFET
DE LA HAUTE- MARNE,
PAR M. NOIROT-BONNET.
Res
J'ai émis dans le cours de cette réponse deux assertions
qui, à raison de leur importance ; me semblent réclamer une
démonstration toute spéciale. Je vais essayer de la présenter
avec la clarté que peuvent comporter, d’une part, la concision
commandée par les bornes de ce petit écrit, et de l’autre,
la nature un peu abstraite des détails dans lesquels je dois
entrer.
J'ai avancé 1° que beaucoup de propriétaires de bois se-
raient enclins à profiter du défrichement ; 2° que cette opé-
rauon , en favorisant quelquefois l'intérêt privé , préjudicie-
rait constamment au bien général , ou au moins local, Ces
deux propositions sont d’un trop grand poids dans la solution
de la question, pour que je néglige de les étayer de preuves
concluantes ; ces preuves , je les chercherai dans des faits po-
sitifs et des calculs rigoureux.
De nombreuses estimations de bois, exécutées méthodi-
quement , m'ont appris qu'une forêt de 100 hectares ; amé-
nagée à 30 ans (divisée en 30 coupes ); située sur un
sol de qualité moyenne , administrée depuis une longue pé-
226 DÉFRICHEMENT
riode d’après des principes de bonne conservation, et dont
le revenu annuel serait, par exemple , de 3,000 fr., pré-
senterait la composition suivante :
La valeur du sol (estimée au taux de 3 p. 100),
SF de rer EN NE NN 3000
La valeur du taillis émmobilisé , serait de. . 20,000
Enfin, la valeur de la futaie 2mmobilisée , se-
TANT et ee PRE URL se PEU 50,000
Mol AE EE is 0 "TOULON
Une forêt aménagée à 30 ans, bien conduite depuis lon-
gues années et de manière à fournir constamment un revenu
de 3,000 fr. (le prix du bois étant supposé invariable) ,
offrirait entre ses éléments constitutifs la proportion que je
viens d'indiquer. Tel serait son état perpétuel, celui qu’elle
affecterait régulièrement après l'abattage de chaque coupe
successive ou le prélèvement de chaque récolte. Cette forêt,
produisant un revenu annuel et uniforme de 3,000 fr. , re-
présenterait, au taux de 3 p. 100 , une valeur capitale immo-
bilière de 100,000 fr. :
Ce dernier chiffre se décompose en deux parties tout-à-fait
dissemblables :
1° Un capital de 30,000 fr. qui représente le sol et qui ,
7 Fout d’abord on comprend que ces chiffres doivent varier comme la consistance
particulière des forêts, el que les valeurs qu’ils expriment dépendent de la période
de aménagement, de la richesse ou de la médiocrité du sol ; de l'importance ou de
l’'exiguilé des produits tant taillis que futaies, ete. Toutefois, ces varialions sont
indifférentes quant à la question que je traite : ce que j’ai dû montrer, c’est que dans
une forêt aménagée , sous quelque forme que ce soit, il existe une superficie qui
survit à toutes les exploitations ordinaires , qui forme un capital permanent, un fonds
persistant de réserve , lequel concourt avec le sol à la composition de l’immeuble in-
l'gral; cette superficie est toujours uniforme, bien que renouvelée entièrement dans le
cours de chaque révolution des coupes ; c’est une portion constituante de l’immeuble
qu ne peul éprouver aucune altération, sans que cet immeuble n’en soit affecté dans
sa valeur capitale el par conséquent dans son revenu,
DES BOIS. 227
comme capital essentiellement immobilier , rapporte à 3 p.
TO0'u PE TENTE PT INSEE ARS 5 D 111 200 900 f.
29 Un capital de 70,000 fr. qui représente la
valeur totale de la superficie immobilisée ou fixée
sur le sol; ce capital, tant qu’il formera partie
intégrante de la propriété, donnera un revenu
immobilier (4°3p: 100 de. 2 .7:,201092,700
or 20550 POURT 7 NEEeU0
Le premier de ces capitaux, je l'appelle capital foncier ; il
est la représentation du sol nu , et malgré toutes les trans-
formations de ce sol, il reste toujours capital immobilier.
Le second, je l'appelle capital superficiel ; il est naturel-
lement immobilier ; mais en le détachant du sol qui forme sa
base , on le convertit en capital mobilier ou pécuniaire.
Ce second capital est additionnel à la propriété primitive ;
c'est une création due à l'aménagement. En effet, un calcul
facile prouve que si la forêt dont il est question se trouvait
actuellement dépouillée de toute superficie, son revenu , à
partir de ce moment, au lieu de 3,000 fr. ne serait plus que
de 900 fr. ; il est certain d’ailleurs qu’une fois privée de sa
superficie permanente , elle n'offrirait plus qu'une valeur
foncière de 30,000 fr., et que pour ramener cette propriété
à la valeur capitale de 100,000 f., et par suite au revenu de
3,000 fr.:, il faudrait, au moyen de l’aménagement , re-
1: Ce n’est point du sol uniquement que provient le revenu de la forêt ; celte propo-
silion, non moins vraie que singulière , peut se démontrer ainsi : J'ai posé en fait que
l’immeuble rapporte 3,000 fr. , et j’en ai conclu qu’à 3 p. 0,0 sa valeur capitale est de
100,000 fr.; or, cette valeur comprend évidemment celle du fonds et celle de la su-
perficie. Si le fonds seul donnait le revenu de 3,000 fr. , seul aussi il vaudrait
100,000 fr. , et alors La partie serait égale au tout , ce qui est contraire aux notions
du bon sens. Le sol ne fournit donc pas à lui seul le revenu de 3,000 fr., il n’en
rapporte qu'une partie. D'où provient l’autre partie? de ce massif superficiel qui est
relativement au fonds, ce qu'une agglomération d'intérêts épargnés est relativement
au capital qui en est la source ; cette agglomération forme un second capital accessoire
du premier, et, comme celui-ci, productif d'intérèts.
2928 DÉFRICHEMENT
créer sur le sol une production permanente de 70,000 fr. ,
qui serait l’œuvre de deux puissances : l’art et le temps.
Il est donc bien convenu que la valeur capitale et le re-
venu de la forêt que j'ai prise pour type se partagent comme
il suit :
Capital foncier , 30,000 f. donnant un revenu de 900f.
Capital superficiel, 70,000 donnant un revenu de 2,100
Totaux, 100,000 3,000
Cela posé , il me devient facile d'apprécier d’une manière
exacte les effets du défrichement des bois. J’examinerai ces
effets dans trois hypothèses, qui me paraissent embrasser
l’universalité des cas que l’on peut concevoir.
Dans la première de ces hypothèses , je supposerai que le
sol de la forêt appartient à la première de mes classes, dans
laquelle se rangent les fonds susceptibles de donner en cé-
réales ou en prairies des produits beaucoup plas importants
qu’en bois.
Dans la deuxième , je supposerai un sol de seconde qualité
ou de nature à donner autant de revenu en bois qu’en terre.
Enfin, dans la troisième , je supposerai un sol de troisième
ou de quatrième classe beaucoup mieux approprié à la pro-
duction forestière qu’à toute autre ; cette classification des sols
se résume par ces trois mots : excellent , bon, mauvais.
Ainsi , une vérité aussi cerlaine que peu connue , c’est que, dans toul bois aménagé,
il y a deux immeubles superposés l’un à l’autre : Le sol, puis la superficie permanente;
chacun de ces’éléments contribue dans la proportion de sa valeur propre à la forma-
tion du revenu. Ce phénomène de récoltes , qui s’agglomèrent à la manière des intérêts
composés , est tout-à-fait particulier à la production foreslière. C’est de cette propriété
dont jouissent les bois de se prêter à l'accumulation que dérive l'explication de ces
faits bien connus : que les forêts ne s’améliorent que dans les mains de l'État , des
communes el des riches particuliers ; qu’elles s’altèrent plus on moins dans les mains
des propriélaires à revenus bornés , et qu'elles périssent tôt on lard dans celles des
propriétaires nécessileux ou des spéculateurs qui demandent à leurs capitaux un inté-
rêt exagéré.
DES BOIS. 229
L'e HYPOTHÈSE.
J'admets que le fonds de bois est d'excellente qualité , et
qu'il pourra rendre, après sa conversion en terre arable , le
double du revenu qu'il offre dans son état actuel.
Puisque ce sol doit rapporter, après le défrichement, le dou-
ble de ce qu'il rapportait avant cette transmutation, son re-
venu de 900 fr. s’élèvera à 1,800 fr., et sa valeur capitale ,
toujours proportionnée au revenu , sera également doublée ;
elle s’élèvera à 60,000 fr.
Lors donc que le défrichement sera consommé, le proprié-
taire aura :
1° Un immeuble de f. 60,000 productif d’un revenu (à 3
p- 100 ) de f. 1,800
2° Un capital mobilier de 70,000 productif d’un inté-
rêt ( à 5 p.100) de 3,500
Totaux , 130,000 fr. fr. 5,300
Le défrichement a donc pour effet : 1° de convertir le
fonds de bois qui valait 30,000 fr. en un fonds de terre qui
vaut 60,000 fr. ; 2° de convertir un capital superficiel de
70,000 fr. en un capital pécuniaire de valeur identique : la
résultante de ces deux effets estun accroissement de 30,000f.
dans le capital et de 2,300 fr. dans le revenu du pro-
priétaire.
Voilà bien le profit que le particulier doit retirer de la
destruction de son bois ; voyons maintenant ce que la société
peut y gagner à son tour; mais, avant d'aller plus loin ; rap-
pélons quelques principes d'économie politique aussi simples
que peu contestables.
Les produits directs du sol sont la première source des ri-
chesses ; augmenter ces produits par des moyens artificiels ,
c'est opérer une création véritable , c'est donner naissance à
230 DÉFRICHEMENT
une valeur qui n'existait pas, c’est, en un mot , ajouter à la
richesse publique. Ainsi fait celui qui plante un bois sur un
sol inculte , celui qui établit une manufacture , celui qui dé-
couvre une mine , etc. Ces producteurs créent des capitaux ,
des revenus et par conséquent des richesses ; celui qui, au
contraire, anéantirait ces choses ou autres semblables dé-
truirait des capitaux , tarirait des sources de revenus ; il atta-
querait la richesse publique , il porterait atteinte à la prospé-
rité générale.
Après avoir retracé ces vérités usuelles , je ferai remarquer
que le défrichement que je considère ici a pour résultat de
transformer un immeuble de 100,000 fr. en un autre im-
meuble de 60,000 fr. ; ce qui revient à dire que cette con-
version à détruit sans retour, a retranché de la masse des
richesses territoriales un capital de 40,000 fr.
Ainsi ce sol , qui présentait annuellement une production
en nature de bois de la valeur de 3,000 fr., n'offrira plus,
en une autre espèce de fruits naturels , qu’une production de
la valeur de 1,800 fr.; de là une perte manifeste pour la
société.
Ce même sol présentait à l’action des impots , à celle des
tarifs pour droits de mutations, transmissions de biens, etc.,
une base immobilière de 100,000 fr. Désormais cette base
sera restreinte à 60,000 fr:; de là une perte pour le trésor et
par conséquent encore pour la société.
Ces pertes seraient-elles balancées ou, pour le moins, atté-
nuées par l’augmentation du capital du propriétaire ? Nulle-
ment; car malgré la bonification du capital foncier , la so-
ciété, qui n’a plus qu'un immeuble de 60,000 fr. au lieu
d'un immeuble de 100,000 fr., est nécessairement en perte
de 40,000 fr. — Que lui importe le capital pécuniaire de
70,000 fr. provenant de la transformation de la superficie
permanente ? Cette valeur n'est point une création résultant
DES BOIS. 231
du défrichement ; elle était toute constituée avant l'opération ;
elle a seulement pris une autre apparence ; conséquemment
si d’un côté on a opéré une création immobilière de 30,000f.,
de l’autre on a opéré une destruction immobilière de 70,000 f.
— La différence de 40,000 fr. est tout entière soustraite à la
masse des richesses générales *.
Ile HYPOTHÈSE.
Je supposerai ici que le revenu du sol n’éprouvera ni aug-
mentation, ni diminution par suite du défrichement. Le ca-
pital foncier demeurera donc stationnaire, en sorte qu'après
l'opération le propriétaire aura :
1° Un immeuble def. 30,000 productif d’un revenu (à 3
p- 100) de f. 900
2° Un capital mobilier de 70,000 productif d'un inté-
rêt(à 5 p.100)de 3,500
Totaux, 100,000 fr. fr. 4,400
La fortune capitale du propriétaire n’a point varié ; et ce-
pendant son revenu se trouve porté de 3,000 fr. à 4,400 fr.
ou augmenté de près de moitié. Le défrichement lui a donc
été profitable, bien que son capital n’ait pas éprouvé le plus
léger accroissement, et que sa fortune ne présente aucune
amélioration.
* La richesse générale se compose de deux classes de biens essentiellement dis-
tinctes : la classe des biens réels, et celle des biens fictifs ou la chose elle-même, etle
signe conventionnel qui la représente. La conversion d’un immeuble forêt en argent
diminue nécessairement la masse des richesses réelles , de toute la valeur de cet im-
meuble , et sans accroitre en aucune sorte la masse des biens fictifs; en eflet, le ca-
pital pécuniaire qu’enquiert la transformation pré-existait à la transformation. On voit
un déplacement de capital ; mais on ne voit point de créalion qui puisse compenser
da perte que fail éprouver à la société l’anéantissement du fonds productif. La richesse
générale s’augmente, sans doute, de tous Les capitaux pécuniaires qui naissent de l’é-
Pargne ; mais comment s’augmenterait-elle par la simple translation d’un capital d’une
main dans une autre main ?
292 DÉFRICHEMENT
Ce n'est point effectivement une amélioration qu'un ac-
croissement de revenu qui n’est que la suite d’une simple
modification imposée à une partie du capital. Évidemment le
propriétaire n’est pas plus riche , depuis qu'il a dénaturé une
partie de sa fortune ; et la preuve, c’est que, s’il voulait pour
consolider son capital de 70,000 fr. le reconstituer immo-
bilièrement, il ne retrouverait que le revenu de 2,100 fr.
(à 3 p.100) qu'il en obtenait précédemment. Le sur-intérêt
qu'il s’est procuré par la conversion n’est qu'une prime pour
les chances de perte auxquelles sont exposées les valeurs mo-
bilières ; ce n’est certainement pas une addition à la fortune
de ce propriétaire.
Ainsi, dans ce cas particulier de défrichement , on ne voit
aucune augmentation de richesse privée ; mais on apercoit
très clairement une soustraction de 70,000 fr. faite sur la
richesse publique par suite de la transformation d’un im-
saeuble de 100,000 fr. en un immeuble de 30,000 fr.
IIIe HYPOTHÈSE.
Dans le cas présent , nous supposons que le sol , quoique
très convenable pour la culture des bois, est peu propre à
être converti en terres. Sous cette dernière forme , il ne don-
nera, par exemple, que la moitié de son revenu antérieur.
En d’autres termes, au lieu de rapporter 900 fr. , il ne ren-
dra que 450 fr. ; ce qui réduit d’autant sa valeur capitale ,
laquelle descendra de cette sorte de 30,000 fr. à 15,000 fr.
Après le défrichement le propriétaire aura donc: |
1° Un immeuble de _f. 15,000 productif d’un revenu (à 3
p-100) de f. 450
29 Un capital mobilier de 70,000 productif d’un inté-
rêt(à 5p.100)de 3,500
Totaux , 85,000 fr. fr. 3,950
Cette fois , la position du propriétaire est déchue ; il s’est
DES BOIS. 233
assuré , à la vérité, une augmentation de revenu de 950 fr. ;
mais son capital est frappé d’une réduction de 15,000 fr., et
ce capital est la vraie mesure de sa fortune. L'excédant de
revenu qu'il s’est préparé n’est point un élément de richesse ;
ce n’est peut-être, au contraire, qu’une concession à la néces-
sité. Quand on ne peut étendre sa fortune, on subvient au
besoin à l'aide de la conversion d'immeubles en capitaux
mobiliers ; personne assurément ne pense que ce soit là s’en-
richir.
Le propriétaire a donc amoindri sa fortune de 15,000 fr.,
et il a en même temps diminué de 85,000 fr. le fond des
richesses générales en réduisant un immeuble de 100,000 f.
à un immeuble de 15,000 fr.
On pourrait assez justement assimiler cette transformation
à celle que réaliserait le propriétaire d'une métairie valant
100,000 fr. qui aliénerait pour 85,000 fr. la couche entière
du sol végétal sur les cinq sixièmes de sa propriété ; ce terrain
voué à une stérilité absolue aurait perdu toute valeur ; mais
le propriétaire qui , d’une part, se serait procuré 85,000 fr.,
et , de l’autre, aurait conservé un immeuble de 15,000 fr.,
n’éprouverait aucune diminution de fortune. La perte occa-
sionée par la destruction d’un fragment du sol frapperait
exclusivement la société.
Un fait qui mérite d’être observé, c’est qu'alors même que
le propriétaire de bois cause un aussi grand dommage à la
chose publique et fait une brèche aussi marquée à sa propre
fortune , il ajoute à son aisance par un accroissement de re-
venu ; or , il peut arriver de ces deux choses l'une, ou qu'il
_n’apercoive pas la perte, parce qu’il n'appréciera sa situation
que sur son revenu , ou qu'apercevant à la fois les deux résul-
tats opposés , 1l ne craigne point d'accepter l'un pour jouir
du bénéfice de l’autre ; en effet , le gain est certain et immé-
diat, tandis que lespréjudice est éventuel et plus ou moins
934 DÉFRICHEMENT
éloigné ; il ne se ferait sentir qu'autant que le propriétaire
voudrait aliéner son immeuble.
Les développements qui précédent me semblent autoriser
les conclusions suivantes :
Comme on ne peut guère imaginer de situation où le pro-
priétaire d’un bois ne trouve quelques profits dans les effets
du défrichement , il est indubitable que toujours il éprouvera
une certaine propension à recueillir ces profits. Dans la com-
binaison la moins avantageuse possible , tout en altérant son
capital , il accroiïtra encore son aisance. Le propriétaire riche
rejettera bien loin , sans doute , l'idée de la conversion ; mais
elle sourira à son successeur qui ne se trouvera plus dans la
mème position de fortune , ou qui aura le goût des spécula-
tions. La tolérance du défrichement des bois établirait donc
une lutte incessante entre l'intérêt privé et l'intérêt général,
état de choses d’autant plus fâcheux, que, quand même cette
opération s’accomplirait tout entière dans les conditions de
succès les plus utiles, elle n’emporterait pas moins une at-
teinte funeste à la richesse publique , en détruisant dans les
superficies permanentes de véritables propriétés immobilières
que rien ne remplacerait.
Il n'est donc aucun cas, pourrait-on me demander, où le
défrichement des bois soit conforme à l'intérêt général ? Je
répondrai que dans l’état prospère de nos forêts , état qui est
dû à la haute valeur de leurs produits , il me serait peut-être
difficile de signaler un cas semblable ; mais s’il m'est permis
d'imaginer une situation toute différente , je trouverai bientôt
un exemple à citer.
Si je suppose qu'une baisse de moitié ait lieu dans le
prix des bois , alors la forêt , à laquelle j'ai jusqu'ici
attribué une valeur de 100,000 fr., ne vaudra plus que
moitié , Savoir :
DES BOIS. DES
Bolt inmeébter : ései5, 000 fr,
Superficie: +4 ..»:4h 35,000
To EN ESA 0 000
Si le défrichement doit donner au fonds une valeur de
60,000 fr. , ainsi que cela peut arriver dans un sol excellent,
il y aura alors un gain de 10,000 fr. pour la société et de
45,000 fr. pour le particulier.
IL suit de là que le défrichement d’un bois ne diminuc
point la richesse générale, quand il crée un immeuble-terre
ou autre d’une valeur au moins égale à celle de l’immeuble-
forét * ; mais il faut bien remarquer qu’un immeuble-forêt
ne consiste pas seulement dans le sol comme on le croit
communément , mais encore dans la superficie qui est im-
mobilisée sur ce sol , ou qui peut l'être par l'effet d'un amé-
sagement bien ordonné. Dans la forêt dont il est question, le
sol n’est que la moindre partie de l’immeuble ; ce sol ne vaut
que 30,000 fr. ; l'immeuble total vaut 100,000 fr. , et ne
peut être compensé que par un nouvel immeuble de
100,000 fr.
Ce n’est même, je crois , que sur cette seule considération
de l'égalité de valeur entre l'immeuble à détruire et l’im-
meuble à créer , que l’on pourrait fonder une règle générale
1 En d’autres termes : Quand il donne au sol une mieux-value pour le moins égale
à la valeur de la superficie détruite.
Dès lors, il est facile de voir combien peu de terrains peuvent salisfaire à cette
condition. Je vais reprendre mes classes dans un ordre inverse.
Les bois de quatrième et de troisième classes ne sont point défrichables , puisque
loin de recevoir une mieux-value , le sol subirait une réduction de valeur.
Les bois de deuxième classe ne sont pas défrichables non plus, puisque le sol n’en
‘éprouverail aucun accroissement de valeur.
Les bois de première classe seuls peuvent donc être utilement défrichés; toutefois
ce n’est que lorsque la mieux-value probable doit être équivalente, au moins, à la va-
leur des produits superficiels immobilisés. Or, ces produits sont ou peuvent étre d’au-
tant plus riches que le sol est de meilleure qualité ; en sorte que cette équivalence ne
doit se rencontrer que danses cas tout-à-fait exceptionnels.
PI 16
236 DÉFRICHEMENT DES BOIS.
en matière de défrichement : viendraient ensuite les excep-
tions. Un bois est1l indispensable pour assurer le chauffage
d'une localité ? point de défrichement. Un autre est-il situé
sur le penchant d'un côteau rapide ou sur la crête d'une
montagne ? point de défrichement. Un troisième donne-til
naissance à un cours d'eau qui féconde une vallée? point
encore de défrichement; puis enfin l'exception qui domine
toutes les autres et que la plus haute science peut seule
apprécier , celle tirée de l'utilité des forêts sous le rapport
des influences météorologiques.
MANUEL
DU VIGNES
PAR
M. DUPUITS DE MACONEX,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE DE LYON ,
ANCIEX ÉLÈVE DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE.
E
( SUITE. )
LL EEE AE TEE CE RE DE DR EE REC EEE De CEE ee TEE
LLLTELLLIILELLETETILTITTELITILELIETILIELEEITELIEEELTEI T2000000
PLANTATION DE LA VIGNE ,
Conduite les premières années ; espacement des souches ,
vignes pleines , joalles ou joualles, hautains ,
vignes hautes , vignes basses.
J'ai parlé précédemment de la préparation du terrain et de
la profondeur à laquelle devaient être plantées les souches
suivant le climat, la position et la nature du sol. Je vais
maintenant traiter de la plantation proprement dite.
On emploie des boutures (crossettes, chapons) ou des
plants enracinés (chevelus , barbus).
Les plants enracinés reprennent plus facilement , se met-
tent plutôt à fruit et seraient par conséquent plus avantageux
238 MANUEL
à planter , s’il était aussi facile de s’en procurer que des bou-
tures. Ils sont de deux espèces, les marcottes ou les boutures.
Les plants, provenant de marcottes faites sur des souches
jeunes et vigoureuses , se mettent plutôt à fruit que ceux de
boutures levés au bout d’un an.
La différence du prix entre les boutures et les plants enra-
cinés , et la facilité avec laquelle les premières prennent ra-
cine , sont telles, que l'on peut établir en principe que la
manière la plus économique de planter est avec les bou-
tures.
Elles seront choisies sur des souches saines et Jeunes , par-
mi les sarments les plus beaux et les plus sains , et plantées
immédiatement, ou liées en bottes et enterrées à 10 ou 12
pouces de profondeur dans un sol frais à l’exposition du Nord,
ou placées debout dans l’eau d’une marre à 4 ou 5 pouces,
jusqu'au moment de la plantation.
Je recommande de mettre les boutures à l'exposition du
Nord , afin que leur végétation en soit retardée ; car s’il en
était autrement, au moment de la plantation elles éprouve-
raient un temps d'arrêt qui pourrait les dessécher et com-
promettre leur existence. Les boutures , dont l'extrémité
trempe dans l’eau , ne se plantent ordinairement que lorsque
la sève commence à monter, parce qu’alors il s’est formé à
leur partie inférieure des mamelons qui sont la naissance des
radicules et qui les disposent à une reprise assurée.
Les plantations faites l’automne avec des plants enracinés
sont supérieures à celles du printemps dans les sols sains et
légers. Je crois qu’il en est de même pour les boutures , quoi-
que cependant Je n'ose l’aflirmer ; puisque je n’ai fait aucune
observation comparative. Mais ce que je puis donner comme
certain , c’est que j'ai remarqué que les boutures qui donnaient
du raisin, dès la seconde année, étaient plus nombreuses dans
les rares plantations que j'ai faites l'automne. Mais alors je
DU VIGNERON. 239
crois qu'il conviendrait de ne tailler le sarment à la lon-
gueur que je détermine plus bas que sur la fin de l'hiver.
Lorsque l’on a le grand avantage d’avoir sur les lieux mé-
mes des pépinières , je recommande de faire arracher les
plants avec soin et avec le plus grand nombre de racines, et
surtout sur le moment de la plantation , pour les confier à la
terre immédiatement. Cette recommandation sera appréciée
principalement pour les plants précieux destinés à alimenter
les marchés des grandes villes. Il m'est arrivé souvent avec
de pareilles attentions d'obtenir, l'année même, des sarments
de 10 à 12 pieds avec production de fruit, et à la seconde
année une grande abondance de raisins.
Je ne parlerai pas ici de la plantation des vignes venues
de semis, non seulement parce que je n'ai jamais employé
ce moyen sur une grande échelle , mais encore parce que les
semis ne peuvent être utiles que pour se procurer des variétés
rares et précieuses ; puisque la vigne ne se met à fruit que
beaucoup plus tard, et que l’on ne peut se flatter d'obtenir
invariablement des plants participant des bonnes qualités de
ceux que l’on aurait voulu propager.
Il existe quatre manières principales de planter, qui ont
chacune des avantages particuliers :
1° En faisant le défoncement. Les plants sont placés au
fond du fossé, couchés dans toute la largeur , si la longueur
du sarment le permet * ; et avant d’abattre la terre du, fossé
1 Lorsque le bois de l’année est bien mûr, bien aoûté , ainsi que cela arrive à la
suite des automnes chaudes et sèches , les gemmes sont susceptibles de végéter avec
vigueur et de donner du fruit jusque vers l’extrémité du sarment ; mais il en est diflé-
remment à la suite d’une automne douce et humide , ou seulement humide. Les gem-
mes des extrémités sont alors rarement susceptibles de donner de bons résultats , et ils
sont plus facilement détruits par les gelées. Cependant, si l’on considère que la masse
des racines qui se forment sur le sarment dans une jeune plantation est en raison du
nombre des nœuds où gemmes enterrés , el que par conséquent la sûreté de la re-
prise, la vigueur du plant et la hâtiveté de la production sont en raison de ce nombre .
240 MANUEL
suivant , il sera choisi la meilleure , et les gazons qui se trou-
vent à sa surface pour les placer sur Le plant. Si le sol était
maigre , on y ajouterait des engrais ; mais quelles que soient
les matières que l’on emploie , gazons , fumier de litière, etc.,
elles ne doivent jamais reposer immédiatement sur lui. Les
râcines ou les gemmes doivent être auparavant recouverts
d'une petite couche de terre, parce que tout vide ou toute
fermentation peuvent les altérer et compromettre l'existence
de la jeune vigne.
L'ouverture du fossé sera subordonnée à la distance à met-
tre entre les souches, afin que la plantation soit plus facile
et régulière. Cette méthode serait la meiïlleure de toutes , s’il
était toujours possible d'opérer en même temps le défonce-
ment et la taille.
2° Le terrain étant défoncé et prét à recevoir la planta-
tion, on ouvre des fosses sur toute la largeur de l’emplace-
ment et d’une ouverture suflisante pour placer deux rangs de
plants à droite et à gauche , que l’on charge de bonne terre,
de gazons ou d'engrais comme précédemment , et on comble
la fosse à moitié seulement, afin que les racines inférieures ,
qui sont les plus importantes, prennent plus de force. On
ouvre une seule fosse sur quatre ; et lorsqu’après trois ou qua-
tre ans les jeunes plants sont assez forts pour être provignés,
on les couche pour en faire deux d’un seul sur lesquels on
met des engrais. Tout l’espace se trouve ainsi garni. Cette
méthode donne une jouissance quelquefois moins prompte
l’on concevra à la fois l’importance de confier au sol la plus grande longueur du sar-
ment, et celle de faire attention à la valeur des gemmes laissés à l’extérieur et desti-
nés à former la souche.
Dans les sarments bien aoûtés , la couleur de l'écorce est moins claire, le bois est
plus ferme, plus résistant ; et ces qualités sont encore plus remarquables dans les par-
ties en regard du plein-midi , et sur des pentes rapides qui sont plus exposées à lim-
pression de l'air et de la lumière.
DU VIGNERON. 241
‘que la première ; mais c’est la manière d'obtenir à la fois les
vignes les plus durables et les plus productives.
Il est une méthode employée de préférence à celle-ci, et
que je mets au même rang. Elle consiste à faire les fossés et
à les planter avant le défoncement complet du sol, qui se
trouve plus tard défoncé sur toute la surface lorsque les jeunes
souches ont pris assez de force pour être provignées.
Chacune de ces méthodes a des avantages particuliers :
ainsi la première donnera une jouissance plus prompte ; mais
elle exigera , au commencement , une plus grande avance de
fonds. C’est au propriétaire à réfléchir sur ses moyens, et à
décider ce qui doit lui mieux convenir.
3° On trace au cordeau , sur la surface du sol préalable-
ment défoncé, des lignes à des distances égales à celles que
l'on doit mettre entre les souches et un autre système de li-
gnes perpendiculaires aux premières et aux mêmes distances.
Aux points d’intersection on fait des-trous avec un pieu de
fer (paufer, barre), un peu plus bas, s’il est possible, que
la profondeur à laquelle doivent être couchées les souches
destinées au provignage pour en faciliter l’opération. Les
plants y sont introduits, et les trous remplis avec la terre
voisine , si elle est suffisamment bonne et légère, ce qui est
la manière la plus économique ; ou avec une terre légère et
substantielle, ce qui vaut beaucoup mieux pour le résultat.
On emploie souvent la cendre ou la poussière des routes. On
foule légèrement autour du plant avec une baguette de bois
dur aiguisée par le bout. Si l’eau était à portée, ce serait une
excellente opération que de donner un arrosement copieux.
Si lon était pressé de jouir et que l’on ne reculät pas devant
la dépense, ces arrosements pourraient se continuer toute la
saison ; et alors on pourrait espérer d'obtenir du fruit dès la
Seconde année. S'il s'agissait de propager des plants rares et
précieux, assurément il n'y aurait pas à hésiter. Cette mé-
242 MANUEL
thode est la plus généralement suivie et la plus économique
de toutes.
On place quelquefois deux sarments dans le mème trou. Je
ne saurais approuver ce moyen, parce que, lorsque les pré-
cautions sont bien prises , 1] manque si peu de boutures, et,
en outre, le remplacement par provignage est une chose si
utile et si fructueuse ; que l'on ne doit pas s'inquiéter s’il en
manque un petit nombre. |
49 On trace au cordeau des lignes comme précédemment,
et aux points d’intersection on ouvre avec la pelle, ou tout
autre instrument approprié à cet usage , une petite fosse dans
laquelle on couche le sarment que l’on relève contre les pa-
rois; et l’on remet immédiatement la terre enlevée, en foulant
légèrement avec le pied , afin de forcer le plant à se mainte-
nir dans la position coudée qu’on a voulu lui donner , position
qui favorise sa reprise et sa croissance. |
Il est bien évident que cette méthode n’est praticable avec
économie que dans les sols, les positions ou les latitudes qui
obligent à planter la vigne superficiellement.
IL convient, dans les pentes , de coucher les plants de bas
en baut, et, en plaine, de les placer tous dans le même
sens, parce que cette régularité facilite singulièrement le
provignage.
I est des dispositions générales et communes à toutes les
manières de planter. Ainsi, indépendamment du choix des
sarments dont j'ai parlé , ils seront coupés à deux yeux hors
de terre, et ces yeux seront sains et bien nourris. Il sera
laissé une petite fosse autour du plant, afin qu'il ne puisse
pas se former de racines superficielles qui prendraient de la
force aux dépens des racines inférieures qui sont les plus es-
sentielles pour le produit et la durée des souches. C’est pour
cela que, lorsque l'on plante par fosses, on ne les comble
qu'à moitié.
DU VIGNERON. 243
Les sarments ou boutures destinés à la plantation sont cou-
pés de préférence sur le bois de deux ans , ou tout au moins
à la naissance, parce qu’ils sont d’une reprise plus facile ,
soit que le jeune bois le plus voisin de la naissance du bour-
geon se dessèche moins promptement, soit plus encore parce
que les yeux étant très rapprochés dans cette partie , et les
racines se formant de préférence et avec plus de facilité dans
leur voisinage , la reprise des plants en est beaucoup plus as-
surée. Cependant , lorsqu'il s’agit de propager des plants
rares ,.l ne faudrait pas rejeter les sarments dont l'extrémité
aurait été enlevée ; car il en reprendra toujours un certain
nombre.
On choisira, pour planter , un temps doux , et le moment
où la terre sera suffisamment ressuyée.
Si on laissait plus de deux yeux hors de terre au jeune plant,
la sève se divisant entre un grand nombre de bourgeons, ils
en seraient affaiblis , et l’on reculerait le moment de la pro-
duction.
Lorsque les bourgeons naissants seront assez avancés pour
être à l’abri des accidents, on pourra les réduire à un seul ,
le plus près de terre, à moins que le suivant ne soit beau-
coup plus fort et peu élevé au-dessus du sol. Cette opération,
faisant refluer la sève sur celui que l’on réserve , le fait vé-
géter quelquefois avec une telle force , que l’on peut en ob-
tenir du fruit l’année suivante ; mais alors il ne faut pas ou-
blier de placer au pied un échalas contre lequel il sera accolé
légèrement : car autrement cet oubli pourrait être la cause
de sa perte.
Si quelques plants ne donnaient dans le commencement
aucun signe de vie , il serait à propos de découvrir le gemme
le plus voisin de la surface du sol. Les gemmes extérieurs
sont quelquefois détruits, soit par les intempéries ; soit par
des insectes qui s'en nourrissent ; mais ceux qui sont cachés
244 MANUEL
sous le sol, étant à l'abri de ces accidents , végèteront dès
qu’on les mettra à découvert et à portée des influences de
l'air et de la lumière.”
On peut se dispenser de donner aucun labour * la première
année , surtout lorsque le défoncement est peu ancien. S'il
en était autrement, il serait convenable d'en donner un
quelque temps avant la plantation. On se contentera de dé-
truire avec soin les herbes adventices par un ou plusieurs bi-
nages , ou simplement en les arrachant à la main. Si ces
herbes sont abondantes, il sera utile de les rassembler et de les
mettre dans une fosse : on se ménagera de cette manière un
engrais précieux ; mais il est rare que les herbes abondent
dans une plantation nouvelle : car l’on a presque toujours
amené à la surface un sol qui, n’ayant jamais subi les in-
fluences bienfaisantes des météores , est rebelle à la végéta-
üon,etny devient propre que par une longue exposition à
l'air et des labours répétés.
On ne saurait préciser le nombre des binages à donner à
une jeune plantation , puisque tout dépend de l’état du ter-
rain. Deux choses sont à considérer : le durcissement du sol
qu'il faut éviter, et son aptitude plus ou moins grande à pro-
duire des plantes étrangères qu'il faut extirper ; car ces deux
ces de la sé-
8
cheresse, et détruisent en partie les bons effets que l’on doit
états du sol le rendent plus accessibles aux rava
attendre de son exposition aux météores.
Je n’approuve pas les récoltes tirées au milieu d’une vigne,
mème dans sa jeunesse : il est des plantes qui profitent à tel
point d’un labour de défoncement, qu’on se laisse séduire
* Il ne faut pas confondre le labour avec le binage. Ce qui constitue la différence
entre ces deux opérations , c’est que les binages ont spécialement pour but l’ameu-
blissement et le nettoiement du sol, et sont, par conséquent, toujours super-
ficiels.
DU VIGNERON. 245
par l’appas d'un produit qui peut être à la vérité quelquefois
considérable, mais aux dépens de la vigne pour laquelle ont
été faits tous ces frais et ces sacrifices. Cette avidité n’est
excusable que lorsque la plantation est très écartée, de 4 à
5 pieds, par exemple.
La seconde année après la plantation, les jeunes souches
seront taillées sur un seul sarment à deux ou trois yeux au
plus *, et il sera placé à chacune et à leur pied un échalas
de bois vieux , s'ils sont de chêne ou de châtaignier ; car le
tannin qui suinte de ces bois, et qui se répand sur le sol au
pied des jeunes souches, pourrait les faire périr. Les bour-
geons seront accolés légèrement et fixés avec de la paille de
seigle ou du jonc. Il ne sera laissé que deux bourgeons au
plus à chaque cep. Il sera donné un labour profond sur la
fin de l'hiver, ou de bonne heure au printemps. S'il s’est
formé quelques racines à la superficie du sol, elles seront
coupées proprement à la même époque , et à une profondeur
qui pourra aller jusqu'à 7 ou 8 pouces suivant la nature
du sol. Cette opération a pour but non seulement de donner
de la force aux racines inférieures, mais encore d'arrêter les
dégâts que pourrait occasioner la sécheresse qui , atteignant
dans les sols légers les racines superficielles , peut les dé-
truire etréagir par conséquent sur la production. Les auteurs,
1 JL est des cantons où l’on ne taille pas les jeunes souches la seconde année, parce
que, par la-manière dont on plante le plus souvent les sarments, si toutefois ils mé-
ritent ce nom, sont si faibles, qu’il devient inutile de les tailler. Les yeux les plus
éloïgnés s’éteignent , et les plus rapprochés de la souche végètent seuls, lors même
qu’on s’est dispensé d’opérer la taille ; aussi quelques auteurs, manquant de la pra-
tique qui doit nous éclairer dans une science toule d’observation , donnent ce fait
comme une règle générale. Mais il en doit être bien autrement, lorsque la plantation
est faite avec les soins que j’ndique ; puisqu’alors il n’est pas rare de voir, dès la pre-
mière année, les plants provenant de bouture donner des sarments de 4, 2 ou 3
pieds, et si bien aoûtés quelquefois, que les yeux sont susceptibles de végéler
avec force jusqu’à l’extrémité.
246 MANUEL
qui insistent sur la nécessité de les conserver ; confondent les
sols argileux qui se laissent difficilement pénétrer par l’air et
la chaleur avec les sols sablonneux et graveleux que ces élé-
ments pénètrent avec une telle facilité, qu’il se forme parfois
des bourgeons partant de 18 pouces de profondeur , ainsi que
je m'en suis assuré sous le climat de Lyon.
Lorsqu'on aura planté par fosses, elles seront comblées peu
à peu et à chaque labour , de manière à mettre le sol entiè-
rement de niveau à la fin de la seconde année ou au com-
mencement de la troisième.
À la troisième année , il sera possible de faire des provins
et de récolter quelques raisins ; et à la quatrième , toutes les
places vides pourront être entièrement regarnies , et presque
toutes les souches produiront.
Les labours ou les binages seront donnés en nombre suffisant
pour que la surface du sol soit toujours exempte de plantes
étrangères et jamais durcie , ainsi que je l’ai déjà expliqué.
Pour le complément de ce chapitre , je renvoie à ceux qui
traitent des labours , des engrais et du renouvellement de
la vigne.
Vignes pleines.
Les plants doivent être plus ou moins écartés , suivant leur
nature et suivant le but qu’on se propose. Ainsi , lorsqu'on
voudra tout sacrifier à la vigne et ne tirer du sol aucune au-
tre récolte, il convient de les rapprocher autant que possible ;
c’est alors ce que l’on nomme une vigne pleine. Les distances
varient de 5 pieds à 18 pouces. La distance de 5 pieds
est plus particulièrement donnée aux vignes que l’on
destine à être travaillées à la charrue et à celle où l’on ne
DU VIGNERON. 247
veut avoir égard qu'à la quantité du fruit; parce qu'à cette
distance les souches végétant avec une grande vigueur , elles
donnent des grappes volumineuses et durent beaucoup plus
long-temps. Mais aussi le fruit recevant une sève abondante
et moins élaborée, la liqueur en est moins agréable , moins
spiritueuse, de peu de garde et, par conséquent , d’un prix
moins élevé. C’est par ces causes que dans les vignobles où
le vin a un prix élevé, et où l'on tient avec raison à conserver
sa réputation, on plante un peu plus rapproché, de trois
pieds à un et demi ; et cette dernière différence tient à celle
qui existe dans la vigueur des plants ; les plants fins ét faibles
que l’on cultive dans le nord de la France, tels que les pi-
neaux , ne sauraient se planter comme ceux que l'on cultive
sur les bords du Rhône, la serine et le gamet.
Mais lorsque les vins ordinaires se vendent facilement, soit
pour la consommation des grandes villes , soit pour être ré-
duits en esprit ou eau-de-vie , alors on agit rationnellement
en plantant plus écarté. Au reste, je crois qu’il serait possi-
ble de réunir à la fois les avantages de qualité et de quantité,
ainsi que je l’expliquerai plus loin lorsque je traiterai des vi-
gnes en espaliers.
Toutes les fois que la chaleur du climat permet une ma-
cueur des souches et
Le
l'abondance de la sève, ainsi que cela arrive sur le littoral
turité complète, quelles que soient la vi
du Rhône, et lorsque l’on n’a pas de raison particulière de
s'attacher à une qualité distinguée ; il y a économie à planter
écarté sous les rapports de la quantité des produits et des frais
de renouvellement et d'engrais , ou, ce qui est identique , de
la durée des souches. Il y a encore économie et facilité de
travail, surtout pour les labours et binages que l’on peut pra-
tiquer à la charrue et au sarcloir à cheval ; mais ce serait une
erreur de croire, avec certains auteurs , qu'il y eüt toujours
économie pour le bois employé au soutien des pampres : car
248 MANUEL
les bourgeons , par leur plus grande pesanteur, et leur plus
faible adhérence, étant plus sujets à se rompre à la moindre
agitation de l’air, l'échalassage et l’accolage deviennent
d’une nécessité absolue, et la force des bois employés doit
être en raison de la vigueur des souches. Toutefois, dans cette
circonstance , il est un moyen économique d’échalasser que
j'explique en son lieu. Cette opération est encore rendue
plus indispensable sous nos climats par la plus grande abon-
dance de sève qui, exigeant une chaleur plus forte et plus
soutenue pour être convenablement élaborée , nécessite
impérieusement l’accolage.
Joualles.
On plante quelquefois la vigne en rangées sur deux ou un
plus grand nombre de lignes , avec l’espacement ordinaire
entre les souches des vignes pleines; et ces rangées ont en-
tr'elles un écartement beaucoup plus grand que les souches
dans le but de cultiver l'intervalle et d’en tirer des récoltes.
C’est ce qu’on appelle des joalles ou joualles dans le Borde-
lais , où cette méthode est très employée. On voit encore des
vignes ainsi plantées dans le Dauphiné ; elles offrent les avan-
tages et les inconvénients des vignes pleines très écartées.
Toutefois j'y apercois un avantage particulier; c’est que, si le
sol est très propre à la vigne , on peut l'y conserver indéfini-
ment en plantant le milieu de l’espace vide lorsque les ceps
commenceront à s’épuiser , et achevant de détruire ces der-
niers lorsque la jeune vigne est en rapport, ou en provignant
les lignes extérieures : ce qui peut se faire avec avantage ,
malgré la vieillesse des souches, ainsi que je l’expliquerai en
son lieu.
DU VICNERON. 249
Hautains.
Toute plantation de vigne faite sur un seul rang en lignes
espacées suflisamment pour y cultiver les céréales, qu'elle
soit soutenue par des pieux ou des arbres , s'appelle hautain.
Ce mode est très répandu dans les parties méridionales de
l’Europe jusque sous la latitude de Lyon.
L'espacement des lignes est ordinairement au moins de
20 pieds, et l'élévation des souches combinée de manière
que les grappes, à leur naissance, soient au-dessus des plantes
cultivées dans l'intervalle , afin qu’elles subissent l'influence
indispensable de la chaleur solaire directe.
Les principaux avantages de ce mode sont non seulement
ceux que J'ai déjà signalés plus haut pour les plantations très
espacées, mais encore le suivant qui n’est pas sans impor-
tance dans les contrées sèches et balayées par les vents. C’est
que l'élévation des supports, formant abri , modère la force
des vents, et par suite l’évaporation et les funestes effets de
la sécheresse, et donne le moyen de retirer des récoltes va-
rices et fructueuses d'un sol qui pourrait être quelquefois
frappé de stérilité.
Les arbres employés de préférence sont , parmi les arbres
forestiers , ceux d’une longue durée ; qui souffrent la tonte
sans inconvénient, et dont les racines tracent peu, tel que
l'érable champêtre ; et parmi les arbres fruitiers dont on veut
récolter le fruit, le prunier , l'abricotier , et particulièrement
lamandier dont le feuillage léger et les racines pivotantes
nuisent moins que les autres, dont le fruit est d’une vente
assurée et d'une cueillette facile , et enfin dont la végétation
se soutient très bien dans les sols secs et légers, où ce mode
de culture convient particulièrement.
Le mürier s'emploie aussi dans le même but, et avec
250 MANUEL
avantage ; par son produit et par la facilité avec laquelle il
prospère dans les sols consacrés à la vigne.
Je place dans la même catégorie les souches plantées au
pied d’un arbre isolé, et dont les pampres élevés au milieu
des branches et soutenus par elles sont suspendus en guir-
landes autour de la tête de l’arbre qui leur sert de support.
Ce mode ne saurait être suivi en France avec avantage pour
le rapport, mais bien pour l’ornement des grands jardins au
milieu desquels il produit l'effet le plus agréable et le plus
pittoresque.
Pour les hautains , comme pour les joualles , le défonce-
ment n’est que partiel. L'on ouvre des fossés d’une largeur de
deux pieds,et demi au moins, dont la profondeur varie sui-
vant la nature du sol d’après les principes que j'ai déjà expli-
qués. Toutefois, dans les terrains secs, il convient d’augmen-
ter cette profondeur ; parce que les souches, ne trouvant pas
un sol défoncé sur toute la surface , ont moins d'espace pour
s'étendre. Ainsi , les habitants du Dauphiné agissent ration-
nellement en ouvrant leurs fossés à 30 pouces de profon-
deur ; tandis que, pour les vignes pleines, ils se contentent
avec raison d'un défoncement de 2 pieds dans les mêmes sols.
Si les cultivateurs connaissaient l'importance des labours
profonds pour toute espèce de récoltes, ils n'hésiteraient pas
à défoncer le sol sur toute la surface au moins à 12 ou
15 pouces, suivant l'épaisseur de la couche végétale , dans
l'espace compris entre les fossés. Ce travail profiterait à la
fois à la vigne et aux récoltes intercalées.
Vignes hautes, vignes basses.
Dans la plupart des circonstances, le vigneron doit s’ap-
pliquer à maintenir les ceps aussi bas que possible , non seu-
DU VIGNERON. 251
lement parce que la sève ayant moins d'espace à parcourir,
les bourgeons la reçoivent avec plus d’abondance et sont
mieux nourris , et la souche moins épuisée aura une plus lon-
gue existence ; mais encore parce que le fruit étant plus rap-
proché du sol, il est plus à portée de recevoir la chaleur
quelquefois très forte que renvoie la surface par le rayonne-
ment. Dès lors la sève en est mieux élaborée, et le vin de
qualité plus distinguée, tout le reste étant égal d’ailleurs.
Mais il est des positions si facilement attaquables par les
gelées du printemps, que l’on est forcé de donner aux
souches une élévation en rapport avec l'imminence de ce
danger ; parce que les gelées sont à redouter en raison de
l'humidité de l'air ambiant, et que cette humidité est ordinai-
rement en raison inverse de l'élévation au-dessus de la surface
du sol. Aussi , par cette cause , voit-on, dans quelques loca-
lités , les souches élevées à la hauteur de 3 à 4 pieds.
ni
D.
’
Fe
Sd
\ k p*.
UNS LA
1ÿ,
M
l
|
. LA t
++ ï ; ET ad 2 # Cia
{ ï £ de Li dite y te
“ ] ‘7 me TS NOT
{ dl É J \ Fa 72 h
NE PHONE SEE 2
TU. MOI
" e
Cd
" AT
|
C , 7" L
ce
l r
| n “
RAPPORT
SUR
LA FILATURE D'UN COCON
DE
PRHALTINA PAPMIA 0
PAR
M. J, BOURCIER.
Messieurs ,
Chargés par votre Commission des soies de vous présenter le ré-
sultat de ses observations sur l'essai de filature d'un cocon de Pha-
lœna paphia , nous avons l'honneur de vous soumettre le rapport
suivant.
Ce Cocon faisait partie de ceux que le bâtiment /a Bonite a ap-
portés en France , et que M. le Ministre du commerce , de l’agri-
culture et des travaux publics a confiés à une Commission spéciale,
pour qu’elle étudiât la qualité de cette soie et les avantages qu’on
en pourrait tirer en même temps qu'elle rechercherait les moyens
de filature.
254 SUR LA FILATURE D'UN COCON
Votre Commission des soies a désigné trois de ses Membres pour
surveiller la filature de ce Cocon et faire toutes les expériences né-
cessaires. Ils ont cru remplir vos intentions :
1° En faisant dessiner le Cocon d’après nature , ainsi que la chry-
salide qu’il renfermait ( PI. WT);
2° En opérant l’étirage sur un tour disposé à cet effet;
3° En expérimentant sur la filature.
Le Cocon a été plongé et est resté vingt-quatre heures dans l'eau
bouillante, sans qu’on ait pu obtenir la dissolution de la gomme qui
unit son brin ; on essaya ensuite l’eau de savon bouillante sans ob-
tenir plus de suceës ; on ne parvint enfin à le ramollir que le troi-
sième jour seulement , en le mettant dans la même bassine avec un
grand nombre de cocons ordinaires.
Ce Cocon n’a pas précisément de blaze (bourre qui recouvre les
cocons ordinaires), à moins qu'on ne veuille nommer ainsi une
enveloppe d’une couleur brune , qui adhère au cocon même et qui,
faisant partie de la substance gomme-résineuse, défend la chry-
salide des intempéries et garantit la soie qu’elle couvre entiè-
rement.
Ce Cocon est porté sur un pédicule ou pétiole couvert de blaze et
de soie qui pénètre jusqu’à la troisième couche soyeuse; il avait
gardé l'empreinte de feuilles desséchées qui avaient quelque analo-
gie avec celle du frêne. Quant à sa forme , elle est la même que celle
des cocons ordinaires ; et on y remarque aussi les cinq couches que
possèdent tous les cocons parvenus à leur entier achèvement ‘; mais
il en diffère par la grosseur et par la disposition de son brin qui se
replie fréquemment sur lui-même en forme de plaque ronde, tandis
que dans les cocons ordinaires il est porté de bas en haut et se
dispose en courbes.
À la filature , la première enveloppe de notre Cocon s’est détachée
en bourre, mais avec difficulté. Comme la deuxième et la troisième
couches étaient percées par le pédicule , la filature a été très diffi-
: Le ver à soie, du moment qu'il est perché et qu'il commence à filer, mel géné-
ralement soixante heures à construire son cocon; et comme il se repose loutes les
douze heures, soit pour se retourner, soit pour donner le temps à la matière soyeuse
de remonter à sa filière, c’est à ce repos qu’on peut attribuer les cinq couches qui se
voient dans la texture du cocon.
DE PHALOENA PAPIIIA, 255
cile et le brin se cassait très souvent. La quatrième couche est celle
qui a produit le petit écheveau qui a été présenté à votre Commis-
sion. La cinquième , se trouvant percée et ayant livré passage à
l'eau , il est devenu impossible d’en extraire le brin.
Ce Cocon , qui a été filé seul , présente un brin gros , fort, très
élastique ; sa grosseur et sa force peuvent être comparées à celles
d'un brin de soie grége de cinq cocons représentant un 12 de-
niers ; sa couleur est celle du lin blond. Cette soie commune et peu
brillante peut aisément se filer à un seul cocon , et avoir un emploi
particulier en fabrique. Elle présente la plus grande analogie avec
les soies du Bengale , qui se vendent sur notre place sous la déno-
mination de soie sauvage ou de Tussah. La première de ces dénomi-
nations semble indiquer que la récolte s’en fait en plein air. On est
porté à croire, pour le dire en passant, que c’est là la source de
l'erreur de quelques voyageurs qui nous ont rapporté qu’en Chine
l'éducation des vers à soie domestiques se faisait en plein air.
Avec d'aussi faibles matériaux, l'expérience dont nous rendons
comple n’a pu donner des résultats fixes et positifs; mais notre es-
sai nous a donné le désir d’en faire d’autres. Aussi espérons-nous
que la Société priera M. le Ministre des travaux publics, du com-
merce et de l’agriculture de prendre les mesures nécessaires pour
faciliter l'introduction en France de cette espèce, sur laquelle on
tenterait tous les moyens de naturalisation, qui nous fournirait
une malière nouvelle dont l'industrie ferait son profit, et qui hâte-
rail peut-être le perfectionnement de sa filature,
Fe
|
LS =
À
Li
\
f.
OP ES TE APP EE AC
EL
pcs qu ou
pou -rerdennmbe sons Et afin a img + =
Fe D a an Ci name
; or coimnemaeneanre en
Ms ÉTË va L 4% : a Lit CT
| rdc geek sit aie d: ie: sn és “a pet à
EL : CAE ” “# FT SpA ire , on Foie +
Fa ( LEdant dé DAS nee + Ed sriée
, Morgane ten Es
Pr Lys Jo! c
due sie RE:
ROTES
SUR
L'INDUSTRIE SÉRICICOLE ,
ET
QUELQUES OBSBAYATIONS
RELATIVES A PLUSIEURS LETTRES ÉCRITES A M. €. NIVIÈRE
SUR LE MÊME SUJET PAR M. J. GENSOUL,
INSÉRÉES DANS LES ANNALES DE LA SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE LYON,
2e 11v., 1838,
PAR
M. RIVIÈRE.
Depuis quelques années , je m'occupe de la culture du mürier et
de l'éducation des vers à soie. En lisant attentivement les lettres
écrites par M. Gensoul à M. Nivière, il m'a semblé y découvrir
quelques erreurs, et surtout de la prévention contre le système
d'Arcet el contre les méthodes de M. C. Beauvais. Ces idées, faus-
ses à mon ayis, pourraient embarrasser des éducateurs et les arrêter
dans des idées d'amélioration qui sont générales aujourd'hui. Ce
n'est point une polémique que je veux engager, mais simplement
25 NOTES
quelques observations que je désire soumettre aux personnes qui
s'occupent de l'industrie séricicole , et leur faire connaître quelques
Faits que j'ai été à même de recueillir, cette année, pendant deux mois
que jai passés à suivre avec soin l'éducation des vers à soie chez
MM. Beauvais , aux Bergeries de Sénart.
Après avoir visité plusieurs contrées du Midi réputées par leurs
belles plantations de müriers , après avoir exposé et discuté les dif-
férentes méthodes de taille qui y sont suivies, M. Gensoul adopte ,
sans hésiter , la taille trisannuelle de mars, en ne récoltant pas la
feuille l’année de la taille. Cette méthode est, sans contredit , bien
supérieure à celles par laquelle on taille et on cueille tous les ans,
méthode destructive des plantations ; mais je eroîis que la taille et la
récolte bisannuelles sont encore préférables. D'abord les blessures
causées en ramassant les feuilles sont presque sans conséquences
fâcheuses , ensuite sur des pousses de deux ans les plaies de la taille
sont plus faciles à se cicatriser , mais c’est surtout à cause du déve-
loppement des bourgeons; par la taille trisannuelle , les bourgeons
adventifs ne percent qu'avec peine sur du bois de trois ans , tandis
que , par la taille bisannuelle , ils percent sur du bois de deux ans,
conditions beaucoup plus favorables à leur développement.
On objectera , sans doute, qu’en ne cueillant que tous les deux
ans ; la perte de la feuille est trop considérable. M. C. Beauvais, qui
a adopté pour ses plantations l’assolement bisannuel, avait déjà
prévu qu'il n’en serait rien, et l'expérience est venu confirmer ce
que la théorie lui avait fait pressentir.
À mon retour des Bergeries , j'apprends que M. Ploche de Mar-
scille , expérimente, depuis quinze ans , l’assolement biennal pour
la taille et la cueillette de la feuille comparativement à l’assolement
annuel. Il a trouvé que depuis ce laps de temps , toutes conditions
égales d’ailleurs , le premier assolement avait donné un cinquième
de plus en poids de feuille, et maintenant il annonce, par la
beauté et la vigueur de la végétation, des produits de plus en plus
supérieurs à ceux de la partie récoltée chaque année , et taillée sui-
vant les méthodes du pays. Cette expérience est déjà précieuse, elle
le deviendra davantage tous les jours en la continuant. On est main-
tenant sur la voie; des expériences comparatives ont lieu sur plu-
sicurs points, et bientôt nous saurons à quoi nous en tenir sur
celle question si intéressante; alors, peut-être , verrons-nous s’ar-
SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 259
rêter ces mortalités terribles qui effrayent , à juste titre , certaines
localités du Midi , si toutefois ces désastres ne proviennent pas aussi
de ce que les terres plantées depuis si long-temps en mûrier ont
enfin besoin momentanément de recevoir d’autres cultures.
Je crois que le même système doit s'appliquer aux mitiges et
aux haies.Alors, l’année de la taille, il faut avoir soin d’ébourgeonner
de manière à laisser à chaque souche un nombre de tiges propor-
tionné à sa vigueur. Par ces moyens, la plantation durera long-
temps et donnera toujours une feuille belle , abondante et facile à
ramasser. Mais pourquoi les haies se plantent-elles partout en sau-
vageon ? pourquoi ne pas les faire en baguettes greffées ? Je sais que
de semblables plantations seraient coûteuses ; mais je crois aussi que
les produits dédommageraient largement des avances.
M. Gensoul (pag. 154-170-192) avance qu'à Annonay , à Ba-
gnols et dans beaucoup d’autres localités , on obtient en général
100 à 110 livres de cocons par 16 quintaux de feuilles , et cela sou-
vent dans un grenier, dans un hangar qui, le reste de l'année , est
employé à d’autres usages. Je crois qu'on aura trompé M. Gensoul.
( Chacun sait qu’en fait d'éducation de vers à soie, on ne se fait
guère scrupule de mentir.) J'ai visité beaucoup de magnaneries dans
le Midi; partout j'ai vu les bons magnaniers opérer dans des ate-
liers bien entendus , bien disposés , surtout très vastes, proportion
gardée , avec les éducations qui y étaient faites ; et quand j'ai causé
avec eux, je me suis convaincu qu'ils donnent les plus grands soins
aux vers pendant tout le cours de l'éducation. Ceux qui opèrent
sans soins dans des granges ouvertes n’ont souvent que des récoltes
nulles, dont la moyenne ne dépasse pas 40 à 50 livres de cocons
par 20 quintaux de feuilles. C’est dans ces ateliers surtout que la
muscardine exerce ses ravages avec le plus de fureur , et cela doit
être dans un climat où souvent les nuits sont glaciales et les jour-
nées brülantes; car ces alternatives de chaud et de froid , de séche-
resse et d'humidité sont les circonstances les plus favorables à
son développement.
Cela est tellement vrai, qu'aux Bergeries on est parvenu à créer
la muscardine à volonté , et cela en se plaçant dans des conditions à
peu près semblables. Voici comment on s’y prend : on choisit un
endroit obscur dans lequel on place les vers. Deux ou trois fois par
jour, el surlout la nuit et à l'époque de la mue, on fait arriver sur
260 NOTES
eux un courant d'air alternativement froid et brûlant, sec et hu-
mide ; on laisse fermenter la litière ; en persistant ainsi quelques
jours , il est rare de ne pas voir apparaître la muscardine.
M. Gensoul, après avoir cité les produits des éducateurs qui opè-
rent presque sans frais et sans soins , produits sur la moyenne des-
quels il est dans l'erreur , je n’en doute pas, demande quelles sont
les éducations que l’on peut citer pour engager à adopter les métho-
des nouvelles. « La plupart, dit-il, ont échoué : aux Bergeries on
n’a fait que 8 onces , etc. »
D'abord pour être juste envers les éducations de 1837 par les
méthodes nouvelles , il faudrait faire entrer en ligne de compte les
ateliers où , presque toujours , le système d’Arcet était imparfaite-
ment appliqué , les éducateurs souvent peu expérimentés , ignorant
le ciel du Midi avec ses touffes et ses nuits glacées, en butte au
mauvais vouloir des ouvriers, presque toujours contrariés , même
par les propriétaires, ete. Au reste , cette année, plusieurs ont par-
faitement réussi; enez M. de Balincourt , de qui on a enflé les pertes
en 1837, on a pris une revanche ; aux Bergeries de Sénart, on a eu
les plus beaux résultats (165 livres de cocons par 2,000 kil. de
feuilles ) , sur 12 onces , dans un local où certainement un éduca-
teur du Midi, qui tient à ses intérêts et à sa réputation , n’eût pas
osé en faire plus de 8 onces , et cela par quinze journées de pluies
au moins sur trente qu'a duré l'éducation. M. de Lafarge fils , à
Viviers (Ardèche), a obtenu 14 quintaux de cocons dans un local
où une seule fois , depuis plus de 10 ans , on avait obtenu 10 quin-
laux et où la moyenne n’atteignait pas 7 quintaux. Il a obtenu ce ré-
sultat avec une main-d'œuvre dépassant très peu celle affectée ordi-
nairement à cet atelier. Aussi, cette famille, qui possède des planta-
tions étendues, puisqu'elle met éclore chaque année 80 onces de
graines , se propose-t-elle d’adopter les idées nouvelles pour toutes
ses magnaneries. Déjà celle qui a été établie cette année mérite
d'être visitée; le système d'Arcet y est appliqué avec intelligence
et dans toute sa sévérité.
C'est à tort que M. Gensoul (pag. 170) dit que ce système de-
mande des eonstructions spéciales , bien disposées , bien fermées et
au-dessus des moyens de beaucoup de gens ; que les méthodes de
M. Beauvais augmentent trop la main-d'œuvre.
Certainement toutes les industries bien exploitées demandent
SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 261
quelques conditions particulières ; le système d’Arcet en demande
très peu et point de constructions spéciales : l'appartement est dis-
posé comme toutes les magnaneries ; après l'éducation , il peut être
employé à tel autre usage qu'on voudra : la seule chose qu'on re-
commande , c’est qu’il soit à peu près bien fermé ; et si l'on veut y
réfléchir , on verra que, dans quel système que ce soit, c’est une
mesure essentielle , sous peine ; comme je l'ai dit plus haut, de se
trouver dans les conditions les plus favorables au développement de
la muscardine.
Quant aux appareils pour le chauffage et la ventilation , ils peu-
vent s’appliquer aux petites comme aux grandes éducations. Pour les
premières, on peut modifier le système de manière à ne faire que
très peu de frais , et pour les grands établissements, en les transfor-
mant en magnaneries salubres : les dépenses seront largement cou-
vertes par les résultats.
Quant à la main-d'œuvre, à qui persuadera-t-on que les filets ,
les tasseaux, les tamis peuvent l’augmenter ? Je peux affirmer qu'en
demi-heure , j'ai servi avec le tamis un nombre de claies tel qu'il
eût fallu deux heures à une ouvrière habile; encore n’eüt-elle pas
répandu la feuille d’une manière aussi uniforme. Il est vrai que jus-
qu’à présent on n’a pu employer ce moyen que pour les trois pre-
miers âges, et je conviens que le nombre des repas et des délite-
ments peuvent effrayer au premier abord; mais si l’on réfléchit aux
moyens abréviatifs des tamis, des filets et que les éducations s’a-
chèvent en 95 jours, on conviendra , je pense , qu'on s’est effrayé
mal à propos. On cite les Bergeries où la main-d'œuvre est exorbi-
tante ; mais on ne dit pas que là tout est neuf : les ouvriers y sont
peu habiles; les nombreux élèves , dont on suppute les soins , ne les
donnent pas d’une manière continue : on pèse , on mesure , on prend
note du tout; enfin, chaque année, ce sont des expériences nouvel-
les : car M. C. Beauvais a fait des Bergeries une ferme expérimen—
tale et non pas une ferme modèle. IL est à remarquer , en ouire ,
que les nouvelles méthodes n’ont rien d’absolu. Les bras manquent
ils ? diminuez le nombre des repas, mais baissez la température ;
délitez moins souvent, mais établissez une bonne ventilation : car
l’un est la conséquence de l’autre; en agissant différemment ; vous
vous placez dans de mauvaises conditions.
A l'appui des anciennes méthodes , M. Gensoul cite l'éducation
262 NOTES
de son oncle à Bagnols , où, sans moyens extraordinaires , en arro-
sant seulement avec abondance la toiture , on combattit avec succès
les touffes terribles de juin 1837. Ce moyen certainement est bon,
il est employé souvent et dans beaucoup de localités; mais je douté
qu'il soit économique sous le rapport de la main-d'œuvre , du dégât
des toitures, des gouttières qui peuvent en résulter et arroser les
vers; d’ailleurs , il ne peut s’employer que pour les magnaneries
placées immédiatement sous les toits. Mais que M. Gensoul soit
bien persuadé qu'avec un appareil d’Arcet bien construit et bien
dirigé , on eût plus facilement et plus efficacement conjuré l'orage ,
et que si leurs voisins n’ont pas aussi bien réussi qu'eux, c’est qu'ils
n'étaient mieux outillés qu’en apparence.
Quant aux observations et aux réflexions de M. Gensoul contenues
dans les pages 177-178 , elles donnent à penser que cet éducateur
est peu au courant de l'appareil d'Arcet. La cheminée d'appel et le
tarare agissent en faisant le vide dans la magnanerie ; alors que l'air
extérieur, soit chaud ou froid, se précipite dans ce vide par les
ouvertures qui lui sont offertes, quelque part qu’elles soient établies :
la pratique ne laisse aucun doute sur ce point. D’ailleurs , on peut
mettre sans inconvénient la température de l'atelier au-dessus de
celle extérieure. L'air même très chaud mis en mouvement, et com-
biné avec des repas fréquents , n’est pas nuisible aux vers, puisque
M. C. Beauvais a fait une éducation à 28 et 30°; mais c’est l'air
chaud stagnant qui est dangereux par la fermentation et le dégage-
ment des gaz délétères qu’il excite.
Ilexiste cependant une difficulté qui n’a pas échappé à M. Puvis :.
C’est que le gaz acide carbonique qui se dégage en grande quantité,
et qui est l'ennemi le plus dangereux pour les vers, étant plus
lourd que l'air atmosphérique, occupe nécessairement les parties
basses de l'atelier et surtout séjourne sur les claies où il cause le
plus grand dommage aux éducations. La ventilation , qui s'opère
principalement par les espaces ou passages pratiqués entre les ran-
gées de claies , devient impuissante pour débarrasser l'atelier de ce
gaz mortel. On peut y remédier jusqu'à un certain point en donnant
1 Voyez ses lettres sur l'éducation des vers à soie. — Bourg, 1858 ; Boitier, im
primeur,
SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 263
aux claies une largeur seulement de 18 pouces et une inclinaison de
3 ou 4 pouces qui permettraient au gaz de s’écouler et d’être entrat-
né par le courant ventilateur. Le système des tables mobiles de
M. Levasseur , à Charmes (Ardèche), obvierait très bien à cette
difficulté ; mais il est à craindre qu'il soit adopté avec peine à cause
de son mécanisme et de son prix élevé.
Je crois que jusqu'à présent le système d’Arcet et les méthodes
de M. C. Beauvais remplissent le mieux ces conditions *.
En effet, je ne vois rien qui prouve contre l'appareil , qui s’ac-
corde parfailement avec la théorie et avec la pratique. Seulement le
tarare ; employé jusqu'à présent, n’était pas suffisant pour com-
battre avec un plein succès les touffes du Midi. M. Combes , ingé-
nieur-mécanicien , en propose un qui semble réunir toutes les con-
ditions convenables. JL l’a adapté celte année à la magnanerie de
MM. Beauvais, où chacun a pu se convaincre de ses puissants effets.
Celle magnanerie contient 24 mille pieds cubes d’air ; il a trouvé
qu'il fallait demi-heure, en donnant deux cents tours au tarare à
la minute , pour aspirer cette masse d'air, Il a rempli ensuite d’une
fumée épaisse la même magnanerie; il a fallu deux heures , pour
qu'elle en fût tout-à-fait débarrassée. Voilà des preuves évidentes
d'une puissante ventilation ; avec de semblables moyens, on com-
battra plus facilement les touffes. On peut donc obtenir , avec cet
appareil, un air toujours pur el une température à peu près uni-
forme , et l'appareil d'Arcet sera vraiment utile plutôt dans les pays
chauds que dans le Nord.
Pour complément au système d’Arcet, M. Damon , à Viviers
(Ardèche), éducateur et mécanicien aussi modeste qu'intelligent ,
qui a été envoyé celle année aux Bergeries par le département pour
apprécier les méthodes nouvelles , a imaginé un mécanisme simple,
ingénieux et peu coûteux que j'appellerai Sonnerie Damon (PL VII).
Au moyen de cette sonnerie qui est mue par le courant venti-
lateur , le magnanier sait, à toule minute et sans se déranger , si
son atelier est ventilé et à quel point la ventilation est puissante.
* Dans la critique que fait M. Gensoul de lappareil d’Arcet , il ne l’a blämé que
sous le point de vue de la ventilation; et, en effet , l'expérience a bien prouvé que
le tarare était impuissant ; mais il sent toute l'utilité que cel appareil présente dans la
répartition du calorique (Seringe).
264 NOTES
Cet appareil a été appliqué cette année chez M. Delafarge à Viviers
(Ardèche), et aux Bergeries de Sénart où chacun a pu se convainere
combien il est ingénieux et utile. M. Damon n'a point pris de
brevet , c’est un désintéressement bien louable dont tous les édu-
cateurs lui sauront gré. ( Voyez pl. VIT, fig. À, B, et les expli-
cations qui y sont jointes. )
De tout ceci, je suis loin de conclure qu'on ne puisse plus ap-
porter à l’industrie séricicole des améliorations. Le tamis , pour
répandre la feuille sur les vers , ne peut être employé , tel qu'il est,
que dans les trois premiers âges; et c’est pour le cinquième qu'on
aurait le plus besoin de moyens économiques pour épargner la
main-d'œuvre. Aux Bergeries, on cherche activement à remplir
cette lacune; d’autres éducateurs et des mécaniciens distingués s’en
occupent aussi; espérons que tant d'efforts ne seront pas infruc-
tueux.
Mais la pratique la plus faible est celle de l'encabanage ; tous les
éducateurs en conviennent, et il est difficile d'y remédier. Je crois
cependant que l’on est sur la voie, M. C. Beauvais cherche à perfee-
tionner les coconières chinoises et à les adapter à notre climat; il
engage ses élèves et tous les éducateurs à faire des essais. Le pro-
blème à résoudre est celui-ci : /maginer un appareil tel que chaque
ver puisse facilement y trouver pour coconer une place bien chauffée
et bien ventilée , et qu'aucune place ne soit vacante. Alors on pourrait,
au fur et à mesure de leur maturité , choisir les vers un à un et les
porter dans la coconière qui serait placée dans un petit local près
de la grande magnanerie. Cette année , un essai a été tenté aux Ber-
geries sur le temps qu'il faudrait pour choisir ainsi les vers un à un.
On a trouvé que deux femmes et un enfant pourraient facilement
en deux jours choisir ainsi les vers provenant de deux onces d'œufs,
et les porter à la coconière ;, tout en leur donnant les autres soins
accoutumés.
Une coconière aurait de nombreux el de précieux avantages. Avec
elle on éviterait cet encombrement occasioné par le boïsage, en-
combrement qui rend toute circulation de l'air presque nulle, toute
surveillance impossible, puisqu'on ne voit pas un ouvrier à quatre
pas; les vers , si difficiles à alimenter au milieu des cabanes noires,
petites et puantes , resteraient sur les elaies , propres, aérés et ali-
mentés jusqu'au dernier. Alors plus d’odeurs , plus de miasmes
SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 265
pestilentiels dans les ateliers, et partant la possibilité des deux
éducations dans -le même local, sans prolonger le terme ordinaire
plus de quinze jours. Cette amélioration nous arrivera, il ne faut
pas en douter , j'en ai pour garant l’activité ingénieuse et la volonté
persévérante de M. GC. Beauvais, le zèle qu'il sait communiquer à
ses élèves; mais de quelque côté qu’elle nous vienne , c’est à lui
que nous la devrons.
Aux Bergeries , on a aussi imaginé un nouveau mode pour étouf-
fer les chrysalides au moyen de la vapeur sèche. C’est tout simple-
ment un petit cabinet dans lequel, par le moyen d’un calorifère ,
on fait arriver de l’air chaud dont on élève la température à 60-70 °
R°. Cette méthode a été employée , cette année , et a donné de
bons résullats ; je la crois préférable à celle de la vapeur humide
et à celle du gaz sulfureux. La première a de nombreux inconvé-
nients signalés par tous les filaleurs; la seconde altère la nuance
des cocons , rend la soie d’un jaune pâle et la déprécie à la vente.
Au lieu d’un cabinet et d’un calorifère à part, comme l'ont établi
MM. Beauvais, on pourrait profiter de la chambre à air chaud du
système d’Arcet, et obtenir le même résultat avec moins de frais.
(Voyez ; pour ce mode d’étouffage, p/. VIT, fig. C , et les explica-
tions qui y sont jointes.)
Je finirai ces notes par quelques remarques sur la feuille de mû-
rier à différents états et donnée aux vers à différents âges.
Jusqu'à présent il est à peu près admis par tous les éducateurs
que la feuille donnée trop fraîche et mouillée est nuisible et souvent
mortelle aux vers. Il semblerait cependant , si nous nous en rap-
portons à quelques expériences déjà faites, qu’il n’en est rien. Ce
qui est arrivé celle année aux Bergeries semble encore venir à l’ap-
pui. L'éducation étant contrariée par un temps froid et des pluies
continuelles , on a été obligé de donner souvent de la feuille très
fraîche et même mouillée ; cependant on ne s’est aperçu d'aucun
résultat fâcheux. Il est à croire qu’on se sera tout au moins exagéré
le danger, et que la feuille fraîche et mouillée n’est pas tant nuisi-
ble aux vers par elle-même que par la grande humidité qu’elle ré-
pand , humidité qui excite la fermentation des litières. Mais dans un
atelier bien ventilé , avec des délitements fréquents , je suis persua-
dé que le danger est bien moins grand qu'on l'a eru jusqu’à présent,
et je préférerais donner cette feuille aux vers que de les faire atten-
266 NOTES
dre leur repas plus de six heures, à l’époque de leur grand appétit,
et par une température de 20°.
M. Gensoul cite des éducateurs qui font couper la feuille avant
de la donner ; d’autres qui préfèrent la donner entière et même lais-
ser les brondes. La meilleure méthode , à mon avis, est celle par
laquelle on découpe la feuille d’une grosseur proportionnée à la force
des vers. La nourriture se répand plus vîte, d’une manière plus
égale, elle est mieux mangée ; il y a done économie de feuilles et
de main-d'œuvre ; ensuite on évite sur les litières ces sillons , ces
vallées au fond desquels les vers respirent et mangent mal. Cepen-
dant je ne regarde celte pratique comme indispensable que dans les
trois premiers âges , et surtout à l'approche des mues, pour donner
des repas fréquents sans couvrir les vers déjà assoupis. Il faut donc
prendre en considération la main-d'œuvre qui se trouve un peu
augmentée; car le temps que l’on gagne en donnant les repas ne
compense pas celui employé à couper la feuille.
Je citerai ici une idée de M. C. Beauvais sur la nourriture la
mieux appropriée aux différents âges des vers. Cet éducateur a pensé
que c’est au moment de leur grand appétit du quatrième et du cin-
quième âge qu’il conviendrait de donner la feuille la plus substan-
tielle, et qu'il faudrait réserver la plus tendre pour les premiers
âges , pour la fin et le commencement des mues; mais surlout pour
le moment où le ver se dispose de monter à la bruyère. En effet, au
commencement et à la fin des mues l'appétit des vers est faible, une
nourriture légère semblerait devoir leur convenir ; mais c’est surlout
lorsque le ver est prêt à coconer que les organes digestifs perdent
toute leur activité ; les matières qu’ils rendent à peine élaborées en
sont une preuve évidente , et tout porte à croire que cette pratique
donnerait de bons résultats.
MOT
SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE.
DESCRIPTION
DE LA SONNERIE DAMON,
AU MOYEN DE LAQUELLE LE MAGNANIER SAIT ; A TOUTES MINUTES ET SANS
SE DÉRANGER, LE DEGRÉ DE VENTILATION DE SON ATELIER,
DETBEN = æ sé
Lis is TE
Cet appareil se compose :
19 D’un tarare léger en bois et papier qui se place dans une des
gaines supérieures ; à 6 ou 10 pieds de la cheminée d'appel;
2° D'un tambour en bois qui s'adapte au-dessus de la gaine et
dans lequel se meuvent les ailes du tarare ;
3° D'une manivelle ajustée à l’une des extrémités de l'axe du
tarare ;
4° D'un timbre ;
5° D'un marteau pour frapper sur le timbre ;
6° D'un levier qui communique au marteau le mouvement qu'il
reçoit par la rotation du tarare ;
7° D'un léger ressort en laïton au moyen duquel le marteau ,
après avoir frappé le timbre , est aussitôt soulevé.
Pzancue VII.
Figure À. — Coupe horizontale d'une gaïne supérieure (g) dans
laquelle on voit le tarare (1) placé en travers et prêt à fonctionner.
Fig. B. — Coupe verticale de la même gaine (4), ainsi que du
tambour (2) adapté au-dessus de cette gaine ; on voit le tarare
coupé verticalement aussi , dont le mouvement de rotation a lieu et
dans la gaine et dans le tambour. X Coupe verticale du plancher sur
lequel repose la gaine. Vue extérieure du tambour (2) et d’une face
verticale de la gaine sur laquelle est fixé le levier (6*). Vue de la
sonnerie toute montée, On voit la petite manivelle (3) appuyant
FT. x” 1à
268 NOTES
sur le levier (6*), lequel soulève le marteau (5), au moyen d’an fil
de laiton (c) qui traverse le plancher par un trou fait en (k). Le
timbre (4) sur lequel va frapper le marteau (5) qui est aussitôt tenu
soulevé au-dessus du timbre par le ressort (7). Ces trois dernières
pièces sont ajustées sur une planche placée dans l'atelier au-dessous
du plancher sur lequel repose la partie de la gaine qui renferme
le tarare (1).
Le tarare (1) est à quatre ailes , son axe est carré et en bois léger,
le cadre des ailes (0,0,0,0,0,0,0,0, fig. A), sont des planchettes en
bois léger de 2 à 3 lignes d'épaisseur sur 8 à 10 lignes de largeur ;
elles sont fixées à l’axe avec de la colle forte. Les ailes (pp pp)
sont en papier collé sur les planchettes en laissant un intervalle vide
de 2 pouces entre le papier et l'axe du tarare (6,6,6, fig.B),
les ailes sont rigoureusement égales surtout en poids. Chaque
extrémité de l’axe du tarare est armée d’un pivot en euivre, à l’un
desquels est fixée la petite manivelle (3). L’axe du tarare est engagé
par ses pivots dans les côtés du tambour (2) , de manière à ce que
yaxe ne plonge pas dans. le courant ventilateur.
Le tambour (2) en bois est de toute la largeur de la gaine et
d’une hauteur convenable pour laisser jouer les ailes du tarare.
Après avoir ouvert la gaine dans sa parlie supérieure , on y ajuste
le tambour et on ferme soigneusement, de manière à ce qu’il n'existe
aucune ouverture par où puisse s'échapper le courant ventilateur.
La manivelle (3)est en bois , mieux en fil de fer; elle a 3 à 4 pou-
ces de long.
Le timbre (4) est un timbre ordinaire pour sonnerie d'horloge.
Le marteau (5) est en bois, il a les mêmes dimensions que le le-
vier ; il est armé d’une tête de elou dans sa partie qui frappe sur le
timbre.
Le levier (6*) est en bois de 7 à 8 pouces de long sur 5 à 6 lignes
de côté.
Le ressort (7) est en laiton, de la grosseur d'une aiguille de bas.
Les choses étantcomme les représente la {9. B, ilest aisé de com-
prendre que le courant ventilateur faisant tourner le tarare (6,6,6),
à ebaque révolution la manivelle (3) appuie sur le levier (6*). Celui-
ci, au moyen du fil de laiton (c), soulève le marteau (5); et lorsque
la manivelle (3) échappe Le levier (6*), le marteau (5) retombe sur
SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE. 269
le timbre (4). Chaque coup sur le timbre indique done une révolu-
tion du tarare.
Aux Bergeries , la ventilation opérée seulement par la cheminée
d'appel donnait 24 à 28 coups à la minute ; activée par le tarare ,
elle en donnait de 55 à 60. 11 faut observer qu'aux Bergeries, il
n'y a qu'une seule gaine supérieure dont la section égale celle des
quatre gaines inférieures; par conséquent, toute la ventilation se
fait par cette seule gaine.
DESCRIPTION
DE LA CHAMBRE À ÉTOUFFER LES CHRYSALIDES.
—_——s—
C. — Chambre à étoufler les chrysalides par la vapeur sèche ;
de (1 à 16) tiroirs semblables à ceux d’une commode, sur lesquels
se placent les cocons par couches de 3 à 4 pouces d'épaisseur. Ces
rayons sont à claire voie. On aura soin de ménager sur une des fa-
ces de cette chambre une petite porte, afin de pouvoir y entrer au
besoin.
D.— Chambre à air chaud , d’après le système d’Areet, pour la
ventilation des magnaneries salubres. (d,4.) Chatières , (e) ca-
lorifère.
Ces deux pièces, fig. C D, sont en communication par une
ouverture en (a) dans leur partie supérieure et dans toute la lon-
gueur du mur de séparation. En outre, la chambre D communique
par sa partie inférieure avec le calorifère (e). au moyen d'un canal
(c) pratiqué dans le sol.
Maintenant lorsqu'on veut se servir de la chambre D pour chauf-
fer et ventiler la magnanerie , les ouvertures (a,c) seront fermées,
au moyen d'un diaphragme en tôle, Lorsqu'au contraire on voudra
270 NOTES SUR L'INDUSTRIE SÉRICICOLE.
s’en servir pour élouffer les chrysalides , ces issues seront ouvertes,
et on fermera celles qui communiquent aux ateliers. On chauffera
alors jusqu'à ce qu'un thermomètre placé dans la chambre C, et
qu'on pourra apercevoir au travers d’une vitre, marquera 70° R',
Cette température suffit pour étouffer les chrysalides en un quart
d'heure. Elle sera facile à atteindre , parce que le foyer du calori-
fère (e) étant en communication avec la chambre C par le canal (c),
il s’établira nécessairement un courant de la partie supérieure de la
chambre C au foyer du calorifère (e) en passant par l'ouverture (a) ,
la chambre C et le canal (c); et comme c’est dans la partie supé-
rieure que la température est toujours la plus élevée , le courant aura
lieu avec l’air à la plus haute température obtenue.
Cet appareil est tellement simple , que de plus grands détails sont
inuliles ; il sera susceptible , du reste, d’une foule de modifications
que la pratique adaptera facilement au but qu’on se proposera.
BATRAITS
DES
PROCES-VERBAUX.
Séance du 26 avril 1839. — PrésInence DE M. Botrex.
On reprend la discussion sur les incrustations qui se forment
dans les tuyaux servant à conduire les eaux.
M. Guerre a remarqué, dans sa propriété, que les tuyaux en pente
s'obstruaient ; tandis que ceux placés horizontalement conservaient
leur diamètre. IL attribue cette différence à ce que les derniers ,
constamment remplis d’eau, n’admettent pas, comme les premiers ,
la présence de l'air.
D'après M. Magne , les dépôts qui obstruent les tuyaux de con-
duite peuvent être dus à deux causes bien différentes : les uns pro-
viennent seulement des eaux ; les autres sont dus à une altération
particulière des conduits. Les premiers sont des dépôts de substan-
ces que l’eau contenait en suspension , ou de substances que le li-
quide tenait en dissolution. Les dépôts de substances en suspension
se forment plus facilement dans les conduits horizontaux. Ceux des
substances en dissolution doivent se former de préférence dans les
tuyaux en pente où la rapidité du cours du liquide facilite la préci-
pitalion du sel en augmentant l'évaporation. Il invoque, à l'appui
de cette dernière opinion , l'exemple de la méthode de graduation
dans les salines. M. Magne ne croit pas la présence de l'air néces-
saire pour la formation des dépôts provenant de la matière même
des tuyaux de conduite ; il regarde ceux des tuyaux de fer du Chà-
teau-d'eau de Grenoble , ceux des tuyaux de laiton de la pompe des
272 . EXTRAITS
infirmeries de l'École vétérinaire de Lyon , comme dus à une action
chimique ou électrique.
M. Jourdan observe que les eaux déposent peu, lorsque les canaux
les prennent immédiatement à leur source , et qu’elles déposent
d'autant plus qu’elles ont couru à l'air plus long-temps , plus rapi-
dement et plus divisées, avant d'entrer dans le conduit artificiel. Il
pense que les eaux, passant immédiatement dans ces canaux, ne pro-
voquent pas la formation des composés chimiques. « Pendant l'été ,
dit-il, les dépôts sont plus abondants eu égard à la proportion des
eaux; cela tient, sans doute , à la plus grande élévation de la tem-
pérature qui, de + 11° , les fait passer à + 49° ou + 20°, et fait !
dégager l'acide carbonique qui tenait en suspension les éarbonates. »
M. Jourdan fait, en outre , observer que souvent ce n’est pas immé-
diatement après le dégagement du gaz que l’eau dépose , mais lors-
qu'elle a quitté un premier réservoir pour couler plus loin , et que
le dépôt est souvent facilité par la présence d’un corps ruguëéux ou
filamenteux.
M. Rochet a vu des tuyaux de fonte provenant de la Machine de
Marly , et qui, malgré un service très long, ne présentaient qu’un
dépôt à peine épais de deux lignes.
M. Bottex attribue cette particularité à cette circonstance que ces
tuyaux élaient toujours pleins.
M. Jourda dit qu'il existe une grande différence entre les eaux
de source et les eaux de rivière , ces dernières étant des eaux plu-
viales qui ont coulé à la surface du sol; tandis que les eaux de
source , en traversant les couches de la terre, dissolvent les sels
qu’elles rencontrent. Aussi les eaux du Rhône sont-elles beaucoup
plus pures , lorsqu'elles sont troubles ; parce que c’est l’eau de pluie
qui détruit leur transparence. 11 suffit alors de les laisser reposer
pour les avoir très pures.
+
+ +
Séance du 3 mai. — Présinence DE M. BoTrex.
M. le docteur Imbert présente à la Société un Mémoire sur les
engrais, par M. le général Dubourg ; ce Mémoire , déjà inséré dans
un recueil d'économie rurale , est renvoyé à l'examen de M. Gariot.
DES PROCES-VERPAUX . 213
M. Alexandre présente à la Société des tiges d’une espèce d’An-
sérine ( Chenopodium Scoparia ) susceptible d’être employée avec
avantage à l’encabanage des vers à soie. Il remet à M. le Président
des graines de cette plante , qui sont partagées entre plusieurs
Membres.
M. Sauzey lit un rapport détaillé sur le premier volume des 4n-
nales de la Chambre d'agriculture et de commerce de la Savoie.
Parmi les faits intéressants que renferme son rapport, il est un
point sur lequel insiste surtout M. Sauzey : c’est l'introduction dans
nos contrées des chèvres de Cachemire. 11 propose à la Société de
faire au gouvernement la demande de quelques-uns de ces animaux
pour le département du Rhône. MM. Magne et Lecoq observent que
toutes les expériences tentées jusqu’à ce jour. n’ont produit aucun
résullat satisfaisant, et notamment celle faite à Alfort, pendant
plusieurs années , sur des chèvres du Thibet.
M. Mulsant pense que le peu de succès des expériences dépend
de la différence de hauteur des pays où sont transportés ces ani-
maux. La Société ajourne la demande à faire à M. le Ministre.
M. Seringe lit , au nom d'une Commission , un rapport sur l’en-
duit anti-hygrostatique de M. Gaillemain. Les expériences tentées
ont bien réussi ; mais la Société les trouvant trop peu nombreuses,
il est décidé qu’elles seront répétées et que M. Gaillemain sera prié
d'indiquer à la Commission la composition de son enduit.
M. Seringe présente à la Société deux pieds d'Orobanche Galii
venus , l'un sur le Zropæolum minus , l'autre sur le Pelargonium
Curtisi.
%
+ *#
Séance du 17 mai. — PRÉSIDENCE ne M. Borrex.
M. Sauzey se plaint de ce que l'éducation de la race bovine est
presque parlout abandonnée à l’incurie des cultivateurs. Il voudrait
qu'elle fût placée, comme la race chevaline , sous la tutelle de l’ad-
ministration. Elle y a les mêmes droits sous le rapport des services
qu'elle rend à l’agriculture , et elle fournit de plus la majeure partie
de la nourriture des hommes. Une des principales causes de la dé-
gradation de l'espèce est l'emploi d’étalons au choix desquels aucun
274 * EXTRAITS
soin n’est apporté , et que la cupidité emploie à la monte avant l'âge
auquel ils y sont propres. Il voudrait que la Société intervint pour
prier le gouvernement de placer dans nos principaux cantons, en
les confiant à des agriculteurs éclairés et soigneux, un certain
nombre d’étalons-taureaux appropriés à la race et à la taille des
vaches qu'on élève dans les diverses localités. Il voudrait aussi qu’on
püt prescrire la castration de tous les élèves mâles qu’un jury d’exa-
men ne trouverait pas propres à une bonne reproduction de l'espèce,
et qu'un tarif modéré réglât le prix de la saillie.
M. Bineau lit un Mémoire de M. Fournet sur les sources des
environs de Lyon ; ce Mémoire est renvoyé à la Commission d’im-
pression. M. Fournet prie la Société de regarder son travail comme
purement théorique, et n’ayant aucune application directe à la
question des eaux de la ville, dont l'administration s'occupe en ce
moment.
M. Mulsant lit un rapport, au nom de la Commission chargée
d'examiner l’enduit anti-hygrostatique présenté par M. Gaillemain.
Il résulte de ce rapport que la Commission a reconnu que cette pré-
paration rend les chaussures imperméables , conserve la souplesse
du euir et ne nuit point à sa durée.
Séance du 31 mai. — PRÉSIDENCE DE M. BoTrex.
Au nombre des pièces de la correspondance se trouvent :
Un Mémoire de M. A. Chapeau, médecin titulaire de l'Hôtel-Dieu,
intitulé : Maladies régnantes en 1838 à Lyon. — Esquisse de la to-
pographie de cette ville. |
Deux Mémoires de M. Alphonse Peyret : l’un, manuscrit, in -
tulé : Mémoire sur les irrigations et colmatages ; Yautre , imprimé ,
ayant pour titre : Canal de jonction de la Loire au Rhône entre Lyon
et Roanne. 2
Ces deux Mémoirés seront examinés par une Commission com-
posée de MM. Thiaffait, Puvis et Fournet.
M. Magne lit un Mémoire sur les avantages des associations fro-
magères.
19
DES PROCÉS-VERBAUX. 75
M. Rémond demande qu'une Commission soit nommée pour exa-
miner un modele de nouveau moulin à bras, présenté à la Société
par M. Joseph Guilliet, propriétaire et meunier à Fontaines. M. le
Président nomme cette Commission, qui se compose de MM. Bou-
chard , Pravaz et Tessier.
M. Pothon donne à la Société quelques détails sur un moulin à
soie présenté par M. Nawil. Ce moulin résume en une seule les
trois opérations que subit la soie pour la préparation des organsins,
savoir : le tordage , l'assemblage et le retordage. Le brin placé sur
le moulin est très gros. M. Pothon désirerait qu’on l’essayât avec un
fil très léger pour s’assurer si celui-ci résisterait.
M. Tessier demande s’il existe des faits bien avérés constatant
l'influence fâcheuse du voisinage des fours-à-chaux sur les vigno-
bles. M. Parisel répond que la ville de Sury (Loire) renferme une
grande quantité de fours-à-chaux, et qu'on ne remarque aucun
goût particulier au vin provenant des vignobles qui l'entourent.
Séance du 14 juin. — PrRésinence DE M. Borrex.
La Société a reçu deux lettres de M. le Préfet : l’une, du 12 juin,
demandant à la Société le troisième rapport sur les apparences de la
récolte en grain dans le département pour 1839. M, Gariot se
charge de rédiger ce rapport.
La deuxième lettre (8 juin) annonce à la Société que M. le Mi-
nistre de l’agriculture et du commerce a accordé 2,000 f. à la Société
pour l’industrie de la soie , en même temps qu’une somme de 500 f
pour chacun des deux Comices agricoles de Beaujeu et de a.
gneray.
M. Alexandre , président de la Commission des soies, annonce
qu'il a visité la magnanerie de M. Vignon , qui a fait une éducation
magnifique par les nouveaux procédés. M. Vignon a tenu un journal
très exact de ses opéralions. M. Alexandre a également visité la
magnanerie de M. Roybet. Ce dernier éducateur a obtenu ses co-
cons en 19 jours. Il est peu satisfait de l'appareil Vasseur , « sans
Ed
276 EXTRAITS
doute , observe M. Alexandre, à cause d'un vice dans sa con-
struction. »
M. Seringe présente à la Société des cocons de vers Zrevoltini
obtenus dans une des serres du Jardin-des-Plantes. Une grande
partie des œufs envoyés par M. Mathieu Bonafous étaient vides ;
étant, sans doute , éelos en automne.
Les vers sont éclos du 23 au 26 avril.
La re mue a été terminée le 3 mai.
La 2° id. le 10
Laisse id. le 20
La 4e id. le 31
Presque tous ont monté les 8 et 9 juin.
Ils ont montré une grande activité dans leurs mouvements.
Les cocons sont généralement ovoïdes , sans retrécissement au
milieu , de couleur nankin , rarement blancs, plus rarement encore
jaunes.
M. Seringe rendra compte des autres éducations qu'il doit faire
dans cette même année.
M. Seringe lit à la Société une note de M. Hénon , confirmant le
fait, déjà avancé par lui, de l'apparition de fleurs du Cytise pour-
pre et du Cytise faux-ébénier sur le Cytise Adam. Il a eu de nouveau
l'occasion d'observer ces anomalies à la pépinière de Trianon, où
il a même vu une fleur jaune du Cytise faux-ébénier au milieu d’un
groupe de fleurs roses du Cytise Adam. M. Seringe , qui avait douté ,
ba
x
dans le temps , de ce fait, en a vu la confirmation chez M. Nérard, à
Vaise, et chez M. Bourgeois, à St-Cyr, et présente à la Société
des échantillons de ees anomalies. La note de M. Hénon est renvoyée
à la Commission d'impression.
M. Jules Bourcier présente à la Société divers dessins obtenus
par l’action de la lumière. Ces dessins sont fixés sur du papier pré-
paré avec le nitrate d'argent et représentent des échantillons de
dentelle , de mousseline et autres étoffes, des feuilles d'arbres, ele.
M. Gustave Froment, élève de l'École polytechnique et auteur de
cette découverte, s’en occupait depuis plusieurs années , lorsqu’é-
tant, l'année dernière, à Manchester, l'Académie des sciences de
cette ville le pria de se rendre à l'une de ses séances, où ses essais
ont été comparés avec avantage à ceux de M. Talbot. Les dessins
présentés par M. J, Bourcier sont, en effet, d'une telle vérité ;
DES PROCÈS-VERBAUX. 271
qu'ils semblent être l’objet lui-même ; aussi excitent-ils vivement
l'attention de la Société.
Un Membre demande si ce procédé est le même que celui de
M. Daguerre, et si M. Gustave Froment a l'intenlion de se réserver
la propriété de son invention. M. Bourcier déclare que M. Froment
ne connaît pas le procédé Daguerre, communiqué seulement à
M. Arago et non au public ; qu’il ne lui a pas, du reste, manifesté
l'intention d’en faire un secret à son profit, et l’a, au contraire , en-
gagé à en donner communication aux industriels de notre ville pour
en faire l'application.
M. G. Froment obtient ses dessins de deux manières , soit immé-
diatement sur le papier qui doit les conserver , soit d’abord sur du
papier végétal pour les transporter ensuite en effet opposé du clair à
l'obseur sur papier blane , et toujours à l’aide de la lumière. Il peut
en tirer des exemplaires à l'infini sans avoir à craindre la moindre
altération.
Il continue ses recherches commencées, il y a trois ans, à l'École
polytechnique , et il en soumettra incessamment les résultats à la
Société d'agriculture. Il cherche en ce moment à donner aux feuilles
la nuance verte qui leur est propre, et il espère réussir. Il a obtenu
également des vues d'intérieur, de paysages avec toutes les ombres
et la perspective naturelle, de statues , de bustes, d’édifices repro-
duits par la chambre obscure.
M. J. Bourcier annonce qu'il soumettra prochainement à la So-
ciété les nouveaux essais de M. Froment qu'il a fixés sur bois et sur
métal.
MM. Borrex, Président ;
Lecog , Secrétaire-adjoint.
patent 115 1888 is
BE 21 oÛf
or: sise
ob au dome: tneher sSAiré CE
4
spores mater) vues ju Es isr tr d L
pur: étain dre pr CR as dat: fes Me 4534
“ana mama tbe 52 PET MAT 200 .
Poe PRE PR me ashéae nb ntm 2515308
re ro dé sthinés 41 0h
4 fe ve | donna Apr rares Ar CRE
penis Et Le aides : HARAS
re be FT | # STATES
SE
#15 Des és
ASSAI
THÉORIE BE L'AMÉNAGEMENT DES FORETS,
PAR
ä
At. NOIROT=SOMMET.,
GÉOMÈTRE-FORESTIER , ET MEMBRE CORRESPONDANT DES SOCIÉTÉS
D'AGRICULTURE DE TROYES ET DE LYON.
Quand les législateurs anciens proclamèrent
les bois des lieux sacrés ; ils furent inspirés
- par le ciel lui-même.
Voyage du duc de Raguse; x. un, p. 204.
U sde
&
SA
EXPOSITION:
L'aménagement des forêts, envisagé sous un point de vue
tout-à-fait pratique et vulgaire, peut être défini une opération ,
dont l’objet est de constituer la production forestière de
manière à assurer la renaissance annuelle d’un revenu con-
stamment égal, destiné à satisfaire à des besoins qui , dans
l'ordre ordinaire des choses, se manifestent plus ou moins
régulièrement chaque année.
1 L'année est l’unité naturelle du temps, dans les recherches qui ont trait à l'éco-
Ts Ile 19
280 DE L'AMÉNAGEMENT
Les produits de toutes les propriétés autres que les bois
se renouvellent intégralement dans le cours d’une année.
Un champ, un pré, une vigne , donnent une récolte com-
plète chaque année ; une propriété bâtie, une usine, une
manufacture , présentent des revenus ou fermages annuels.
Tel est l'état naturel et normal de la propriété, sous quelque
forme qu’elle puisse d’ailleurs exister.
Toutefois , cette règle, malgré son caractère d’universa-
lité, rencontre une exception unique mais formelle dans les
forèts. Les produits du sol boisé ne sont nullement suscep-
tibles d'être recueillis dans le cours de l’année qui les a vu
naître. Les recrus de 1 an, 2 ans, 3 ans, etc., jusqu'à
10 ans à peu près, ne peuvent servir à aucun usage éco-
nomique, et sont, par conséquent, dénués de toute valeur
actuelle. La révolution d’une année ne suflit point à l’élabora-
tion de la substance ligneuse : cette production n’est parve-
nue à un degré convenable de maturité qu'après avoir parcouru
une certaine période d'accroissement, qui ne saurait guère
être moindre de 10 ans, mais qui, au-dessus de ce terme,
est susceptible d’une prolongation pour ainsi dire indéfinie,
la vie végétale pouvant embrasser une révolution de plusieurs
siècles.
Ainsi la propriété forestière ne donne point naturellement
des récoltes annuelles ; cette condition se rencontre cepen-
dant dans la plupart des forêts ; mais son existence due
entièrement à l’art, est le résultat d'une combinaison ap-
pelée l'aménagement des forêts : combinaison simple en
apparence, mais très ingénieuse en réalité , qui exerce l’ac-
tion la plus puissante , sur la prospérité comme sur la déca-
nomie sociale; c’est dans cette période que se reproduisent tous les hesoins de
Fhomme, toutes les ressources qu'il tire de la nature ét de son travail. —
M. Counvor, pag. 55.
2
DES FORÈTS. 281
dence des forêts. Donnons immédiatement une notion élé-
mentaire de l'aménagement , considéré dans son but, et son
exécution.
Je possède un bois de 10 hectares que jusqu'alors J'ai ex-
ploité intégralement à chaque 10° année. Voulant convertir
ce produit périodique en révenu annuel , afin de mettre mes
ressources en harmonie avec mes besoins, je divise mon
bois en 10 fractions égales que j'exploiterai successivement
d'année à autre : l'effet de cette nouvelle disposition sera de
vermettre à chaque fragment de croitre jusqu'à 10 ans,
out en m’assurant une coupe annuelle à perpétuité.
Tel est l'aménagement des forêts, opération qui à pour
objet de remplacer la périodicité naturelle des coupes, par
leur annualité , c’est-à-dire, par un mode de succession con-
forme au mode de reproduction-de nos besoins.
Dans l'hypothèse que j'ai choisie, le temps pendant lequel
s’accomplit l'accroissement du bois est de 10 ans; c’est ce
qu’on appelle la période d’explottabilité. Cette période était
déjà fixée à 10 ans avant l'aménagement; elle est mainte-
nue au même âge par la division de la forêt en 10 fractions.
L'exploitabilité détermine donc le nombre de coupes, ou,
ce qui est la même chose, la révolution de l'aménagement.
Par la raison semblable, la révolution d’un aménage-
ment détermine le nombre de coup nuelles, et consé-
quemment l’exploitabilité. à à
Pour régler à 10 ans l’exploitabilité de mon bois, ilm'a
suffi de le fractionner en 10 coupes annuelles.
Ainsi, ces expressions : eæploitabilité ; révolution de l'a-
ménagement, nombre de coupes annuelles, sont équiva-
lentes, ou du moins présentent entr'elles une si étroite cor-
rélation que l'énoncé de l'une entraîne implicitement l'énoncé
des deux autres.
Le mot aménagement, entendu dans son acception fa plus
y
282 DE L'AMÉNAGEMENT
simple, signifie donc division d'une force en fragments
annuellement exploitables. Le nombre de ces fragments :
constitue l’exploitabilité de la force ou la révolution de son
aménagement.
Nous avons dit que l’exploitabilité la plus restreinte de-
vait embrasser un intervalle d’au moins 10 ans, c’est-à-dire
que la révolution la plus courte possible d’un aménagement
forestier est de 10 ans; et la raison que nous en avons
donnée , c’est que la production forestière n’est susceptible
de quelque emploi qu’à un âge. Si certains bois peuvent ex-
ceptionnellement fournir des produits utiles avant 10 ans,
ces produits ont une si mince valeur qu'ils ne méritent point
de fixer l'attention du forestier.
Mais si je ne puis guère régler l’exploitabilité de mon bois
au-dessous de 10 ans, j'ai du moins toute latitude pour
porter mon choix sur une période ascendante ; je puis amé-
nager à 15 ans, à 20 ans, à 30 ans, 50 ans, 110 ans, et
bien au-delà de ce dernier âge : à laquelle de ces périodes
dois-je m'arrèter de préférence à toutes les autres ?
Lorsqu'il s’agit de procéder à l'aménagement d’une forêt,
on à donc cette question à résoudre : 4 quelle exploitabilité
doit-on soumeltre la forét, c'est-à-dire, en combien de
coupes annuelles doit-on. la diviser pour qu'elle présente, à
l'avenir, toute l'utilité possible ? En d’autres termes : 4 quel
âge doit-on régler l'aménagement de telle forêt donnée pour
en obtenir le produit le plus avantageux possible?
Mais le produit d’une forêt peut être envisagé sous deux
aspects entièrement différents ; nous le considérons, ou sous
la forme matérielle de corps ligneux, ou sous la forme
" Ces fragments sont une aliquole de la contenance de la forêt, ou une aliquote
de ses produits. Cette distinction, qui a son utilité dans la pratique, est tout-à-fai'
insignifiante sous Le point de vue théorique. e =
Ë
DES FORÉTS. 283
abstraite de valeur échangeable. Nous devons donc distin-
gucr dans les forêts les produits en matière et les produits
en argent : l’ordre logique nous prescrit de consacrer un
premier chapitre à l'étude de la production en matière ,
comme étant la base de la production en argent ; celle-ci sera
l'objet d’un second chapitre, et la combinaison de ces deux
éléments formera la matière du troisième et dernier chapitre.
CHAPITRE PREMIER.
DES FORÊTS CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT DE LEURS
PRODUITS EN MATIÈRE.
La question que nous avons posée, il y a un instant, résume
en quelque sorte la science des forêts dans sa plus haute gé-
néralité. Sa solution détermine, par voie de eonséquence ,
le mode de culture et le mode d'exploitation d’une forêt ;
si cette question est résolue dans un tel sens, une impulsion
continue porte la forêt au plus haut degré de richesse , et
la transforme en un magnifique massif de futaies. Résolue
dans tel autre sens, une impulsion contraire conduit rapi-
dement la forêt à sa ruine , en la réduisant à l’état de chétifs
taillis, peut-être même de broussailles. L'objet direct de
l'aménagement est, nous l'avons dit, de constituer l’'annua-
lité des coupes ; mais les effets de cette opération sont bien
autrement importants qu’on est induit à le penser, d’après le
motif qui détermine ordinairement son exécution. Nous en
Jugerons dans le cours de ce travail.
Demander à quel âge on doit exploiter une forêt pour en
obtenir le produit Le plus avantageux , c’est demander à quel
284 DE L'AMÉNAGEMENT
degré d'accroissement il faudra s'arrêter , pour trouver dans
l'exploitation de ce bois le résultat le plus utile possible.
Or, l'observation la plus superficielle nous apprend que
l'accroissement des bois suit une marche progressive : on
sait que les arbres grossissent par la superposition des couches
concentriques produites par la végétation annuelle ; et, si l’on
suppose que ces couches sont d'épaisseur uniforme ; que la
première soit représentée par l'unité, la seconde encore par
l'unité, et ainsi des autres; le rayon d’un arbre croitra sui-
vant les nombres 1 , 2, 3, 4, 5, etc. i
Mais on sait aussi, d’un autre côté, que les solides de
même hauteur et de forme régulière , tels que des cylindres
ou des cônes, sont entr'eux comme les carrés des rayons
des cercles qui en forment les bases : ainsi, en faisant ab-
straction de l’accroissement en hauteur, on trouve que le
volume des arbres se développe suivant la loi des carrés des
nombres naturels, c’est-à-dire, suivant les chiffres 1 , 4, 9,
16, 25, 36, etc.
Lors donc que l'épaisseur des couches concentriques res-
terait uniforme, tandis que la physiologie végétale nous
montre cette épaisseur augmentant depuis l'enfance de l’ar-
bre, au moins jusqu’à l’âge adulte, il n’en serait pas moins
démontré en spéculation , comme il l’est en pratique, que
l'accroissement du volume des arbres s’opère en progression
ascendante jusqu’à un âge très reculé, peu inférieur à un
siècle pour les arbres de la moindre longévité, et fort élevé
au-dessus d’un siècle pour les arbres que la nature a doués
d'une grande force vitale.
La question de savoir à quel äge on doit régler l’aména-
gement d’une forêt, revient donc à celle-ci : Quel est le
point de l'accroissement de cette forêt qu'il est nécessaire
de saisir pour que l’exploitabilité, fixée à ce point, soit
aussi" profitable que possible ? &
DES FORÊTS. 285
La résolution du problème des aménagements exige donc,
avant tout , la détermination de la loi suivant laquelle s'opère
l'accroissement des bois. Cette loi recevra ici le nom d'É-
chelle de production de la forêt.
SECTION PREMIÈRE.
RECHERCHES ANCIENNES ‘ SUR L'ACCROISSEMENT DES BOIS.
Varennes-Fenille est le premier écrivain forestier qui ait
proclamé la nécessité d'observer l'échelle d’accroissement
d’une forêt ; pour en déduire d’une manière rationnelle les
meilleures conditions sous lesquelles peut être constitué son
aménagement , rapportons textuellement ce qu'il a dit à
ce sujet :
$ I. Exposé du Système de Varennes de Fenille.
« Aprés avoir examiné ce que les Duhamel, les Buflon
ont écrit sur la question des aménagements, il m'a paru que
les principes qu'ils avaient développés ; et les vérités qu'ils
avaient établies , ne donnaient néanmoins que des généralités
dont l’application laissait encore les forestiers dans une fa-
cheuse incertitude : aucun des auteurs n’a, ce me semble,
considéré la question particulière des taillis sous le point de
vue que j'ai saisi, lorsque je me suis proposé d'indiquer une
méthode démontrée, par laquelle un propriétaire pourra
facilement reconnaître de combien son taillis, situé en bon
1 Nous employons ce mot dans sa plus étroite acception : les premières recherches
de cette nature datent à peine d’un demi-siècle , tant la science forestière est encore
rapprochée de son berceau. .
286 DE L'AMÉNAGEMENT
comme en mauvais sol, augmente chaque année en valeur
intrinsèque.
« Le vœu de Buffon était qu'on retrouvät cette méthode.
En général, a-t-il dit, on peut s’assurer que dans les bons
terrains on gagnera à différer la coupe des bois taillis , et que
dans les terrains où il n’y a pas de fonds , il faut les couper
fort jeunes ; mais il serait à souhaiter qu’on püt donner de la
précision à cette règle, et déterminer au juste l'âge où l’on
doit couper les taillis. Cet âge est celui où l’accroissement
des bois commence à diminuer. Dans les premières années
le bois croît de plus en plus, c'est-à-dire que la production
de la seconde année est plus considérable que celle de la
premiére année. L’accroissement de la troisième année est
plus grand que celui dela seconde ; ainsi l'accroissement
des bois augmente jusqu'à un certain âge, après quoi, il
diminue : c’est ce point , ce maximum qu'il faut saisir pour
tirer de son taillis tout l’avantage et tout le profit possible ;
mais comment le reconnaître ? comment s'assurer de cet in-
stant? Il n'y a que des expériences faites en grand , des expé-
riences longues et pénibles , des expériences telles que Réau-
mur les a indiquées, qui puissent nous apprendre l’âge où
les bois commencent à croître de moins en moins. »
Le problème de l'aménagement était ainsi posé d’une
maniere nette par Buffon. L'illustre naturaliste en aperce-
vait la solution dans la découverte de ce point où les bois
cominencent à croitre de moins en moins ; mais pour trou-
ver ce point, il fallait, par des expériences positives ct sûres,
constater la marche de la végétation forestière ; tel était le
moyen de reconnaître ce terme du plus grand accroissement
annuel.
Quelles sont ces expériences indiquées par Réaumur , et
qi devaient, selon M. de Buffon, éclairer d'une si vive lumière
DES FORÈTS. 287
la question dont il s’agit? Les voici telles que les décrit Va-
rennes de Fenille
« On coupe un arpent de 10 ans , et on le pèse; 5 ans
après, on coupe un arpent à côté du premier, et on pèse
également le produit : lorsque le premier arpent à atteint
10 ans d'âge , on le coupe pour la seconde fois, puis pour
la troisième fois 10 ans après. Enfin, on coupe pour la se-
conde fois le 2° arpent, celui dont le bois ne doit être abattu
qu'à 15 ans; et, l'ayant également pesé ; on fait la compa-
raison exacte du produit d'un taillis coupé trois fois dans
30 ans, ou coupé seulement deux fois. Par là, dit Réaumur,
on sera en état de juger s'il est plus avantageux de régler les
coupes de ce terrain de 10 ans en 10 ans, ou de 15 ans en
15 ans. »
. Tels sont les moyens proposés par Réaumur, et que
M. Varennes de Fénille regarde avec raison comme impra-
ticables , et comme ne pouvant procurer d’ailleurs aucun
renseignement utile. Et en effet, sans insister sur l'im-
possibilité de réduire ce procédé en pratique, nous démon-
trerons que, füt-il d’une application commode , il ne pourrait
autoriser aucune induction sérieuse.
Supposons que l’on parvienne à déterminer exactement
le poids du taillis d’un arpent de 10 ans, de 15 ans, de
20'ans, etc. , jusqu'à 100 ans et au-delà, on n’en connaï-
trait guère mieux le volume de ce taillis. La pesanteur spé-
cifique du bois augmente depuis la naissance du tronc Jus-
qu'à l'âge de parfait accroissement ; ainsi, pour déduire le
volume : du poids , il faudrait se livrer à d’autres expériences
afin de déterminer la pesanteur spécifique des bois de chaque
C’est par le volume que le bois s’apprécie presque généralement ; le volume fait
mieux connaitre la valeur que le poids Un quintal de menu bois, de fagots, est loin
de valoir un quintal de gros bois de feu, et moins encore un quintal de‘hois d’in-
dustrie. é
288 DE L'AMÉNAGEMENT
âge. Mais ces expériences seraient d’une extrême difficulté ;
car , pour qu'il fut permis d’en tirer quelques conclusions un
peu certaines , il faudrait que leurs résultats fussent compa-
rables entr'eux, et cette condition radicale exigerait que la
pesée des bois, pour tous les arpents soumis à l'épreuve , fût
faite dans des circonstances parfaitement semblables; c’est-
à-dire que les bois fussent pesés dans le même état de dessi-
cation , et sous les mêmes influences atmosphériques. Autres
dificultés encore, la pesanteur spécifique du bois varie sui-
vant l’âge des arbres et suivant la nature des sols où ces ar-
bres ont pris leur développement : la consistance matérielle
ou le peuplement d’un bois de quelque étendue peut d’ailleurs
présenter les plus grandes dissemblances d'une partie à l’au-
tre ; en sorte que la pesée de quelques arpents ne prouve-
rait rien pour les autres fractions de la forêt, et à plus forte
raison pour un bois autre que celui où l'expérience aurait
eu lieu.
C’est donc en toute justice que Varennes de Fenille , après
avoir exposé la méthode d’expérimentation proposée par
Réaumur , en fait la critique en ces termes :
« Ce n’est pas seulement à raison de son extrême difficulté
que la méthode de Réaumur me semble peu praticable : je
crois que l'expérience, comme il l’a concue, serait insuflisante
et fautive. Et en effet : 1° si le plus haut point de crois-
sance des taillis, ce maximum que l’on cherche, ne doit se
trouver qu'entre la 10° et la 15° année, ou entre la 15° et
la 30° année, comment le reconnaître? 2° En supposant
que l'expérience eût été faite avec exactitude , qu’apprendra-
t-elle? Le meilleur aménagement du taillis exploité! c'est
bien peu pour un si grand appareil : l'aménagement d'un
taillis absolument semblable! Mais comment jugera-t-on de
leur parfaite conformité ? 3° Quel moment choisira-t-on pour
le mesurage des bois coupés et pour leur pesée? S'il est
DES FORÈTS 289
vrai, comme on n’en saurait douter, que les bois en se dessé-
chant perdent au moins le tiers de leur poids , et souvent le
quart de leur volume, et que plus le bois est en petit vo-
lume, plus le desséchement est rapide, la précision à la-
quelle Réaumur aspire est donc moralement impossible dans
l'expérience qu'il a proposée.
« Cependant, ajoute Varennes de Fenille, Bufon avait
concu et développé cette belle idée du point du plus haut ac-
croissement, de ce maximum qu'il faut saisir pour tirer d’un
taillis tout l'avantage possible. Il ne s'agissait plus que de
trouver un procédé qui mesurât cet accroissement successif ,
et à l’aide duquel on püût déterminer ce maximum par la voie
du calcul. »
Varennes de Fenille, après avoir prouvé que Réaumur à
laissé entière cette grande question de l'Échelle d'accroisse-
ment des bois, se charge de la résoudre lui-même, et, pour
parvenir à ce but, il procède de la manière suivante :
Cet auteur établit d'abord en fait qu'il y a dans l’accrois-
sement des taillis deux maximums : le maximum simple
que l'on pourrait appeler aussi le maximum physique où ab-
solu; c’est le point où l'accroissement du taillis commence
à diminuer physiquement : ce point de plus haute production
découvert par la sagacité de Buffon. Le maximum composé ;
c’est le point où le bois peut donner le plus grand produit
possible en argent, en comptant non seulement le prix de la
coupe, mais encore les intérêts de ce prix. Celte seconde
manière d'envisager la production forestière appartient ex-
clusivement à M. Varennes de Fenille. Cet auteur est le
premier qui ait fait entrer ce nouvel élément dans les dis-
cussions des questions forestières. Nous allons suivre les dé-
veloppements qu’il donne, à cette double idée, du plus grand
produit en argent.
290 DE L'AMÉNAGEMENT
IX. Détermination du maximum simple ou matériel.
M. Varennes de Fenille s'appuie sur cette proposition que
nous avons déjà énoncée, et qui est au nombre des axiomes
de géométrie : les cylindres de même hauteur sont entre
eux comme les carrés des rayons ou des diamètres de leurs
bustes ; il part de là pour déterminer l'échelle d’accroisse-
ment d’un bois donné en se servant des procédés qu'il indique
en ces termes :
: 49 On choisit un certain nombre de brins que l’on désigne
sur le terrain par des numéros indélébiles, de manière à
pouvoir les reconnaître dans tout le cours de la période qui
doit embrasser l'expérience.
20 On mesure le diamètre de chacun de ces brins à l’aide
du compas courbe, en ayant soin de prendre la mesure
constamment à la même hauteur, à 3 pieds par exemple.
39 Carrez chacun de ces diamètres, additionnez les
produits, et divisez le total par le nombre de brins choisis.
4° Divisez ensuite le quotient de la première division
par le nombre d'années du taillis ; ce dernier nombre en se-
cond quotient vous donnera la croissance moyenne du taillis
pendant les années qui ont précédé ce mesurage.
59 Recommencez la même opération, une année après,
à la même époque, comparez ce nouveau résultat avec le
précédent, et vous connaïtrez l'accroissement du taillis pen-
dant cette dernière année.
6° Continuez d'année ‘ en année les mesurages jusqu'à ce
r Il est essentiel aussi de ne point mesurer le grossissement lrop prèt de la sou
che, parce que dans cette partie de l'arbre les couches concentriques sont très irrégu-
lières , et que la tige présente des inégalités plus ou moins saillantes suivant la direc-
tion des racines : cette observation prouve la difficulié de ces mesurages, et le peu
d’exactitude de leurs résultats, — M, n£ Sazomox, pag. 48.
DES FORÉTS. 291
que le calcul prouve qu'il n'y a plus de différence entre le
dernier accroissement et l’accroissement moyen pour toutes
les années précédentes; alors ce taillis sera parvenu à ce
point ; à cet mstant, passé lequel il n°y aurait plus que de la
perte à différer la coupe.
Cette méthode est spécieuse, et pourtant elle est bien in-
férieure en exactitude à celle. de Réaumur : celui-ci veut
constater les degrés d'accroissement du bois par des pesées ,
c'est-à-dire par des procédés rigoureux; et toutefois comme
Varennes-Fenille l'a proclamé lui-même, des expériences
de cette forme sont impossibles à réaliser , et de plus ne peu-
vent procurer aucune conclusion positive. Maintenant Va-
rennes-Fenille propose , à son tour, une méthode non moins
difficile dans l'application, et beaucoup plus incertaine dans
les résultats que les précédentes , puisqu'elle repose sur une
donnée fausse : que le bois ne croît qu'en grosseur. Varennes-
Fenille, pour ne pas s'engager dans des calculs trop com-
pliqués , a fait abstraction de l’accroissement en hauteur, en
sorte que si sa première expérience porte sur un taillis de
10 ans, et la dernière sur un taillis de 40 ans, il ne compte
pour rien toute la hauteur acquise dans l'intervalle d'un de
ces âges à l’autre; c’est-à-dire qu'il ne saisit que la plus pe-
tite partie, que la moindre face de l’objet soumis à son ex-
périmentation , expérimentation sujette d’ailleurs à une foule
d'erreurs dont les principales sont :
1° Que la plupart des brins d’un taillis ne présentent qu’une
configuration irrégulière, qui ne permet nullement de leur
appliquer les principes de la stéréométrie ou de la mesure
précise des corps.
2° Le mesurage annuel des brins d'un taillis serait un
travail immense, si on l’exécutait sur une certaine échelle ;
et ce serait un travail de nulle valeur , si le mesurage n'em-
brassait que de petites surfaces, parce qu'alors on aurait à
292 DE L'AMÉNAGEMENT
déterminer de grands résultats, d’après de petites données :
mode de raisonnement contraire aux plus simples règles de
la logique.
= 3° Une foule de brins de forme irrégulière échapperaient
à l’expérience : ainsi le mesurage ne déterminerait que les
progrès du grossissement de quelques brins, mais non de la
forêt.
49° Varennes-Fenille attache la plus grande importance à
bien déterminer ce point culminant de l'accroissement des
taillis , parce qu'il suppose que c’est à ce point que la forêt
donnera le plus grand produit possible en matière ; mais il
a négligé l'élément le plus considérable des forêts : la futaie
sur taillis, dont le produit, si cette futaie est convenable-
ment traitée , peut former les deux tiers ou les trois quarts du
revenu de la propriété.
50 L'accroissement des bois est sujet à de fréquentes ano-
malies , soit passagères comme celles qui résultent d’un acci-
dent météorique (un été sec et brülant par exemple , ou un
hiver d’une excessive rigueur); soit persistantes, comme celles
qui sont l’effet de la variabilité des couches de terre végétale.
Que les racines d’un bois viennent à pénétrer dans une cou-
che infertile , la végétation se ralentit aussitôt ; et, lorsque
ces racines seront parvenues après une certaine suite d’an-
nées à une couche plus riche en principes nutritifs , l’accrois-
sement reprendra une nouvelle vigueur, pour éprouver
peut-être bientôt un nouveau ralentissement.
6° L'expérience a constaté que des éclaircies, opérées
successivement dans un bois, ont pour effet d'imprimer de
l'accélération au grossissement des brins qui survivent à
cette opération. Le mesurage de Varennes-Fenille , supposé
fait une année avant l’éclaircie, accuserait le déclin de lac-
croissement ; tandis qu'une année plus tard, il révélerait au
DES FORÈTS. 293
contraire un progrès rapide : à laquelle de ces deux indica-
tions opposées devrait-on s'arrêter ?
Concluons que les mesurages de Varennes-Fenille ne pour-
raient fournir que des données très incomplètes et excessi-
vement douteuses , lors même que ces expériences ne seraient
pas matériellement inexécutables.
Cependant la pensée de Buffon n’en est pas moins juste ,
en ce sens, que la détermination du plus grand accroisse-
ment moyen est, en effet, une importante donnée au pro-
blème de l'aménagement des forêts. L'homme de génie avait
signalé le point saillant de la question ; mais nous venons de
voir que ni Réaumur, ni Varennes-Fenille , n’ont donné le
moyen de reconnaître ce terme du plus grand accroissement.
Ces deux auteurs ont laissé le problème tel que l’a posé le
célèbre naturaliste.
LL. Détermination du maximum composé ou pécuniaire.
Ê]
Varennes de Fenille expose, comme il suit, ses idées sur
ce second sujet :
c Un propriétaire ne coupe pas toujours son bois pour le
consommer ; plus ordinairement il ne l’abat que pour le
vendre. S'il diffère d’un an, il perd l'intérêt du prix de la
vente pendant un an ; et s’il diffère pendant plusieurs années,
ces intérêts s'accumulent et deviennent considérables. IL est
donc question de s'assurer, par le moyen du calcul, si la
mieux-value qu'il obtiendra en différant sa coupe, le dé-
dommagera surabondamment de la perte qu'il est dans le
cas de faire sur les intérêts, et comment il doit agir en éco-
nome attentif. »
Varennes-Fenille entre ensuite dans des calculs très dé-
veloppés, desquels il tire cette singulière conclusion, que tout
excellent que soit un terrain , le maximum utile pour le pro-
e
294 DE L'AMÉNAGEMENT
priétaire de bois qui vend ses coupes et ne les consomme pas
lui-méme, ne se prolonge pas au-delà du terme de 21 ans,
à moins, ajoute-t-il, qu'au moyen d'éclaircies , le grossisse-
ment après 21 ans, loin de se ralentir, augmentät.
Mais remarquons que l’éclaircie des taillis et des bois en
général est une amélioration d’une pratique si simple et d’une
eflicacité tellement manifeste, qu'elle doit entrer de prime
abord dans les combinaisons de tout propriétaire qui cherche
a tirer de son bois le parti le plus avantageux.
Or, puisque l'éclaircie des bois, cette condition première
de tout système d’exploitation un peu perfectionné, peut
avoir la puissance d'annuler la valeur des calculs de Varennes-
Fenille, et que, d'un autre côté, plus le bois avance en âge,
plus l'effet des éclaircies doit être sensible sur l’accroisse-
ment, au moins jusqu'à un terme fort reculé; il s'ensuit
qu’au lieu de devoir être coupé à 21'ans, le bois que l'on
veut traiter en vue d'en obtenir Le produit le plus avantageux
possible , pourrait être conduit à l’état de futaie, au moyen
des éclaircies exécutées périodiquement.
Telle est la conséquence finale à laquelle on arrive en
pressant un peu les raisonnements de cet auteur , c'est qu'un
bois traité par les éclaircies, c’est-à-dire par la méthode
que doit adopter immédiatement un propriétaire qui veut
réaliser quelques progrès, ne donne le maximum composé,
qu'à un âge très reculé , âge qu’au surplus Varennes-Fenille
ne précise point. En dernière analyse, un auteur a laissé la
question de l'aménagement des forêts dans le vague et l’in-
décision où il l'avait trouvée. Et pourtant, de l'exposé d’un
système qu'il a pris presque soin de combattre lui-même, il
üre deux corollaires importants, dont le premier est juste,
et dont l’autre n’est vrai que partiellement; ces corollaires
sont : : ,
1° Que, dans l’état actuel des choses, la consommation de
DES FORÈIS. 295
matière ligneuse excède la production, et qu’on ne peut les
mettre en équilibre qu’en coupant les bois de l'État, lorsqu'ils
ont atteint le plus haut point d’accroissement physique, le
maximum simple.
2° Un propriétaire qui vend ses bois, doit, pour en tirer
le meilleur parti possible, les exploiter, lorsqu'ils sont arrivés
au maximum composé; mais celui qui les consomme en na-
ture, doit, dans son intérêt, en reculer la coupe jusqu'à l’épo-
que où ils ont acquis leur maximum simple.
Pour ramener ces propositions à leur plus simple expres-
sion , on peut les énoncer comme il suit :
4° Les forêts de l’État doivent être aménagées au maximum
simple.
2° Celles des particuliers qui vendent leurs coupes, au
maximum composé.
3° Celles des particuliers qui consomment leurs bois , au
maximum simple, de même que les forêts de l'État.
On n’apercoit aucun motif à cette singulière distinction
que Varennes-Fenille établit entre les propriétaires vendeurs ,
et les propriétaires consommateurs : dans l’une et l’autre hy-
pothèse de la vente, ou de la consommation directe, ne
s'agit-il pas de disposer d’une valeur échangeable ; suscep-
tible d'être représentée par une même quantité de signe
monétaire ? On peut très bien supposer que le consommateur
vend d’abord sa coupe pour réaliser son revenu annuel,
tout comme fait l’autre propriétaire , et qu’ensuite il dispose
de ce revenu pour acheter le bois que réclame sa consom-
mation. Ainsi, ces deux classes de propriétaires se trouvent
dans des positions parfaitement identiques; seulement l'emploi
du revenu se fait de telle facon par l’un, et de telle façon
par l’autre ; mais il y a similitude entr’eux quant au produit
à obtenir de la forêt, et dès lors il n’y a pour tous deux
qu'un moyen de tirer le meilleur parti de cette forêt; tous
T. I 20
296 DE L'AMÉNAGEMENT
les propriétaires particuliers, soit qu'ils vendent, soit qu'ils
consomment les produits de leurs coupes, doivent donc amé-
nager leurs bois d’après les mêmes principes. Ce sera , selon
Varennes-Fenille, ou au maximum simple ou au maximum
composé; mais auquel de ces deux buts doit-on tendre de
préférence ? Voilà une question devant laquelle s'arrête la
théorie de notre auteur, et cette question constitue justement
le problème dont il avait annoncé la solution.
Toutefois, M. Varennes de Fenille, voulant tirer une con-
clusion positive du système qu’il a exposé ; émet une opinion
dont on n’apercoit point le rapport de connexité avec les pro-
positions antécédentes ; c’est que si les particuliers doivent
couper à 21 ans ‘ leurs bois situés en bons fonds , le gouver-
nement ne s’écarterait pas beaucoup du maximum d’accrois-
sement en réglant à 30 ans la coupe des taillis situés sur des
terrains semblables. Il est très vrai que c’est à ces âges que
sont aménagés le plus communément les bois des particuliers
et ceux de l'État ; mais ce fait statistique , que Varennes de
Fenille présente comme une confirmation de ses principes ;,
n’est nullement expliqué par sa théorie.
$ IV. Système de M. de Perthuis.
Après Varennes-Fenille , la plus grande autorité que nous
puissions citer en matière d'aménagement, est M. de Per-
thuis : celui-ci établit , par des expériences multipliées , que
les aménagements prolongés sont les plus avantageux sous le
rapport des produits en matière ; il énonce encore une vérité
qui n’est que la conséquence , presque la répétition de la pre-
1 M. Varennes de Fenille s’exprime ainsi : « À supposer qu’un taillis croisse d’une
manière uniforme, le maximum composé , le plus haut point d’accroissement utile
que l’on cherche se trouve à la fin de la 21° année, puisqu’en ne coupant qu’à la 22€,
on commence à être en perle. »
DES FORÈTS, 297
mière proposition : c'est que les produits en argent des forûts
sont d'autant plus considérables , que l'accroissement à été
plus reculé ; mais l’auteur ne s’est point occupé de la consi-
dération de l'intérêt de l'argent , considération très grave et
presque toujours décisive dans la solution du problème.
Varennes-Fenille fonde son système sur la mesure annuelle
de la circonférence des brins du taillis : mesure qui lui sert
à trouver le point où le grossissement moyen est arrivé à son
apogée; de Perthuis a établi le sien sur l'accroissement en
hauteur : cette dernière méthode consiste dans l'inspection
des pousses annuelles ; et c’est d’après des observations faites
en ce sens que l’auteur croit pouvoir diviser les bois en sept
classes , qui ont été réduites à cinq par M. de Perthuis fils.
Dans ce système, l’aménagement du taillis de première
classe est fixé à 20 ans ; de la seconde classe, à 30 ans ; de
la troisième classe, à 35 ans; de la quatrième classe, à 40 où
50 ans ; de la cinquième classe, à 59, 60 et 70 ans, suivant
les essences qui dominent.
Rien de plus gratuit et de moins motivé que cette classifi-
cation qui marche par périodes décennales , et qui s'arrête ,
on ne sait pourquoi , à 70 ans. D'un autre côté , la considé-
ration des pousses terminales est absolument chimérique :
ces pousses peuvent ètre arrêtées, en certaines années, par les
plus légers accidents atmosphériques. On peut remarquer ,
d’ailleurs , qu'au-delà d’un certain âge , les arbres ne crois-
sent plus ou presque plus en hauteur , et que c’est justement
à cette époque que leur grosseur se développe le plus sensi-
blement. 11 suit de là que l'accroissement des arbres en hau-
teur ne donne point la mesure du volume acquis, puisque le
volume continue à être progressif lorsque la hauteur est de-
venue stationnaire. Ainsi la longueur des pousses terminales
est aussi inutile à connaître qu'impossible à rnesurer.
298 DE L'AMÉNAGEMENT
$ V. Quelques autres opinions sur la marche de
l'accroissement des bois.
Nous réunirons sous ce titre quelques opinions qui , sans
revêtir comme les précédentes la forme d’une théorie , se
recommandent cependant à l'attention des forestiers , sinon
par leur mérite intrinsèque , au moins par le nom de leurs
auteurs. Nous reproduirons presque textuellement l'analyse
qu'en a donnée le laborieux M. Baudrillart dans son Diction-
naire des forêts , volumineuse compilation qui a rendu à la
science et doit lui rendre encore de très grands services :
« M. Fontaine met au nombre des causes qui ont con-
couru au dépérissement des forêts , l'usage de couper les
bois trop jeunes ; il en rappelle tous les inconvénients ,
dont les plus remarquables sont de n’obtenir que du fa-
gotage , point de bois de chauffage, point de futaie , point
de bois de service ; parce que les brins qu’on réserve dans
les coupes de très jeunes taillis, étant une fois isolés, ne s’é-
lèvent plus et ne produisent que des branches latérales :
l'âge de 35 à 40 ans lui parait ètre, en général, l’époque la
plus favorable pour exploiter les taillis ; plus tard , le recru
serait. trop clair, lent et difficile. Cependant il pense que
les taillis de charme pourraient n'être coupés qu'à 45 ou
50 ans.
« M. Dralet infere de toutes ses remarques sur l’aména-
gement des bois, que la période de 20 à 25 ans est celle
qui, dans tous les temps, a paru convenir au plus grand
nombre des forêts, c’est-à-dire à celles qui sont assises
sur des terrains de médiocre qualité; l’âge de 35 à 40 ans
parait à M. Dralet convenir assez généralement à la coupe
des taillis où domine le charme.
« Il pense, au surplus, que les taillis de chätaigniers
DES FORÈTS. 299
doivent être coupés à 5, 6 et 7 ans; que l’âge de 10 ans
convient aux bois situés dans les terrains où il n’y a pas
de fond; enfin, les âges de 15, 16 et 18 ans auxquels
M. Defroidour avait aménagé les forêts de la généralité de
l'Ile-de-France, lui paraissent avoir été sagement déter-
minés. »
Voici maintenant les inductions que M. Baudrillart tira de
tous ces apercus :
« Il paraît que l'aménagement de 20 à 30 ans est celui
qui réunit le plus de suflrages pour la plupart des taillis
de la France, et qu’il ÿ a fort peu de terrains qui ne puis.
sent nourrir le bois jusqu'à 20 ans. Ce dernier âge serait
donc le moindre terme auquel il serait permis de fixer la
coupe des taillis dans les terrains de faible qualité; et on
devrait porter l'aménagement des autres taillis jusqu’à 25,
30, 40, 50 ans et plus, selon que les terrains s’éloigne-
raient davantage de cette faible qualité. »
Enfin, Baudrillart termine en disant que « de ces obser-
vations naissent deux vérités incontestables : la première ,
c'est que les aménagements à longs termes sont infiniment
plus avantageux à l’approvisionnement en bois de toute
espèce que les aménagements fixés à des âges bornés ; la
seconde, c’est que les particuliers ne pouvant en général
différer leurs coupes jusqu’à 25, 30 et 40 ans, leurs bois
sont moins utiles à la consommation générale que les bois
de l'État et ceux des communes dont les coupes sont beau-
coup plus retardées. »
$ VI. Résumé de ce qui précède.
On ne connaît guère jusqu'à présent, sur la matière des
aménagements , que deux systèmes un peu complets : celui
de Varennes-Fenille , qui repose sur Ja mesure des accrois-
300 DE L'AMÉNAGEMENT
sements successifs en grosseur , et celui de Perthuis ,; qui a
pour base l’alongement annuel des pousses terminales ; on ne
peut méconnaitre la supériorité de la première conception
sur la seconde , et toutefois ; pas plus que celle-ci, la pre-
mière ne donne la solution du problème ; seulement elle con-
sacre un apercu qui avait justement frappé M. de Buffon.
Nous verrons, en effet, plus loin que cet apercu est d’une
véritable importance; mais nous reconnaïtrons en même
temps qu'il ne touche qu’à une des faces de la question.
Après avoir récapitulé tout ce qui a été dit de plus saillant
par les auteurs francais sur la question des aménagements ,
nous croyons pouvoir émettre cette pensée : que, malgré les
travaux de MM. Varennes de Fenille et de Perthuis, la
théorie de l'aménagement des forêts est encore à créer ; tout
ce qu'il est possible d’inférer de ce qui a été écrit sur cette
matière, c'est que les auteurs, au milieu d'idées fort diver-
gentes , sont à peu près d'accord sur ce point; que les amé-
nagements prolongés sont favorables à la production en na-
ture; mais, du reste, toutes les opinions que nous avons
rapportées plus haut ne jettent pas le moindre jour sur cette
question que nous nous sommes proposés de résoudre : 4 quel
âge doit-on régler l'exploitabilité d'un bois donné pour en ti-
rer le produit le plus utile ? Qu'il nous soit permis d'essayer
la solution de cet important problème ; heureux si nous par-
venons du moins à faire pénétrer quelques rayons de lumière
dans un sujet si obscur encore !
6 VII. Position de la question générale.
Pour réduire l’énoncé de cette question à des termes sim-
ples et précis, nous supposerons un bois dont l’exploitabilité
soit réglée à 10 ans, âge au-dessous duquel la production:li-
gneuse ne présente aucun intérêt au forestier , puisqu'elle est
DES FORÈTS, 301
encore dénuée de valeur réelle : on demande lequel est le
plus avantageux ou de maintenir l'exploitabilité à l'âge de
10 ans , ou de la reculer jusqu'à 15, 20, 30 , 100 ans et
même plus.
La question exprimée sous cette forme revient à celle de
savoir s’il est plus avantageux de laisser croître un bois Jus-
qu'à 20 , 30 ou 100 ans et plus, que de l’exploiter à 10 ,
15 ans ou tout autre âge inférieur : c’est, en d’autres termes,
demander s’il est plus avantageux de prolonger encore pen-
dant 30, 50 ou 100 ans l'accroissement d’un produit qu’on
pourrait recueillir à une époque mensuelle ou prochaine.
Ce bois, lorsqu'il est parvenu à 10 ans, présente une ré-
colte de dix feuilles progressives : vaut-il mieux attendre 5 et
10 ans encore, c’est-à-dire, vaut-il mieux laisser croître le
taillis sans y toucher jusqu’à ce qu’il ait atteint 15, 20 ou
30 ans, ou tel autre âge plus élevé ?
Un bois, dont on ajourne ainsi l'exploitation, peut être très
justement comparé à un capital auquel on joindrait les inté-
rêts annuels pendant une période plus ou moins longue. Ce
bois est une sorte de capital vivant qui s'accroit spontané-
ment : la nature seule opère cet accroissement qu'on ne re-
marque dans aucune autre classe de capitaux , qui ne peuvent
en général prendre du développement que par l'intervention
de l’homme, et encore existe-t-il une différence tranchée à
cet égard entre les bois et les autres immeubles : le concours
de l’homme ne peut communiquer à aucun fonds territorial
cette faculté d’accroissement dont jouissent les immeubles-
forestiers. Un champ, un pré ; une vigne, sont perpétuelle-
ment réduits à n’offrir qu'un fonds dépourvu de récolte ou
enrichi seulement de la récolte de l’année ; le produit d'une
année ne se superpose point aux récoltes épargnées dans les
années précédentes. L'immeuble reste stationnaire, tandis
que dans le bois on voit les produits s’accumuler d'année en
302 DÉ L'AMÉNAGEMENT
année, à mesure qu'un accroissement de plus vient s'ajouter
aux produits épargnés précédemment ; et, ainsi que nous l'a-
vons vu plus haut, l'accroissement est progressif, c’est-à-dire
marche par des degrés de plus en plus sensibles. Il en résulte
que le capital d’une forêt s’accroît suivant une progression
ascendante ; mais quels sont les termes successifs de cette
progression? dans quel rapport s'accomplit son développe-
ment ? En d’autres termes : quelle est l'échelle de production
d'une forêt donnée ? Jusqu’alors nous n'avons trouvé nulle
part la réponse à cette question.
Nous pouvons donc établir une assimilation parfaite entre
une forêt dont on recule ainsi l'exploitation et un capital au-
quel on joint, chaque année, les intérêts échus. Dans l’un et
l’autre cas, il y a accumulation d'intérêts ou de fruits, et ac-
cumulation progressive ou composée , puisque le produit an-
nuel devient toujours plus considérable pour l’un comme
pour l’autre capital : seulement nous apercevons ; quant au
capital forcé, une limite nécessaire à son développement ;
cette limite est Ia cessation d’accroissement du bois, limite
qui toutefois est tellement reculée en général, que nous pou-
vons dire avec vérité que l'accroissement d’un capital de cette
nature peut se continuer indéfiniment.
Ainsi, la question que nous avons posée plus haut, celle de
savoir s’il convient mieux d'exploiter un bois à 20, 30 ans
qu'a 10 ans, est exactement l'équivalent de celle-ci : Faut-il
mieux laisser les intérêts d'un capital monétaire s'accumu-
ler pendant encore 10 ou 20 ans , plutôt que de toucher au-
jourd'hui les annuités déjà échues ?
Mais ne voit-on pas immédiatement qu’une pareille ques-
üon nest plus du ressort de la science forestière ? c’est une
question d'économie publique ou privée. Demander s'il vaut
mieux laisser grossir une accumulation d'intérêts que de per-
cevoir instantanément l'accumulation déjà réalisée pour l’ap-
DES FORÊTS. 303
pliquer à la satisfaction de nos besoins, c'est demander s’il
vaut mieux épargner un revenu que le consommer; mais
cette question est oiseuse , ou plutôt elle est sans objet. Les
notions les plus simples de l’économie politique nous appren-
nent, en effet, qu’un revenu épargné est toujours une richesse
créée. Il est donc évident que, dans tous les cas, cette ques-
tion doit se résoudre par l’aflirmative : il vaut mieux créer des
richesses nouvelles que consommer celles que l’on possède.
Il est donc plus avantageux de laisser s’agglomérer les pro-
duits annuels d’un bois’, que de les recueillir ; puisqu'il en
doit résulter une augmentation de richesse.
Mais pour augmenter sa richesse, il faut se trouver dans
une position particulière : c’est d’avoir plus de revenus que
de besoins ; c’est d’avoir un excédant de ressources. Alors le
propriétaire d’un bois pourra laisser son immeuble se déve-
lopper librement jusqu'à ce qu'un besom extraordinaire se
fasse sentir ; et si ce besoin ne se manifeste point, jusqu'à ce
que Le capital ait atteint la limite extrême de son accroisse-
ment, c'est-à-dire jusqu'à ce que le bois soit arrivé à l’état de
futaie sur le retour.
Ainsi , à s’en tenir à ce premier point de vue , les bois des
propriétaires riches devraient être conduits à l’état de futaie ;
quant à ceux des propriétaires à revenus modiques , l’exploi-
tabilité serait subordonnée à l'éventualité de leurs besoins :
elle serait variable comme leur position ; c’est-à-dire qu'à l’é-
gard de ces bois, il n’existerait aucune autre règle que celle
de subvenir au besoni réel ou factice des propriétaires.
Tout ce que la science forestière pourrait inférer de cette
manière de considérer la question des aménagements ; se ré-
duirait à peu près à cette maxime : Un propriétaire doit
laisser croître ses bois jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à l'etat
de futaie , ou jusqu'à ce qu'il éprouve le besoin d'en recueil-
304 DE L'AMÉNAGEMENT
Lir le produit *. Une pareille solution qui reviendrait à dire :
Ne coupez vos bois que quand vous sentirez le besoin d'en
réaliser la valeur, ou que quand ils auront cessé de croître ,
exprimerait un conseil bien superflu , et serait d’ailleurs un
bien mince élément scientifique.
Toutefois l’insignifiance de cette solution ne tiendrait-elle
pas à ce que le problème a été énoncé en termes vagues et
sous une forme trop générale ? En demandant à quel âge on
doit couper un bois pour en tirer le parti le meilleur possi-
ble , nous avons posé une question indéterminée; c’est-à-dire,
pour parler le langage du géomètre, un problème qui ren-
ferme plus d'inconnues que de données , ce qui , par consé-
quent , est insoluble. Essayons actuellement de diviser la
question générale en deux questions spéciales ; peut-être ob-
tiendrons-nous alors la solution de chacune de celles-ci.
Nous demanderons 1° à quel âge il convient d’exploiter
un bois, pour que le produit de l'accumulation ligneuse soit le
plus élevé possible ; 2° à quel âge il convient d'exploiter un
bois, pour que le produit de l'accumulation pécuniaire soit le
plus élevé possible.
On voit, au premier coup-d’œil , que la solution de ces
deux questions exige une connaissance préliminaire qui nous
manque : celle de la loi, suivant laquelle s'opère l’accroisse-
ment successif des bois; toutefois , supnosons un moment
que cette loi nous est donnée par l'expérience , et voyons com-
* Ja règle générale, posée par les anciens forestiers, était celle-ci : Coupez un tail-
lis aussitôt qu’il donne des signes de dépérissement; exploitez une futaie aussitôt
quelle est parvenue en maturité. Rien de plus vague et de plus inapplicable qu’un
tel principe ; car un taillis présente à tout âge des brins dépérissants et des brins qui
croissent avec force. Ceux-ci étouffent les autres. Si on voulait abattre ces taillis aus-
sitôt qu’une partie des brins dépérissent , il faudrait les couper avant l’âge de 40 ans ;
si lon veut, au contraire, les conserver tant que les brins principaux prospéreront ,
iln’est point de laillis qu'on ne puisse élever en haute futaie. — Maison Rustique du
XIXe siècle ; pag. 80, Noinor aîné.
DES FORÈTS. 305
ment nous pourrons nous en aider pour résoudre les deux
questions dont il s’agit :
PREMIÈRE QUESTION SPÉCIALE.
A quel âge devra-t-on fixer l’exploitabilité d’un hectare de
I S P
bois qui offre l'échelle d’accroissement suivante, laquelle
; 1aq
exprime, en mètre cube plein ou sans interstice, le produit
qu'il donnerait en hectare s’il était exploité aux âges sui-
vants ?
MÈTRES CUBES.
A 10 ans, l'exploitation donnerait un produit de 12
A 20 ans ;, 2» de 30
A 30 ans, D de 51
À 40 ans, » de 76
A 50 ans, » de 100
À 60 ans, » de 108
A 70 ans, » de 112
La production de ce bois est donc croissante, mais par
degrés inégaux jusqu’à l’âge de 70 ans; elle serait encore
ascendante probablement jusqu'à un âge beaucoup plus re-
culé; toutefois, bornons-nous à cette série de degrés d’ac-
croissements, et cherchons à déterminer quel est le plus
utile.
Le plus utile sera évidemment celui qui présentera le pro-
duit le plus élevé dans un intervalle donné. Ainsi, pour com-
parer entr'eux ces accroissements, il faut les rapporter tous
à la même durée ou au même espace de temps ; par exemple,
à une année, c’est-à-dire à l'unité de temps. L’exploitabilité
la plus avantageuse sera , sans contredit , celle qui offrira le
produit le plus considérable pendant cette unité de temps.
Si nous divisons chacun des accroissements successifs que
constate l'échelle de production par l'âge correspondant à
306 DE L'AMÉNAGEMENT
chaque degré d’accroissement, nous trouverons le terme
moyen de chaque progression ; ces termes moyens vont être
indiqués dans le tableau ci-dessous :
TABLEAU HYPOTHÉTIQUE
Indiquant l'accroissement d'un hec. de recru.
QUOTIENT PRODUIT
de la division du produit | annuel moyen en argent,
de chaque période par sa à raison de 20 fr.
durée, ou produit annuel le mètre cube
et moyen en matière.
SUCCESSION PRODUIT
des correspondant
périodes à chaque
d’àäge. période.
mc 20/000
50
1
1
I
1
2
1
1
Les 3° et 4° colonnes de ce tableau désignent en matière
et en argent le produit moyen de chaque période pour une
année. Ainsi, l’exploitabilité à 10 ans ne donnerait qu'un
mètre cube et 20/100 , ou 24 fr. par an; tandis que l’ex-
ploitabilité à 40 ans donnerait 1 m. 90 c. , ou 38 fr. L’ex-
ploitabilité à 50 ans , 2 mèt. cub. , ou 40 fr. ; et l’exploita-
bilité à 70 ans, 1 mèt. cub. 60/100 , ou 32 fr.
On voit immédiatement que la plus avantageuse de ces
exploitabilités est celle que l’on fixerait à 50 ans , puisque
c’est à cet age que correspond le produit moyen le plus élevé.
Conséquemment, c’est à 50 ans que doit être réglée l'exploi-
tabilité de ce bois pour que sa production soit un maximum :
au-delà de cet âge , comme en decà , la production annuelle
serait inférieure à celle qu’on obtient à 40 ans.
Ce problème, posé par M. Buffon, se trouverait ainsi réso-
lu ; on pourrait fixer par un calcul précis l'âge auquel on
DES TORÊTS. 307
doit couper les taillis pour que leur produit dans un temps
donné soit le plus élevé possible ; mais il faudrait, avant tout,
établir l'échelle d’accroissement des forêts , cette échelle
que M. Varennes de Fenille veut trouver dans la mesure des
grosseurs ; et M. de Perthuis dans la mesure des hauteurs.
Nous avons vu que ces deux procédés seraient aussi inefficaces
qu'impraticables : ce qu’il importe de connaître, c’est le pro-
duit ou volume matériel du bois à ses différents âges ; afin
d’en conclure l'échelle de production d’un bois donné, et par
suite le maximum simple que M. Varennes de Fenille a vai-
nement cherché, ou du moins dans la détermination duquel
il s’est étrangement mépris ;, ainsi que nous le verrons
bientôt.
DEUXIÈME QUESTION SPÉCIALE.
Nous avons trouvé tout-à-l’heure que c’est la période de
40 ans qui donne l’accumulation forestière la plus utile; il
en résulte la conséquence , qu’au lieu de couper à 10 ans le
bois qui nous occupe , on devra le laisser croître jusqu’à
50 ans, c'est-à-dire qu'il faudra prolonger l’accumulation
forestière pendant encore 30 années , pour que le produit
annuel-moyen de cette accumulation soit le plus élevé possi-
ble. En eflet, à l'expiration de la période de 40 ans, l’exploi-
tation donnera un produit qui, étant réparti sur les 40 années,
sera de 2 mètres cubes ou de 40 f. par an ; tandis que ce pro-
duit (exprimé simplement en argent) ne serait que de 24 f.
dans l’exploitabilité à 10 ans , et de 32 f. dans l’exploitabi-
lité à 70 ans. Finalement, il faut que l'accumulation forestière
parcoure la période de 40 ans , pour que son développement
réduit à l’annualité soit un maximum.
Cependant si, au lieu d'attendre encore pendant 30 ans
le produit de mon bois ; je livrais à l'exploitation la coupe
308 DE L'AMÉNAGEMENT
âgée présentement de 10 ans , je recueillerais un premier
produit pécuniaire susceptible d’accumulation par les intérêts;
j'aurais , dans 10 ans, un second capital qui viendrait se
joindre au premier ; dans 20 ans, je recueillerais le troisième
produit ; enfin dans 30 ans , ou au bout de la période de
40 ans, le résultat d’une quatrième exploitation viendrait
grossir encore l’agglomération de tous mes produits anté-
rieurs : or , il nous importerait beaucoup de savoir si cette ac-
cumulation de capitaux pécuniaires avec les intérêts composés,
ne serait pas d'une valeur plus importante que l'accumulation
matérielle de 40 feuilles, oude 40 accroissements progressifs.
Pour résoudre cette nouvelle question, il faudrait connaître
la loi qui préside à accroissement successif des bois , en
d’autres termes à l'accumulation forestière , de même que
nous connaissons la loi qui préside à l'accroissement des ca-
pitaux pécuniaires ;, c’est-à-dire le taux de l'intérêt.
Ceci nous amène à établir un parallélisme , un rapproche-
ment entre l'accumulation forestière proprement dite et l’ac-
cumulation des valeurs pécuniaires : rapprochement qui n’est
autre chose que le problème du maximum composé, dont
Varennes-Fenille a cherché , mais n’a pas trouvé la solution.
La première des questions que nous venons d'examiner à
pour but de nous apprendre à quel age il faut régler l’exploi-
tabilité d’un bois pour en tirer le plus grand produit en ma-
tière, ou en argent, mais abstraction faite des intérêts. La
deuxième question a pour objet de trouver le moyen de déter-
miner l'exploitabilité qui peut procurer le plus grand produit
possible en argent eu égard aux intérêts. La combinaison des
réponses que comportent ces deux questions serait la solution
complète du problème que nous avons posé tout d’abord : 4
quel âge doit-on fixer l'exploitabilité d’un bois pour en tirer
le produit le plus avantageux possible ?
Mais nous avons vu que, pour résoudre l'une et l’autre
DES FORÈTS. 309
des deux questions précédentes, il est indispensable de déter-
miner préliminairement la marche de l'accroissement des
bois , ou l'échelle de la production forestière.
SECTION DEUXIÈME.
RECHERCHES MODERNES SUR L'ACCROISSEMENT DES BOIS,
Baudrillart s’est exprimé dans les termes suivants sur le
sujet qui nous occupe : « Il n’est aucune partie de l'économie
forestière sur laquelle on ait fait autant d'expériences que sur
l'accroissement des taillis, et sur laquelle aussi on ait pré-
senté des résultats plus variés. Que l'on consulte les ouvrages
de tous les naturalistes et de tous les physiciens qui se sont
occupés de cet objet, on verra que les résultats qu'ils ont
présentés diffèrent entr’eux d’une manière quelquefois éton-
nante ; cela tient, sans doute, au mode suivi dans ces expé-
riences, aux localités où elles ont été faites, à la consistance
plus ou moins serrée des taillis, et à d’autres circonstances
particulières qui n’auront pas été bien appréciées. »
Comment , en effet, n’existerait-il pas de choquantes dis-
parates entre les résultats obtenus ? La production varie selon
la nature des fonds, celle des essences, l’état du peuplement
ou ses proportions , et selon que le climat est sec ou humide,
froid ou tempéré , toutes circonstances qui peuvent à la ri-
gueur se résoudre en une seule , Le degré de fertilité du sol ;
ainsi , pour’ que des expériences fussent concordantes , ou
au moins comparables entr’elles , il faudrait qu'ils eussent
lieu sur des sols du même degré de fertilité , et de plus sur
des forêts soumises à des traitements semblables. Pour s’en-
tendre , on devrait donc commencer par établir une classifi-
cation des forêts d’après la force productrice du sol. Cette
310 DE L'AMÉNAGEMENT
classification ; à laquelle les anciens auteurs français n'ont
point songé , à été faite en Allemagne , ce pays où nous
sommes obligés d’aller chercher des exemples , lorsque nous
voulons citer des expériences aussi bien dirigées que soigneu-
sement exécutées.
Le plus célèbre des forestiers allemands , M. Cotta, a
publié le résultat de ses observations sur les produits en ma-
tière des principales essences de bois qui croissent dans ce
pays , aussi bien qu'en France. Il a dressé , à ce sujet , des
tables d’un haut intérêt, qu’il a fait précéder de quelques
explications dont nous croyons convenable de placer ici une
analyse.
« Les produits en matière d’une forêt dépendent :
« 1° De la fertilité du lieu où les bois végètent ;
« 2° Du nombre d'arbres qui se trouvent sur une étendue
déterminée ;
« 3° De la constitution physique de ces arbres ;
« 4° Du traitement auquel ils sont soumis ;
« 5° De leur âge , ou du terme de leur exploitabilité.
« Entre la plus grande fertilité et la stérilité absolue des
terres , il est une quantité indéfinie de termes intermédiaires
ou de nuances déterminées par les diverses combinaisons du
sol et de la température ; la nature des choses ne permet
point d'apprécier toutes ces diflérences. Cependant , pour
mettre de l’ordre dans les idées, nous sommes obligés d’éta-
blir des classes dans l'appréciation des produits des forêts ;
et, si nous n’en admettons qu'un trop petit nombre , ce qui
est d’une nature très différente se trouvera confondu dans une
même classe , et Le but des distinctions se trouvera tout-à-fait
manqué.
Par ces motifs , les trois classes que l’on désigne commu-
nément par les expressions de bon, médiocre et mauvais sont
évidemment insuflisantes; nous leur donnerons de l'extension,
DES FORÈTS. 311
tout en conservant l'idée qu'elles présentent , en divisant
chacune des deux premières en trois et la dernière en quatre
subdivisions : ce qui fait dix classes auxquelles nous nous
arrétons.
ce Mais l’objet principal est que nous nous fassions une idée
précise de ces classes et de leur dénomination ; à cet effet ,
nous nous servirons de la quantité de bois d'une essence déter-
minée qu’il est possible d'élever, par un traitement convenable,
jusqu’à un certain âge sur une contenance donnée. Nous in-
diquerons les produits pour un hectare de chaque essence ,
et nous les exprimerons en mètres cubes supposés pleins ,
c’est-à dire sans aucun interstice entre les buches que peut
comprendre le cadre d'un mètre cube.
« Les tables de M. Cotta présentent donc, pour dix classes
de sol , la gradation du volume des bois à partir de la nais-
sance des recrus jusqu'à l’âge le plus reculé. Les produits
sont désignés tels qu'on les obtient dans les forêts d’une com-
position homogène, soumises au régime rationnel des éclair-
cies, et lorsque l’accroissement n’est point entravé par d’autres
causes que celles qui surviennent naturellement dans les fo-
rêts de notre climat. Il est peu de forêts, parvenues à l’état de
futaies pleines, qui n’aient jamais été endommagées par les
insectes, atteintes par les gelées, par la grêle, ou dont la vé-
gétation n’ait été retardée par des températures nuisibles ; de
semblables accidents, qui se présentent souvent dans la mar-
che ordinaire de la nature , ont été portés en ligne de compte
dans toutes nos expériences sur l'accroissement des bois.
« Au surplus, ces tables, ajoute M. Cotta , n’atteignent ni
les plus grands , ni les plus faibles produits. Il est des cas
isolés et exceptionnels où l’hectare , à 100 ans, contient plus
de bois qu'il n’en est annoncé dans la 10° classe , et il existe
d’autres sols qui n’en produisent pas autant que l'indique la
RE ne 21
312 DE L'AMÉNAGEMENT
1€ classe ; mais ces anomalies n’ont point été prises en con-
sidération. »
Les expériences en grand sur l'accroissement des bois ,
dont Buflon avait proclamé l'importance et reconnu la diffi-
culté, ces expériences que nous avons vainement cherchées
dans les ouvrages des auteurs francais * , nous en trouvons les
résultats consignés dans une suite de tables dressées par
M. Cotta. La haute position que cet habile forestier occupe
dans l’administration des forêts de la Saxe , l’a mis à portée
de se livrer à de longues et minutieuses observations sur ce
sujet , et de constater la marche de l'accroissement physique
des bois , avec toute la précision que peut comporter celte
nature de recherches.
Parmi les diverses tables publiées par M. Cotta , celle qui
nous a paru représenter le plus approximativement la pro-
gression d’accroissement des forêts moyennes de la France,
est la table relative à l'essence chêne, essence la plus répan-
due dans nos forêts; et dans le nombre des 10 classes de cette
table, dont la 1"° exprime la production du sol le moins ri-
che, et la 10° la production du sol le plus fécond, nous avons
choisi pour type , non pas la 5° classe ou la classe intermé-
diaire entre les extrèémes , mais seulement la 3° classe ; le
motif de ce choix a été de rester sciemment au-dessous des
limites de la réalité, plutôt que nous exposer au reproche
d’exagération.
Nous attribuerons une valeur pécuniaire au mètre cube ,
afin de pouvoir indifféremment , et selon la diversité des
points de vue , exprimer la production des forêts par le vo-
* Il est peu surprenant que la France , qui possède des forestiers du 1er ordre, ait
été devancée sur ce point par Allemagne , pays où l'exploitation des bois s’opère sous
la direction des agents eux-mêmes ; tandis qu’en France, elle est abandonnée à Pin-
dustrie commerciale.
DES FORÈTS. 348
lume matériel ou par le prix correspondant à ce volume. Ce
prix sera de 20 fr. par mètre cube solide. Ce chiffre repré-
sente la valeur vraie de la production des âges inférieurs et
moyens; mais il est évidemment faible pour la production
en haute futaie. Toutefois, nous avons adopté un prix uni-
forme pour simplifier nos démonstrations, et, d’un autre côté,
nous avons voulu que nos calculs fussent empreints de la mo-
dération la plus manifeste. Voici la table que nous avons
extraite du recueil de M. Cotta :
TABLE
DES PRODUITS EN MATIÈRE,
Qu'on peut obtenir dans la succession des âges d'un hectare
de bois de l'essence chéne qui croit en massif serré ,
el qui est soumis au régime des éclaircies.
PRODUIT
AGES PROGRESSIFS.
EN
MÈTRES
AGES PROGRESSIFS,
AGES PROGRESSIFS,
+
B % =
Z a
2
S ©
E
Se
Z &
E]
ER:
=È
ea À
= À
[==]
À
EN ARGENT À
RAISON DE
20 F.LE v.c.
EN ARGENT A
RAISON DE
20 r.LE 4.c.
314 DE L'AMÉNAGEMENT
Suite de la Table précédente.
PRODUIT à PRODUIT
a Ù PRODUIT
a, À | mm D | _——
Ce ë < » S ë € a ©
EN EAEL © EN FRE © EN AE
mères [56 À mèrres |S € es mères |© 6 n
CUBES. " 28 5 CUBES. a SE 5 CUBES. Re. <S|
A GG A G\É H
m. c. ans mie; ere ans me: CNCE
107 410 | 209 535 153 | 301 88
109 Ai | 214 76 à 154 | 3503 77
114 112 | 214 18 455 | 505 61
114 415 | 216 56 456 | 307 46
116 114 | 218 94 157 | 509 30
118 115 | 221 938 458 | 311 145
120 116 | 224 39 459 | 512 90
123 417 | 295 95 160 | 314 80
195 118 | 228 95 161 | 316 64
197 419 | 250 58 162 | 518 249
129 120 | 232 88 1 165 | 320 29
151 191 | 235 13 164 | 322 10
134 192 | 2357 43 1 165 | 325 90
136 193 | 258 91 4 166 | 325 74
138 194 | 242 02 5 167 | 327 51
1Z1 195 | 24% 45 1 168 | 329 31
143 196 | 246 537 169 | 531 12
145 197 | 248 58 170 | 532 92
1438 198 | 250 84 1 171 | 554 68
150 199 | 253 01 1 172 | 536 49
152 4130 | 255 18 173 | 558 25
455 151 | 257 40 474 | 540 01
157 152 | 259 57 175 | 541 53
160 4535 | 261 T0 A 176 | 543 54
162 1354 | 263 83 h 477 | 545 26
165 155 | 265 97 h 178 | 547 02
167 136 | 268 06 A 179 |! 348 T4
169 451 | 220 45 180 | 550 47
172 138 | 272 929 A 181 | 552 145
174 159 | 274 95 1 182 | 354 12
177 140 | 276 50 183 | 555 59
179 A 141 | 278 51 118% | 557. 51
182 H 142 | 280 52 H 185 | 358 99
184 1 145 | 282 53 E 186 | 560 68
187 14% | 284 99 H 1487 | 562 40
189 à 145 | 286 50 H 158 | 564 08
192 A 146 | 288 2 1 489 | 365 80
194 à 447 | 290 924 Ü 190 | 567 48
4197 148 | 292 91 à 191 | 369 16
199 1 149 | 29% 147 à 192 | 570 80
202 Û 450 | 296 14 A 493 | 322 85
204 Ë 151 | 298 07 A 4194 | 574 1T
206 Ë 159 | 299 99 H 195 | 575 72
DES FORÈTS, 315
Suite de la Table précédente.
FA PRODUIT É PRODUIT É PRODUIT
É FPE £ É PT ae) ë , n
8 EN ès) © EN EEE 8 EN ZA
e nèrrs [© 68) * uèrres [© 8 AÛ * mères [23 À
[e] , < 2 rs] 7 < 2 E A { si 206
oi CUBES. z s£) E CUBES. . | E CUBES z 2e ;
D ans. | m.c. c'e ans. m:c: c'e ans. | m.c, c“*
196 | 377 34 218 | 408 11 A 240 | 450 83
197 | 578 88 219 | 409 30 1 241 | 431 65
198 | 380 244 2920 :| 410 249 D 242 | 432 41
199 | 381 96 1 221 | 411 68 A 243 | 435 929
200 | 583 47 H 292 | 419 83 1 244 | 454 11
201 | 384 99 1 225 | 413 98 245 | 454 89
202 | 386 46 1 2924 | 415 12 Û 246 | 455 63
203 | 587 94 9295 | 416 2 4 247 | 456 36
204 | 389 42 H 226 | 417 30 1 248 | 457 06
205 | 590 85 1 227 | 418 536 N 249 | 437 76
206 | 392 929 1228 | Z19 43 1 250 | 438 45
207 | 393 68 299 | 4920. 49 2541 | 439 11
208 | 395 08 1 230 | 491. 59 1 252 | 439 77
: 209 | 396 47 231 | 422 50 1 253 | 440 49
210 | 397 82 232 | 493 49 954 | 441 04
911 | 399 18 233 | 494 47 955 | 441 61
212 | 400. 49 234 | 4925 46 1 256 | 449 95
213 | 401 80 H 255 | 426 40 H 257 | 442 80
214 | 403 141 236 | 427 50 258 | 443 33
215 | 404 38 1 257 | 428 920 259 | 443 87
216 | 405 65 H 258 | 429 11 9 260 | 444 40
1 217 | 406 88 | 1 259 | 429 07
SECTION TROISIÈME.
CONSÉQUENCES TIRÉES DES DERNIÈRES RECHERCHES SUR
L'ACCROISSEMENT DES BOIS.
La table que nous venons de présenter d'après M. Cotta,
nous fait connaitre l'échelle de production d’une forêt d’un
peuplement homogène , traitée suivant la méthode des
éclaircies , et conduite ainsi depuis la naissance du recru
jusqu'à l’âge de 260 ans, c’est-à-dire jusqu'à l'extrême li-
mite que la nature pourrait avoir posée à l'accroissement des
arbres. Le type que nous avons choisi se rapproche autant
316 DE. L'AMÉNAGEMENT
que possible de la moyenne des forêts de notre climat, en
sorte que les déductions qui découleront de ces prémisses
seront susceptibles d’être comprises dans le sens le plus gé-
néral.
Dès-lors, nous nous trouvons en position de reprendre
les deux problèmes que nous avons formulés précédemment ,
mais que nous n'avons pu résoudre faute de données posi-
tives. Le premier de ces problèmes a pour objet de déter-
miner la période d’exploitabilité d'une forêt , qui donne le
plus grand produit moyen, en d’autres termes, qui porte le
produit en matière de la forêt, au maximum simple.
Nous avons vu que, pour trouver le plus grand produit
moyen , il faut déterminer la moyenne du produit correspon-
dant à chaque âge; c’est-à-dire qu'il faut diviser chaque
produit de la table précédente par le nombre d’années qui
est en regard de ce produit. Afin d'éviter des calculs sur-
abondants , nous ne ferons cette division que par périodes de
10 ans, nous rapporterons les quotients de ces divisions
dans le tableau suivant, en regard des produits absolus ex-
traits de la table précédente ; mais nous nous bornerons à
exprimer ces quotients en mesures de solidité , la conver-
sion de ces quantités en valeurs pécuniaires, pouvant se
faire par la simple multiplication de chaque terme par 20 ,
prix que nous avons assigné au mètre cube solide.
DES FORÊTS. 3 1 7
TABLEAU
INDIQUANT PAR PÉRIODES DE 10 ANS LE PRODUIT ABSOLU-ET LE PRODUIT MOYEN
D'un hectare de bois d'essence chêne , et du degré de fertilité
représenté par la 3° des classes de M. Cotta.
À PÉRIODES | PRODUIT ABSOLU PRODUIT PRODUIT
; DE MOYEN OÙ & MOYEN OU À
D'AGES. | CHAQUE PÉRIODE. ANNUEL. À D'AGES. | CHAQUE PÉRIODE. ANNUEL,
mèt. cub.
9
29
31
54
13
92
114
156
160
184
209
232
255
En pn bn ln bn be bn in be bn en be Ÿ
D je bin bin joe pün be bin fn bn bn jou bon À
Il suit de ce tableau que, dans les forêts analogues à la 3°
des classes de M. Cotta, l'exploitabilité qui donne le plus
grand produit moyen ou annuel, est celle qui n’est pas
moindre de 140 ans, et qui ne s'élève pas au-dessus de
160 ans. Entre ces deux limites le produit moyen est sta-
tionnaire ; ainsi, supposons qu'il s'agisse ici d'une forêt de
100 hectares :
L’exploitabilité , étant réglée de 140 à 160 ans, donnera
marelement in produn de . . .". - : . 7 . : 197m.c.
L'exploitabilité réglée à 130 ans donnerait 196 id.
L’exploitabilité portée à 170 donnerait . . . 196 id.
En de cà ou au-delà, la production est inférieure à ces
chiffres. Dans cette forêt, le maximum simple s'établira
318 DE L'AMÉNAGEMENT.
donc vers l'age de 140 à 160 ans. Ce résultat annonce que
M. Varennes-Fenille est tombé dans une bien grande erreur,
quand il a avancé que le gouvernement ne s’écartait pas beau-
coup du maximum d’accroissement en réglant à 30 ans la
coupe des taillis situés en bon fonds. Il est à remarquer qu'il
s'est trompé non seulement sur la durée de la période, mais
encore dans cette assértion que ce maximum d’accroissement
réduit par lui à 30 ans au lieu de 140 ou 160 ans, ne peut
se réaliser que dans les bons fonds. Les 10 tables de
M. Cotta, soumises à des calculs semblables à ceux dont
nous venons de présenter les résultats, prouvent que, quel que
soit le degré de fertilité du sol (à l'exception bien entendu
des fonds stériles), c’est toujours entre 140 ans et 160 ans
que doit être fixée l’exploitabilité, si l'on veut obtenir du
fonds de bois le plus grand produit moyen.
Pour établir ce dernier point dont l’importance en écono-
mie forestière s’apprécie facilement, nous ne rapporterons
pas pour chaque classe le travail que nous avons exécuté,
nous nous bornerons à présenter ci-dessous deux tableaux
analogues à celui qui précède : ces deux tableaux s’applique-
ront aux deux classes extrêmes de la production forestière ,
c'est-à-dire à celle des plus mauvais fonds de bois et à celle
des meilleurs.
DES FORÈTS. 319
TABLEAU
INDIQUANT PAR PÉRIODES DE À 0 ANS LE PRODUIT ABSOLU ET LE PRODUIT MOYEN
D'un hectare de Lois d'essence chéne , et du degré de fertilité
représenté par la 1"° des classes-de M. Cotta.
PÉRIODES | PRODUIT ABSGLU PRODUIT À PÉRIODES | PRODUIT ABSOLU PRODUIT
DE MOYEN OU DE MOYEN OU
D’AGES. | CHAQUE PÉRIODE. ANNUEL. À D’AGES. | CITAQUE PÉRIODE. ANNUEL,
mèêt. cub,
162
174
185
495
206
216
295
254
244
947
255
257
261
ir]
le lee De res je mt
On voit par ce tableau que dans les moins bons sols comme
dans les meilleurs, le maximum simple ne s'établit que
dans la période de 140 à 160 ans ; mais ce maximum n’est
dans ce cas-ci que de 1 m. c. 16 / 100 , tandis qu'il est de
4 m.97c. dans la 3° classe représentée par le tableau qui
précède.
Nous passons actuellement à la 10° classe qui exprime la
production des meilleurs fonds de bois.
320 DE L'AMÉNAGEMENT
TABLEAU
INDIQUANT PAR PÉRIODES DE À 0 ANS LE PRODUIT ABSOLU ET LE PRODUIT MOYEN
D'un hectare de bois d'essence chéne, et du degré de fertilité
représenté par la 10° des classes de M. Cotta.
PÉRIODES | PRODUIT ABSOLU PRODUIT. À PÉRIODES | PRODUIT ABSOLU PRODUIT
DE MOYEN OÙ À DE MOYEN OU E
D’AGES. |CIAQUE PÉRIODE. | ANNUEL, D’AGES. | CHAQUE PÉRIODE. | ANNUEL,
|
—— —— | —___—__…__— | ———
mèt. cub.
ans. 1 m. C.
10 2% 50 2. 40 4 8
20 55 14 2 76 4 8
50 92 45 5 08 Z 81
40 1535 66 3 354 4 178
50 478 55 5 051 4 15
60 296 93 3 18 4 T
70 978 60 5 98 4 68
80 533 33% 4 AT 4 62
90 590 93 4 54 Z 55
100 451 00 4.051 4 4T
4110 511 06 4 65 4 38
4 TA 4 98
4 A
Dans cette 10° classe de même que dans les 1° et 3°,
c’est toujours la période de 150 ans (à peu prés) qui donne
le plus grand produit moyen ou le maximum simple. Ce
produit toutefois est ici de 4 m. 682 / 100, quantité supé-
rieure à celles qui expriment la production-maximum dans
les deux classes dont nous venons de nous occuper.
Des calculs de la même forme, appliqués à toutes les
autres classes de la table de Cotta ( relative à l’essence
chêne ), font constamment apparaitre le maximum entre
les âges de 140 à 160 ans. En cela, les différentes
qualités de sol ne laissent apercevoir aucune influence ;
mais celte influence se révèle dans les qualités des produits-
maximums, qui vont en s'élevant graduellement de la f”°
DES FORÈTS. 321
à la 10€ classe : ainsi que nous allons le montrer dans le pe-
tit tableau ci-après, où nous mettrons en opposition pour
chaque classe la production-maximum, c’est-à-dire celle
qui correspond à 150 ans, avec celle que donnerait l’ex-
ploitabilité à 20 ans ; exploitabilité qui peut être considérée ,
non comme la plus restreinte possible, puisqu'il est des
bois exploitables à 10 ans, et même à un âge moindre, mais
comme une exploitabilité déjà très inférieure, et au-dessous
de laquelle, la production forestière ne mérite plus guère
de fixer l’attention des économistes.
TABLEAU
INDIQUANT LE PRODUIT MOYEN
D'un hectare d'essence chéne aux âges de 20 ans et de 150 ans
dans chacune des 10 classes de M. Cotta.
NUMÉROS PRODUITS MOYENS OU À NUMÉROS PRODUITS MOYENS OU
DES ANNUELS QUE DONNERAIT À DES ANNUELS QUE DONNERAIT
casses | L’exrLorranitité À 20 ans, Ê crasses | L’exPLorrairiTé À 150 ans .Ë
DE a Le an, E PL, | fR
M. COTTA. Ê M. COTTA.
sun À mecr. | sur 100 n. À sur À uecr. | sur 100 u. Ë
C.
Q
m.
0
0
1
1
1
1
2
2
2
2
& & & O1 O1 RO 19 = Le En 7
Ce tableau nous offre un moyen facile d'apprécier, d’une
part, l'influence qu'exerce sur la production forestière
l'amplitude de la période d’exploitabilité à laquelle les bois
sont soumis, ct, de l'autre, le degré de fertilité du sol où ces
bois sont élevés,
322 DE L'AMÉNAGEMENT
Si nous comparons l'un à l’autre les termes extrêmes du
tableau , c’est-à-dire , si, restant dans la même exploitabilité ,
nous comparons entr'eux les produits de la 1"° et de la 10%
classe , nous trouvons :
Que, dans l’exploitabilité à 150 ans, le mauvais sol ne
donne qu’un produit annuel de 1 m. c. 16 / 100 , tandis que
le sol de la 10° classe ou de la meilleure qualité donnerait
un produit de 4 m. c. 82/100 ; c’est-à-dire que le produit
annuel serait à peu près 4 fois plus considérable dans la
meilleure forêt que dans la mauvaise.
Un pareil rapprochement entre les extrêmes de l’exploita-
bilité à 20 ans conduirait à un rapport conforme à celui que
nous venons d'énoncer. Ce rapport, en effet , serait exprimé
par les chiffres 66 m. c. et 276 m. c., dont le second est
à peu près quadruple du premier.
Ce résultat, sans doute, n’a rien qui doive étonner : il
est facile de concevoir que, dans des temps égaux , la pro-
duction d’un excellent sol soit quadruple environ de la pro-
duction d’un sol de la dernière qualité ; mais une remarque
qui peut surprendre , c’est que, d’une part, bien qu'il y ait
entre les productions respectives une disproportion aussi
grande , les mauvais fonds de bois ne sont pas moins sus-
ceptibles que les meilleurs de se prêter à l'éducation de la
futaie , et que, de l’autre , quel que soit le degré de richesse
où de médiocrité du sol, le plus haut produit de cette futaie
se manifeste au même âge (vers 150 ans) dans l’une et l'au-
tre forèt. Ce rapport de similitude que les expériences de
M. Cotta établissent d’une manière positive, démontre,
contrairement à un préjugé, dont ne sont point exempts
même des forestiers très instruits, qu’un sol médiocre, nous
dirions presque un sol de la dernière qualité ; peuplé d'es-
sences longévives, peut nourrir de la futaie , et que cette
futaie peut être conduite utilement jusqu'à l'âge de 150 ans;
DES FORÈTS. 323
c'est-à-dire jusqu'au terme où son produit moyen est le plus
grand possible : une proposition aussi grave mérite toutefois
d’être examinée avec maturité. Nous nous en occuperons de
nouveau un peu plus loin , après avoir épuisé le sujet que
nous traitons en ce moment.
Le sol influe donc d’une manière très marquée sur la quo-
tité de la production forestière. C’est un point établi par
l'expérience, et qui le scrait au besoin par le simple bon
sens : on pourrait donc dire qu'à cet égard les tables de
M. Cotta ne nous révèlent qu'une vérité généralement connue;
mais ce que ces tables nous apprennent très réellement,
c’est le rapport précis entre les productions d’un bon et
d'un mauvais sol : elles nous permettent d’énoncer numéri-
quement un rapport dont notre esprit, réduit à ses propres
ressources, ne peut avoir qu'une perception vague ct confuse.
Un autre rapport que nous déduirons du même tableau est
celui qui existe entre les productions correspondantes à des
exploitabilités extrèmes, dans un sol d'un degré de fertilité
donné.
Nous entendons encore ici par exploitabilités extrêmes,
celles qui correspondent aux âges de 20 à 150 ans ; c’est-à-
dire celles qui donnent, d’une part , les produits les plus fai-
bles, et de l’autre les plus élevés, en négligeant comme
nous l’avons déjà fait, toute exploitabilité inférieure à 20 ans.
Dane 15e élésée , le produit moyen à 20 ansest de 0" c. 66
le produit moyen à 1 50 ansestde 1 16
Le second de ces produits étant à très peu près double de
l’autre, il faut en conclure que l’exploitabilité à 150 ans
donne une production double de celle que donnerait dans un
sol semblable l'exploitabilité à 20 ans.
f le produit moyen à 20 ansest de 1" c. 60
Dans la 5° classe
? [leproduitmoyen à 150 ansestde2 79
4 DE L'AMÉNAGEMENT
19
5
Le rapport de ces deux produits s'éloigne peu du précé-
dent ; ainsi, dans cette classe encore, l'exploitabilité en fu-
taie donnerait un produit double à peu près du produit à
20 ans.
( le produit moyen à 20 ansestde2"c. 76
re S 1: Ê 1: ! x Q « ro
Dane 107 ce, | le produit moyen à 1 5 0 ans est de 4 82
Nous retrouvons encore, dans la 10° classe, le même
rapport du simple au double remarqué déjà deux fois.
En résumant ce qui précède, on constate les faits suivants :
1° Tous les sols où peut croître le bois, depuis le moins
bon jusqu’au meilleur ; sont susceptibles de produire de la
futaie en massif serré.
20 Quelle que soit la qualité du sol, le plus grand produit
annuel ou moyen, ne s'obtient que vers l’âge de 150 ans
(dans les forêts de chênes), c'est-à-dire lorsque le bois est
arrivé à l’état de haute futaie.
3° La production forestière, comparée du moins bon sol au
meilleur , présente une proportion de 1 à 4 environ, quelle
que soit d'ailleurs la période d’exploitabilité.
4° Cette production , envisagée sous le rapport du terme
d'exploitabilité dans une même classe de sol, présente gé-
néralement la proportion de 1 à 2, entre les produits an-
nuels à 20 ans et les produits annuels à 150 ans.
Nous tirerons de ces apercus une conséquence pratique
que la réflexion peut bien révéler d’une manière plus ou
moins claire, mais que le calcul seul à la puissance de con-
vertir en vérité démontrée.
Supposons une forêt d’une étendue assez considérable pour
qu'il soit question d'y établir à la fois des exploitations en
tallis, et des exploitations en futaie ; nous avons reconnu
qu'il est possible d'élever de la futaie dans presque tous
les sols; nous savons d’ailleurs que les meilleurs terrains
DES TORÈTS. 325
doivent ètre destinés de préférence à la futaie, par cette
considération facile à saisir, que ces terrains sont ceux qui
doivent favoriser davantage le développement complet de la
futaie , et lui permettre d'atteindre à ces belles dimensions
qui donnent aux arbres une si grande valeur relative.
Pour fixer les idées, soit une forêt où l’on trouve des
parties analogues , les unes à la 1", les autres à la 5°, et
d’autres à la 10° des classes de M. Cotta, c’est-à-dire,
pour énoncer les mêmes idées en d’autres termes, soit une
forêt dont le sol présente du mauvais , du médiocre et du très
bon : nous allons exprimer par des chiffres la perte de pro-
duction qui résulterait du placement des taillis dans les bons
sols, et des futaies dans les mauvais ou les médiocres ; ces
chiffres sont présentés au petit tableau ci-après :
TABLEAU COMPARATIF
De la production en taillis et en futaie suivant la diversité des sols.
NUMÉROS PÉRIODES PRODUITS MOYENS OU DIFFÉRENCES ENTRE LES
DES D’EXPLOITA- ANNUELS DANS UNE PRODUCTIONS DES DEUX EX-
CLASSES. BILITÉ. FORÈT DE 100 ecr. PLOITABILITÉS COMPARÉES.
Ce rapprochement nous fait voir que sur un mauvais sol ,
l'infériorité de la production en taillis à 20 ans, sur la pro-
duction en futaie à 150 ans, serait annuellement de 50 mè-
tres cubes dans une forêt de 100 hectares ;
326 DE L'AMÉNAGEMENT
Que, dans un sol médiocre, l'infériorité serait exprimée par
119 mètres cubes ;
Enfin que , dans un sol de la meilleure qualité , l'infério-
rité de la production en taillis comparée à celle de la futaie
serait de 206 mètres cubes.
En d’autres termes, on perd en production annuelle à
élever un bois en taillis à 20 ans, au lieu de l’élever en futaie
à 450 ans pour une forêt de 100 hectares, savoir :
Dans un mauvais sol . . . . . . 50 mètres cubes.
Dans un sol moyen . . . . . . . 119
Dans un sol excellent . . . . . . 206
Par où l’on voit que dans une forêt où l’on rencontrerait
diverses qualilés de sol, et où l’on aurait à assigner un ter-
rain au taillis, et un autre à la futaie, on a le plus grand
intérêt à attribuer * les moins bons sols à la production des
taillis, et les meilleurs à la production en futaie : ceci sup-
pose cependant que les autres circonstances sont semblables
entre les diverses parties de la forêt ; c’est-à-dire notamment,
Gt . x A LA
que l’essence soit de nature à se prêter également, dans les
bons comme dans les mauvais sols, à la création d’un massif
?
de futaie : cette dernière considération, ainsi qu'il est facile
; q
de le comprendre, est d’une importance radicale ; on ne
P ? ;
x A ’ . “ « .
peut, à coup sur, élever de la futaie que là où en existent
les éléments.
Ce n’est pas qu'il soit à beaucoup près impossible d'élever
en futaie toute autre essence que les bois doués d'une longue
existence; les bois blancs eux-mêmes dont la vie parait si
bornée comparativement à d’autres espèces, peuvent parve-
r On voit qu'il importe de bien constater les diverses nuances du sol; mais les son-
dages , ou l'examen physique des terres a bien moins de valeur à cet égard que l’as-
pect des arbres, dont les racines sont la meilleure sonde dont on puisse faire
usage.
DES FORÊTS. y
nir à l’état de futaic. Mais quelle que soit l'essence destinée
à croître en futaie, il est nécessaire que le massif soit com-
posé d’une seule espèce d'arbres, ou de plusieurs espèces
analogues , ou tout au moins que l'essence ou les essences
que l’on veut conserver en futaie soient assez dominantes
pour que la première éclaircie puisse amener le bois à une
composition homogène, sans détruire l’état serré qui est la
condition fondamentale de ce mode d'aménagement. On
peut inférer de ces observations qu'il est peu de forêts qui ne
soient susceptibles d’être traitées en futaies ; mais les révo-
lutions d’exploitabilité, qui donnent les plus hauts produits
moyens , sont d'autant moins longues que les bois sont d’une
espèce plus éloignée de la classe des bois durs. Dans tous les
cas, ce maximum de production ne se présentera que dans
les bois parvenus à l’état de futaie : état qui se fait moms
attendre dans les forêts peuplées de bois tendres que dans
les forêts résineuses, et moins attendre dans celles-ci que
dans les forêts peuplées de chênes et de hètres.
En appliquant à toutes les tables d'expérience , données par
M. Cotta sur l'accroissement des bois, des calculs analogues
à ceux dont nous avons déjà présenté les résultats par rap-
port à l'essence chène, nous avons trouvé pour les diverses
essences qui peuplent nos forêts , les périodes d'exploitabilité
indiquées au tableau ci-après.
T. Il, “si à
328 DE L'AMÉNAGEMENT
TABLEAU
FAISANT CONNAÎTRE LES TERMES D'EXPLOITABILITÉ
Que chaque espèce de bois doit atteindre pour donner le plus
haut produit moyen, ou le maximum simple.
NATURE ESSENCES PÉRIODES
DES BOIS OÙ TORÈTS. COMPOSANTES. D'EXPLOITABILITÉ.
ne
Bois durs. RES à 160 ans.
Epicéas. x 120
Sapins.
Pins.
Mélèzes.
Érables.
Bois blancs. “ Frènes,.
Ormes.
Bouleaux.
Aunes,
Bois résineux.
Bois tendres.
La période d’exploitabilité, qui porte au maximum le pro-
duit moyen ou annuel d’une forêt , est, comme le fait voir le
tableau précédent *, d'autant plus prolongée que l'essence
se rapproche davantage de la constitution propre aux bois
durs : la période la plus longue est, ainsi que nous l'avons
vu plus haut, celle relative à l'essence chène ; elle est abso-
lument la même pour le hêtre. La plus courte est celle rela-
tive aux essences désignées génériquement par le nom de
bois tendres. Une forêt de chênes ou de hêtres ne donne donc
son produit-maximum qu'à la révolution de 140 à 160 ans,
1 M. Cotta n’a point donné de table sur le charme , le tilleul ; mais il est facile de
classer ces deux espèces de bois : la première parmi les hois blancs, et la deuxième
parmi les bois tendres. Quant aux essences secondaires , des expériences seraient su-
perlues, puisqu'elles n’entrent jamais que très accessoirement dans la composition des
forèts, et qu’elles disparaissent dans les éclaircies successives.
DES. FORÈTS 329
et une forèt de bouleaux ou d’aunes présente le sien à la
révolution de 55 à 65 ans; or, un bouleau de 65 ans se
trouve au même degré relatif de maturité qu’un chêne de
160 ans. Ces deux arbres sont arrivés à l’état de futaie , c’est-
à-dire qu'ils ont atteint tous deux l'époque de la plus haute
fécondité, par conséquent celle où la régénération par les
semences est la plus assurée, et en même temps l'âge où la
reproduction par les souches est devenue impossible. Ainsi,
nous devons tirer de là cette conclusion : Que toute forêt
quelconque ne donne son produit-maximum en matière ,
que quand elle est parvenue à l’état de futaie; nous devons
ajouter la remarque que les tables de M. Cotta prouvent que
sur ce point, il en est de tous les bois en général comme du
chène en particulier : le maximum simple * s’obtient à la
même exploitabilité, quelle que soit la classe à laquelle
appartienne le sol de la forêt.
Ainsi se trouve résolu le problème posé par Buffon, et
dans l'étude duquel M. Varennes de Fenille s'est égaré ;
mais , pour dissiper jusqu’au dernier doute sur la rigueur de
cette solution , nous irons au-devant d’une objection facile à
prévoir. — Vous avez démontré, peut-on nous dire, d’après
les tables de M. Cotta, que les forêts ne donnent des produits-
maximums que quand elles sont traitées en futaies ; mais
votre conclusion est contestable , si l'exactitude des expé-
riences de M. Cotta n'est pas établie irréfragablement.
— Nous pouvons déjà répondre , en nous servant des expres-
sions d'un auteur français * , que « les tables de M. Cotta
ont été accueillies en Allemagne avec l'empressement qu'ex-
* Ou plutôt maximum matériel. Cette dernière expression serait peut-être plus ca-
ractéristique ; et Loutefois nous respecterons celle à laquelle se rattache le nom, juste-
ment honoré, de Varennes de Fenille.
2 M. de Salomon, qui a publié un savant traité d'aménagement , et une traduction
de M. Cotta.
330 DE L'AMÉNAGEMENT
citent naturellement les productions d’un génie supérieur , et
qu'elles ont obtenu le suffrage général des forestiers de ce
pays où la culture des bois est parvenue à un si haut degré
de perfection.
Afin de nous placer sur le terrain le plus favorable à l’ob-
jection , nous admettrons , en premier lieu , que des tables
du genre de celles dont il s’agit ne contiennent jamais que
des données simplement approximatives ; et, allant ensuite
beaucoup plus loin, nous supposerons que les tables de
M. Cotta, en particulier ‘ , sont entièrement erronées, et
qu'on ne doit leur accorder aucune confiance. Eh bien !
ces concessions , tout extrêmes qu’elles seront , n’infirmeront
aucunement nos conséquences , et ne porteront aucune at-
teinte à la certitude de ce principe : Que c’est à l’élat de
futaie que les forêts donnent leurs produits-maximums.
Toutefois les preuves, qui porteront jusqu’au dernier degré
d’évidence la vérité de ces assertions, ne peuvent trouver
place que dans le chapitre suivant. Nous renvoyons égale-
ment à ce chapitre Pexamen de diverses questions qui , bien
qu’elles aient une relation étroite avec le sujet que nous trai-
tons en ce moment , ne peuvent guère être résolues avec
toute la clarté désirable , qu'après des développements qui
tiennent à un autre ordre d'idées. Nous énoncerons seule-
ment ici quelques-unes des questions dont il s’agit :
19 Est-il très important que chaque forêt soit réglée à
son exploitabilité-maximum ?
2 Éprouverait-on une grande perte à fixer l'exploitabilité
un peu au-dessous ou un peu au-dessus du terme auquel
correspond précisément ce maximum ?
3° Enfin, toute forêt doit-elle être amenée à donner le
1 M, Colta à lui-même émis la proposition suivante : « Nul ne peut déterminer
« d’ung manière rigoureuse et certaine le véritable produit en matière d’ane forêt. +
DES FORÈTS. 331
maximum simple? c'est-à-dire , toutes les forêts de bois durs
doivent-elles être exploitées à 150 ans , toutes les forêts ré-
sineuses à 80 ou 120 ans , toutes les forêts de bois blancs
à 100 ou 110 ans, et enfin toutes les forêts de bois tendres
à 55 ou 65 ans? etc.
Nous terminerons ce chapitre en examinant sous un nou-
veau point de vue cette proposition énoncée plus haut : Que
tous les sols forestiers , à l'exception des terrains d’une na-
ture absolument ingrate , sont propres à l'éducation des fu-
taies en massif ; proposition que nous avons présentée comme
une conséquence rigoureusement déduite des tables d’expé-
rience de M. Cotta, mais en annoncant toutefois que nous
nous réservions de la soumettre à un nouvel examen, et de
la corroborer par des considérations particulières.
Une source féconde d'erreurs ou de préjugés est cette pré-
occupation naturelle de l'esprit , qui nous porte à apprécier
le possible par le positif , ce qui peut se réaliser un jour par
ce qui existe actuellement , sans réfléchir aux particularités
sous l'influence desquelles les fruits se produisent et se modi-
fient. En France , par exemple , où les bois constitués en
guère la
production forestière que sous l’aspect qu’elle revêt dans nos
massifs de futaie sont rares , nous ne connaissons
taillis sous-futaie ; et par cela seul que dans les bois soumis à
ce mode de traitement , nous ne trouvons de beaux arbres
que là où le sol est d’une qualité supérieure , nous nous
croyons fondés à décider , sans autre examen , que tout sol
qui n’est pas d’une qualité supérieure est impuissant à nour-
rir de la futaie , soit éparse , soit rassemblée en massifs.
Mais nous nous méprenons complètement sur l'origine de
l'effet qui frappe notre attention. Nous attribuons au sol ce
qui ne doit l'être qu'au mode de conduite des forêts. Nous
voyons une résistance de la nature là où nous devions aper-
cevoir simplement une erreur de l'homme. Gette méprise
332 DE L'AMÉNAGEMENT
provient de ce que nous ne tenons aucun compte de circon-
stances très influentes qui concourent à accélérer le dévelop-
pement des bois élevés en massifs ; tandis que d’autres circon-
stances exercent une action diamétralement opposée sur des
arbres disséminés au milieu des taillis.
Dans un bois qui croît en massif serré , le développement
des arbres en hauteur est provoqué par des forces sans cesse
agissantes. Les tiges , rapprochées les unes des autres, cher-
chent à s'emparer de lespace qui leur est nécessaire pour
participer aux influences de l'air et de la lumière. Les arbres,
par le contact de leurs branches , se prêtent un mutuel appui
contre les intempéries, en même temps qu'ils se poussent à
s'élever dans le sens de la verticale. Toutes les forces de la
végétation convergent donc suivant cette direction ; d’un au-
tre côté , l'humidité du sol , entretenue par un couvert épais ,
favorise l'accroissement avec d'autant plus d'eflicacité, que
d'abondants débris organiques , soumis à la décomposition ;
renouvellent la couche d'humus et réparent incessamment la
déperdition des principes nutritifs que s’assimilent les végé-
taux ligneux.
Ainsi , dans une forêt traitée en futaie, une force con-
stante sollicite l'accroissement des arbres en hauteur ; tandis
qu'une cause permanente développe les éléments fertilisants.
« Les jeunes tiges s'élèvent droites ; dit un auteur * ; elles
forment un massif dans lequel tous les brins étant à peu près
de même force , chacun d’eux n'étant ombragé ni épuisé par
les autres, croit avec le maximum de vigueur qu'il tient de
son essence ; du sol sur lequel il est né, et de l'atmosphère
dont il est environné. Dans les plus mauvais terrains ; les
arbres arrivent à de fortes dimensions , lorsque le sol n’est
jamais découvert , et que l'humidité ne s'évapore pas. Cette
1 Noirot ainé,
DES FORÉTS. 333
observation, qui est fondamentale, explique 1° comment il
existe de belles forêts dans des espaces où la terre végétale
n'a que 3 ou 4 pouces d'épaisseur ; 2° comment , une forêt
une fois détruite , il est impossible de la remplacer par d’au-
tres , à moins qu'on n'ait préalablement trouvé le moyen de
garnir le sol de plantes qui en couvrent la surface. »
Retracons maintenant les phénomènes tout diflérents qui
se manifestent dans les bois élevés en taillis sous-futaie.
Aussitôt que le brin de taillis, devenu baliveau , se trouve
dans l’état d'isolement , l'accroissement en hauteur est pres-
que arrivé à sa limite ; les forces végétatives, long-temps
contraintes , agissent avec toute leur énergie dans le sens
latéral ; la tête de l'arbre s'étend circulairement ; la tige
prend , en même temps , de la grosseur ; mais le sol que
l'exploitation a laissé sans abri, ou avec un abri très insuf-
fisant , perd une grande partie de l’humidité si nécessaire à
la vie végétale. Les eaux de pluie entraînent la couche d'hu-
mus, et, tandis que le sol s'appauvrit , les arbres que l’état
serré protégeait contre l’action nuisible des météores , se
trouvant brusquement exposés à l’ardeur d’un soleil brûlant ,
ou à l'influence des courants d'air desséchants ; subissent
une transpiration excessive qui les affaiblit. Ces arbres pré-
sentent bientôt les symptômes d'une vie languissante , d'un
dépérissement prématuré ; ou bien, s'ils trouvent encore
dans un sol substantiel l’aliment d’une végétation vigoureuse ,
ils grossiront , se développeront en branchage ; mais ces ar-
bres n’atteindront jamais qu'à une hauteur médiocre, et ne
formeront qu'une futaic de valeur secondaire.
Nous citerons maintenant ce qu'a écrit sur ce sujet le sa-
vant M. Lorentz dans son excellent Traité de la culture
des bois :
« Les bois influent sur le sol qu'ils occupent de deux
manières distinctes : 1° par le couvert ; 2° par l'amendement
334 DE L'AMÉNAGEMENT
qu'ils procurent. Le premier effet est produit par le massif plus
ou moins serré, et par l'épaisseur du feuillage propre à chaque
essence ; le second effet dépend des mêmes causes, et, en
outre , de l'abondance des feuilles et des circonstances qui
hîtent ou retardent leur décomposition après leur chûte.
« Dans les futaies, en général, la méthode du réense-
mencement naturel et des éclaircies établit un couvert con-
stant et complet qui garantit le sol du dessèchement, et y
maintient la fraicheur favorable à la végétation des bois. Un
détritus abondant , composé de feuilles , de menues branches,
et qui trouve toutes les circonstances favorables à sa prompte
décomposition , augmente chaque année la couche d’humus
dans les forêts, et restitue abondamment à la terre les sub-
stances nourricières que s’assimilent les arbres. C’est ainsi
que tout, dans les futaies régulières , concourt à conserver
et à augmenter la fertilité du terrain.
« Par la méthode du taillis simple , le sol est à peu près
complètement dénudé à chaque coupe ; s’il est fertile, situé
en plaine ou en pente douce, les rejets s’y élèvent rapidement
après la coupe , et forment , dès les premières années, un
nouveau fourré assez garni pour préserver le terrain des
influences nuisibles de l'atmosphère; mais quand ce mode
d'exploitation est pratiqué dans un terrain aride , fortement
incliné et exposé aux ardeurs du soleil , il est impossible qu'il
ne produise pas de fächeux résultats. En effet, à chaque
coupe , les rejets nouveaux, manquant de vigueur , sont très
long-temps avant de couvrir le terrain ; ce qui fait que la
faible couche d’humus , formée pendant la révolution écou-
lée , est promptement torréfiée , puis lavée par les pluies.
La méthode du taillis sous futaie , considérée sous le rapport
de son influence sur la fertilité du sol , participe naturelle-
ment des deux méthodes examinées plus haut ; et ses effets se
rapprochent de ceux de la futaie , ou de ceux du taillis simple,
DES FORÈTS. ES ES
selon que ; par le nombre et l’âge des baliveaux, le couvert
est plus ou moins épais après la coupe. Ainsi, la méthode de
la futaie ne s'applique pas exclusivement aux bons sols ,
comme on le pense communément ; on peut, et l’on doit
même l’employer dans certains terrains médiocres, si l’on
veut empêcher qu'ils ne s’appauvrissent davantage. »
Le parallèle que nous avons établi entre le traitement en
futaie serrée, et celui en taillis simple ou composé , nous
semble de nature à justifier pleinement l'opinion que nous avons
émise sur la possibilité de créer de la futaie , même dans les
fonds les moins fertiles ; mais forts surtout des autorités dont
nous avons étayé notre propre sentiment, nous pensons pou-
voir tirer de ce qui précède , ce précepte : Que pour savoir
si une forêt est propre à la production en futaie , on doit peu
se préoccuper de la qualité du sol, mais beaucoup de la pro-
portionnalité des essences. En d’autres termes, il faut, avant
toute autre considération , s’assurer si l'essence ou les essences
qu’on veut conduire en futaie , forment une fraction assez con-
sidérable du corps de la forêt , pour constituer , après l’extrac-
tion du sous-bois, un massif suffisamment compact ; lorsque
cette condition existe , le bois est susceptible d’être traité en
futaie , quelle que soit la qualité du sol , à moins cependant
d'une aridité à peu près complète.
« Toutes les essences , a dit M. Parade , peuvent être ex-
ploitées en futaies , en ce sens qu’elles possèdent toute la
faculté de se régénérer par la semence ; mais il n’y en a qu'un
certain nombre auxquelles ce traitement puisse être appliqué
avec avantage : ce sont, d'abord , les essences résineuses
auxquelles, comme on le sait , tout autre mode de reproduc-
tion est refusée , et, parmi les feuillues , le chêne, le hêtre,
le châtaignier , orme , le frêne , les grands érables , le
charme , le bouleau et le robinier.
La suite à la prochaine Livraison.
ECTS
“ua 6 quossnnd pme, botte Di nb
trip start li a ae sd one ent: mme “
mn» aaiou #
| re
MANUEL
DU TIGRERON,
PAR
M. DUPUITS DE MACONEX,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE DE LYON ;,
ANCIEN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE.
DES ENGRAIS ET AMENDEMENTS QUI CONVIENNENT À LA
VIGNE, ET DE LA MANIÈRE DE LES EMPLOYER.
Des engrais.
Toute matière animale ou végétale, susceptible de décom-
position par la fermentation putride, peut servir à prolonger
la durée et augmenter le produit de la vigne.
Les engrais les plus puissants et les plus énergiques , mais
aussi ordinairement les moins durables sont ceux qui pro-
viennent du règne animal , et particulièrement les déjections
de l’homme, du cheval, de l'âne, du mouton, de la chèvre
et des oiseaux, Celui qui est employé le plus ordinairement
338 MANUEL
dans le voisinage des villes est le fumier de litière, et prin-
cipalement celui qui provient des écuries qui recoivent des
chevaux qui fatiguent beaucoup et qui sont bien nourris ;
aussi , voit-on dans les villes entourées de vignes et de jar-
dins, comme Lyon et Vienne (Dauphiné), ces sortes d'engrais
s'enlever à des prix exorbitants. Les débris de corne sont
employés avec beaucoup de succès par leur énergie et la
durée de leur effet ; aussi, le prix en est-il très élevé dans
nos contrées (10 fr. les 50 k.); Lyon en exporte jusque
dans les départements qui bordent la Méditerannée. Les dé-
bris de laine provenant des nombreuses fabriques de drap qui
touchent nos vignobles sont très recherchés , et à juste titre,
par les vignerons et les jardiniers; cependant leur action
est de peu de durée , les boues des rues étant composées de
matières terreuses mélangées de cendres, et des débris de
toute espèce des règnes animal et végétal formant un engrais
excellent, actif et durable.
Mais les engrais les plus répandus dans la nature , les plus
faciles à se procurer et, dans quelques circonstances , les plus
avantageux, sont fournis par les végétaux. Tous les débris
de plantes, arbres ou corps organisé quelconque , peuvent
servir utilement à l’alimentation de leurs congénères , et par
conséquent de la vigne. Ceux qui se trouvent ordinairement
le plus à la portée des vignerons sont les bruyères , genêts et
ajoncs qui recouvrent les terres vagues , les tontures d'arbres
dans le voisinage des grands jardinset des bois, les plantes des
marais peu propres à la nourriture de bétail , tels que parti-
culièrement les roseaux qui sont employés avec succès dans
quelques vignobles du midi de la France. Les branches de
bois et des arbres à feuilles persistantes , tels que les pins et
les genévriers sont d’un très bon usage. Il est des contrées
où ces arbres sont assez abondants pour permettre lcur em-
ploi comme engrais avec succès et économie. Parmi les ma-
DU VIGNERON. 339
tières végétales employées avec avantage se distinguent les
tourteaux de colza ; les départements méridionaux en en-
lèvent à Lyon la plus grande partie au prix de 5 à G fr. les
50 k. : ils sont destinés particulièrement à être enfouis aux
pieds des oliviers aussi bien que de la vigne dont ils aug-
mentent les produits et l'énergie vitale. Les gazons des prés,
les alluvions chargées d’humus , les curures des fossés et des
mares servent à la fois d'engrais et d’amendements , et , aug-
mentant l'épaisseur de la couche de terre végétale , produi-
sent par ces causes réunies des effets merveilleux , soit par
la promptitude de leur action , soit par leur durée. Le marc
de raisin, les bourgeons de la vigne enlevés par l’ébour-
geonnement , les feuilles des arbres au moment de leur
chüûte peuvent être employées avec succès ; cependant quant
à ces dernières, il en est, telles que les feuilles de chêne, qui
demandent à passer sous le bétail, parce que le tannin dont
elles sont imprégnées serait nuisible particulièrement aux
jeunes souches provignées qu’elles pourraient faire périr.
Des amendements.
Les matières qui peuvent servir d’amendements sont des
corps terreux ou des roches friables qui, répandues à la
surface du sol ou mélangées avec lui , corrigent ses défauts,
et augmentent l'énergie des agents extérieurs qui concourent
à la production; ainsi, ils sont d'autant plus utiles et plus
précieux qu'ils corrigent la ténacité et la froideur des ar-
giles , la sécheresse et la mobilité des sables.
Les matières calcaires, sous quelle forme que ce soit, sont
le meilleur et le plus avantageux des amendements, soit
par leur abondance dans la nature , et la facilité de se les
procurer presque partout , soit par leur action et la prompti-
tude de leurs effets. Ainsi , à l’état de chaux vive surtout,
340 MANUEL
elles rendent les argiles plus friables , et par conséquent plus
perméables aux racines et aux agents atmosphériques ; elles
diminuent leur aptitude à se refroidir, leur permettent de
s'emparer de la chaleur solaire à un plus haut degré, et par
conséquent augmentent l'énergie vitale qui est ordinairement
en raison de son intensité, toutes les fois du moins qu’elle
n'enlève pas l'humidité nécessaire à la végétation.
Ainsi elles augmentent l'adhérence des sables, et les
rendent moins sujets à ces alternatives fréquentes d'humidité
et d'extrême sécheresse ; qui compromettent l'existence des
végétaux , ou tout au moins arrêtent leur croissance et dimi-
nuent leur production.
Les matières calcaires les plus communes et les plus em-
ployées sont la marne, soit argileuse ou sablonneuse , et la
chaux vive dont les effets sont plus prompts et plus éner-
giques. Les cendres de toute espèce et la suie sont au nombre
des meilleurs amendements; leur action sur certains sols,
particulièrement les plus consistants , est d’un effet remar-
quable ; en outre elles paraissent agir comme engrais , tout
au moins la suic. Ils agissent donc contre leurs intérêts
ceux qui laissent perdre les matières qui sortent de leur
foyer , de quelle nature qu'elles soient : car en fait de cul-
ture comme pour toute industrie, il n’est pas de petite éco-
nomie; et souvent le succès d’une entreprise repose sur la
vigilance du directeur, et son attention à ne rien laisser
perdre de tout ce qui peut être utile.
Le sable et le gravier servent aussi d'amendement pour
les argiles, et les argiles pour les sables par une partie des
mêmes causes que pour la chaux ; mais leur énergie est de
beaucoup inférieure, et leur mélange intime plus difhcile à
obtenir. {1 faut encore compter au nombre des bons amende-
ments les débris de construction, les plâtras, les ciments ,
principalement sur les argiles et les sables granitiques. Les
DU VIGNERON. 341
vases marines agissent à la fois comme engrais et amende-
ments : comme engrais , par les débris de matières organi-
sées qu’elles renferment ; et comme amendement, par les
matières salines et limoneuses dont elles sont imprégnées.
Aussi leur effet est-il remarquable sur toute espèce de cul-
ture ; malheureusement leur emploi ne peut qu’en être borné
par la dificulté de leur transport.
Emploi des engrais.
Il existe trois manières principales de répandre les engrais
qui sont employés ensemble ou séparément dans un certain
nombre de vignobles
1° Dans ceux où l’on est dans l’usage de renouveler la
vigne par provins, on se contente ordinairement de placer
les engrais sur les souches provignées , en ayant l'attention
de couvrir les racines d’une petite couche de terre par les
raisons que j'ai expliquées plus haut. Toutefois, si ces en-
grais sont réduits à l’état de terreau, l'inconvénient que j'ai
signalé n'existe plus, et ils peuvent reposer immédiatement
sur toutes les parties de la souche. Cette méthode , dans cette
circonstance, est évidemment la meilleure , parce que non
seulement l'engrais profite aux souches qui en ont le plus
besoin, mais encore aux racines les plus profondes qui sont
les plus essentielles pour leur durée. Les ceps, qui entourent
immédiatement le provins, se ressentent particulièrement de
cette opération.
2° Ilest une seconde manière de répandre les engrais,
suivie dans toute espèce de vignobles , même dans ceux que
l'on renouvelle par provins, lorsque l’on n’est pas satisfait de
l'augmentation de produit qu'ils procurent. Elle consiste à
partager la vigne en un certain nombre de parties égales,
et à fumer chaque année l'une de ses parties en sorte que la
342 MANUEL
vigne soit iout entière engraissée dans une période de temps
qui sera en raison de ses besoins , et qui cependant est le
plus souvent en raison du caprice du vigneron ou du pro-
priétaire , dispensant les engrais d’une manière égale sans
égard à la force des souches.
Je crois pouvoir donner les moyens suivants comme les
meilleurs : entre quatre souches l’on ouvre une petite fosse
dont l’ouverture sera subordonnée à leur distance entr'elles ,
et à la quantité d'engrais que l'on veut enfouir. La profon-
deur de cette fosse sera telle, que linstrument qui fouille la
terre pour le labour ne puisse jamais ramener à la surface
l’engrais qui sera répandu d'aussi bonne heure que possible ,
afin que , la fosse restant ouverte pendant un certain laps de
temps, les pluies puissent l’entraîner jusque sur les racines
inférieures ; et produire immédiatement dès la première
année tout l'effet désirable. Il est toujours possible d’enfouir
les engrais à une profondeur à laquelle linstrument du la
bour ne puisse atteindre , même dans les sols et les positions
où il convient de planter la vigne le moins profondément.
Il ne faut pas craindre, pour creuser plus profond, de couper
les premières racines. Lorsque la plantation et la culture
de la vigne ont été conduites ainsi que je l’ai indiqué, ces
racines n’ont pas assez de force pour compromettre l’exis-
tence de la souche en les coupant, et le mal est bientôt
réparé dès le premier printemps.
Lorsque les souches sont très inégales en force et en pro-
duit (et il en est presque toujours ainsi ) , il convient de ré-
pandre un peu plus d'engrais dans le voisinage des plus
faibles ; ce que l’on peut faire soit en ne fumant que celles-
à, ainsi que cela devrait toujours avoir lieu dans les vi-
gnobles où la qualité des produits a de l'importance ;, soit en
donnant à chacune des souches une part de nourriture en
rapport avec leur faiblesse.
DU VIGNERON. 343
Lorsqu'une vigne est plantée régulièrement et suflisam-
ment espacée, on peut ouvrir la fosse sur toute la longueur
des lignes. De cette manière l’engrais sera répandu sur une
plus grande surface , et l'opération en sera meilleure , d’au-
tant que l'ouverture des fosses profite elle-même à titre de
labour profond dont l'effet est en raison de l'étendue de
cette ouverture.
3° La troisième méthode consiste à répandre les engrais
uniformément sur toute la surface du sol , pour être enterrés
par le premier labour. Cette méthode est très suivie dans
beaucoup de vignobles , et c’est assurément la plus wration-
nelle, la plus pitoyable de toutes. Elle est tellement contraire
aux principes fondés sur les faits et sur l'expérience, que je
ne puis concevox comment elle est si répandue, et que je
ne saurais trop insister pour faire comprendre aux vignerons
et aux propriétaires l'importance de cesser de l’employer
pour les deux premières.
Le seul avantage qu’elle présente, c'est l'économie de main-
d'œuvre ; mais quelle économie ! Elle fut assurément ima-
ginée par des vignerons qui, payés à l’entreprise , n'avaient
d'autre intérêt que celui d'accélérer leur ouvrage. C’est ce
que je n'aurai pas de peine à faire ressortir. Les inconvé-
nients de cette méthode sont graves et nombreux ; les princi-
paux sont les suivants :
Les engrais appliqués près de la surface profitent aux ra-
cines superficielles aux dépens des plus profondes dont dé-
pend en partie la résistance des souches aux intempéries ,
et par conséquent leur durée , ainsi que je l'ai plusieurs fois
expliqué.
Mais ce qui est beaucoup plus grave, c’est qu'il se forme
inévitablement quelques radicules nouvelles à la surface du
sol; et si l’engrais a été répandu tard sur la fin de l'hiver,
s’il a été employé peu consommé, et que l'été soit ds ces
Te I 2:
344 MANUEL
radicules seront immanquablement atteintes , et la produc-
tion pourra quelquefois en être entièrement anéantie, même
dans des sols naturellement fertiles , ainsi que j'en ai eu l'ex-
périence chez mes Voisins.
Je puis en citer un exemple extraordinairement remar-
quable. En 1835, une vigne plantée sur un sol profond,
passablement consistant, au point de pouvoir donner de
belles récoltes de froment, après avoir passé l’époque de la
{leur de La mamière la plus heureuse , eut sa récolte anéantie
jusqu'à la dernière grappe, à la suite d’une chaleur vive et
soutenue. Le propriétaire , qui était en même temps le vi-
gneron, l'avait fumée sur la surface avec des engrais de li-
tière peu consommés : aussi ; je n’eus pas besoin de lui donner
l'explication de la perte qu'il éprouvait; il l'avait très bien
compris. Croirait-on, après cet exemple et bien d’autres
encore, qu'une méthode aussi vicieuse se soutienne. Je n’ai
pas besoin d’ajouter que toute vigne ; qui n'avait pas subi la
même opération, avait conservé intacte toute sa récolte.
Si un pareil inconvénient est un motif pour abandonner
cette méthode d'engraisser la vigne , ce motif devient en-
core plus puissant par l'inconvénient que je vais signaler et
qui n’est pas moindre.
Si les engrais répandus à la surface du sol profitent peu
à la plantation, ils profitent au contraire singulièrement aux
plantes adventices pour lesquelles ils semblent avoir été ré-
pandus, et qui donnent alors à la vigne l'apparence d'une
prairie. Le vigneron se voit donc forcé de multiplier les bi-
nages coup sur coup, sous peine de donner plus de puissance à
la sécheresse pendant l'été, et à la pourriture à l’époque des
vendanges ; et ces inconvénients deviennent inévitables dans
les propriétés où les pampres n'étant pas accolés rampent
sur le sol, et rendent le parcours de la vigne impossible.
Et chose inconcevable ! c’est le plus souvent dans les vignes
DU VIGNERON. 345
où l’on ne fait pas usage des échalas ; que j'ai vu employer
ce pernicieux moyen de répandre les engrais.
Une singulière remarque que j'ai faite , et qui prouve le peu
de réflexion des habitants de la campagne, c’est que j'ai vu
apporter des pierres et des graviers sur la surface du sol de
certaines vignes où l'herbe croissait avec vigueur ét persis-
tance, ne réfléchissant pas que cette plaie provenait prin-
cipalement de l'emploi vicieux des engrais.
Les curures de mares et les vases d’étangs doivent être
mises en tas pour être exposées pendant quelques mois à l'air
et au soleil, afin de les débarrasser de leur excès d'humidité et
de lacidité qui est le résultat de leur séjour prolongé sous
l'eau. Leur mélange avec la chaux vive les améliore, et
hâte le moment de leur emploi. Si elles étaient destinées à
être répandues sur la surface du sol pour être enfouies par le
labour , il conviendrait de les disposer de bonne heure sur
la fin de l'été en petit tas sur le sol de la vigne , pour les ré-
pandre sur la fin de l'hiver et les enterrer par le premier
labour.
Pour faire mieux comprendre la nécessité de placer les
engrais plus profondément qu'on ne le fait généralement
dans les vignes, et combattre l'opinion souvent vraie, mais
fausse dans l’espèce qui nous occupe, des auteurs qui insis-
tent sur l'importance d’épargner les racines superficielles
dans toutes les circonstances, j'ajouterai les réflexions sui-
vantes : Les engrais, agissant avec d’autant plus de puissance
que les matières solubles qu'ils renferment, sont plus à por-
tée de recevoir les influences des météores qui concourent
par la fermentation à leur solubilité, l'air, l’eau et la cha-
leur ; et les racines éprouvant les effets de la nourriture que
ces éléments préparent pour elles en raison de leur moindre
distance , il est exact de dire, en thèse générale, que la po-
sition la plus favorable des racines et des engrais dans l'acte
346 MANUEL
de la végétation est près de la surface du sol. Mais, si l’on
considère que certains sols sont tellement perméables aux
éléments précités, qu'ils s’en laissent pénétrer à un pied de
profondeur avec la même facilité que les sols placés à l’au-
ire extrémité de l'échelle à un pouce seulement, on en con-
clura que l'importance de ménager les racines superficielles
qui va quelquefois jusqu’à la nécessité, n’est que secondaire
dans l’extrème opposé ; et enfin que cette importance doit
céder à une considération d’un ordre supérieur, parce que
le plus redoutable ennemi de la végétation, la sécheresse,
atteignant tous les sols à une certaine profondeur qui peut
aller sous nos climats jusqu’à 6 pouces, cette profondeur
devient une limite au-dessus et au niveau de laquelle les su-
coirs ne doivent jamais plonger sous peine d’anéantir sinon
la vie tout entière de la plante, au moins la production des
fruits pour laquelle tous les frais de culture ont été faits.
Emploi des amendements.
Si les engrais doivent être enfouis profondément pour
remplir tout le but que l’on doit en attendre, il n’en est pas
à beaucoup près de mème quant aux amendements. Les en-
grais, étant destinés particulièrement à fournir à la plante
une nourriture toute préparée , doivent être immédiatement à
portée des racines ; mais les amendements, étant destinés à
corriger les défauts du sol , en rendant les argiles plus friables
et plus perméables afin qu'elles puissent se laisser plus faci-
lement pénétrer par les éléments de la production, et les
sables plus liants et plus consistants afin que la sécheresse y
fasse moins de ravage , les amendements, dis-je, doivent
être par ces causes, non seulement mélangés avec le sol de
la manière la plus intime, mais encore superficiellement ,
afin que leur action soit plus efficace. Ils ne sont pas destinés
DU VIGNERON. 347
à donner une nourriture aux plantes , ils ne sauraient la four-
nir par eux-mêmes ; mais ils augmentent l'énergie du sol
pour soutirer de l’atmosphère les éléments nécessaires à la-
production.
Ainsi , il n’est qu'une seule manière de les répandre ; et il
est une multitude de sols, parmi ceux qui sont particulière-
ment propres à la vigne , où les amendements ne sont pas
tellement utiles qu'ils ne puissent s’en passer. Les sols où ils
produisent l'effet le plus utile sont sans contredit les plus
consistants , et principalement ceux qui se laissent facilement
battre et durcir par les pluies. Toutefois ils sont rares, ou
du moins n’en ai-je rencontré qu'un très petit nombre parmi
les nombreux vignobles que j'ai visités.
De la rareté des engrais.
Je crois devoir consacrer un article à ce sujet, ct faire
ressortir combien il est facile en toute circonstance, et pour
toute culture, de se procurer les engrais nécessaires à une
exploitation.
J'entends souvent des personnes dire : telle culture ou telle
exploitation sont impossibles , faute d'engrais; et moi de ré-
péter, comme Je le déclare ici de la manière la plus solen-
nelle : que les personnes qui s'expriment ainsi pèchent par
ignorance , et que dans toute circonstance, ou du moins à
de très rares exceptions près, il est possible de se procurer
les engrais suffisants pour se livrer aux cultures les plus vastes
et les plus difficiles, et ce qui paraïtra plus extraordinaire
encore , au premier apercu , sans bétail , sinon le bétail né-
cessaire aux travaux de l'exploitation , aux labours, aux
transports. — Mais, me dira-t-on, quel est donc ce moyen?
Il doit être bien difficile à comprendre , bien difficile à em-
ployer , puisqu'il existe une si grande masse de terres incultes,
348 MANUEL
ct que parmi celles qui sont cultivées une grande partie l'est
si mal, faute d'engrais , que les céréales y donnent à peine
un résultat économique. — Eh bien ! ce moyen est le plus
simple qu’il soit possible d'imaginer, le plus facile à em-
ployer , celui que la nature même nous indique. Ce moyen
est employé avec succès par quelques agriculteurs instruits et
zélés. Ce moyen a été souvent publié par quelques-uns d’en-
w'eux , appuyé de chiffres , et ses résultats que j'ai vérifiés
et expérimentés moi-même sont tels , que je ne puis m'em-
pécher de répéter ce que j'ai dit tout-à-l’heure : tout proprié-
taire ou cultivateur, qui se plaint de la rareté des engrais,
fait preuve d'ignorance.
Ce moyen, ce sont les engrais végétaux employés avec
discernement. Toutes les fois qu’un vignoble est assez éloigné
des villes pour être dans l'impossibilité de se procurer d'une
manière économique les engrais qu’elles fournissent en abon-
dance , le propriétaire doit avoir dans le voisinage une terre
consacrée à la production des matières végétales destinées à
être employées comme engrais; et, pour augmenter leur
énergie , il les placera dans des fosses où elles seront arrosées
avec des eaux grasses ou des urines dont il aura toujours une
suffisante quantité , quelle que soit l'étendue de son exploita-
tion. Lorsque ces matières ainsi arrosées sont consommées et
réduites en terreau, leur effet est admirable , soit pour la
vigne, soit répandues en couvertures sur les blés et les
prairies.
Ces matières n'ont pas besoin d'être consommées pour l'u-
sage de la vigne : on peut les enfouir fraîchement coupées
dans les fosses à provins, ou lors de la plantation. Lorsque
le sol est brülant, cet engrais lui est singulièrement appro-.
prié. C’est ainsi qu'on alimente la force et la durée des sou-
ches dans les vignes du Languedoc qui avoisinent les nom-
breux marais du Delta du Rhône, où les roseaux sont pour
$
DU VIGNERON. 349
les propriétaires un objet de produit important par leur em-
ploi comme engrais végétal.
Il est des cantons où l’on sème entre les rangées de la vi-
gne des plantes destinées à être enfouies sur place , telles que
le lupin , le trèfle incarnat. Je ne doute pas de l'avantage qué
doit présenter cette méthode ; mais j'aimerais mieux avoir ,
ainsi que je l'ai déjà dit, un champ à part pour produire ces
engrais végétaux, et les enfouir au fur et à mesure des be-
soins , ou les entasser pour en faire des composts ; parce que
la vigne se ressent nécessairement, la première année, dé la
présence de ces plantes sur son sol. Toutefois , lorsqu'elle est
plantée très écartée , cet inconvénient peut être si petit, qu'il
soit inapercu, et l'avantage de l'enfouissement direct devient
réel dans toute son acception.
Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet dans cette cir-
constance. J’en ferai plus tard la matière d’un Mémoire par-
ticulier, où je traiterai cette question d'une manière étendue,
sous une face nouvelle , et où je ferai part de quelques per-
fectionnements très importants que j'y ai apportés.
De l'influence des engrais sur la qualité et le qoùt des
vins.
Pour terminer convenablement ce chapitre ; 11 me reste à
parler de l'influence des engrais sur la qualité et le goût
des vins.
IL est impossible de contester que les engrais n'aient une
grande influence sur la qualité des vins, aussi bien que toute
circonstance qui tend à augmenter la production et le volume
des grappes : ce qui se concoit et s'explique facilement, par-
ce que la sève montant avec plus d'abondance , les fluides
aqueux qu’elle entraine avec elle arrivent aux fruits qui s’en
emparent en plus grande quantité ; et, quelle que soit la ma-
350 MANUEL
turité , la matière sucrée s'y développe en raison invarse
de cette abondance, et, ce qui est souvent pire encore, la
maturité en est quelquefois retardée au point d’en être com-
promise. De là, moindre spiritualité de la liqueur , et moindre
développement de l'arôme qui constitue le principal mérite
des vins recherchés par leur délicatesse. Les propriétaires et
vignerons agissent donc rationnellement, lorsqu'ils mettent à
part les raisins qui proviennent des provins de l’année dans
les vignobles dont les produits se vendent à prix élevés.
Quant à l'influence des engrais sur le goût du vin, je suis
persuadé que c’est une erreur de croire qu'ils lui donnent un
mauvais goût par l’ascension de la sève qui entraïnerait les
principes odorants et les ferait passer dans la pulpe. Tout
mauvais goût, contracté par le vin (je parle ici de l’influénce
sur le raisin avant son entrée dans la cuve) , provient d’éma-
nation qui enveloppe le fruit pendant la végétation et se fixe
sur la pellicule. Je me fonde sur une expérience qui me pa-
raît prouver, d’une manière irrécusable, que l’arôme estren-
fermé dans la pellicule, expérience que j'expliquerai plus
tard, et sur l'effet produit par le suintement des matièrés
odorantes suspendues au-dessus de la grappe. Ainsi, lorsqu'un
vigneron ignorant placera sur les échalas au-dessus des grap-
pes des plantes à odeur forte, telle que laristoloche , si la
pluie ou les brouillards viennent à les humecter , l'humidité
retombera sur la pellicule des fruits qui s'empare de l’odeur
et la communique au vin. Ainsi , lorsque les engrais produi-
sent le même effet, ce ne peut être évidemment que lorsqu'ils
sont enterrés superficiellement, parce que l'odeur peut re-
monter jusque sur le fruit, et dès-lors la pellicule s'en em-
pare. Ceci viendrait encore à l'appui de la méthode que je
préconise , d’enfouir les engrais aussi profondément que pos-
sible.
DU VIGNERON. 351
DES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE RENOUVELER
LA VIGNE,
Il est deux moyens principaux de renouveler la vigne usée
par l’âge ou par une mauvaise culture : par arrachement pour
replanter au bout d’un temps plus ou moins long ; et par
provins.
Renouvellement de la vigne par arrachement.
Ce moyen est le seul employé, et presque toujours avec
raison , dans les vignes où l’on ne provigne pas, et où 1l se-
rait à peu près impossible de faire autrement par le grand âge
des souches , ou par les plaies dont elles sont couvertes. Tout
cep, atteint de maladie ou de plaie, est impropre à fournir par
le couchage à une végétation forte, soutenue et productive.
Il arrive une époque où , malgré tous les soins apportés à la
culture de la vigne , elle se refuse à produire , soit épuise-
ment du sol, soit plutôt épuisement de la souche par
vieillesse.
Dès que la vigne se refuse à donner un produit économi-
que, un produit moyen supérieur aux frais que la culture
exige, il faut bien alors se décider à l’arracher. Cependant
le vigneron intelligent n’attendra pas ce moment extrême ;
surtout lorsque le sol sur lequel elle repose est susceptible de
produire des grains ou des fourrages. Il doit, dans cette cir-
constance , se hâter de la détruire dès que les produits devien-
nent inférieurs aux produits présumés des céréales ; et, à cet
effet, il ne se contentera pas de couper les souches entre deux
terres; mais par un défoncement complet du sol, de
10 à 24 pouces suivant la profondeur à laquelle la vigne
avait été plantée , il extirpera toutes les racines qui lui procu-
reront du bois pour son usage, ct un travail si bien appro-
352 MANUEL
prié aux cultures subséquentes et à la replantation de la
vigne , qu'il ne saurait reculer devant les frais. Il n’en sera
pas ici comme dans un défoncement sur un sol qui n'aurait
jamais été fouillé ; le succès de cette opération ne saurait être
douteux. Les plantes, confiées immédiatement à la terre ainsi
préparée, donneront les plus belles récoltes qui pourront être
suivies d’une fourragère vivace : la luzerne , le sainfoin , le
trèfle, suivant la nature du sol ; laquelle plante , succédant à
des récoltes amplement fumées, sera une meilleure prépara-
tion pour la vigne future. À l'automne, qui précèdera immé-
diatement la plantation , le vigneron, intelligent et soigneux,
conservera la dernière pousse de la plante fourragère sur la-
quelle il aura répandu des engrais , pour être enterrée par le
défoncement après lequel doit se faire la plantation. Avec ces
attentions et celles que j'ai décrites précédemment, on peut
être assuré du succès le plus complet, et l’on sera récom-
pensé de ces soins et de ces travaux par une vigne vigoureuse,
une production précoce , abondante et durable.
Lorsque la vigne était précédemment plantée sur un dé-
foncement moins profond que ne pouvait le comporter la na-
ture du sol, il est possible alors de replanter immédiatement
avec succès en approfondissant le labour , surtout lorsqu'on
aura l'attention de répandre sur la surface des engrais , soit
animaux , Soit végétaux, qui seront rejetés dans le fond en
renversant le terrain. Le sol de la surface dans lequel les ra-
cines ne se sont jamais étendues n’élant pas épuisé par elles,
et les engrais que l’on ajoute au moment de l'opération, suf-
firont , avec l’approfondissement du labour ; pour soutenir
l'existence de la jeune vigne et la faire produire ainsi que
dans les circonstances les plus favorables.
Lorsque la vigne cesse de produire à la suite d’une mau-
vaise culture, si les souches sont saines, si la plantation avait
été faite à une profondeur suffisante, ct enfin si son produit
DU VIGNERON. BE
est supérieur à celui de toute autre plante cultivée , alors Le
moyen le plus avantageux serait de la renouveler par provins,
et, à cet effet, les sarments seront rapprochés à la taille et
réduits de manière à forcer les souches à donner des sarments
aussi vigoureux que possible; ce que l’on obtiendra encore
par un ébourgeonnement rigoureux ; et l’on s’abstiendra de
rogner les pampres.
Renouvellement par provins.
Je distingue deux sortes de provins : le provin par mar-
cotte , et le provin proprement dit.
Le provin par marcotte consiste à remplacer une souche
morte , ou seulement en mauvais état, par un sarment d’une
souche voisine. À cet effet , le vigneron ouvre une fosse dont
les dimensions en largeur et longueur dépendent de l’espace
qui règne entre les souches de la vigne. La longueur est li-
mitée par Le pied de la souche qui doit être arrachée , et de
celle qui est appelée à la remplacer. Toutefois elle ne saurait
être prolongée jusqu’au pied de cette dernière par la néces-
sité de ménager ses racines. La profondeur dépendra de la
nature du sol; elle pourra varier, ainsi que pour la planta-
tion, de 10 à 24 pouces. Il sera choisi le plus beau sar-
ment le plus long, le mieux aoûté, sur la souche destinée
au remplacement, qui doit elle-même remplir toutes les
conditions de vigueur et de santé. Le sarment sera recourhé
et étendu dans le fond de la fosse pour revenir à la place de
la souche arrachée, être coudé et relevé perpendiculairement
contre les parois de la fosse. IL sera taillé à deux yeux hors
de terre , et des engrais abondants seront transportés dans le
fond de la fosse, après avoir mis une petite couche de la
meilleure terre sur le sarment, si ces engrais ne sont pas ré-
duits à l’état de terreau , par les raisons que j'ai expliquées
précédemment,
354 MANUEL
La terre de la fosse sera répandue autour d'elle et dissé-
minée sur la surface ; elle sera rejetée dans la partie supé-
rieure, si la vigne repose sur une pente , pour atténuer le
mauvais effet du déchaussement des souches qui bordent le
sommet du coteau. Les fosses à provins seront remplies peu
à peu à chaque labour, de manière à être entièrement de ni-
veau à la troisième année seulement : j'ai déjà expliqué par
quels motifs la jeune souche sera sevrée de la mère à 1, 2
ou 3 ans, ou même jamais suivant les localités. Si le se-
vrage n'était une nécessité par l'obstacle que présente aux
labours la partie de la jeune souche qui tient à l’ancienne,
ce serait assurément rationnel de ne jamais sevrer , jusqu’au
moment du moins où le dépérissement de l’une nécessiterait
cette opération. Ainsi, dans la plupart des circonstances il
convient de sevrer ; mais je ne saurais approuver le sevrage
au bout d’un an. La jeune souche est encore trop faible ; il
pourrait s’ensuivre une crise qui prolongerait sa faiblesse
pendant plusieurs années. Le vigneron prudent attendra au
moins 2 ans. Si la plantation est très écartée, il fera bien
d'exécuter le couchage en 2 ans; la jeune souche s’en trou-
vera mieux , et aura moins à redouter l'opération critique du
sevrage. Enfin , lorsqu'elle sera séparée de la mère, la coupe
se fera proprement aussi près que possible du vieux bois, afin
de ne point laisser de chicot. Cette partie de la marcotte,
opposée à celle qui a formé le jeune pliant, sera elle-même
coupée jusqu'auprès des premières racines, parce qu'elle
pourrirait en terre, et que sa conservation ne pourrait
que compromettre la santé de la jeune souche ; et enfin,
l'extrémité conservée de la marcotte sera baissée et couchée
en terre au niveau du fond de la fosse, s’il est possible ,
sans diminuer les racines déjà formées.
La seconde méthode de provigner consiste à coucher tout
entière la souche destinée au remplacement. À cet effet , il
DU VIGNERON. 355
est ouvert une fosse dont la longueur sera au moins égale à
la distance entre les deux souches : je dis au moins, parce
que dans les terrains en pente le sarment , qui doit être ra-
mené dans la partie supérieure du provin, est toujours dé-
placé par le poids de la terre, et que, par conséquent, il
doit être porté un peu plus haut pour revenir plus tard à la
place qui lui est destinée. Les racines qui arrêtent le cou-
chage sont coupées proprement, et la souche, débarrassée de
tout chicot et de tout bois inutile , est couchée au fond de la
fosse ; et enfin l'opération s'achève comme précédemment à
l'exception du sevrage qui devient inutile. Lorsqu'en creu-
sant le provin, on rencontre des souches entièrement provi-
gnées ; tout le bois mort doit être soigneusement enlevé en
coupant jusqu'au vif. Un cep peut fournir au remplacement
de plusieurs suivant sa vigueur, sa force et le nombre des
sarments. On peut provigner depuis le commencement de
la chüte des feuilles jusqu’au moment où la végétation com-
mence à se déclarer , hors les temps de fortes gelées , et ceux
où la neige couvre le sol. Il convient de porter les engrais
dans les fosses , aussitôt ou peu après qu'elles sont faites, au
moins pour les provins faits l'automne et pendant l’époque
des froids rigoureux.
Lorsqu'on voudra renouveler une vieille vigne par pro-
vins, je conseille de tailler les souches à bois , en réduisant
les coursons à un seul , s’il est nécessaire, et à deux yeux. Si,
après une taille aussi rigoureuse, les sarments ne remplissent
pas l’attente du vigneron, les souches provignées ne fourni-
ront qu'une seule pointe, afin de ne pas les épuiser par un
plus grand nombre ; et enfin les jeunes souches , ainsi obte-
nues, ne seront elles-mêmes destinées à en créer d’autres que
lorsqu'elles auront 2 ans au moins. Cette considération
est une règle générale pour toute espèce de provins ; excepté
le cas seulement où il ne s'agirait que d’allonger la jeune
souche sur un seul sarment.
356 MANUEL
Lorsque la vigne est plantée très écartée, tel que dans les
hautins , il convient de ne pas étendre d’un seul jet Le sarment
destiné à remplacer le cep mort. L'un des sarments sera
ramené à la place de la souche mère, et le second à une
distance en rapport avec la force du jeune bois, pour être
allongé l'année suivante d'après les mêmes principes, Jus-
qu'à ce qu'il atteigne la souche qu'il est destiné à remplacer.
Par ce moyen le succès est complet , et une vigne ainsi con-
duite donnera toujours les produits les plus abondants, tout le
reste étant égal d’ailleurs.
Il y a de l'avantage à employer la première manière de
provigner , toutes les fois que les ceps sont arrivés à un âge
tellement avancé, que la raideur des fibres ligneuses leur
ôte la souplesse nécessaire pour pouvoir ètre couchés sans
rompre ; mais, à part cette circonstance, il ne saurait y avoir
doute dans toutes les autres sur l'avantage de la seconde mé-
thode. Ainsi les frais sont , à la vérité, un peu plus considé-
rables; mais la jeune vigne est beaucoup plus tôt en rapport :
elle n’éprouve aucun temps d'arrêt, aucun affaiblissement ,
puisqu'il n’y a point de sevrage ; à ce point que dès la pre-
mière année , lorsque l'opération a été faite d'une manière
convenable, la production est presque toujours abondante ,
etque, dès la seconde année; elle diffère peu de celle des
ceps les plus vigoureux.
Quant au choix à faire entre les deux modes de renouvel-
lement par arrachement ; ou par provins , toutes les fois que
le sol est de nature à donner de bonnes récoltes céréales ou
fourragères, je n’oserais me prononcer sur la préférence à
donner; les avantages peuvent se balancer. Je laisse donc
au propriétaire le som de décider la question dans cette cir-
constance ; d'autant qu'il peut être entrainé à l’une ou l’au-
tre par des considérations qui ne sont pas tellement liées à
mon sujet, que je doive entrer dans ces détails. Mais le nom-
DU VIGNERON. 357
bre des cas où il convient de renouveler la vigne par provins
est si considérable , que je crois pouvoir donner comme
règle générale l'avantage de ce second mode de renouvelle-
ment; le premier ne serait qu'une exception. Quel produit
plus avantageux pourrait-on retirer des terrains qui produi-
sent les vins de Côte-Rôtie, Condrieu , l’'Hermitage , St-Pé-
ray , la Nerthe sur le littoral du Rhône , de Château-Laffitte,
Chäteau-Margaux, Latour , Hlaut-Brion sur la rive gauche
de la Garonne ; de Clos-Vougeot, Nuit, Chambertin sur la
rive droite de la Saône ! Quel produit plus avantageux pour-
rait-onretirer des terrains qui produisent près de Lyon des vins
à la vérité très communs, sur un sol quelquefois excellent,
mais qui dispense le vin avec un luxetel, que, malgré leur
peu de valeur, quelques-unes de ces vignes se vendent au
même prix que les crûs célèbres que j'ai cités tout-à-l’heure !
Il est une autre considération dont l'importance n’est pas
à dédaigner, c’est que la qualité des vins dépend à tel point
de l'ancienneté de la vigne, que quelques vignobles doivent
leur réputation autant à cette cause qu’à l’attention que les
propriétaires apportent dans leur culture par le choix des
plants du sol et de la manipulation des vins. Et enfin l’on ne
saurait objecter l'épuisement des souches : car il est des
vignes dont l’origine se perd dans la nuit des temps, et qui
ne cessent de produire de la même manière; et cette fécon-
dité n’est soutenue que par l'opération du provignage.
L
ee
Ci
} 7
À
POUR IVENTIME RG
da
4
le ce 6 à À
RAPPORT
L SUR
LES DIFFÉRENTS ENCGRAIS
CONFECTIONNÉS PAR DIVERS INDUSTRIELS ET AGRICULTEURS,
TELS QUE MM. PAYEN, SALMON, SAUFFRET ET PLUSIEURS AUTRES,
ET EN DERNIER LIEU PAR M.LE GÉNÉRAL DUEOURG,
PAR
Charles Gariot ;
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE DE LYON, DE LA PÉPINIÈRE ROYALE
DE NATURALISATION DU RHÔNE , ET CORRESPONDANT DE DIVERSES SOCIÉTÉS
D'AGRICULTURE DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER.
Lu à la Société Royale d'Agriculture de Lyon, le 42 juillet 4839.
Felix qui potuit rerum cognoscere causas.
Vic.
Messieurs ,
Depuis bien des années, les agriculieurs-praticiens s'occupent
avec sollicitude à rechercher de nouveaux engrais, parce qu’ils sont
persuadés qu’il n’y a point de bonnes récoltes sans cet agent efficace
de la terre; que, pour avoir une belle et riche végétation , il ne
suffit pas seulement d'avoir de bons labours , de la chaleur et de
l'humidité, mais encore ce puissant véhicule appelé engrais, qui ,
approprié rationnellement à la nature de notre sol, lui permet de
donner de la vigueur aux plantes , pour qu’elles puissent se saisir
de toutes les substances qui conviennent à leur nourriture , à leur
croissance et à leur fructification.
HE © 94
360 RAPPORT
On a souvent dit : Il faudrait trouver un engrais économique qui
offrit à la fois énergie, efficacité, durée dans le sol facilité dans le
transport, et surtout d’un prix inférieur à tous nos fumiers connus.
Aidés du flambeau de la chimie , plusieurs industriels-agricul-
teurs , tels que MM. Payen, Salmon, etc., semblaient avoir résolu
ce problème en offrant à l’agriculture leur noër-animalisé ; mais
malheureusement , à notre avis , la dose des matières et des in-
grédients qu'il fallait n’a pu être en harmonie avec la modicité du
prix qu'on désirait, et la quantité qu’il fallait par hectare pour une
bonne fumure.
D'autres manipulateurs en ce genre d'engrais, mais moins ha-
biles survinrent; et, sans être agriculteurs, ils erurent mieux faire ,
se persuadèrent qu'en publiant hardiment des formules avec ce
style véridique du prospectus, ils parviendraient à un résultat...
Mais quel est-il ce résultat? Est-il dans l'intérêt de l'agriculture ?
non. C’est donc dans le leur privé ?... oui. C’est une spéculation
mercantile comme une autre, peu importe ce qu’il adviendra pour
l’agriculteur qui achètera; aussi avons-nous vu successivement
passer sous nos yeux les noms plus ou moins pompeux de s{ercorar,
de cruorique, noir-animal , noir-animalisé désinfecté , terreau-pou-
drette de longue durée , engrais-sanguini * , engrais confectionné en
12 jours sans le secours du bétail, ete. , etc.
Mais , Messieurs, laissons de côté ces tristes moyens de faire
valoir les choses, ne nous attachons qu'aux faits : car, dans l’état
où se trouve notre agriculiure , il nous faut du positif; et, en même
temps , tirons parti des avantages que peuvent nous offrir tous ces
genres d'engrais; cherchons sincèrement à accroître le nombre de
nos fumiers : c’est un moyen sür d'améliorer nos terres; c’est
rendre un service éminent à son pays. Mais, pour atteindre ce but
louable , soyons sincères, ne publions que ce qui est bien prouvé,
bien reconnu par des expériences de plusieurs années.
Vous vous rappelez ,; Messieurs , le bruit qu'a fait l’engrais
Jauffret ; aujourd’hui, je crois que les agriculteurs impartiaux et de
bonne foi ont suffisamment apprécié, soit les équivalents qu'il
donne dans sa formule, soit la comparaison qu'il a voulu faire en
1 Quelques horticulteurs ont cependant trouvé que cet engrais délayé dans de Peau
produit d'excellents effets, employé en arrosement.
SUR DIFFÉRENTS ENGRAIS. 361
assurant que son engrais fabriqué en 12 jours avait la même effica-
cité que nos fumiers de litières ; malheureusement , je dois vous le
dire : pour ma part, Messieurs, l'expérience comparative que j'ai
faite n'a pas été en faveur de Jauffret.
Voici comment j'ai opéré :
Sur un terrain silico-argileux avec petits cailloux , divisé en
quatre soles parfaitement égales et représentant chacune un parallé-
logramme de 75 pieds de long sur 12 de large.
La première sole n° 1, qui était la sole de Jauffret, avait recu
son engrais en suffisante quantité ; cet engrais avait été confectionné
au Jardin-des-Plantes , ainsi que vous le savez, par les soins d’une
Commission à la tête de laquelle se trouvait notre honorable collè-
gue M. Seringe , directeur du Jardin , qui eut l’obligeance de me
remeltre un tombereau de ce fumier ; arrivé chez moi, à Franche-
ville , je le pesai, et je trouvai en engrais 302 kilogrammes, dé-
falcation faite de la tare.
La sole n° 2, qui recut le même poids en engrais de litière
provenant des vaches du domaine , offrait le même degré d'humidité
et, par conséquent, a donné un égal volume en fumier.
La sole n° 3, qui était celle qui ne reçut aucune espèce de fu-
mure , et qui avait, comme toutes les autres , porté une récolte de
céréales , avait été exprès mise en comparaison, afin de pouvoir
mieux juger du degré de fertilité des deux engrais.
La sole n° 4 avait été fumée avec un autre genre de fumier
appelé cornaille.
Chaque sole , après avoir été convenablement travaillée, a recu
deux onces de graines de colza. Six jours après , la germination
s'est manifestée simullanément dans toutes les soles sans différence
aucune , et s’est maintenue ainsi pendant quelques jours; mais
ensuile , après une pluie , les radicules des colzas en remplissant
leurs fonctions , et après avoir élaboré les principes fertilisants des
engrais respectifs de chaque sole , a donné par suite un facies
tout-à-fait distinct à chacune d'elle. Seulement, la sole Jauffret
avec celle sans fumure ont resté long-temps stationnaires, pendant
que celle de litière avait ses plantes plus élevées, les feuilles plus
larges et d’un vert plus foncé.
La quatrième sole, fumée avec de la cornaille, a été encore su
périeure à toutes les autres.
302 RAPPORT
La récolte sur toutes les soles a été faite le même jour , battue et
vannée toutes séparément :
La sole Jauffret, n° 1 , a produitnet 18 “‘"® de graines petites.
La sole n° 2, engrais de litière 26 1/2 gr. bien nourries.
La sole n° 3, sans fumier 16 graines très petites.
La sole n° 4, famée avec delacornaïlle 31 1/4 belles graines.
D'où nécessairement il faut conclure, d’une part, que la sole
fumée à la cornaille est supérieure en produit, et de l’autre part,
que l’engrais Jauffret est inférieur de près de moitié à l’engrais de
litière, el qu'il n’a qu'un huitième de principes fertilisants , puisque
la sole sans famure a produit 16 livres de graines, quand celle à
l'engrais Jauffret n’en offre que 18 ; donc, nous pouvons soutenir
avec raison que l’engraïs Jauffret est inférieur et ne peut pas être
comparé à l’engrais de litière , placé, entendons-nous bien, dans
les espèces de terrains dont nous avons parlé. Voilà, Messieurs ,
ce que celie expérience comparative nous a démontré de manière à
ne conserver aucun doute.
Maïs comme , en toutes choses , nous devons la vérité , si nous
voulons faire avancer la science, nous vous dirons que , d’après les
diverses expériences qui ont élé faites sur divers points de la France
ct que nous avons eu soin de recueillir, l'engrais Jauffret a échoué
en le comparant avec nos fumicrs ordinaires sur les terrains silico-
argileux , silico-argileux-caicaire et sur les sablo-alumineux ; seu-
lement il a produit de l'effet sur les argilo-siliceux et les terres
éminemment argileuses. Au reste , nous ne considèrerons jamais
l'engrais Jauffret que comme un compost humide semblable à ceux
des Allemands , des Flamands et des Anglais, avec cette seule
différence cependant (ce qui est en faveur de Jauffret) qu'il se
confectionne dans un plus court espace de temps, ce qui est dû à
sa lessive, c’est-à-dire au liquide alealin qu’il emploie pour arro-
sement, lequel provoque en peu de jours dans la masse des végétaux
une fermentation accélérée, énergique et en même temps progres-
sive qui va jusqu'à 60, 65 et 70 degrés réaumuriens , selon que la
température ambiante est plus ou moins élevée; d'autres ont pré-
tendu l'avoir poussé jusqu’à 100 degrés aussi réaumuriens. Permet-
tez-moi, Messieurs, d'exprimer ici mon doute sur ceite haute
température de 100 degrés réaumuariens, parce que je crois que
c’est contre les lois de la chimie et de la physique en même temps ;
‘
SUR DIFFÉRENTS ENGRAIS. 3563
car le carbone qui se trouve en grande quantité dans la suie, qui
fait partie de la lessive de Jauffret , peut à lui seul empêcher ce
haut degré de chaleur, qui du reste n’est pas nécessaire, puisqu'à
70 degrés , les végétaux ligneux de forle cohésion ont été décom-
posés. — Peut-être, nous objectera-t-on , qu'il est ecpendanti vrai
que les foins humides, serrés dans nos fenils, finissent bien par
une fermentation lente et progressive à s'élever à celle même tem-
pérature , puisque le foin prend feu. — Oui , sans nul doute cela
arrive ; mais, dans celte cireonsiance , c’est bien différent : dans
les foins trop humides , il n’y-a point de corps , point d'ingrédients
dont les molécules cherchent constamment à neutraliser la malière
du feu; l'hydrogène et l'oxigène , dans ce cas , sont libres d'agir ;
rien ne vient arrêter leur action pour arriver à l'inflammation, à la
combustion.
En définitive , nous pensons qu'il est équitable d'accorder à
Jauffret le mérite : 1° d’avoir éveillé l'attention des agronomes sur
la prompte confectinn des composts à végétaux ligneux , ainsi que
des terreaux y compris l’engrais-terre; 2° d’avoir démontré aux
propriétaires ruraux des pays montueux et d’un difficile accès, de
pouvoir, sur les lieux et sans frais de charroiïs , fabriquer prompte-
ment, sans le secours du bétail, de l’engrais avec les végétaux
qui s'y trouvent, comme bruyères , genêts, fougères , mousses ,
mauvaises herbes de tout genre , ete. Mais, quand il s’agira d'établir
une comparaison de son engrais avec nos fumiers de litière , nous
dirons affirmativement que nous ne lassimilerons jamais à ces fu-
miers, puisqu'il est prouvé aujourd'hui qu'il n'a montré son efficacité
que sur les terres argilo-siliceuses et sur celles éminemment argi-
leuses, et qu’il a succombé sur tous les autres genres de sols.
Une objection nous a été faite : on nous a dit qu'il avait agi
d'une manière très satisfaisante sur la vigne. — Nous le croyons
bien : il a fait pour la vigne ce qu'ont fait avant lui tous les composts
et les bons terreaux qui ont toujours été la fumure de- prédilection
de tous les vignerons ; mais il ne s’en suit pas &e là qu'il convienne
de le présenter comme un équivalent à nos engrais de litière dans
tous les auires cas possibles de eulture et sur tous les sols in-
distinctement.
Au moment où j'allais elore ce rapport, j'apprends que deux
nouvelles brochures, relatives à l’engrais Jauffret, viennent de pa-
364 RAPPORT
raitre; lune a pour titre : Æbrégé de la nouvelle Méthode de
Pierre Jauffret pour la fabrication des engrais , éprouvé par 40 ans
d'expérience, à l'usage et à la portée de tous les cultivateurs ; ou
Moyen de faire sans bestiaux , en moins d’un mois et avec une
grande économie, DE L'ENGRAIS DE PREMIÈRE QUALITÉ, AGISSANT SUR
TROIS RÉCOLTES SUGCESSIVES ; DEUXIÈME ÉDITION, ENTIÈREMENT REFONDUE ET
CORRIGÉE D'APRÈS LES DERNIÈRES NOTES ET INDICATIONS DE FEU PIERRE
JAUFFRET.
L'autre, intitulée :
ÆAttestations authentiques , au sujet de l’engrais J'auffret , délivrées
par un grand nombre d'agriculteurs , après les expériences faites
par eux sur plusieurs récoltes successives et avec une seule fumure.
Nous allons , pour le présent, nous arrêter aux expériences faites
sur l’ancienne formule; quant à la nouvelle, nous y reviendrons
quand le temps et les expériences nous auront donné des faits ;
jusque-là , nous devons nous abstenir : nous n'avons à nous oc-
cuper pour le moment que de la seconde brochure sur les attestations
authentiques de Y'engraiïs Jauffret. Ces attestalions sont au nombre de
trente-trois; trois agriculteurs seulement ont parlé du terrain sur le-
quelils ont opéré, mais d’une manière si peu scientifique , si peu cir-
constanciée, qu'il est impossible de dire positivement que c’est sur
telle nature de sol qu’on a expérimenté, Ces attestations donc, au lieu
de détruire ce que nous avons dit dans ce rapport, ne servent qu'à
corroborer le jugement que nous avons porté sur cet engrais.
La pièce, qui m'a fait le plus d'impression dans ces attestations ,
est un article sur la mort de Jauffret, par M. Moll, professeur d’a-
gricullure au Conservatoire des arts et méliers à Paris. Cet agro-
nome instruit, tout en rendant hommage à la mémoire de Jauffret ,
ne décide pas la question sur l'efficacité de son engrais sur telle ou
telle nature de terrain ; il fait ressortir seulement l'avantage que
cette découverte peut offrir à l'agriculture.
Revenons , Messieurs , à notre sujet principal des engrais écono-
miques. Toutes les réflexions que nous avons faites en étudiant les
fumiers , nous mènent tout naturellement à celui d'André Chedé-
cal dont sans doute vous êtes encore mémoralifs , avec lequel
lengrais Jauffret a une certaine analogie , et qui , sous le nom de
Gadoue artificielle, fit aussi en 1819 grand bruit dans notre dépar-
tement : on voulut le comparer à la vraie gadoue, produit de nos
SUR DIFFÉRENTS ENGRAIS. 365
fosses d’aisances , le temps a prouvé qu'on se trompa. Cetle gadoue
artificielle , qui , à la vérité, ne revenait qu'à 50 c. le tonneau de
2 hectolitres, n’a jamais eu la force et l’activité de celle des latrines;
néanmoins, dans les terrains légers et à l’époque des sécheresses ,
elle ne laisse pas que de produire de bons effets, soit sur les prés
comme sur les terres à blé.
M'étant toujours occupé de composts et d'engrais liquides , j'ai
essayé pendant plusieurs années cette gadoue artificielle ; mais la
longueur de sa confection m'a souvent découragé : il fallait, pour
toutes les matières qu'on employait, une fermentation et une macé-
ration putride de plus de six mois, si l'on voulait que l’engrais eût
toute son efficacité.
Voilà la formule du sieur Chedécal, cultivateur au hameau de
Bron près Lyon :
« Dans une fosse bétonnée de 22 pieds de longueur sur 12 de lar-
geur et 9 de profondeur , on a jeté les matières suivantes : 1° une
masse de fumier équivalente à 8 ou 10 chars à 2 chevaux ; 2° vingt
bichets de légumes de Lupin (Lupinus albus); 3° tous les résidus
de la basse-cour en balayures ; 4° toutes les mauvaises herbes des
jardins et des terres; 5° quarante quintaux de plâtre; 6° une quantité
d’eau bourbeuse , six et sept fois plus considérable que celle des
malières solides réunies. L'opération finie et le temps voulu arrivé ,
on enlevait tout le liquide qu’on versait dans des tonneaux pour Îles
mener sur les terres, et le fond de la fosse offrait un caput mor -
tuum absolument semblable à nos meilleurs composts.
« L'introduction de ce genre d'engrais dans le Lyonnais est due à
un domestique de M. Fantet , propriétaire à Villeurbanne ; ce valet,
polonais d'origine et déserteur d'un régiment de cavalerie autri-
chienne, dit à son maître que dans son pays on savait fabriquer
avec de la chaux du fumier, ete. , une matière fécale toute ausst
bonne pour fumer que celle qu'on puise dans les latrines ; etee n'estque
sur ce dire qu'on s’est mis à fabriquer la gadoue nouvelle qui ne re-
vient qu'à 50 c. le tonneau de 2 hectolitres, au lieu de 3 fr. prix de
la gadoue naturelle. »
Venons actuellement, Messieurs, à l’engrais économique (Abré-
gé des méthodes inyentées) par M. le général Dubourg , dont l'an-
nonce vient de paraître dans le Journal d'économie rurale et domes-
366 RAPPORT
tique; journal destiné à faire suite à la Maison rustique du 19°
siècle.
M. le général Dubourg , tout en voulant nous donner du neuf
en fait d'engrais, opère néanmoins en beaucoup de cas, comme
Jauffret , sur toutes espèces de végétaux qu’il veut convertir en fu-
mier; seulement il donne un autre nom à l'agent de fermentation
qu’il emploie : il l'appelle Zcoain au lieu de lessive , comme le nom-
mait Jauffret.
M. le général Dubourg a de très nombreuses manières de pré-
parer son levain : ilse fait avec de l’eau à laquelle on ajoute de l'u-
rine humaine ou d'animaux, et dans lesquelles on laisse macérer
des fruits pourris , des plantes vertes, des balayures de cour, des
vases de fossés , etc., et une petite quantité de chaux ou de gypse ,
de craie ou de marne; enfin toutes matières fermentissibles, quelles
qu'elles soient , dont on peut disposer : ces substances une fois pu-
tréfiées , le Zevain de fermentation est fait. «Il y a toujours avantage,
dit-il, d'ajouter une petite quantité de chaux, de plâtre, de craie
ou de marne. » La quantité de ces matières ne peut être que de4,
5 à6 p. 0/0 du poids de l'eau employée; un peu plus est avanta-
geux dans les terres argileuses. Lorsque le levain est composé, on
le répand également sur tout le tas. Le /epain , qui a pour base les
eaux croupies de rouissage du chanvre et du lin, est le meiileur ainsi
que celles provenant des féculeries , distilleries et sucreries. On
peut jeler du levain autant que le tas en peut boire, sans laisser
suinier; aussitôt que le suintage se montre à sa base, il convient
de cesser.
Pour s'assurer si la masse de végétaux se putréfie bien , on plante
perpendiculairement dans le tas , à la distance de 60 à 75 centi-
mètres , des bâtons pénétrant jusqu’au fond du tas. Au bout de
5 à 6 jours , on retire quelques-uns des bâtons ; l'odeur , la couleur
et la chaleur de ces bâtons vous indiquent assez que la décom-
position se fait convenablement, suriout quand la température est
portée de 40 à 50 degrés centigrades. Si le hasard faisait que les
bâtons fussent froids ou seulement tièdes, ce serait une preuve que
vous avez pris trop ou pas assez de levain : s’il y a trop, il faut
piéliner votre tas; s’il n’y a pas assez, ajoutez du levain: M. le
général Dubourg termine en disant que l'engrais composé de feuil-
les d'arbres , de fourrages avariés et de la paille, doit moins fermen-
SUR DIFFÉRENTS ENGRAIS. 367
ter ; qu'une demi-désorganisation est suffisante; que celui composé
avec des bruyères, des genêts et d’autres plantes à fibres ligneu-
ses de forte cohésion, doivent subir une fermentation de 15 , 20
à 25 jours suivant la température ;
Que les plantes salissant le sol, comme la plupart des plantes
adventices qui produisent beaucoup de graines et dont on voudrait
obtenir la destruction , doivent être soumises à une fermentation
plus élevée et au moins de 25 à 30 jours, de manière à détruire
complètement la vertu germinative de toutes les graines : il serait
encore plus convenable de les arracher avant leur maturité.
Il conseille, comme avantageux, de défaire le tas aussitôt que
la transformation en engrais sera terminée, de le répandre sur les
champs pour l'enterrer immédiatement, mais pas profondément.
Tous ces procédés , pour arriver promptement à la confection
de’ divers engrais économiques, et de s’en créer avec facilité quand
le besoin s’en fait sentir, souvent même sans le secours des bes-
tiaux , ne laissent pas , malgré les différences que nous avons faites
avec les fumiers de litière, que de prouver que nous avons cepen-
dant fait un pas de plus dans la seience agricole ; et qu'enfin, quel
que soit le moyen dont on peut se servir pour les fabriquer, les
personnes qui s'en occupent, comme M. le général Dubourg , ne
peuvent que mériter des louanges, surtout quand on ne les publie
qu'avec l'intention d'être utile; mais si, comme tant d’autres, l'on
cachait des vues spéeulatives d'intérêts, sans être sûrs de l’effica-
cité de l’engrais que l’on prône, alors il serait pénible de penser
que l’agriculteur qui a tant besoin de toutes ses ressources et de
son temps , fût de nouveau victime de sa crédulité.
de dl,
fais dre.
L
: dé.
.
VERILC IP:
PAU - à s
az à hrvsi
RAPPORT
SUR L'ENSEIGNEMENT
DE LA
CULTURE ET DE LA TAILLE DU MURIER ,
PAR
M. ALEZ ANDRE ;
LU À LA SOCIËTÉ ROYALE D’AGRICULTURE DE LYON, LE 26 suiLLET 1859.
Messieurs ,
Je viens, au nom de la Commission des soies, vous rendre compte
de la mission remplie pour la seconde fois par les pépiniéristes
experts que vous ayez envoyés dans les communes de ce départe-
ment qui se livrent à la culture du mürier.
Les communes visitées par les deux pépiniéristes experts ; con-
jointement avec leurs deux aides, sont ;
370 RAPPORT SUR LA CULTURE
Dans l'arrondissement de Lyon, au nombre de 50 savoir :
5 au canton de l’Arbresle,
g id. Condrieu ,
à) id, Givors ,
8 id. St-Genis ,
1 id. Mornant ,
1 id. St-Laurent-de-Chamousset ,
1 id. St-Symphorien ,
2 id, Vaugneray ,
9 id. Neuville,
ÿl id. Limonest,
4 communes formant la ville de Lyon.
En tout, 50 communes dans l'arrondissement de Lyon.
12 dans l'arrondissement de Villefranche.
Ainsi le mûrier n’est guère cullivé que dans une soixantaine de
communes de ce département composé de 254 agglomérations de
ce genre.
Conformément aux instructions que leur avait données la Com-
mission des soies , les experts ont tenu nole, par classe , des mü-
riers qu'ils ont taillés et de ceux dont ils ont fait le recolement. Ce
travail fournit des documents précieux à la statistique de notre
département.
Ils ont taillé pour modèles, sous les yeux des propriétaires
ou agriculteurs, dans les 50 communes de l'arrondissement de
Lyon qu'ils ont visitées :
188 müriers au-dessous de 6 ans ;
174 id. de 6 à 20 ans;
29 Did: au-dessus de 20 ans.
Et dans les 12 communes de l’arrondissement de Villefranche :
21 müriers au-dessous de 6 ans;
8 id. de 6 à 20 ans;
aucun au-dessus de 20 ans.
Et en lotalité, dans les 62 communes du département où se cul-
tive le müûrier, vos experts ont taillé :
209 müriers au-dessous de 6 ans ;
182 id. de 6 à 20 ans ;
23 id. au-dessus de 20 ans.
ET LA TAILLE DU MURIER. 371
Il est fächeux que vos pépinicristes n'aient pas élé envoyés
plus tôt : dans beaucoup de communes, la taille du müûrier était
opérée. Le mois de mars est en effet , d’après toules les expérien-
ces , celui qui convient le mieux pour cette importante opération.
Toutefois, la mission que vous avez fait répéter celte année ne
laisse pas que d'atteindre, au moins en partie, le but que vous
vous êtes proposé. Elle appelle l'attention des propriétaires sur
la richesse d'une culture que la plupart négligent, parce qu’ils ne
l'ont pas-appréciée. Cependant le mürier prospère partout dans ce
département où la variété des sites en produit de si grandes dans
la température : ainsi, dans nos vallées nous ayons la chaleur de
nos provinces méridionales; et sur nos montagnes nous nous rap-
prochons des froides zônes des Alpes , et, cependant , on cultive le
mürier avec succès à St-Symphorien sur Coise où la vigne ne peut
fructifier. On le cultive également à Daraizé au canton de Ta-
rare , et M. Piégaiy , l’un de vos pépiniéristes experls , vous signale
la terre de Chanzé qu'a acquise M. Morelon, fabricant d’étoffes de
soie à Lyon, comme une des plus convenables pour une ferme et
une magnanerie-modèle. Le propriétaire, qui a planté 2,200 müriers,
se propose de continuer ses plantalions jusqu’à la concurrence de 40
à 50,000.
La Commission des soies doit particulièrement signaler les belles
plantations en tout genre de M. Wetter à Fontaines , qui se pro-
pose d'élever une magnanerie salubre ; les plantations de Mme de
Clerinbert à St-Symphorien ; l'établissement de M. Bourcier à Mil-
lery , et celui de M. Alexandre à Villeurbanne.
La Commission a reconnu avec une extrême satisfaction que l’é-
ducation des vers à soie se popularise dans notre département, et que
la filature se perfectionne autour de Lyon.
Vos pépiniérisies experts ont constaté qu'il existe dans les
50 communes de l'arrondissement de Lyon:
847,060 plans de müriers en pépinière;
100,000 4. en 35,332 mètres de haies ;
119,728 müriers au-dessous de 6 ans;
46,468 id. de 6 à 20 ans;
1021. id. au-dessus de 20 ans.
1,123,533 müriers en total existent dans l'arrondissement
de Lyon.
872 RAPPORT SUR LA CULTURE
Et dans l'arrondissement de Villefranche :
33,600 plans en pépinières ;
5,794 en 1,931 mètres de haies ;
16,392 müûriers au-dessous de 6 ans;
9,012 + 24. de 6 à 20 ans;
1,285 id. au-dessus de 20 ans.
66,083 müûriers dans l'arrondissement de Villefran-
che.
1,189,616 müûriers dans les deux arrondissements ;
Dont 124,936 multicaules.
Ces renseignements se complètent par ceux qu’ils ont recueillis
sur l'éducation des vers à soie.
Il en résulte qu'on a élevé , cette année, dans l'arrondissement de
Lyon , 554 onces de graines de vers à soie dont le produit a varié
depuis 30 jusqu'à 45 kilogrammes de cocons. En supposant la
moyenne à 40 kil. par once, on a pour les 554 onces de l'arron-
dissement de Lyon 21,160 kil. de cocons qui représentent, au prix
moyen de 4 fr. 20 c., un produit brut de 93,072 fr. 00 c.
Et d’après les mêmes bases , les 68 onees élevées dans l’arrondis-
sement de Villefranche donnent une quantité de 2,720 k. cocons
qui, au prix moyen de 4 fr. 20 c. le kil. , représentent un produit
brut de 11,424 fr.
Ainsi le produit des vers à soie élevés dans le
département du Rhône , en 1839 , peut être évalué
en totalité à 104,496
Dont il faudrait déduire les frais occasionés
par l'éducation de 622 onces, dans l'évaluation des-
quelles il peut y avoir de grandes varialions , qui
ne peuvent d’ailleurs être fixées en moyenne que
d'après des renseignements confirmés par de
nombreuses expériences.
En les évaluant à 60 fr. par once pour les frais
de la cueillette des feuilles et main-d'œuvre de l’é-
ducation, ainsi que pour le chauffage, la dé-
pense à déduire du produit total s’éleverait à 37,320
Le produit net se réduirait à 67,176 fr.
ET LA TAILLE DU MURIER. 373
Si on en déduisait encore la valeur de la feuille
en la calculant à 6 fr. les 100 kil.', on aurait pour
les 622 onces , à raison de 1,000 kilog. par once,
Une autre somme de 31,320
Laquelle étant déduite du 67,176
Réduit à 29,856 fr.
Le bénéfice ou produit net des 622 onces.
Vous remarquerez, Messieurs, avec satisfaction que la produc-
tion de la soie, cette matière si précieuse à l’industrie Lyonnaise,
est en progrès dans ce département, puisque l'éducation des vers
à soie a été , cette année , double de l’année dernière.
Ce résultat dépose de l'utilité des mesures que vous avez or-
données, et justifie pleinement l'emploi des subventions que
M. le Ministre de l’agriculture et du commerce vous a accordées
avec un empressement qui a excité , de votre part, une reconnais-
sance dont la profonde expression vient si naturellement se consi-
gner ici.
Je joins à ce rapport le Tableau synoptique des matières dont il
traite,
7
:someonmu OCGYSE IUOQ x
065307! 08% 088'cc |zr voc| cod ser | cc
a —
06 Y 061% [LYC
|
08% O9T' TG
| ‘I
pe —————
"LINGOUA | *9O'IIM
n«œ na
INVINOI XIUd LES
*IVIOL
vas co7 les | #27 | 8er À 97 6c0‘rIzzS ‘07 (897 07 | 8SL'GTT G£c'ec
*HI0S VSYAA 44
SI40,4 SIDNO
| -SIUTAXA SAT UVA |
À SATIVE SUTIUAN
ES mr
16 À
“IVLOL NA
"SAV 0G 14
sASSHG-NY
"SAV 0G
Y O aa
‘SAV O aa
SAOSSAG-AV
£80‘99 [83 T [106
*ALIIVLOL
aa sas Y:
-saa-nv| O aa
"SKY 03 |'SKV 0G
er [608% 9%c'ecr'T|c0g Tr [087 SG | OGI'OCT OST F7 | 098188 Ê 39
|
|
Y6L'S
G6£'9T 009'€£
099‘Z78 À 0S
*SNY 9 *SaIVH
xx Ssnos
-Saq-nv NA
*SAITINIA
-Hd NA
*SATLISIA SAINAKKON
SERRE ER EEE PERTE
oqoueuf}
-9ITA £
‘uof
*LNANASSIANOUUV
“LOURUL NP 971102 D] 9P 19 2UNINI D) 9p Juowaubros
ur] op <(saros sop appwads UOISSIURUOT D] 2p UOUIIUP D] SROS ) UOÂT 9p sojun SAN 19 9Jj2UUDU
2u0psy * ounpnoubn p ogplou 219100 01 404 sobamyo suodæxo-sogsuonudod-suonuapanl ‘Abba 12
Andy?
sans 97 ADd + GES U2 SAUQYY NP IuIWIMdIP 2) SUVP ouduau uoisstu D] 2P SIPIINSOU
G h (P) 24
HOTTE
SUR LE
CYTISE LABOUR, ADAM ET POURPRE,
PAR
M. ZÉNON.
Dans une visite que M. P. Reverchon , M. Ch. Gondouin votre
correspondant , et moi, avons faite à la Pépinière royale de Trianon
le 3 juin 14839, nous avons eu l’occasion d'observer sur le Cyrise
Ana plusieurs anomalies. Déjà, en 1838, j'avais entretenu la
Société d’un fait à peu près semblable, observé chez M. Nérard
aîné , pépiniériste à Vaise ’ ; mais cette anomalie est si extraordi-
naire , qu'un de nos collègues, mon ami, M. Seringe, témoigna
des doutes. 11 craïgnaïit qu’il n’y eût quelque supercherie , quelque
greffe habilement placée. J'espère être plus heureux aujourd'hui ;,
el, en vous exposant de nouveau, par son organe, des faits ana-
logues , le convaincre lui-même.
Le Cytise Adam (C. Ædami) se rapproche , pour le port et l'in-
florescence , du faux-Ébénier ( €. Laburnum ). I en diffère un
1 Annales de lu Soc, roy. d'agr, de Lyon, vol. 1, p. 251 (Ann. 1855).
Te Il. 25
re
3176 NOTE
peu par son feuillage , mais beaucoup par ses grappes de fleurs qui
sont d’un rose terne. Le Cytise pourpre (C. purpureus ) est un petit
arbrisseau , qui s'éloigne tellement des deux espèces qui précèdent,
que sa réapparition sur le Cytise Adam paraît inexplicable , et que
l'on a peine à concevoir qu'il ait jamais pu produire un hybride en
fécondant le faux-Ébénier.
Il y a dans la Pépinière de Trianon plusieurs forts pieds de Cytise
Adam qui étaient en pleines fleurs , lorsque nous y avons été, et
qui nous ont présenté des anomalies. Sur les branches de l'un ;, on
voyait quelques bouquets de feuilles et de fleurs appartenant au
Cytise pourpre. Sur un autre , une branche de faux-Ébénier s'était
vigoureusement développée , et portait une belle grappe jaune au
milieu des grappes roses du Cytise Adam.
Un troisième , le plus fort de tous , greffé en fente sur le faux-
Ébénier à un mètre de terre, était élevé à 5 mètres environ. Il n’y
avait pas d'arbres autour de lui. Sa tête était bien formée et s’éten-
dait à l'aise. De tous côtés apparaissaient des grappes jaunes du
faux-Ébénier et de petits bouquets du C. pourpre au milieu des
fleurs roses du C. Adam. Cet arbre ainsi fleuri était admirable.
Nous avons examiné de près et avec beaucoup d’attention différents
points d'où partaient des rameaux anomaux. Il n'y avait pas de
branche un peu forte qui n’en présentät quelques-uns. Tantôt la
fleur du faux-Ébénier pendait à côté de celle du Cytise Adam ; tantôt
le Cytise pourpre s’élevait entre les deux , ou semblait avoir envahi
toute la branche qui, à quelques pouces plus loin , reproduisait
encore le Cytise Adam. Nous étions sûrs qu'il n'y avait là ni super-
cherie , ni placage, ni greffe d'aucune sorte. Non seulement nous
voyions, mais encore nous avions pour garant la probité du chef
des cultures de la Pépinière de Trianon qui nous accompagnait. Si
nous avions pu avoir quelques doutes , ils auraient été levés par
une bizarrerie plus grande encore : Une grappe portait une fleur
jaune au milieu de fleurs roses.
Nous signalons ce fait à la Société , espérant que de plus habiles
physiologistes que nous pourront expliquer les causes de cette ano-
malie extraordinaire.
Le chef des cultures de la Pépinière de Trianon nous dit que
déjà , l'an dernier , il avait fait la même observation : que le Cytise
Adam ne donne pas de graines, mais que les grappes de faux-
SUR LE CYTISE LABOUR, ADAM ET POURPRE. D 11
Ébénier qui apparaissent cà et là en donnent. Il a récolté quelques-
unes de ces semences : les jeunes plants , qui en sont provenus, ont
la feuille et le port du faux-Ébénier. Il est très probable que ce
semis ne donnera pas autre chose que le faux-Ébénier.
Note de M. Seringe.
J'ai douté, il est vrai, d’un fait aussi extraordinaire; maïs j'ai
vu, à Lyon, la complète confirmation de ce qu’avance notre ami
Hénon, chez M. Nérard fils aîné, à Vaise ; et je mets sous les yeux
de la Société des échantillons récoltés cette année : un rameau
de Cytisus Laburnum sur le Cytisus Adami , et un autre de Cytisus
Adami , présentant sur la même grappe quelques fleurs de Cytisus
Laburnum parfaitement conformées. J'ai aussi observé chez
M. Bourazors , à St-Cyr près Lyon, un bel arbre de Cytisus Adam,
offrant un rameau bien authentique du Cytisus purpureus.
ke ; es
or ae fers te Soi ii nine ol eo
; à à Ph pe minis CRE rpaebcés: cvat drag rage. À
L dote #4 dé aa iigents. dns prets M:
+5 + big, Mbaer, € riort: no Si ri était 28 - 14
abs rampañé- Aenbueti CET SEE dxrrntieaà
PEN SN RTL M ss passe
2848 HSE Ÿ Ù
ES A
€ . ss
pre
du a À
Sr “Lion ::408 |
dé les PappLE
ré . n. |
pe
BKPRALITS
DES
PROCES-VERBAUX.
Séance du 28 juin 1839. — PRÉSIDENCE DE M. BotTEx.
Le Secrétaire donne lecture d’une lettre de M. Lortet sur les
tuyaux de conduite pour les eaux. M. Lortet rapporte qu’en Suisse
et en Allemagne, ces tuyaux se font en troncs de pins de 6 à 8
pouces de diamètre avec l'écorce, et longs de 8 à 10 pieds, et qu'il
n'y a jamais observé aucun sédiment. Selon lui , une petite couche
de bois en décomposition fournit un enduit onctueux qui empêche
l'adhérence aux parois du tuyau. Il pense que les tuyaux en terre
s'obstruent plus promptement que ceux en plomb, ces derniers s’in-
crustant principalement auprès des soudures et surtout des pièces de
cuivre qu'on y adapte pour l’ajustage , soit à cause des irrégularités
de la surface, soit par une action galvanique. M. Lortet croit qu'une
peinture d’une dessication lente, le goudron minéral, par exemple,
préserverait les tuyaux métalliques des incrustations.
M. Parisel réclame la priorité de cetle dernière invention en fa-
veur de M. Gaimard , ingénieur à Grenoble.
M. Fournet a vu, en Auvergne, dans des tuyaux de bois des.
tubercules ferrugineux , provenant de la qualité des eaux. Il regarde.
les tuyaux de bois comme étant d’un emploi difficile, parce qu'on
ne peut leur donner un grand diamètre.
M. Bineau a vu , sur les roues d’un moulin, les inerustations.
plus fortes sur les clous que sur les planches.
M. Jules Bourcier présente à la Société, de la part de M. Lucain,
deux exemplaires de chacun des ouvrages suivants :
380 EXTRAITS
1° Manucl élémentaire d'agriculture ; à l'usage des écoles pri-
maires du Midi : ouvrage couronné au concours ouvert par le
conseil-général des Bouches-du-Rhône. Ævignon, Jaquet et Joudon ,
18359 ,in-12. — M. Dugas veut bien se charger de rendre compte
de cet ouvrage.
2° Statistique du canton d'Orgon : Mémoire qui a obtenu le
premier prix au concours ouvert par la Société de statistique de
Marseille. Arles , Garcin 1838 , in-8°. — M. Montain veut bien
rendre compte de ce Mémoire.
M. Quenin est inscrit sur le registre d’expectation pour la place
de correspondant.
M. Jules Bourcier propose à la Société d'établir un concours
pour la statistique du département par cantons. M. Bourcier déve-
loppera sa proposition dans la prochaine séance.
M. Mulsant annonce qu’une épizoolie aphteuse s’est déclarée
dans le canton de Thizy , où elle affecte surtout les bêtes bovines.
11 demande que la Société prie M. le Préfet d'envoyer sur les lieux
des hommes de l'art.
IL est déeidé , après discussion , que la Société préviendra M. le
Préfet qu'il règne une épizootie dans le canton de Thizy.
Fa
+ *#
Séance du 12 juillet. — Présinexce be M. Borrex.
Au nombre des pièces de la correspondance se trouve une lettre
de M. le Ministre de l’agriculture et du commerce , annoncant à la
Société l'envoi, à partir du 1 janvier 1839, du Propagateur de
l'industrie de la soie en France.
M. Seringe offre à la Société , de la part de M. Césaire Nivière,
deux exemplaires d’un Mémoire sur l'établissement d’une École
d'agriculture dans les Dombes.
M. le Président annonce que la robe, confectionnée avec le
produit de l'éducation comparative de vers à soie de l’année der-
nière , a été présentée à S. M. la reine des Français par MM. Chinard
et Hénon , membres de la Société. M. Chinard , présent à la séance,
xend compte de l'accueil plein de bienveillance fait par S. M. à la
députation de la Société.
DES PROCÈS-VERPAUX . 381
M. Sauzey présente des échantillons de soie filée chez M. Alexan-
dre , et dans la filature desquels on remarque une grande améliora-
tion, M. Alexandre donne des détails sur les procédés de filature, qui
sont depuis long-temps employés dans quelques-unes des meilleures
filatures du Midi, et dans lesquels la tavelle , autrefois préconisée ,
n’est plus employée, parce qu'elle aplatit le fil. Le même Membre an-
nonce que M. Guillot a obtenu , à La Guillotière , une très belle
éducation de vers à soie en plein air, dans un taillis très épais de
müriers , avec la seule précaution de tirer de temps en temps
quelques coups de fusil pour éloigner les oiseaux.
M. Gariot lit un rapport sur les différents engrais confeclionnés
par MM. Payen , Salmon , Jauffret, et par M. le général Dubourg.
Il résulte d’une expérience de M. Gariot que sur un sol argilo-
siliceux , et pour la production du colza, l'engrais Jauffret est de
beaucoup inférieur à celui de litière qui le cède lui-même à lengrais
dit cornaille. M. le rapporteur trouve beaucoup d’analogie entre
l'engrais Jauffret et celui de M. le général Dubourg. Le procédé
de ce dernier admet beaucoup plus de variété dans les substances
qui servent à préparer le levain. M. Gariot doute que la chaleur
monte , comme on l’a dit, jusqu'à 1009 R. dans la préparation de
ces engrais artificiels.
M. le général Dubourg, présent à la séance , pense que l'on n'a
pas exagéré la température, et il cite, à l'appui de son opinion ,
l'incendie spontané des balles de coton mouillées dans les navires.
Il pense qu'une expérience , faile une seule fois sur un seul terrain
et sur une seule espèce végétale , ne suffit pas pour prononcer sur la
valeur d'un engrais, et que, n'eüt-il que le quart de la valeur de
celui de litière, l’engrais arlificiel rend toujours un grand service
en utilisant des matériaux qu’on laisserait perdre. Suivant M. Du-
bourg , l’engrais de litière, et en général l’engrais animal ne
convient pas à la vigne, à cause du goût qu’il peut communiquer
au vin.
M. Tissier pense que la quantité d’eau contenue dans l’engrais
Jauffret doii empêcher de croire à la haute température qu'on
a dit exister pendant sa fermentation.
M. Magne lit un rapport sur l’épizootie aphteuse qu'il est alle:
observer dans le canton de Thizy, par ordre de M. le Préfet du
Rhône. :
382 EXTRAITS
M. Magne propose que l'exposition d'horticulture , qui n’aura
pas lieu cette année , soit remplacée par des visites que ferait une
Commission chez les jardiniers et pépiniéristes. Cette proposition
est adoptée, et la mission est confiée à la Commission de l'exposi-
tion de 1838.
Séance du 26 juillet, — Présinexce px M. BoTTEx.
M. Alexandre lit un rapport sur les opérations des experts tail-
leurs de mûriers, envoyés par la Société dans les communes du
département. ( Voyez page 369.)
M. Magne propose à la Société de nommer une Commission ,
chargée d'examiner s’il ne serait pas avantageux de transporter
l'École vétérinaire dans une des fermes que l'Hôtel-Dicu possède
sur la commune de La Guillolière. Cette commission aurait à exa-
miner si le transport de l’École sur la rive gauche du Rhône ne se-
rait pas plus avantageux pour les propriétaires de bestiaux, pour
l'instruction des élèves, et s’il ne faciliterait pas l'adjonetion d’une
chaire d'agriculture à l'enseignement vétérinaire. e
La proposition de M. Magne est adoptée après discussion , et la
Commission composée de MM. Terme , Janson, Bouchard-Jambon ,
Sauzey et Magne.
M. Gariot lit un fragment d’un « Catéchisme agricole, où Manuel
d'agriculture pratique pour le département du Rhône , à l'usage des
jeunes gens. »
Séance du 9 août. — Présence DE M. BorTEx.
M. le Préfet, par une lettre du 3 août, demande à la Société le
4° rapport de 1839, sur la situation des récoltes en grains et autres
farineux et sur le produit numérique des mêmes récolles dans le
département pour la même année. M. Gariot veut bien se charger
de ce rapport.
DES PROCÈS-VERBAUX . 383
M. Fournet lit une note sur un essai d'éducation de vers à soie
du Bengale.
M. Guillard, père, lit un rapport sur un manuscrit intitulé :
Essai sur la théorie de l'aménagement des forêts, envoyé à la So-
ciété par l’un de ses correspondants , M. Noirot-Bonnet , géomètre
forestier. Le rapport de M. Guillard présente le plus grand intérêt.
Après avoir donné une idée claire et succincte du travail remar-
quable de M. Noirot, il termine par les conclusions suivantes :
« L'auteur s’est proposé de rédiger un corps de doctrine sur
l'aménagement des forêts, de coordonner et d’éclaireir les notions
encore confuses que l’on possède sur cette importante matière , de
détruire quelques préjugés funestes à l'intérêt forestier, et enfin
de trouver uue direction rationnelle pour la conduite des forêts ,
qui trop long-temps n’a été qu’une pratique routinière , qui com-
menee à devenir un art, el qui doit s'élever tôt ou tard à la hauteur
d'une science.
« Telest, Messieurs, le but de l'ouvrage de notre honorable
correspondant. D'un bout à l’autre , il y fait preuve de connaissances
profondes sur le sujet qu’il traite. Nous devons souhaiter que cet
ouvrage soit imprimé à un grand nombre d'exemplaires , afin d’ex-
citer l'État, les communes et les riches propriétaires , non seule-
ment à ne plus détruire les forêts, mais à faire des plantations
nouvelles partout où le terrain est susceptible de recevoir cette
culture , et particulièrement sur le sommet de nos montagnes , jadis
si belles de verdure , aujourd’hui tellement arides, que l'on peut
bien appliquer généralement à la France ce reproche que les autres
contrées de l'Italie font au pays de Gênes , en ces termes :
« Genova la superba , ma montagne senza legno. »
« Peut-être ne sommes-nous pas éloignés d’une grande régéné-
ration forestière; car la Chambre des députés, dans sa séance du
23 juillet dernier , a agité la question du degrèvement des 3/4 de
l'impôt en faveur des propriétaires qui voudraient cultiver des bois,
faire des semis et des plantations, conformément à une loi non
abrogée du 3 frimaire an vir.
« On reviendra, sans doute, sur cette proposition importante ;
et, comme le 7raité de M. Noirot-Bonnet est très propre à éclairer
nos législateurs sur cette matière, je conclus à ce qu’il en soit fait
une ample mention dans nos Ænnales , et qu'une lettre de remer-
384 EXTRAITS DES PROCÈS-VERBAUX.
cîment et de félicitation leur soit adressée pour celle intéressante
communication. »
Les conclusions du rapport de M. Guillard sont adoptées , et le
Mémoire de M. Noirot, renvoyé à la commission de publication.
M. Potton donne lecture d’une analyse des articles contenus dans
les T° et 8° numéros des Ænnales de la Société d'agriculture de la
Drôme. Presque tous ces articles ont trait à l'industrie de la soie.
M. Fournet décrit un procédé de ventilation très simple , employé
pour l’aérage des mines. Il pense qu'on pourrait l'appliquer avec
avantage aux magnaneries ; il en promet pour une prochaine séance
le dessin et la description détaillée.
M. le Président offre un jeton de présence à M. Yvart, in-
specteur-général des Écoles vétérinaires et des Bergeries royales ,
présent à la séance.
MM. Borrex, Président ;
Lecoe, Secrétaire-adpoint.
RAPPORT SUR LES APPARENCES DE LA RÉCOLTE (ex auin 1839) DANS LE DÉPARTEMENT DU RHONE ,
ESPÈCES
DE
GRAINS.
Froment,
Méteil,
Seigle ,
Orge,
Avoine.
PAR CHARLES GARIOT.
ÉPGQUE ET DURÉE DE LA FLORAISON DES GRAINS.
EN TEMPS ORDINAIRE.
Dans les premiers
jours de mai : la du-
rée est de 20 à 25
jours.
Ce mélange de
grains suit l’érdrè du
froment et du seigle.
Au commencement
d'avril : elle est de
18 à 20 jours.
En mai : de 45 à
18 jours.
En mai : de 45 à
30 jonrs.
Ex 1839.
La floraison a ététardive;
elle s’est manifestée après
la mi-juin et par de longs
intervalles ; elle n’a eu que
12 à 14 jours environ pour
parfaire sa fécondation.
La floraison de ce genre
de grain a suivi Dérdre des
de espèces.
La floraison s’est opérée
dans les premiers jours de
mai ; en 15 jours, d’une
manière salisfaisante.
En juin : : Sa durée a été
de 10 à 15 jours.
En juin : Sa durée a été
de 25 jours.
SITUATION
DE LA VÉGÉTATION AU
MOMENT OU LES BLÉS
SONT ENTRÉS EN FLEUR.
La végétation, quoi-
que tardive, s’est mon-
trée assez belle dans
l'ensemble de tous les
cantons.
INDICATION DES PRINCIPAUX
ÉVÉNEMENTS ATMOSPHÉRIQUES
QUI , PENDANT LE COURS DE LA
FLORAISON , SE SONT FAIT RE-
MARQUER DANS L ?ENSEMBLE DU
DÉPARTEMENT.
Lors du cours de la {lo-
raison , les pluies de fin
d'avril, de mai et du com-
mencement de juin, on!
donné , pendant Jlong-
temps , une température
basse et souvent froide.
LÈREES
INFLUENCE
DE CES ÉVÉNEMENTS SUR
LA VÉGÉTATION EN GÉNÉ-
RAL, NOTAMMENT SUR LA
FLORAISON.
L'hiver peu 1 rigoureux
de celte année et Me
dité qui a régné pendant
le printemps ont été tres
propices aux céréales ,
ainsi qu'à Loule espèce de
culture.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
SUR LES AUTRES PRODUITS DU DÉPARTEMENT DU RIÔNE.
La récolle des grains, en général, sera supérieure à une année commune.
La première coupe des fourrages naturels est abondante , ainsi que la première et
la deuxième des prairies artificielles.
Les colzas ont donné une récolte Lrès satisfaisante.
La belle végétation des pommes de terre , de la betterave de disette et du gros hor-
tolage nous fait présager d’abondants produits en ces divers genres de végétaux.
Les vignes qui se sont trouvées abritées par leur exposition ou assez robustes
pour avoir résisté au froid de 47° R' de 1858, comme celles qui ont heaucoup
souffert de cet hiver rigoureux, et dont la plupart n’ont poussé que du corps et de la
base du cep (les coursons ayant élé gelés), ont jeté avec vigueur des sarments
tellement garnis de raisins, que cela nous permet d’espérer des vendanges abondantes.
RAPPORT
SUR LA SITUATION DES RÉCOLTES EN GRAINS ET AUTRES FARINEUX
DANS LE DÉPARTEMENT DU RHÔNE , EN AOUT 1839,
PAR CHARLES GARIOT,
LA RÉCOLTE EN CHAQUE ESPÈCE
EST-ELLE
RE
QUELLE À ÉTÉ
ESPÈCES
L'INFLUENCE
DE
DE L’ATMOSPHÈRE
GRAINS SUPÉRIEURE , EXCÉDANTE ,
ÉGALE SUFFISANTE SUR LA QUANTITÉ
ET DE ou OU INSUFFISANTE
INFÉRIEURE COMPARATIVEMENT ET LA QUALITÉ
FARINEUX, A L'ANNÉE AUX BESOINS
COMMUNE ? DU DÉPARTEMENT ? DES PRODUITS ?
——
Inférieure, Insuisante,
Froment, Au printemps jusqu’en
juin toutes les céréales,
Id. Id. ainsi que la plupart des
autres récoltes en tout
Id. Id. genre, offlraient les plus
belles apparences ; mais
Id. Id. les chaleurs excessives
Méteil,
Seigle,
Orge,
et sans pluie qui ont ré-
Avoine, Id. Id. gné de la fin de juin au 16
août, et qui ont constam-
Maïs et Millet, Très inférieure. Id. ment donné au thermede
R'unetempératuresèche
Légumes secs, Id. Id. el brûlante de 20, 25 et
299,nousontcruellement
AutS menus grais, Id. Id. déçus denos espérances.
Le grain contient peu
Ponnnes delerres Id. Id. de fécule; il donnera
beaucoup de son.
OBSERVATIONS GÉNÉRALES
RELATIVES ° AUX PRODUITS DE LA RÉCOLTE EN GRAINS ET AUTRES FARINEUX DE 4839 ;
29 AUX AUTRES PRODUITS AGRICOLES DU DÉPARTEMENT,
Les produits des céréales sont, d’un tiers, inférieurs à l’année commune ; la séche-
resse longue et brûlante que nous éprouvons sera cause que les autres farineux
produiront à peine leur semence.
Les plantes oléagineuses , seules, ont donné une récolle supérieure.
Les pommes de terre, dont les dernières ont été plantées dans la première quin-
zaine d’août, sont mises au rang des récoltes incertaines ; elles manqueront vraisem-
blablement à la consommation de la bassecour.
Malgré labondance de la première coupe des foins naturels et artificiels , il y aura
encore pénurie de fourrages ; cette disette se fera d’autant plus sentir, que les herba-
ges qui y suppléent, comme maïs, vesces, caroltes, raves, choux et betteraves ,
n’ont pu se semer en Lemps convenable ; et ce qui a été semé antérieurement aux mois-
sons est d’un produit insignifiant, par le fait seul de la sécheresse et de la quantité
prodigieuse de sauterelles qui dévorent toute la végétation de ces fourrages supplé -
menlaires.
La vigne, ainsi que nous l'avons fait pressentir dans notre rapport de juia, donnera
des vendanges supérieures à une année ordinaire.
Depuis trois ans, les insectes de divers genres augmentent d’une manière effrayante
pour l’agriculture ; tous les champs de notre département , surtout dans les localités
chaudes et sèches , se trouvent infestés par des légions innombrables d’altises (puce
de terre), de sauterelles, charançons ,
nilles , limaces et limaçons , qui, cel
trèfles , les luzernes , les choux, les raves , le sarrasin tardif, etc.; en un mot, la
lons, araignées des terres labourables, che-
année, ont dévoré à plusieurs reprises les
végétalion tout entière en a beaucoup souffert.
La cause de cette multiplication aussi considérable d'insectes est le manque d’oi-
seaux dans notre département et dans ceux qui nous avoisinent; les chasseurs aux fi-
lets et au tir sont en si grand nombre, qu’ils ont détruit toutes les espèces d'oiseaux
qui mangeaient ces insectes dévaslaleurs.
Si les autorités supérieures ne prennent pas de suite des mesures sévères pour sup-
primer, au moins pour quelques années , la chasse aux filets, et si elles ne recomman-
dent pas aux maires d’être plus difficiles à émettre le moins de port-d’armes possible ,
l’agriculteur se verra bientôt condamné à travailler sans aucun espoir de récoltes ; dans
cette triste expectative , il est à croire aussi que le fisc y trouverait ses intérèts com
promis.
7 DCS
DESCRIPTION
D'UNE
ESPÈCE NOUVELLE D'OISEAU-MOUCHE,
OrNisuyA LagrADor, PI. vur.
(15° race des Lucifères. Less. )
PAR
M. JULES BOURCIER.
(Luz À LA séance pu 18 saxvier 1839.)
L’oiseau-mouche, auquel nous donnons le nom de Labra-
dor , est unc espèce nouvelle du genre des Lucirers, qui vit
au Mexique. Il nous à paru mériter ce nom à cause de sa
belle cravate d’un beau vert-bleu irisé , métallique, présen-
tant beaucoup d’analogie avec les reflets de la pierre de
même nom.
Sa longueur totale est de 39 lignes, et, dans cette dimen-
sion, le bec entre pour 9 lignes et la queuc pour 14. Les ailes,
NE: À 26
390 DESCRIPTION
qui ont 17 lignes, se prolongent jusqu’au quart environ de la
queue.
Sa forme et sa grosseur sont à peu près celle du Barbe-
Bleu , qui habite aussi le Mexique , et du Cora, qui vit au
Pérou.
Le Labrador à d’ailleurs plusieurs rapports de ressem-
blance avec ces deux espèces, entr’autres la couleur du dos et
du croupion.
Avant d'aller plus loin, nous devons établir ce qui dis-
tingue notre oiseau de toutes les espèces décrites jusqu’à ce
jour.
C’est surtout à cause de sa queue , dont les plumes, par
leur disposition et leur forme , présentent quelque chose
d’unique, que nous avons cru pouvoir établir cette espèce
nouvelle. C’est donc à la description de cette partie que nous
allons d'abord nous attacher.
Les plumes de la queue sont au nombre de huit, et pré-
sentent dans leur ensemble un caractère spécial qui consiste
en une incurvation supéricure assez sensible. La première
rectrice externe est plus courte que la seconde, et la troisième
est, à son tour, un peu moins longue que la première. Les
deux plumes intérieures restantes ont deux bonnes lignes de
moins que la plus longue rectrice. Ces huit plumes sont ar-
rondies en ovale à leur extrémité. La première rectrice est
de plus imperceptiblement acuminée , comme elles sont ar-
quées vers l’intérieur et qu’elles ne sont pas uniformément
larges , il en résulte un dessin que l’on va facilement con-
cevoir.
Assez étroite à sa naissance , la queue va se renflant jus-
qu'aux deux tiers de sa longueur , puis elle diminue insensi-
blement jusqu’à l'extrémité. Elle présente donc , én somme,
deux ellipses irrégulières séparées par une assez forte échan-
crure. Les barbules des trois rectrices sont d’égale grandeur
D'UNE ESPÈCE NOUVELLE D'OISEAU-MOUCHE. 391
de chaque côté ; celles des deux plumes du milieu paraissent
un peu plus longues du côté intérieur.
La couleur de la queue , ainsi que des ailes ; est d’un beau
violacé avec une teinte plus claire pour les deux plumes du
milieu.
Les ailes, minces, étroites , falciformes, atteignent , nous
l'avons dit , le quart de la queue ; la première rémige dépasse
de fort peu la suivante , mais les autres s’étagent davantage
et presque régulièrement.
Toute la partie supérieure du corps , en y comprenant les |
couvertures supérieures et latérales de la queue , est d’un vert
doré qui passe au bleu-vert selon l'incidence des rayons lu-
mineux. Ces nuances sont seulement mélangées d’un peu de
gris. Quant à la tête, la teinte grise y domine presqu’exclu-
sivement.
Le bec, garni à sa naissance, est noir, légèrement re-
courbé , et diminuant insensiblement de grosseur de manière
à se terminer en pointe aiguë. Les flancs sont en partie mé-
langés de la nuance du dos, de roux clair et de blanc terne.
Le ventre. qui, dans sa partie médiane, est d’un blanc pres-
que pur , devient roussâtre sur les côtés. Les couvertures in-
férieures de la queue et la région anale sont ce qu'il y a de
plus franchement blanc dans tout ce petit animal.
Les tarses sont garnies de plumes d’un gris-blanc.
Abordons enfin la descripüon plus complète de sa jolie
fraise ou cravate. Cette parure, qui est d’un beau vert-bleu
métallique , commence à la base inférieure du bec et se ter-
mine par deux rangs de plumes d’un violet métallisé très vif,
moins large que le reste de la cravate, les premiers reflets se
représentant vers les régions auriculaires ; on remarque sur
l'individu que nous possédons, et dans le rang de plumes qui
précède les deux derniers , que la moitié de la plume a déjà
pris cette belle teinte violette.
392 DESCRIPTION D'UNE ESPÈCE NOUVELLE D'OISEAU-MOUCHE.
Enfin, entre la commissure du bec et l’œil , il existe une
petite touffe de plumes blanches se disposant longitudinale-
ment, et qui paraissent, à la volonté de l'oiseau , pouvoir s’é-
panouir en petit éventail, comme pour garantir son œil du
scintillement de la brillante parure de sa gorge.
Comme nous adoptons en principe que la nature n’a rien
fait en vain, nous sommes porté à croire que notre hypothèse
est une vérité. On trouve, d’ailleurs , cette petite houppe de
plumes chez un grand nombre d'espèces.
SUR LA
THÉORIE DE L'AMÉNAGEMENT DES FORÈTS ,
PAR
M. NMOIROTeEONNET,
GÉÊOMÈTRE-FORESTIER , ET MEMBRE CORRESPONDANT DES SOCIÉTÉS
D’AGRICULTURE DE TROYES ET DE LYON.
Quand les léaislateurs anciens proclamérent
les bois des lieux sacrés , ils furent inspirés
par le ciel lui-même.
Voyage du duc de Raguse ; v. u, p.204.
K2o9”
( PREMIÈRE SUITE. )
Î )099009000000000090090900009000000000000000000000000009N00Q00
ELLE EL CLTLRERTELEELIETELELELTILLITELELIITITIEELELILIE EL EU 5 $.
CHAPITRE II,
DES FORÉTS CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT DE LEURS
PRODUITS EN ARGENT.
Après avoir résolu le problème d'économie forestière , qui
a pour objet de déterminer l’exploitabilité la plus utile sous
le rapport des produits en matière , nous passons à la seconde
partie de nos recherches, dont le but spécial est de trouver
pour un bois donné la période d’exploitabilité qui procure le
plus grand produit en argent, c’est-à-dire le revenu le plus
élevé ; mais la notion de revenu est intimement liée à celle
de capital. Ainsi, nous allons maintenant apprécier la pro-
394 DE L'AMÉNAGEMENT
duction des forêts , sous la forme de revenu ou de capital :
l'accroissement de la substance ligneuse, qui a fixé jusqu'à
présent notre attention d’une manière exclusive ; ne nous oc-
cupera plus que comme objet secondaire ; ce sera désormais
le développement de la valeur échangeable de cette sub-
stance, que nous considérerons plus particulièrement.
Nous avons déjà fait remarquer que le recru des bois , ou
la production matérielle des forêts, offre une parfaite ana-
logie avec les intérêts d’un capital qui serait la représentation
du sol de ces forêts. Du point de vue où nous allons nous
placer, les fonds forestiers seront à nos yeux des capitaux ,
et leurs produits seront des intérêts.
On pourrait nous adresser l'observation que cette façon
d'envisager notre sujet a plus de rapport à des opérations fi-
nancières , telles que des placements de fonds et le cumul des
intérêts, en un mot, à des spéculations d'argent , qu'avec le
but principal de l’économie forestière , qui est d'enseigner la
conservation et l'amélioration des forêts. Nous convenons
que la science forestière a pour objet fondamental de mon-
rer comment on crée , on conserve et on améliore les forêts ;
mais aussi, nous persons qu'il ne suflit point d'indiquer des
procédés , de formuler des préceptes , qu'il faut encore trou-
ver le moyen d’intéresser à leur application. IL faut faire
comprendre que les soins donnés à la production forestière
doivent, en définitive ; tourner à notre profit et à l’augmen-
tation de notre bien-être. Qu'importeraient des règles qui ne
iendraient qu’à créer et conserver des biens stériles , et sans
relation avec nos besoins ? N'est-ce pas une vérité incontestée,
que l'utilité, base primordiale de la valeur des choses, est le
principe et.le mobile de la production , comme de la conser-
vation des richesses ? Quelle attention, en effet, pourrait-on
accorder à ce qui m’offrirait aucune utilité et partant aucune
valeur ?
DES FORÈTS. 395
Or, l'utilité des forêts ne peut se mesurer que par l'usage
qu'on en fait, par les produits plus où moins importants
qu'on en tire. Ces magnifiques futaies des Alpes, des Pyré-
nées et des montagnes de la Corse, qui ne s'exploitent pas
faute de débouchés , peuvent sans doute appeler notre curio-
sité, comme production naturelle ; mais comme production
économique, elles n’excitent aucun intérêt : ce qui l'indique
trop clairement, c'est que ces admirables forêts sont aban-
données aux dégâts du pâturage, quand elles ne sont pas
livrées aux ravages destructeurs de l'incendie.
Les forêts n’occupent donc l’économiste qu'en raison des
produits échangeables qu'elles fournissent : ces produits ,
transformés en valeurs monétaires, constituent des revenus.
Il est certain qu’en général , nous considérons la propriété
forestière bien moims comme une source de produits ligneux ,
que comme une source de revenus pécuniaires ; c'est-à-dire
que , dans leurs rapports avec ceux qui les possèdent , les
forêts ne sont regardées que comme des capitaux , et n’inté-
ressent qu’à titre de capitaux; et, à cet égard, on n’apercoit
aucune différence essentielle entre les forêts de l'État et celles
des autres classes de propriétaires. Les premières forêts sont
des capitaux ;, de même que les secondes ; seulement les
capitaux forestiers, qui se trouvent aux mains de l'État , pré-
sentent un intérêt général qui ne peut exister dans les forêts
particulières. Quoi qu'il en soit, à partir de ce moment ,
nous allons envisager les forêts sous l'aspect des capitaux
dont nous étudierons d’abord la nature , ct dont, plus tard ,
nous suivrons les développements.
Le capital que représente un bois peut être constitué sous
l’une ou l’autre des deux formes très différentes. Si ce bois
s’exploite par coupe: intégrale au bout d'une certaine série
d'années , c’est un capital à revenus périodiques , c’est un bois
non-aménagé ; si le bois fournit successivement des exploita-
396 DE L'AMÉNAGEMENT
tions annuelles, c'est un capital à revenus annuels , c'est un
bois aménagé.
L'exploitation intégrale et périodique d’un bois est conforme
au mode de développement de la production forestière. En
effet, les produits des bois , très différents en cela de tous
les autres produits du sol , ont besoin de plusieurs années pour
parvenir à l'état de maturité. Ainsi , les exploitations d’un
bois sont naturellement séparées par un intervalle de quelques
années , par une période plus ou moins longue : et si l’ex-
ploitation prend la forme de l’annualité pour s’assortir à
l'annualité de nos besoins , cette modification est le résultat
d’un art particulier appelé l'aménagement des forêts. Nous
arréterons d’abord notre attention sur la propriété forestière
constituée dans sa forme primitive, puis nous la considérerons
dans les transformations diverses que peut lui faire subir
l'aménagement.
——
SECTION PREMIÈRE.
DES BOIS NON AMÉNAGÉS.
L'absence de l'aménagement est l’état originaire des forêts;
ces forêts n’ont pas dû être et n’ont pas été aménagées , tant
que leurs produits ligneux n’ont offert aucune valeur échan-
geable , tant que cette nature de propriété n’a présenté de
valeur capitale que celle qui dérive du pâturage ; jusque-là
les forêts ont pu croître librement sous la seule influence
des lois qui président à la vie végétale. Tel était l’état des
forêts dans l'enfance des sociétés ; mais une fois que le tra-
vail et l'industrie eurent pris quelque développement , les
produits forestiers devinrent des valeurs échangeables , les
forêts prirent rang parmi les capitaux productifs. Dès-lors ,
on songea à constituer ces capitaux de la manière la plus
commode pour leurs propriétaires ; on établit dans les forêts
des exploitations annuelles et uniformes. C’est ainsi qu'a pris
DES FORÈTS. 397
naissance , l'aménagement ou la transformation de la pro-
priété forestière , transformation qui avec le temps s’est éten-
due à la presque généralité des forêts ; en sorte que les bois
non-aménagés , devenus de plus en plus rares, ne se rencon-
trent guère actuellement que dans la propriété du dernier
ordre.
Toutefois , pour nous expliquer clairement à nous-mêmes
l'idée que le mot aménagement a pour but d'exprimer, nous
commencerons par définir avec netteté la propriété forestière
non-aménagée, par bien déterminer ses conditions d'existence.
Les notions que nous aurons acquises dans cet examen préli-
minaire pourront nous faciliter l'intelligence de l’aménage-
ment , de cette combinaison tout artificielle qui a pour but
d'adapter les revenus des capitaux forestiers à nos besoins
annuellement renaissants ; en un mot, de donner le carac-
tère de l’annualité à une production que la nature avait rendue
périodique.
Comme en toute exposition il est nécessaire de procéder
du simple au composé , nous nous occuperons, en premier
lieu , de la propriété forestière réduite à l’état tout-à-fait
élémentaire ; nous la représenterons par l'unité d’étendue ,
par un hectare. En même temps nous supposerons que celle
unité forestière appartient, par le degré de fertilité du sol,
à la 3° classe de Gotta ; c’est-à-dire que nous admettrons pour
cet hectare une échelle de production représentée par les
chiffres suivants. Le recru, âgé de 10 ans, donnerait un
volume de 9 mètres cubes 80 centièmes ; le recru de 20 ans,
un volume de 22 m. c. 59 ; le recru de 30 ans, un volume
de 37 m. c. 88 ; le recru de 40 ans , un volume de 54 m. c.
73 ; le recru de 50 ans , un volume de 73 m. c. 14; le re-
cru de 60 ans , un volume de 92 m. c. 95 ; le recru de 100
ans, un volume de 184 m. c. 75; enfin le recru de 150
ans ; un volume de 296 m. c. 14. Ces produits, étant con-
398 DE L'AMÉNAGEMENT
vertis en argent * , offriraient les valeurs suivantes : 196 f.
pour le recru de 10 ans ; 452 f. pour le recru de 20 ans ;
758 f. pour le recru de 30 ans ; 1,095 f. pour le recru de 40
ans; 1,463 f. pour le recru de 50 ans; 1,859 f. pour le recru
de 60 ans ; 3,695 f. pour le recru de 100 ans, et 5,923 f.
pour le recru de 150 ans.
La première observation que fournit le rapprochement de
ces valeurs , c’est que leur expression s'élève à mesure que se
prolonge la période d’exploitabilité ; ainsi le produit de 150
ans, qui est de 5,923 f. , est plus de 30 fois aussi considé-
rable que le produit du recru de 10 ans. Mais cette énorme
différence , en faveur du produit de 150 ans, est-elle une
raison suffisante pour autoriser l’aflirmation que le plus consi-
dérable de ces produits est aussi le plus utile ? Qui sait si
l'accumulation des intérêts * appliquée au produit pécuniaire
de 10 ans, pendant l'intervalle de 140 ans restant à écouler
entre la réalisation du produit de 10 ans, et la réalisation du
produit de 150 ans , ne donnerait pas un résultat supérieur
au chiffre 5,923 , exprimant la valeur de la coupe de 150
ans. Dans le cas de l’aflirmative , l’exploitabilité la plus utile
serait, non pas celle qui doit donner un produit de 5,923 f.,
mais bien celle qui ne donne qu'un produit de 196 f., mais
qui le donne 140 ans plus tôt ; en d’autres termes , il y au-
rait, sous le point de vue de la production pécuniaire, avan-
tage à régler l'exploitabilité de cet hectare à 10 ans plutôt
qu'à 150 ans, à percevoir un produit de 196 f. tous les 10
ans, plutôt qu'un produit de 5,925 f. tous les 150 ans; et
cependant, ces produits, s'ils sont divisés par le nombre
d'années des périodes d'exploitabilité , reviennent à 19f. 60 c.
par chaque année de la période de 10 ans , et à 39 f. 48 c.
par chaque année de la période de 150 ans.
* À raison de 20 f. le métre cube,
2 Toujours au taux de #4 p. °/0.
DES FORÉTS. 399
On voit que nous ne connaissons pas encore le véritable
rapport qui règne entre ces produits progressifs ; le plus
considérable en apparence peut se trouver le plus faible en
réalité. Cette comparaison entre des produits réalisables , à
des époques diverses ; ne nous apprend point quelle est la
valeur réelle des termes de la progression ; mais notre incer-
titude cesserait immédiatement , si un calcul rigoureux nous
permettait de ramener l'expression de ces produits périodiques
à l'expression de revenus annuels ; car alors il serait de toute
évidence que le produit périodique le plus avantageux serait
celui qui serait représenté par Le plus haut revenu annuel :
l’exploitabilité la plus lucrative serait ainsi déterminée posi-
tivement et sans aucune équivoque.
Cr, nous avons donné dans le Manuel de l'estimateur des
forêts trois tables, pour servir à la conversion des produits
périodiques en revenus annuels ; nous nous aiderons de ces
tables pour opérer une conversion de ce genre sur les produits
de l’hectare qui nous occupe. Tous les éléments de ce calcul
seront consignés dans un tableau qui va suivre, et dont l’ex-
plication ressortira des titres mêmes que nous donnerons , à
chaque colonne. Nous ajouterons seulement ici que nous avons
adopté pour base d'un premier calcul le taux de #4 p. °/, ,
comme étant celui qui représente le rapport le plus élevé
entre le produit brut des forêts et leur valeur capitale ; mais
afin d’embrasser entièrement la question , nous présenterons
un second calcul fondé sur la base d’un revenu à 3 p. Je :
revenu le plus faible que puisse donner la production brute
des forûts.
Afin de prendre l'échelle de production dès son origine ,
nous attribuerons au recru d’un an une valeur de 20 f.,àù
celui de 5 ans une valeur de 94 f., suivant la table d’expé-
rience de M. Cotta, donnée plus haut (pag. 313 et suiv.)
— On peut nous objecter que le recru d’un an n’a réellement
400 DE L'AMÉNAGEMENT
aucune valeur assignable en argent. — Nous l’admettrons
volontiers ; mais alors le revenu de 20 f. ne représentera
plus le produit d’une exploitation ligneuse , maïs un produit
d’une autre nature ; il est très peu de terrains d’une certaine
fertilité, dont on ne puisse tirer 20 f. par an, ne füt-ce
qu'en l’affermant comme pâturage.
RÉDUCTION A L'ANNUALITÉ
Des produits d'un hectare de bois de moyenne qualité ,
(3° classe de M. Cotta).
PÉRIODES PRODUITS PÉRIODIQUES
H , D'UN HECTARE DE BOIS
A D’EXPLOI-
, RQ
A TADILITÉ. : :
È EN MATIÈRE. EN ARGENT.
Le taux d'intérêt étant de 4 p. 100.
ans. NE fr.
4 1 20
5 4 68 94
10 9 80 196
20 29 59 452
50 51 88 158
40 54 T3 1,095
50 175 14 1,463
60 92 95 1,859
100 184 T5 3,695
150 296 14 5,923
REVENUS ANNNUELS
CALCGULÉS D'APRÈS
LES PRODUITS
PÉRIODIQUES. 1
Le taux d'intérêt étant de 3 p. 100.
1 1 20
8 Z 68 94
10 9 80 196
20 22 59 452
30 51 88 158
20 SZ 13 1,095
N 50 15 44 1,465
ET) 2 95 1,859
100 184 75 3,695
150 296 14 5,923
CZ Ts DEEE Fr 29 re
* Les calculs pour trouver les revenus annuels ont été faits à l’aide des tables qui se
20
00
trouvent aux pages 253 et 254 du Manuel de l'Estimateur des foréts.
CAPITAUX CORRESPON-
DANTS AUX REVENUS È
ANNUELS OU REPRÉ- Æ
SENTANTS LES VA-
LEURS DU SOL.
DES FORÈTS. 401
Il suit de ces tableaux renfermés dans le même cadre, mais
distingués l’un de l’autre , que le plus haut revenu annuel
correspond à l’exploitabilité de 1 an. En effet , dans chacun
de ces tableaux , le revenu le plus élevé est exprimé par le
chiffre 20. L’exploitabilité à 5 ans ne donnerait qu'un revenu
de 17 f. 33 c. dans le système de l'intérêt à 4 p. °/,, et de
17 F. 70 c. dans le système de l'intérêt à 3 p. °,. L’exploi-
tabilité à 10 ans ne donnerait qu'un revenu de 16 f. 32 c.
dans le système de l'intérêt à 4 p. °/, ; et de 17 f. 10 c.
dans le système de l'intérêt à 3 p. °/. Les revenus continuent
ensuite à descendre d’autant plus rapidement, que les périodes
d’exploitabilité comprennent une plus longue durée. L'ex-
ploitabilité à 150 ans , par exemple , n’offre qu'un revenu de
66 centimes dans le système de l'intérêt à 4 p. ,/°, et un
revenu de 2 f. 13 c. dans l’autre système ; ce qui signifie que
recevoir 66 centimes chaque année pendant une révolution
de 150 ans (l'intérêt étant de 4 pe %): c’est la même chose
que recevoir 5,923 f. en une seule fois au bout de cette pé-
riode ; et que recevoir 2 f. 13 c. chaque année pendant 150
ans, lorsque le taux d'intérêt est de 3 p. °; c’est la même
chose que recevoir en une seule fois 5,923 f. au bout de cette
période. En résumé , il y a équivalence mathématique entre
les revenus décroissants , indiqués à la 4° colonne des tableaux
précédents, et les produits périodiques disposés en série crois-
sante dans la 2° colonne.
La décroissance des revenus , dans ces deux tableaux ;,
part de l’exploitabilité de 1 an, et devient de plus en plus
sensible à mesure de l'élévation des périodes : il y a seulement
cette différence que , dans le second tableau , les chiffres qui
expriment les revenus annuels sont un peu plus élevés que
les chiffres qui leur correspondent dans le premier tableau.
Cette différence s'explique par la disparité du taux de l'in-
térêt. On concoit aisément que ; lorsque le degré d’accumu-
402 DE L'AMÉNAGEMENT
lation est moins prononcé , lorsque la progression est moins
rapide ; il faut, pour que cette accumulation produise des
résultats identiques dans l’un et l’autre système d'intérêt , que
le revenu annuel, c’est-à-dire la base primitive de l'accumu-
lation , soit plus considérable dans un cas que dans l’autre.
EE toutefois , dans les deux ordres d’accumulations que nous
venons de représenter , le terme-maximum , le revenu le plus
élevé ; correspond à l'exploitabilité de 1 an, c’est-à-dire à
l'exploitabilité-minimum ; à celle qui annihile en quelque
sorte la production forestière ; qui réduit le bois à l’état de
simple pâturage, mais qui le convertit en même temps en
propriété à revenu annuel. Ainsi, un sol productif d’un re-
venu annuel de 20 f. présenterait une valeur capitale de
500 F. au taux de 4 p.°/,, et de 666 f. 66 c. au taux de
3 p. %, ; tandis que l’hectare de bois, qui donne un produit
de 5,923 f. tous les 150 ans, n'offrirait qu'une valeur capi-
tale de 16 f. 55 c. au taux de 4 p. °/, , et de 1ifidäte
au taux de 3 p. S FE
Nous avons vu , au chapitre précédent , que l'exploitabilité
à 150 ans environ est celle qui porte au plus haut degré la
production matérielle dans les forêts de bois durs, et nous
venons de constater que ; dans ces mêmes forêts, l’exploita-
bilité à 1 an est celle qui donne au sol forestier la plus haute
valeur capitale , et qui assure au propriétaire le revenu annuel
le plus considérable , ou en d’autres termes , qui élève au
plus haut point la production pécuniaire des bois. Ces fonds
présentent ainsi deux produits de nature distincte , dont le
développement est soumis à des lois dissemblables ; il existe
même entre ces lois un contraste tel, que l’un des produits
ne peut croitre sans qu'aussitôt l’autre soit frappé d’une ré-
duction. En effet, la production en matière rapportée à
l’année moyenne , va sans cesse en augmentant de 1 an jus-
qu'à 150 ans ; tandis que la production annuelle en argent
DES FORÈTS. 405
va sans cesse en diminuant du premier de ces termes à l’autre.
Si.en exploitant mon hectare de bois tous les ans , ou plutôt
en le livrant au päturage ,; ou en le soumettant à quelque
culture non destructive des souches , je parviens à créer un
produit annuel de 20 f. , ce sol me donnera un revenu de
20 f. , et représentera conséquemment un capital de 500 f.
au taux de 4 p. gl o+ Si, au contraire, cet hectare de bois est
soumis à l’exploitabilité de 150 ans , le revenu annuel ne
sera plus que de 66 ce. ; et la valeur capitale de 16 f. 55 c.
On voit donc que , lorsque ce fonds donnera le plus de bois,
il donnera le moins d'argent , et vice versa.
Maintenant nous demanderons quelle est l’idée précise que
M. Varennes-Fenille a entendu attacher à cette expression ,
maximum composé, qu'il na pas définie avec toute la netteté
désirable. Aurait-il voulu caractériser l'état d’un bois qui
donne à la fois le plus de matière et le plus d'argent ? Mais
il est irréfragablement démontré que ces deux maximum
sont exclusifs l’un de l’autre ; que ; quand l'un des produits
tend à monter , l’autre tend à descendre : en sorte que le
maximum composé , compris de cette manière , n'existe point
et ne saurait exister.
M. Varennes-Fenille aurait-il eu la pensée de signaler le
terme d'exploitabilité , qui, en donnant à la coupe la plus
haute valeur absolue , porterait en même temps le revenu au
chifire le plus élevé ; mais cette hypothèse est identique avec
la précédente ; et n’est pas moins irréalisable. L’exploitabilité
de 150 ans, tout en fournissant un produit final de 5,923 f.,
ne correspond qu'à une rente de 66 c. ; en sorte que la coupe,
qui offre la valeur pécuniaire la plus importante , est en
même temps la moins productive en revenu annuel].
Puisque M. Varennes-Fenille a appelé maximum simple ,
le produit le plus élevé en matière , il n’a pu vouloir désigner
par le maximum composé, autre chose que la plus haute
404 DE L'AMÉNAGEMENT
rente , le rapport le plus élevé entre le revenu et le capital
engagé. Cependant ce maximum n'offre, au premier coup.
d'œil, rien de composé ou de mixte ; il ne se rapporte qu’à
un seul objet : la production en argent. Mais , au fond, il im-
plique l’idée de relation ou de proportion entre le revenu et le
capital : ce qui justifie assez bien la dénomination que Va-
rennes-Fenille à adoptée, et que nous conserverons ;, non
qu'il soit difficile peut-être d’en trouver une plus exacte, mais
parce que cette locution est actuellement consacrée par lPu-
sage , je dirai même par le nom de son auteur. Toutefois ,
nous devons faire remarquer que Varennes-Fenille a complè-
tement erré dans l’application pratique qu’il a faite de l’idée
du maximum composé * ; ce n’est point à la 21° année, que
se trouve le plus haut point d’accroissement utile des bois ,
ainsi qu'il l'a conclu de ses observations et de ses calculs,
mais bien dès l’âge où la production forestière si faible, si
chétive qu’on puisse encore la supposer , commence néan-
moins à présenter quelque utilité, quelque valeur nette au-
delà des frais d'exploitation. Ce sera même à l’âge de 1 an,
ainsi que nous l'avons reconnu , si le sol est de nature à
donner un fermage ou un produit de 20 f. par an , soit dans
l'état de simple pâturage , Soït dans tont antre état, où, sans
perdre précisément sa nature de bois, ce terrain offrirait un
revenu annuel de 20 f.
Deux choses sont donc à distinguer essentiellement dans
la propriété forestière : la production en substance ligneuse ,
et la production en argent. Ces deux éléments se trouvent en
constante opposition dans limmeuble-forestier ; tandis que ,
dans toute autre espèce d'immeuble , on les voit coexister
1 M. Varennes de Fenille a le mérite de s’être occupé, le premier, de ce sujet,
et d’en avoir compris toute la portée. Du reste, ses belles expériences sur les pro-
priétés physiques du bois lui assurent la première place, après Duhamel, parmi les
créateurs de la science forestière dans notre pays.
DES FORÉTS. 405
dans un rapport harmonique. Si le produit en nature d'une
terre arable , d’un pré, etc. , se trouve doublé par l'effet d'un
“meilleur mode de culture, d'un assolement mieux entendu ,
le revenu et le capital de la propriété se trouveront également
doublés. Dans les forêts un pareil accroissement , au lieu
d'élever la rente de la propriété , lui ferait éprouver une dé-
pression dont nous allons offrir un exemple.
En comparant les exploitabilités à 10 et à 150 ans , sous
le double point de vue des produits en matière et en argent ,
on voit que, dans la première de ces exploitabilités , la pro-
duction annuelle en matière est représentée par la 10° partie
de 9 mètres cubes 80/ 100 , produit de la coupe de 10 ans.
Cette 10° partie , qui est de 98/100 de mètre cube , corres-
pond à une rente annuelle de 16 f. 32 c.
Dans l’exploitabilité à 150 ans , la production annuelle en
matière est représentée par la 150° partie de 296 m. c.
14 / 100 , produit de la coupe de 150 ans. Le quotient est
im::c. 97/100 ; ainsi le produit en matière de cet hec-
tare sera double de celui recueilli annuellement sur l’autre
hectare ; tandis que la rente, qui ne sera plus que de 66 c.
au lieu de 16 f. 32c., se trouvera environ 24 fois moindre
que dans l’exploitabilité à 10 ans.
Mais , afin d'imprimer à ces résultats un caractère mani-
feste de généralité ; nous ferons de nouveaux calculs sur les
17° et 10° classes de Cota ; c’est-à-dire sur la production des
plus mauvais sols , et sur celle des meilleurs. Ces calculs
seront présentés dans les deux tableaux qui vont suivre , où
nous porterons ; dans la 3° colonne , les produits de l'hectare
en argent , à raison toujours de 20 f. le mètre cube, comme
nous l'avons fait jusqu'à présent , et comme nous le ferons
dans tout le cours de cet écrit.
T, Il,
1°
x
406 DE L'AMÉNAGEMENT
RÉDUCTION A L'ANNUALITÉ
Des produits d'un hectare de bois de la plus mauvaise qualite ,
(1e classe de M. Cotta).
PÉRIODES PRODUITS PÉRIODIQUES REVENUS ANNUELS CAPITAUX CORRESPON- k
D'UN HECTARE DE BOIS HSULQRE DANTS AUX REVENUS al
D’EXPLOI- D'APRÈS LES ANNUELS OU REPRÉ- À
EN MATIÈRE. EN ARGENT.
PRODUITS SENTANTS LES VA-
TABILITÉ. PÉRIODIQUES. I LEURS DU SOL.
Le taux d'intérêt étant de 4 p. 100.
ans m.c. cre fr l'E fr. c
À » 60 12 42 00 500 00
5 PCs D 56 10 34 958 48
10 5 80 116 9 66 244 54
20 15498 265 8 90 992 48
50 396 445 7 95 198 36
40 22% 95 G45 6 79 169 69
50 45 00 860 LE 5 140 : 83
60 54 69 1,094 4 60 114 2
100 108 69 2,174 1 75 45%" 91
150 174 21 5,484 » 39 9, «°75
_
1 Voir la note de la page 596.
à
DES FORÈTS. 407
RÉDUCTION A L'ANNUALITÉ
Des produits d'un hectare de bois de la meilleure qualité ,
( 10° classe de M. Cotta).
Ë PÉRIODES PRODUITS PÉRIODIQUES REVENUS ANNUELS | CAPITAUX CORRESPON“ À
: D'UN HECTARE DE BOIS CALCULÉS DANTS AUX REVENUS Ë
À D'EXPLOI- D'APRÈS LES ANNUELS ET REPRÉ< }
Re À PRODUITS SENTANTS LES VA-
D TABILITÉ. |° PÉRIODIQUES. 1 LEURS DU SOL.
EN MATIÈRE. EN ARGENT.
Le taux d'intérêt étant de 4 p. 100.
cre
25
50
00
14
45
66
55
JE
00
91
Les trois tableaux que nous venons de présenter concou-
rent à démontrer cette proposition : que le plus haut revenu
annuel ou la plus haute rente d’un bois de quelque degré de
1 Voir la note de la page 596.
408 DE L'AMÉNAGEMENT
fertilité qu'il soit ; ne se rencontre ou ne s'obtient que dans
l'exploitabilité la plus limitée possible. On voit, en effet, que
l'exploitabilité à 1 an, si elle pouvait donner un produit
de 20 f. dans un sol de qualité moyenne, de 12 ou 45 f.
dans les sols de qualités extrêmes , serait la plus avantageuse
de toutes les exploitabilités , serait celle qui porterait au plus
haut degré le revenu annuel ; et par conséquent la valeur
capitale de la propriété. Ainsi, pour élever au maximum la
rente du capital forestier , il faut, en quelque sorte, exploiter
le bois à sa naissance, ou tout au moins aussitôt qu'il pré-
sente quelque valeur, Et au contraire , pour obtenir la plus
grande production en substance ligneuse, il faut soumettre
le bois à l'exploitabilité séculaire, à celle qui le conduit à
l’état de futaie, et même de haute futaie. Il suit de cette
opposition , que plus le capital forestier sera constitué en fa-
veur de la production matérielle, et moins 1l le sera en
faveur de la production pécuniaire ; et réciproquement; que
plus on voudra tirer d’argent ‘ d’un bois, moins on obtien-
dra de matière.
Cette disposition toute spéciale des capitaux forestiers ,
celte espèce d’antagonisme entre les deux éléments qui les
constituent, est d’un trop grand intérêt par les considéra-
üons qui s’y rattachent , et que nous présenterons plus tard ,
pour que nous nous contentions de mettre simplement ce
fait en lumière. Nous nous imposerons encore le devoir de
donner avec autant de clarté qu'il nous sera possible, l'ex-
plication d’un phénomène qui intéresse à un haut degré la
science forestière , et qu'il importe d'autant plus de bien
établir comme point de théorie, que jusqu'à présent, ce
nous semble, cet apercu n’a fixé l'attention particulière
d'aucun auteur forestier.
1 C'est-à-dire d’intérèts.
dt
boulot 1 is
DES FORÉTS. 409
Qu'est-ce que la production forestière ? C’est une accu-
mulation succesive de produits épargnés qui s’'agglomèrent
sur le sol, de la même sorte que les intérêts composés : se
groupent autour d'un capital monétaire. Chaque année la
végétation ligneuse donne un produit, un accroissement ,
que dans le langage forestier on appelle une feuille. Je pos-
sède, par exemple, un hectare dont l'exploitation , au bout
d’un an, pourrait offrir un produit d’un mètre cube en ma-
tière, ou de 20 f. en argent ; je m'abstiens de recueillir ce
produit; c’est un intérêt épargné : je laisse l’année suivante
la 2° feuille s'ajouter à la 1°: encore un intérêt épargné.
D'année en année, et d'épargne en épargne, Je conduis mon
bois à l’âge de 10, 15 ou 20 ans, etc. : c'est-à-dire que
je mets en réserve les intérêts de mon capital pendant 10 ,
15 ou 20 années, dans la vue de les recueillir cumulati-
vement, au bout d’une certaine période , dont la durée dé-
pend de mon libre arbitre.
Nous avons dit que le taux le plus faible des placements
en fonds forestiers était de 3 p. °/,. Cette classe d'immeu.
bles, en effet, n’admet pas autant de concurrence que les
autres, par la raison toute simple , qu'elle se présente asséZ
rarement sous la forme de petits capitaux. Or, à ce taux de
3 p °/, ; le sol d'un hectare de bois susceptible de donner un
produit de 20 f. à l’âge de 1 an, présenterait une valeur
capitale de 666 f: 66 c.
Cela posé, comparons l'accumulation des produits ma-
tériels de cet hectare de bois, réduits en argent à raison
de 20 f. le mètre cube, avec l'accumulation au taux de
3 p- °/, des intérêts d’un capital monétaire de 666 f. 66 c. :
ce rapprochement sera présenté dans le tableau qui suit.
? L'intérét composé est la seule base de l'évaluation des capitaux, L’antérét simplg
Supposerait que la valeur des choses n’a d'autre limite que l'infini,
410 DE L'AMÉNAGEMENT
TABLEAU
PRÉSENTANT LE PARALLÈLE DE L'ACCUMULATION FORESTIÈRE ET DE
L'ACCUMULATION PÉCUNIAIRE.
Soi de moyenne qualité. — 5° Classe de M. Cotta.
PÉRIODES | ÉCHELLE D'AGCROIS- RÉSULTATS
\ SEMENT DU RECRU DE L'ACCUMULATION
À p’expLor- | D'UN necTARE OÙ RÉ- | DES INTÉRÈTS A 5 P. 2/9
Ë SULTATS DE L’ACCUMU- D'UN CAPITAL
TABILITÉ. | LATION FORESTIÈRE.
fr.
20
106
[919]
857
931
1,508
Ce tableau nous montre qu’au bout d’une période de 5 an-
nées , l'accumulation des intérêts pécuniaires s'élève à 1 06 f.
18 c., tandis que l'accumulation des produits forestiers n'offre
qu'une valeur de 94 f. Qu'au bout d’une période de 10 ans,
l'accumulation des intérêts pécuniaires s'élève à 229 f. 28 c.,
tandis que l'accumulation des produits forestiers n'offre qu'une
valeur de 196 f. A tous les autres termes nous voyons la
progression pécuniaire dépasser de plus en plus la progres-
sion forestière. Enfin, après une révolution de 150 ans,
l'accumulation pécuniaire donnerait une masse d'intérêts
de 55,101 f. 74 c., tandis que l'accumulation forestière ,
qui se résume dans le produit d’un hectare de futaic
de 150 ans, ne s’élève qu'à la valeur de 5,993 f,
NOT VOUS ‘PUS
DES FORÈTS 411
Remarquons maintenant que pour déterminer la valeur
capitale des choses en général et des immeubles en particu-
lier, nous n'avons pas d'autre base que leurs produits, Si
tel capital offre dans un temps donné un produit double du
produit d’un autre capital , nous jugeons immédiatement que
la valeur du premier est double de la valeur du second.
Ainsi , en revenant sur les chiflres que nous avons comparés
tout-à-l'heure , nous pourrons facilement calculer la valeur
du fonds de l'hectare de bois, correspondant à chaque pé-
riode d’exploitabilité.
Pour l’exploitabilité à 5 ans, nous établirons cette pro-
portion : une. accumulation de 106 f. 18 c. d'intérêts est
au capital 666 f. 66 c. dont elle émane, comme une accu-
mulation de 94 f. est à un capital cherché. Le calcul donne,
pour ce dernier capital, le chiffre 590 f. 19 c. , que nous
avons trouvé par une autre voie, et qui se trouve consigné à
la dernière colonne du 2° tableau de la page 400.
Et pour l'exploitabilité à 30 ans, nous aurons cette pro-
portion : une accumulation d'intérêts s’élevant à 951 f. 51 c.
est au capital 666 f. 66 c. dont elle émane, comme une
accumulation de 758 f. en produits forestiers est au capital
qui en est la source. Ce capital est 531 f. 07 c., comme
l'indique même le tableau. Enfin, pour l’exploitabilité
à 150 ans, nous avons la proportion :
RAD OdQf..226...:000.1. Ohe. ::5,093 &, : %.
La valeur de x est 71 f. 15 c. : c’est-à-dire que le chif-
fre 71 f. 14 c. représente la valeur d’un capital qui fournit
une accumulation d'intérêts de 5,923 f. , au bout de 150 ans.
La valeur capitale de l’hectare de bois, diminue donc à
chaque degré ascendant de la série des exploitabilités ; et cette
diminution devient de plus en plus considérable à mesure de
l'élévation, des âges. Cette baisse, comme nous venons de le
voir dans les calculs précédents, est la suite de l’infériorité
412 DE L'AMÉNAGEMENT
des produits forestiers par rapport aux produits monétaires.
La valeur capitale du sol n’éprouverait aucune réduction ,
si la production forestière suivait un développement ana-
logue à celui de la production pécuniaire : que faudrait:l
pour que cette similitude existât ? Il faudait que les 5 feuilles
de l'hectare de bois valussent 106 f. 18 c. au lieu de 94 f. ;
que les 10 feuilles valussent 229 f. 28 c. au lieu de
196 f.; que les 40 feuilles valussent 1,508 f. 03 c. au
lieu de 1,095 f. ; que les 60 feuilles valussent 3,261 f. 07 c.
au lieu de 1,859 f.; enfin, que les 150 feuilles valussent
55,501 f. 74 c. au lieu de 5,993 f,
En d’autres termes, il faudrait que l'accroissement des
produits forestiers marchät du même pas que l'accumulation
des intérêts pécuniaires au taux de 3 p. °/,. Mais cette res-
semblance d’allure, cette égalité de gradation entre les
deux suites de produits, n'ayant pas même lieu dans les pé-
riodes les plus inférieures, comment pourrait-elle exister
lorsque l'accumulation monétaire a acquis une activité dé-
mesurée? On concevra aisément que la différence des deux
progressions déjà si grande vers le 100° terme, devienne
excessive vers la fin de la période de 150 ans, bien pourtant
que ce dernier âge soit le point culminant de l'accroissement
physique des bois. Dès cet instant, l'accroissement des inté-
rêts pécuniaires prend une extension qui devient bientôt
incommensurable , tandis que l’accumulation forestière se
ralentit, et décroit Jusqu'à ce qu’elle soit devenue tout-à-fait
nulle, alors que le bois est parvenu au terme extrême de
l'accroissement. Ainsi, l'intérêt forestier, ou ce qui est la
même chose , le degré de développement des produits fores-
tiers, qui déjà est inférieur au taux de 3 p. °/, dans la jeu-
nesse des bois, s’atténue d'âge en âge, descend en pro-
gression continuellement rétrograde de 3 à 2 1 /2 : puis
DES FORÈTS. 413
à2, puis à 1 1/2, puis à 1 p. ‘> puis à des fractions
décroissantes jusqu’à 0.
En résumé, nous avons fait voir que l'accroissement des
produits forestiers , et l’accroissement des intérêts d’un ca-
pital monétaire suivent des lois absolument différentes; et
ce que nous avons démontré pour un bois de fertilité
moyenne, nous allons le démontrer pour les bois de la moin-
dre et de la plus haute fertilité, (les 17% et 10% classes de
M. Cotta). Le tableau suivant indiquera dans la 2° colonne
les produits de l’hectare , d’après les tables d'expérience de
M. Cotta, et dans la 3° colonne les accroissements succes-
sifs des intérêts du capital qui représente le sol,
414 DE L'AMÉNAGEMENT
TABLEAU
Présentant le parallèle de l'accumulation forestière et de l'accumu-
lation pécuniaire dans les bois de qualités extrémes.
PÉRIODES ÉCHELLE RÉSULTATS DE L’ACCUMULA- À
D’ACCROISSEMENT TION DES INTÉRÊTS A
D’EXPLOI- DU RECRU 3 r. 9/0 DU CAPITAL ;
D'UN REPRÉSENTATIF DE LA VA- E
TABILITÉ. HECTARE. LEUR DU SOL D'UN IECTARE.
D —— ———————__———_—_—_—————_———
ë Sol de la plus mauvaise qualité. — 17e classe de M. Cotta. À
Capital primitif, 400 fr. À
Sol de Ja meilleure qualité. — 10€ classe de M.
Capital primitif , 4,500 fr.
45 45
250 258
480 515
1,209
2,140
5,593
8,075
7,357
97,527
194,879
Ce tableau indique que dans les sols de qualités extrêmes ,
comme dans ceux de qualité moyenne, la marche progres-
sive des produits forestiers , est de moins en moins accélérée,
comparativement à la marche rapidement ascendante d'un
DES FORÈTS, 41
capital monétaire. La disparité entre les termes qui se cor-
respondent d'une progression à l’autre est énorme dans
l'exploitabilité à 100 ans, et dépasse toute proportion dans
les exploitabilités supérieures. En effet , l’hectare de mauvaise
qualité ne présente à 150 ans qu’une valeur de 3,484 f.,
tandis que l'accumulation des intérêts pécumiaires , au bout de
cette période , s'élève à 33,301 f. L'hectare de la meilleure
qualité n'offre à 150 ans qu’une valeur de 14,458 f. , tandis
que l'accumulation des intérêts du capital représentatif du sol
s'élève au chiffre de 124,879 f.
Une remarque que nous devons nous garder d’omettre ,
c'est que cette disparate entre l'accumulation propre aux ca-
pitaux immobiliers, à l'accumulation propre aux capitaux
monétaires , n'existe que pour les bois. Dans tous les autres
immeubles les produiis se réalisent chaque année, se trans-
forment aussitôt en argent, ou du moins prennent la forme
de valeurs mobilières, et sont, par conséquent, toujours sus-
ceptbles d’accumulation , à la facon des valeurs monétaires.
Ainsi, nulle assimilation à établir entre l'immeuble forestier
et un autre immeuble, de quelque nature que soit ce dernier.
Les forêts considérées comme capitaux, ont une constitution
absolument exceptionnelle : leurs produits suivent dans leurs
développements, une marche qu'on ne rencontre dans aucune
autre catégorie de produits ou de revenus immobiliers.
La vérité la plus capitale qui ressorte de ce que nous
avons dit dans ce paragraphe , c'est que, comme nous l'avons
déjà exprimé plus haut, la production des bois en matière
ligneuse, augmente depuis l'exploitabilité la plus réduite
possible , jusqu’à l'exploitabilité en haute futaie ( celle de 40
à 160 ans ) : et par contre, la production en argent ‘, ou
la rente du capital forestier diminue constamment , à me-
LES . “ 0 . . , e U
1 Intérêts compris : si lon fait abstraction des intérêts, la production en argent
AL 2 SR
croil nécessairement comme la production ligneuse.
416 DE L'AMÉNAGEMENT
sure que l’exploitabilité embrasse de plus longs intervalles :
ce qui revient à dire que , dans la propriété forestière, la
production en nature et la production en argent sont tout-
à-fait inconciliables : on ne peut élever l’une sans abaisser
l'autre, en sorte qu'il est très vrai de dire que la prospérité
d'une forêt et l'intérêt pécuniaire de celui qui la possède
sont perpétuellement en contradiction.
Comme dans le présent paragraphe nous n'avons traité
que des bois non-aménagés, c’est-à-dire de l’immeuble-fo-
restier supposé encore dans son état primordial , nous re-
mettons à tirer les conséquences pratiques qui découlent des
résultats précédents , au moment où , après avoir étudié les
forêts dans l’état d'aménagement, nous connaïtrons à fond la
richesse forestière , sous la double forme qu’elle peut affecter.
SECTION DEUXIÈME.
DES BOIS AMÉNAGÉS.
« Aménager une forêt, a dit un auteur‘, c’est régler l’or-
dre dans lequel le propriétaire en jouira, c’est déterminer
la quantité de bois qu'il coupera tous les ans, c’est fixer un
mode durable de jouissance et de conservation. »
Nous avons avancé déjà, et nous répétons ici, que l’a-
ménagement n'appartient point aux âges anciens de la pro-
priété forestière. Les bois n’ont recu cette forme qu'à l’époque
où leurs produits long-temps dénués de valeurs , ont com-
mencé à être considéré comme l’équivalent d’autres pro-
duits , c’est-à-dire ont commencé à offrir une certaine va-
leur d'échange. Alors dut venir la pensée d'établir des
exploitations successives dans les forêts , afin d'y créer des
ressources annuelles et constantes. On établit donc dans les
bois des coupes successives, mode de division qui est à la
1 M. Noirot ainé.
DES FORÉTS. 417
production forestière ; ce que la division des soles est à la
production agricole. La même terre ne pouvant suflre à
donner perpétuellement des récoltes annuelles , on a ima-
giné de réunir en un seul système de culture plusieurs par-
celles de terres. L'une reste en jachère tandis que les autres
sont eñ production. La fraction dont la fécondité s’est renou-
vellée, recoit à son tour le dépôt d’une récolte, pendant
qu'une autre parcelle répare son épuisement. Cette dispo-
sition présente le double avantage de garantir un revenu
constant , uniforme, et d'entretenir le sol dans un état per-
manent de fertilité.
Il en est de même dans les forêts. Une fraction donnée
du sol boisé ne peut fournir un produit doué de quelque va-
leur , qu'au bout de plusieurs années , comme 5 ans, 10 ans,
15 ans, etc.; afin de suppléer à l’intermittence naturelle
des revenus, on a groupé en un seul système d'exploitation
5, 10 ou 15 parcelles, que l’on a soumises à une exploi-
tation successive, qui ne revient, pour chaque parcelle ou
coupe, que tous les 5, 10 ou 15 ans; de cette sorte on à
préparé deux résultats essentiels : d’abord la maturité des
produits, ensuite leur successibilité d'année en année , on
a créé une propriété à revenu annuel , on a enfin organisé
un aménagement forestier.
Mais , pour prendre une idée exacte et claire de l’aména-
gement, 1l nous parait indispensable d'étudier ou de suivre
attentivement la transition qui sépare l’état d’un bois non
aménagé de l’état d’un bois qui a subi cette transformation :
dans ce but, nous établirons un parallèle entre deux bois
semblables , dont l’un serait encore exploitable par coupe
intégrale, et dont l’autre passerait à l’état de bois exploi-
table par coupes successives; c’est-à-dire à l'état de bois
aménagé. Cette manière de procéder , conforme au principe
de la liaison des idées, convient d'autant micux ici, ewil
418 DE L'AMÉNAGEMENT
s'agit d'exposer des notions abstraites et assez compliquées.
Afin de réduire cette comparaison aux termes les plus
simples ; nous supposerons deux bois d’une étendue de
10 hectares, exploitables tous deux à 10 ans, et susceptibles
de donner l'un et l’autre à cet âge un produit de 9 m. c.
80/1090 en matière, revenant à 196 f. en argent. Nous sup-
poserons, en un mot, deux bois de la 3° classe de M. Cotta,
entre lesquels nous admettrons l'identité la plus absolue sous les
différents rapports de l'étendue superficielle du degré de ferti-
lité, de la nature du volume et de la valeur vénale des produits.
Bois non aménagé. Ce bois, d'après l'hypothèse, s’'ex-
ploite intégralement tous les 10 ans, et rend, au bout de
cette période, 196 f. par hectare, et 1,960 f. pour le tout.
Ainsi, posséder ce bois c'est être porteur du ütre d’une
créance composée d'autant de capitaux distincts qu'il y a
d'hectares ou d'unités d'étendue dans ce bois. Cette propriété
peut donc être représentée par un groupe , une collection de
10 capitaux productifs, chacun d'un revenu de 196 f. au
bout de 10 ans, époque de leur commune échéance.
Nous ne connaissons cette créance que par ses produits.
Si nous voulons déterminer la valeur de chacun des capitaux
composants , c’est-à-dire si nous voulons connaître la valeur
du sol de chacun des 10 héctares de bois, nous aurons à
résoudre cette question : Quel est le capital dont les inté-
rêts seulement forment par leur accumulation un produit
au taux de 4 p. 0/0 de 196 f. dans le cours de 10 ans ?
En d’autres termes : Quelle est la valeur capitale ou fon-
cière d'un hectare de bois, dont l'exploitation faite de
10 ans en 10 ans donne un produit de 196 f.? Si, pour évi-
ter de longs et fastidieux calculs, nous avons recours au:
procédé abrégé consigné au Manuel de l'estimateur des. fo-
rêts , nous trouvons que la valeur du sol est exprimée par le
chiffre 408 f. 15 c.
DES FORÈTS. 419
Le bois non-aménagé est done l'équivalent rigoureux ,
la représentation précise d’une créance composée de 10 ca-
pitaux , d'une valeur partielle de 408 f. 13 c., et d’une va-
leur totale de 4,081 f. 30 c. : créance dont on épargne les
intérêts pendant 10 ans, afin d’en recueillir la somme en-
üère après cet intervalle. La perception de ce produit étant
faite, le capital primitif qui s'était grossi successivement
par l’accumulation des intérêts ; se trouve rappelé à sa pre-
mière valeur de 4,081 f. 30 c.; ou autrement, ce capital
autour duquel s'était agglomérée une épargne progressive
d'intérêts pendant 10 ans, est dépouillé de tout accroisse-
ment, et redevient la base d’une nouvelle accumulation.
Tel est matériellement l’état du bois non-aménagé : l’ex-
ploitation collective des 10 hectares donne tous les 10 ans
un produit en argent de 1,960 f. ; c’est-à-dire que chaque
10° année les 10 capitaux partiels donnent un produit de
196 f. pour chacun, et de 1,960 pour l’ensemble de la créance.
Ces 10 capitaux arrivent simultanément à leur échéance ,
chacun avec une accumulation de 196 f. Voilà l'état de non-
aménagement soit du bois, soit de la créance qui est l'i-
mage de cette propriété.
Bois passant à l'état d'aménagement. — Nous venons
de voir dans quelles conditions se trouve soit un bois non-
aménagé, soit une créance non-aménagée. Actuellement
nous nous adresserons cette demande : Quelle modification
devons-nous imposer au bois de 10 hectares ou à la créance
qui le représente, pour donner à ce bois ou à cette créance
la forme constitutive de l'état d'aménagement ? Nous n’avons
autre chose à faire qu’à rendre successives d'année en année;
des échéances qui, jusqu'alors, ont été simultanées. Voilà le
but, voyons comment nous parviendrons à l’atteindre.
Nous éprouverions probablement une grande difficulté à
rendre compréhensibles les idées qui nous restent à déve-
420 DE L'AMÉNAGEMENT
lopper Sur ce sujet théorique, si nous n'avions recours au
langage des chiffres. Nous l’emploierons dans deux tableaux
séparés ; celui qui va suivre immédiatement , représentera
l’état du bois non-aménagé , ou l’état d'une créance com-
posée de 10 capitaux de valeur égale, dont les intérêts par-
tent de la même date, s'accumulent d’après le même taux ,
et sont recueillis au bout du même laps de temps.
TABLEAU
Figurant la marche de l'accumulation des intérêts de 10 capitaux
parallèles, ou à échéances simultanées dans une période décennale.
RENTES À RECEVOIR A L’EXPIRA -
TION DE LA PÉRIODE DÉCENNALE ; k
OU RÉSULTATS DE L’ACCUMULA-
TION DES INTÉRÊTS A 4 pP. 0/4.
MUTATION EXPRESSION
DES NUMÉRIQUE
CAPITAUX. DES CAPITAUX.
408 f. 13c.
Ce tableau représente la constitution d’une créance divi-
sée en 10 capitaux de pareille valeur , dont les intérêts ac-
cumulés pendant 10 ans offriraient après celte période,
10 produits de 196 f. pour chaque capital partiel , et par
conséquent de 1,960 f. pour l'ensemble de la créance.
Le passage de cet état de non-aménagement ou de pério-
dicité des revenus , à l’état d'aménagement ou d'annualité
des revenus, s’accomplit comme nous allons l'expliquer ,
en nous aidant du tableau ci-après.
= TABLEAU
Figurant la marche de l'accumulation des intérêts de 10 capitaux successifs , ou à échéances annuelles
dans unc période décennale. E
Gt
4 NOTATION EXPRESSION INTÉRÊTS DÉJA ACCU- CUMUL DE CHAQUE RENTES NOMBRE D'ANNÉES INTÉRÊTS QUE PRODUIRAIT
Î MULÉS POUR CHAQUE CAPITAL AVEC L’iN- ENTRE L'ÉCHÉANCE LE PLACEMENT DE CHAQUE
DES DES CAPITAUX CAPITAL A L'ORIGINE TÉRÈT ACQUIS A PAYÉES AN- DE CHAQUE RENTE RENTE DEPUIS SON
j DE LA PÉRIODE L'ORIGINE DE LA A L'EXPIRATION ÉCHÉANCE JUSQU’AU
À CAPITAUX. PRIMITIFS. DÉCENNALE. PÉRIODE DÉCENNALE. NUELLEMENT. DE LA PÉRIODE. TERME DE LA PÉRIODE.
ad
ÉTŒl
= fr. c. fr. ( fr. (OA ns.
E a 408 15 472 TS 580 88 9
a b 408 13 150 4 558 54 8
= m 408 13 198 93 557 06 ri
d 408 15 108 98 516 41 6
e 408 13 88 42 496 55 5
f 408 13 69 32 4TT 45 4
g 408 13 50 96 459 09 3
h 408 15 53 50 A 45 2
4 i 408 13 16 33 424 46 1
k 108 13 00 00 408 13 0
Ÿ Totaux, 4,081 30 818 70 4,900 00
T, Il,
492 DE L'AMÉNAGEMENT
Imaginons que les 10 capitaux désignés à ce tableau par
les lettres «, b, ce, d, etc. , et dont la valeur numérique est
uniformément de 408 f. 13 c., sont déposés dans les mains
d'un banquier qui en sert les intérêts à raison de 4 p. 0 / -
ce banquier a soldé jusqu'à présent ces intérêts de 10 ans
en 10 ans. C'est-à-dire qu’au lieu de payer chaque année un
intérêt de 16 f. 32 c. pour chaque capital partiel, ou
un intérêt de 163 f. 25 c. pour la créance intégrale , il a
toujours payé à la fin de chaque période decennale, 1,960 F.,
pour l'accumulation totale des 10 annuïtés avec les intérêts
composés. Mais le porteur du titre veut modifier cet état de
choses , il demande au banquier de lui servir désormais une
rente de 196 f. à la fin de chaque année. Le banquier accède
à ce vœu sous la condition d’une juste indemnité. Il résulte
de cetarrangement, que la rente du capital « sera payée 9 ans
avant son échéance, que la rente du capital b sera payée
8 ans avant son échéance, que la rente du capital c sera
payée 7 ans avant son échéance, et ainsi des autres rentes
jusqu'à la dernière qui, par exception , ne sera payée qu'à la
10° année, conformément au titre primordial.
Cette novation dans la forme de la créance entraine pour
le banquier des pertes d'intérêts , savoir :
Pour le capital a, la perte de 9 années d'intérêts
d’une somme de 196f.
Pour le capital 8, la perte de 8 années d'intérêts
d'une somme de 196
Pour le capital €, la perte de 7 mois d'intérêts d’une
somme de 196
Pour le capital d, la perte de 6 années d'intérêts
d’une somme de 196
Et ainsi de suite pour les autres capitaux moins le der-
nier, à l'égard duquel le banquier ne fait aucune avance,
et ne supporte conséquemment aucune perte.
DES FORÈTS. 423
Or, l’intérêt de 196 f. pendant 9 ans s'élève
à la somme de 82 f. 97c.
L'intérêt de 196 f. pendant 8 ans s'élève à la
somme de 12 24
L'intérêt de 196 f. pendant 7 ans s'élève à la
somme de 61 92
L'intérêt de 196 f. pendant 6 ans s'élève à la
somme de 52 00
Et de même pour les autres rentes, dont les intérêts vont
en diminuant jusqu'à la dernière , celle qui ne donne lieu
à aucune perte. En résultat, il sera dû au banquier une
somme de 393 f. 18 c., formant le total de la dernivre co-
lonne du tableau précédent. A l'instant donc où intervient
le nouveau pacte, le détenteur de la créance doit assurer
au banquier, la rentrée d’une valeur de 393 f. 18 c., dans
le cours de la période décennale. Un moyen simple se pré:
sente pour lui ménager cette indemnité ; c’est d’annexer à
chaque capital partiel, une somme d'intérêts épargnés pré:
cisément égale à l'accumulation dont le banquier est privé
par l’anticipation de ses paiements. Le capital & par exem-
ple, lui aurait fourni pendant 9 ans une accumulation
de 172 f. 75 c. On ajoutera donc au capital &, une valeur
additionnelle de 172 35%e,
Au capital b, une valeur additionnelle de 150 41
Au capital ce , une valeur additionnelle de 128 95
Au capital d, une valeur additionnelle de 108 28
Des additions proportionnelles seront faites aux capitaux
-subséquents, moins le dernier qui reste constamment dans
les mêmes conditions. On voit au tableau, que le total de ces
valeurs additives est de 818 f. 70 c., somme qui étant réunie
au capital primitif, porte à 4,900 f. la créance intégrale.
Lors de la transformation de la créance, la caisse du
banquier recoit donc un dépôtcomplémentaire de 818f.70 c,s
424 DE L'AMÉNAGEMENT
dont les intérêts sont destinés à cette caisse ; par compen-
sation des pertes qu’elle subit ; l'accumulation de ces inté-
rêts, durant le cours de la période décennale, s'élève exacte-
ment à 393 f. 18 c., comme on peut le vérifier au moyen
de calculs logarithmiques, ou à l’aide de tables auxiliaires *.
Ainsi, à l'instant où finit la période de 10 ans, le posses-
seur de la créance se trouve parfaitement quitte envers le
banquier qui, dès lors, peut continuer le même service de
rentes annuelles ; les intérêts de ses avances devant lui être
remboursés de nouveau au bout de la seconde période , et de
toutes celles qui suivront , par les intérêts du capital additif ,
devenu désormais une portion intégrante de la créance.
Maintenant nous comparerons entr'elles la créance pos-
térieure à la transformation et Ja créance primitive ; mais,
pour la clarté et la commodité du langage, nous prendrons
ici le rôle de détenteur du titre.
Avant la modification apportée à ce titre, Je recevais à la
fin de chaque 10° année la somme de 10 rentes de 196 f.
l'une, c'est-à-dire 1,960 en un seul paiement ; mais j'étais
pendant 10 ans privé de tout revenu. Depuis la transforma-
lion, je recois Lous les ans une somme de 196 f., dont les in-
iérèts deviennent pour moi un nouvel élément d'accumula-
tion. La première rente me donne 9 années d'intérêts, la
deuxième 8 années, le troisième 7 années, la quatrième
6 années, etc. Je me trouve donc, à la fin de la période, plus
riche d’une accumulation d'intérêt justement égale à celle
dont le banquier se trouve à découvert vis-à-vis de moi , et
dont il est remboursé complètement par les intérêts additifs
du capital.
Mais, dira-t-on, vous consommez ces rentes à mesure que
vous les touchez , elles ne sont donc pas productives d'intérêt
: Ces tables ont été dressées par l’auteur de ce Mémoire.
DES FORÈTS, 495
comme vous le supposez ? Cette objection serait dénuée de
fondement. Ces rentes ne devaient pas être percues avant
la fin de la période décennale ; il est clair, dès lors , que si
le banquier ne m'en eût pas fait l’avance , je n'aurais pü les
consommer qu'en les empruntant ailleurs : admettant cette
dernière hypothèse , je me serais trouvé débiteur au bout de
10 années, non seulement de 10 rentes de 196 f. l’une,
mais encore des intérêts de 9 années pour la première rente ,
de 8 années pour la seconde , de 7 années pour la troisième ,
etc. , c’est-à-dire que je me serais trouvé grevé d’une somme
d'intérêts de 393 f. 18 c., en excédant du produit de mon
capital. Le revenu, ou le produit de ma créance est donc
très certainement accrü d'une somme de 393 f. 18 c. par
chaque période décennale, puisque je profite effectivement
de cette valeur, en outre du produit qui m'était assuré par
une créance primitive.
Pour donner un autre tour à cette démonstration, nous
dirons qu'on ne peut comparer exactement entr'elles les
deux créances, qu’en les placant dans des conditions sem-
blables. Or, la première créance ne me donnait aucun pro-
duit avant l'expiration de la période de 10 ans. Pour con-
server l’analogie , il faut donc supposer que relativement à
la seconde créance , j'ajourne à la 10° ou dernière année la
jouissance ; en d’autres termes , la consommation des 10 ren-
tes que je recois d'année à autre ; ce qui signifie que Je place
à intérêts ces 10 rentes à mesure de leur perception; en
sorte que la première de ces rentes se bonifie de 9 années
d'intérêts, c’est-à-dire de 82 f. 970:
La 2° de 8 années d'intérêts , c’est-à-dire de 1201t-494
La 3° de 7 années d'intérêts , c’est-à-dire de 61 92
La 4° de G années d'intérêts , c’est-à-dire de 52)14:00
Et ainsi des autres.
En un mot, ces rentes sont pour moi la source d’une ac-
426 DE L'AMÉNAGEMENT
cumulation nouvelle de 393 f. 18 c. ; en sorte qu'à l'avenir
le produit de ma créance, pour chaque période décennale, se
composera d’abord de 1,960 f. pour les 10 rentes recues
successivement , puis d’une somme d'intérêts de 393 f. 18 c.;
en tout 2,353 f. 18 c., au lieu de 1,960 f. que ma créance
me rapporlait antérieurement.
Cette créance est donc devenue plus productive depuis sa
transformation. À partir de ce moment, elle me donnera, par
chaque période de 10 ans , une production de 393 f. 18 c.
au delà de celle qu’elle m'offrait auparavant. Ce surcroît de
revenu est précisément égal à la valeur résultant au profit
du banquier, de l'accumulation des intérêts du capital ad-
ditif: en sorte que la réunion de ce dernier capital à la créance
originaire, augmente en définitive mon revenu, d'un intérêt
égal à celui que ce capital est destiné à solder au banquier.
Il ne sera pas hors de propos , de rappeler ici que
les valeurs annexées ou sur-ajoutées à chacun des 10 capi-
taux partiels, sont supposés des intérêts ou des produits épar-
gnés. Le capital additif n’est donc autre chose qu’une accu-
mulation d'intérêts. Or, la conversion d’une somme d’inté-
rêts en un capital, d’une valeur consommable en une valeur
productive , est un accroissement de richesses. Donc la mo-
dification imposée à ma créance a augmenté ma fortune ,
d’une valeur égale à celle du capital additif, et mon revenu,
d'une accumulation de 393 f. 18 c. par chaque période
décennale.
Si l’on admet actuellement l'inverse de l'hypothèse pré-
cédente , c’est-à-dire , si l’on suppose la soustraction du capi-
tal sur-ajouté, la créance revenue à son état primitif n’offrira
plus qu'une valeur capitale de 4,081 f. 30 c. au lieu
de 4,900 f., et un produit périodique de 1,960 f. au lieu
de 2,353 f. 18 c. Ma fortune ne souflrira aucune atteinte
de cette soustraction, si la valeur retranchée est conservée
LES FORÈTS. 427
dans sa forme de capital , mais si elle est considérée comme
un revenu, et comprise à ce titre dans mon fonds de con-
sommation, ma richesse se trouvera amoindrie de toute la
valeur du capital additif.
Transportons maintenant dans un autre ordre de valeurs
les apercus divers que nous venons de présenter. Supposons
que je sois le possesseur des deux bois dont il a été parlé
page 418; ces deux bois qui ne diffèrent entr'eux que par cette
seule circonstance , que l’un s’exploite intégralement au bout
d’une période de 10 ans, et l’autre fractionnairement dans
le cours de la même période.
Le premier de ces bois fournit tous les 10 ans une exploi-
tation de 10 hectares, dont le produit est de 196 f. par hec-
tare , ou de 1,960 f. en totalité : ce bois peut donc être pris
pour le parfait équivalent de ma créance primitive, qui me
rendait, ainsi que ce bois, un produit de 1,960 f. à chaque
19° année. Le fonds du bois vaut done 408 f, 13 c. par
hectare, et 4.081 f. 30 c. en totalité.
Le second de ces bois est aménagé en 10 coupes d’un hec-
tare chacune, lesquelles m'offrent successivement ; dans le
cours de 10 ans, 10 produits de 196 l’un, et en somme
de 1,960 f. Ce bois est l'équivalent de ma créance transfor-
mée. Le sol de ce dernier bois présente une valeur de 408 f.
13 ce. par hectare , ou de 4,081 f. 30 c. en masse; c'est-à-
dire ; la même valeur que le sol de l’autre bois. On ne voit
jusques là qu'une identité complète entre les deux im-
meubles.
Mais lorsqu’au bout de 10 ans, le bois aménagé a fourni
une production de 1,960 f., absolument égale à celle de
l'autre bois, on retrouve sur le premier une autre produc-
tion qui n’apparaît point dans le bois non-aménagé : elle con-
siste dans des recrus d’âges décroissants depuis 9 ans jusquà
S
zéro, Une coupe est couverte d'un recru de 9 ans, une autre
428 DE L'AMÉNAGEMENT
d’un recru de 8 ans, une troisième d'un recru de 7 ans, et
ainsi des autres, en descendant jusqu'à zéro (âge de la coupe
exploitée). Ces produits excédants ne sont autre chose que
les intérêts ajoutés à chaque fragment de la créance, lors de
ses transformations. La somme de ces produits représente le
capital additif dont les intérêts sont dévolus au banquier.
Ce capital, dans la supposition précédente, se composait
d'intérêts monétaires ou de valeurs fictives. Dans l’hypo-
thèse actuelle, il se compose de produits forestiers ou de
valeurs matérielles. Le dépositaire de ce capital était d’abord
un banquier ; actuellement c’est la forêt.
De même que le banquier, cette forêt me fait l'avance
d’une rente annuelle de 196 f. Elle se met ainsi à découvert
d'intérêts, dont elle est remboursée par les intérêts du capi-
tal additif, c’est-à-dire par les développements successifs de
ces produits qui se trouvent implantés sur le sol, à l'expira-
ration de chaque période décennale. Ces produits sont autant
d’intérèts épargnés , formant , pour la forêt comme pour son
possesseur , un nouveau capital productif.
Mais le bois non-aménagé dont le tableau de la page 420
nous retrace l'image exacte , n’offre qu'un seul capital , celui
que le calcul exprime par le chiffre 4,081 f. 30 c. Les pro-
duits de ce capital constituent un revenu périodique que
l'on voit naître, se developper progressivement , et que l’on
recueille au bout de 10 ans, terme de lexploitabilité.
Chaque 10% année vient donc distraire du capital les intérêts
agglomérés : en d’autres termes, vient dépouiller le sol de
la totalité de ses produits ; d’où il suit , que dans ce bois on
ne trouve jamais qu'un capital qui est le sol, et un revenu
qui se réalise tous les 10 ans par une exploitation intégrale.
Dans le bois aménagé, on trouve également un capital qui
est le sol, un revenu qui se réalise par 10° dans le cours
de la période décennale ; mais par delà ce revenu, à la fin de
DES FORÈTS. 429
chaque révolution , on découvre encore une production indé-
pendante de celle qui a formé le revenu. IL existe dans ce
bois une coupe âgée de 9 ans, une seconde de 8 ans, une
troisième de 7 ans , une quatrième de 6 ans, et ainsi de
suite jusqu'à la dernière.Ces produits, dont l’âge moyen est de
5 ans à peu près, se présentent sous la même forme, à l'ori-
gine comme à la fin de chaque période, et à tous les termes
intermédiaires de la révolution décennale; c'est un capital
permanent, invariable dans sa consistance et dans sa valeur.
La propriété forestière , constituée dans l’état d’aménage-
ment, existe donc sous une forme complexe : elle offre la
réunion ou la juxtà-position de deux capitaux matériels , qui ,
quoique parfaitement séparables par la pensée, n’en ont pas
moins une existence commune, et n'en concourent pas
moins en commun à l'œuvre de la production : l’un est le
capitaf foncier , c’est-à-dire la créance primitive, l’autre est
le capital superficiel, c’est-à-dire la créance additive : le
dépositaire des deux créances ou des deux capitaux fictifs
était un banquier , le dépositaire des deux capitaux matériels,
c’est la forêt elle-même. Nous désignerons ce capital additif
matériel , dont les produits appartiennent exclusivement
à la forêt, par l'expression richesse propre des forêts ; et sous
cette dénomination, nous en ferons le sujet d'une étude
spéciale dans le paragraphe qui va suivre.
SECTION TROISIÈME.
DE LA RICHESSE PROPRE DES FORTS.
Les deux capitaux constituants de la propriété forestière
aménagée apparaissent d’abord très distincts l’un de l’autre,
puis se montrent sous des caractères essentiellement difié-
rents : tous deux sont des capitaux immobiliers, ou pour
U
430 DE L'AMÉNAGEMENT
employer le mot propre des immeubles : l'un de ces im-
meubles résiste à la décomposition ou à la destruction , c’est
le sol que nous appellerons l'immeuble non-fongible ; autre
est susceptible de consommation ou de transformation , nous
l’appellerons l'immeuble fongible : c’est ce capital additionnel
dont la forêt se trouve enrichie par l’aménagement; c’est
cette valeur qui s'élève à 818 f. 70 c. dans le tableau de la
page 421, figuratif de la créance transformée ou du bois
aménagé.
Nous avons vu que la réunion de cette valeur à la créance pri-
mitive augmente le revenu de cette créance d’un chiffre égal
au revenu que fournit particulièrement ce capital sur-ajouté.
Ainsi, en appliquant ce résultat au bois non-aménagé , au
lieu de la créance primitive, on reconnait qu'il a sufli d’é-
chelonner année par année l'exploitation de ce bois, pour su-
perposer à l'immeuble foncier un immeuble superficiel
d’une valeur de 818 f. 70 c., et productif d’un revenu pé-
riodique de 393 f. 18 c. au bout de chaque 10° année.
L'aménagement des forêts , ainsi que nous l'avons dit dès
notre début, a donc des effets d'une portée tout autre que
celle qu'on suppose communément. Cette transformation
n’a pas seulement pour résultat d’égaliser des produits , de
les coordonner en une succession annuelle, et d'assurer leur
régénération indéfinie ; mais elle crée encore des capitaux
matériels, de véritables immeubles. En effet, un produit
qui demeure invariablement attaché au sol, sans accroisse-
ment comme sans diminution, participe de la nature de
l'immeuble ; c’est un capital matériel pourvu de tous les
attributs de l'immeuble ; en un mot, c’est un immeuble.
Le capital forestier est donc d’une nature mixte; c'est une
aggrégation de deux éléments hétérogènes , tous deux inva-
riables dans un aménagement donné : voilà leur similitude ,
DES FORÈTS. 431
mais l’un fongible et l’autre non fongible , voila leur dis-
semblance.
Cette action créatrice qu'exerce l'aménagement sur la ri-
chesse forestière a été déjà signalée dans notre Manuel de
l’estimuteur, des forêts. En annoncant alors l'existence d’un
double immeuble dans la propriété boisée, nous avons émis
sous l'apparence d'un paradoxe, une proposition d’une in-
contesta ble vérité : nous ajoutérons même que quelque bizarre
que paraisse cette pensée , elle n’en est pas moins, si nous ne
ne nous abusons pas, l’une des bases essentielles, l’un des
principes générateurs de la science forestière : sans cette
notion, en effet, d’un immeuble composé, il nous semble
très difficile de saisir le jeu assez compliqué de cette ma-
chine qu'on appèle l'aménagement d'une forêt.
L'importance que nous attachons à cette idée d’une ri-
chesse propre aux forêts, importance que nous espérons jus-
üfier plus tard, nous commande de nous arrêter pendant
quelques instants sur cette notion, afin de la développer assez
pour la rendre facilement intelligible : nous verrons bientôt
que loin d’être une abstraction chimérique ou oiseuse , cet
apercu exprime au contraire une réalité, un fait, dont la
portée en économie forestière est telle que nous n'avons pas
craint d'en parler de la manière suivante, dans un écrit
précédent.
« L'aménagement exerce unc influence tellement marquée
sur la production des bois, que plus une forêt est riche de
produits, moins grande est la part du sol dans la création
de ces produits : la valeur du fonds d'une forêt décroit pro-
gressivement à mesure qu'augmente sa richesse et sa puis-
sance productrice ; en sorte qu'il serait permis de dire, que
le sol est la partie la moins importante de la propriété fores-
tière ; pensée qui semble absurde et qui exprime pourtant
une vérité. »
432 DE L'AMÉNAGEMENT
Nous complèterons notre démonstration de l'existence
d'un double immeuble , dans les foréts aménagées , en re-
présentant au tableau suivant la constitution d’un bois qui
serait divisé en 10 coupes annuelles : constitution dont nous
avons fait voir la similitude avec celle d’une créance com-
posée de 10 capitaux productifs de rentes annuelles.
TABLEAU
Présentant la constitution normale d'un bois de 10 hectares, ameé-
nagé en 10 coupes annuelles d'une valeur uniforme de 196 f.
AGES VALEUR VALEUR VALEUR VALEUR NUMÉROS
ACTUELS DU DU CUMULÉE DES FEUILLES
DES RECRUS FONDS RECRU DU FONDS ET OU DES AC-
NH PROGRES- D'UN D'UN DU RECRU DE CROISSEMENTS S
SIFS. HECTARE. HECTARE. CHAQUE COUPE. ANNUELS. FEUILLES.
D'ORDRE B
DES
fr. : fr. £ tr
408 172 580
408 150 558
408 537
408 516
408
408 © TT
408
408
408
408
9
8
T
6
5
4
3
2
1
0
4,081
Pour faire apprécier exactement les effets de la transfor-
mation opérée par l'aménagement, nous comparerons le
bois représenté au tableau précédent , avec un bois semblable
qui serait resté dans l'état de non-aménagment.
Nous ferons , d’abord , remarquer que les éléments de ce
tableau sont entièrement puisés dans celui de la page 421 ,
par lequel nous avons représenté la transformation de la
DES FORÊTS. 433
créance. Au premier coup-d'æil ; on reconnait que les 2° ,
3° et 4° colonnes sont absolument les mêmes dans les deux
tableaux. Il ne nous reste qu'à montrer que les colonnes qui
suivent ne sont que la conséquence des précédentes ; pour
achever d'établir l'identité des deux tableaux.
La 1" de ces colonnes indique les âges actuels des recrus,
ou bien le nombre d'années pendant lesquelles s'est formé le
capital sur-ajouté, à chaque fragment de la créance primitive.
La 5° colonne , intitulée valeur des feuilles , exprime la
différence d’un accroissement annuel à l'accroissement sui-
vant ; par exemple , on sait que le recru de 10 ans vaut
196 f. : d'un autre côté , le calcul a donné 172f. 75 c.
pour celui de 9 ans ; la différence 23 f. 25 c. exprime la
valeur du 10° accroissement ou de la 10° feuille.
Le recru de 9 ans valant 172 f. 75 c., et celui de 8 ans
150 f. 41 c. , la différence 22 f. 34 c. exprime la valeur de
la 9° feuille , ainsi des autres accroissements ou feuilles.
La 6° et dernière colonne indique le n° d'ordre des feuilles
ou des degrés d’accroissement du bois.
Reprenons maintenant le parallèle que nous voulons
établir :
Le bois aménagé fournira , dans le cours de 10 ans, 10
coupes d'un hectare valant chacune 196 f, ; ce qui fera
1,960 f. pour la révolution.
Le pareil bois exploitable par masse donnera , au bout de
la période de 10 ans, un produit de 196 f. par hectare ; ce
qui fera , en tout , 1,960 f., comme dans l'hypothèse pré-
cédente.
Dans l’un et l’autre bois , ces mêmes produits se renouvel-
leront perpétuellement ; cela est évident.
Jusque-là on apercoit la plus exacte parité entre nos deux
bois. Le premier ainsi que le second donne ; en somme, un
produit de 1,960 f. par chaque révolution de 10 ans, et si
434 DE L'AMÉNAGEMENT
les produits pécuniaires sont égaux , les produits matériels ne
le sont pas moins.
En effet, le produit en matière de 10 hectares exploités
par coupes successives, à l’âge de 10 ans , n’est certes ni plus
ni moins considérable que le produit de 10 hectares coupés
collectivement à l'age de 10 ans , lorsque tout d'ailleurs est
supposé pareil, qualité du sol ; essences du bois , situation
et valeur.
Mais c'est ici que tout-à-coup notre attention est frappée
d'une disparate bien saillante entre les deux propriétés que
nous comparons.
Après l’accomplissement d’une révolution de 10 ans,
lorsque les deux bois ayant fourni dans des temps égaux des
produits égaux , et que les coupes vont recommencer leur
rotation ordinaire , quel est l'état respectif des deux propriétés ?
Le bois aménagé offre une surface encore couverte de re-
crus âgés de 1,2, 3, 4, jusqu’à 9 ans (l’âge de la dernière
coupe exploitée étant 0) ; ce qui revient à une superficie uni-
formément âgée de 5 ans environ. A la même époque , le
bois exploitable par masse n'offre plus qu'un sol destitué de
tout produit, une surface que l'exploitation a mise entière-
ment à nu.
La supériorité de valeur du bois aménagé sur celui qui n’a
pas subi cette transformation , se montre ici dans tout son
jour ; tandis qu'à la dernière année de chaque révolution dont
les produits ont été égaux de part et d’autre , ce dernier bois
ne présente plus qu'un sol dénué qui attend une nouvelle
reproduction ; l’autre bois est encore riche d'une superficie
équivalente à très peu près à celle que présenterait le bois
non-aménagé , 5 ans après son exploitation.
Cet excédant de production, cette sorte de réserve se per-
pétue indéfiniment de révolution en révolution ; et c'est en
se renouvelant que cette épargne se maintient toujours au
DES FORÉTS. 435
même degré. Car toutes les coupes passent successivement
sous le niveau de l'exploitation qui emporte ainsi dans la ré-
volution actuelle le fonds de réserve accumulé dans la révo-
lution précédente ; les produits sont remplacés aussitôt qu’en-
levés : tâchons de nous rendre compte de ce phénomène.
Immédiatement après l'exploitation de la coupe parvenue
en maturité, une feuille , un premier accroissement recou-
vre déjà le sol que l’on vient de dépouiller ; à la même
époque , une feuille se superpose à toutes les autres coupes de
l'aménagement. Au moment donc où j'exploite un hectare
âgé de 10 ans, c’est-à-dire, au moment où je recueille une
accumulation de 10 feuilles progressives , depuis celle de
Î an jusqu'à celle de 10 ans , chacune des 10 coupes de l’a-
ménagement acquiert une nouvelle feuille. La première
coupe une feuille de 1 an, la suivante une feuille de 2 ans,
enfin la dernière coupe une feuille de 10 ans. Or, ces 10
feuilles isolées de 1, 2,3 , 4 ans , etc. , sont précisément
l'équivalent des 10 feuilles agglomérées sur l’hectare qui
vient d’être dépouillé.
Nous savons comment on organise le mécanisme de la-
ménagement ; voyons actuellement de quelle manière doit
fonctionner ce mécanisme , à partir de la période de trans-
formation.
Dans le bois que nous avons supposé aménagé en 10 frac-
tions égales , une seule de ces fractions est exploitée annuel-
lement , 9 autres restent intactes : ces dernières fractions
sont celles qui se trouvent pourvues de recrus âgés de 1, 2,
3, 4, jusqu'à 9 ans, et qui en masse reviennent à une super-
ficie uniformément âgée de 5 ans à peu près.
Si le même bois eut été divisé en 20 coupes , une seule
de ces coupes serait livrée chaque année à l'exploitation ; 29
resteraient intactes , l'âge moyen de celles-ci serait de 10 ans.
Aménagé en 60 coupes, ce même bois ne livrerait à l’ex-
436 DE L'AMÉNAGEMENT
ploitation annuelle qu'une seule de ces 60 fractions ; les 59
autres resteraient intactes ; leur âge moyen serait de 30 ans.
Aménagé en 120 coupes , ce bois en livrant chaque année
une coupe à l'exploitation , offrirait sur 119 coupes une su-
perficie moyennement âgée de 60 ans.
Enfin aménagé en 240 coupes, ce bois présenterait con-
stamment une fraction exploitable , et 239 fractions non ex-
ploitables , dont l’âge moyen serait de 120 ans.
Ainsi, quelle que soit la disposition d’un aménagement ,
c'est-à-dire , quel que soit le nombre de fractions composant
la rotation des coupes , toutes ces fractions , une seule excep-
tée , présentent à tous les instants de la durée d’un aménage-
ment, une masse de produits superficiels , toujours semblable
à elle-même, et qui ne peut éprouver aucune altération , à
moins que l'aménagement ne soit soumis à l’action d'une
cause perturbatrice.
Dans le bois non-aménagé , on ne découvre rien d’ana-
logue; on voit une superficie qui naît , se développe graduel-
lement, jusqu’à ce qu’elle soit parvenue à l’état de maturité.
Recueillie alors, cette production fait place à une nouvelle
production qui parcourt les mêmes phases ; mais aucune
partie de cette production ne présente de fixité. IL n'existe
jamais dans le bois non-aménagé, qu’une superficie de la na-
ture des fruits et non de celles des immeubles. Une superficie
qui est un produit et non un agent productif, un revenu enfin
et non un capital. C’est ainsi que toute la superficie d’un bois
non-aménagé est un revenu sans exception d'aucune parcelle,
et qu’au contraire toute la superficie d’un bois aménagé ,
moins une seule fraclion , est un capital matériel, un im-
meuble.
IL est donc bien établi que, dans tout aménagement consti-
tué en une périodicité quelconque , il existe une superficie
permanente ; laquelle forme un immeuble complémentaire,
DES FORÈTS. 437
on pourrait dire un second bois annexé au premier. Nous al-
lons voir actuellement que cet immeuble grandit en raison
du nombre des fractions de l'aménagement ou des années
dont se compose le cercle de l’exploitation.
Retournons aux cinq aménagements de 10 , 20, 60 , 120
et 240 ans, dont tout-à-l'heure nous avons supposé l’applica-
tion successive au même fonds de bois; et, pour donner à
notre rapprochement plus de relief , nous supposerons que
ces cinq aménagements existent en même temps sur cinq
fonds de bois de même étendue et qualité.
Dans le bois aménagé à 10 ans, la superficie immobilisée
occupe les 9/10° de l'étendue intégrale du bois. — Dans le
bois aménagé à 20 ans , les 19/20°. — Dans le bois amé-
nagé à 60 ans , les 59/60°. — Dans le bois aménagé à 120
ans , les 119/120°, et enfin dans le bois aménagé à 240
ans, les 239/240€.
Ces fractions , étant réduites à un dénominateur commun,
2 ?
présenteront la série suivante :
216 298 236 238 239
240 240 240 240 240
Ainsi , l’espace embrassé par la superficie immobilisée
croit en raison de l'extension de la période d’exploitabilité ;
et inversement, l'étendue de la fraction exploitable diminue,
à mesure que le cercle de l’exploitabilité s'agrandit. Soit ,
par exemple , un bois de 240 hectares que l’on suppose sou-
mis iour-à-tour aux cinq divisions précédentes :
Aménagement à 10 ans. — La réserve immobilisée occu-
pera une étendue de 216 hect., et la coupe exploitable une
étendue de 24 hect.
Aménagement & 20 ans. — La réserve immobilisée oc-
cupera une étendue de 228 hect., et la coupe exploitable
une étendue de 12 hect. |
Aménagement à 69 ans. — La réserve immobilisée OC-
EN 29
438 DE L'AMÉNAGEMENT
cupera une étendue de 236 hect., et la coupe exploitable
une étendue de 4 hect.
Aménagement à 120 ans. — La réserve immobilisée
occupera une élendue de 238 hect., et la coupe exploitable
une étendue de 2 hect.
Aménagement à 240 ans. — La réserve immobilisée oc-
cupera une étendue de 239 hect., et la coupe exploitable
une étendue de 1 hectare.
La surface occupée par la réserve immobilisée est, comme
on le voit, déjà très considérable dans les aménagements
à courtes périodes; en sorte que l'accroissement de cette sur-
face est peu sensible d’une période à l'autre, mais, en retour,
une rapide progression se montre dans l’accroissement des
âges moyens.
Dans l'aménagement à 10 ans, l’âge moyen est de 5 ans.
20 ans, 10 ans.
60 ans, 30 ans.
120 ans, 60 ans.
240 ans, 120 ans.
Abstraction faite des surfaces , la réserve immobilisée
croit donc en valeur matérielle , suivant l'échelle de produc-
tion des recrus de 5 ans, de 10 ans, de 30 ans, etc. ; pro-
gression extrèmement rapide, dont, au surplus, les termes
sont donnés dans les tables de M. Cotta. Nous savons que
cette réserve est la représentation du capital additif, dont le
double effet est d'assurer l’annualité des rentes de notre
créance , et d’en accroître Le chiffre de tout l'intérêt parti-
culier à ce capital , intérêt qui relativement au bois, se tra-
duit par une production naturelle : il est donc bien démon-
tré que l'aménagement augmente la production matérielle
des forêts, et toutefois, cette proposition est assez importante
d'une part, et de l’autre assez peu d'accord avec les idées
recues, pour que nous devions nous efforcer d'en porter la
DES FORÈTS: 439
démonstration au dernier degré de certitude. Voici une autre
manière de faire concevoir ce fait : nous l'empruntons à
un ordre de considérations purement forestières qui nous
semblent faciles à saisir.
Dans la marche que suit la végétation des bois, les progrès
sont faibles d’abord , relativement à ce qu'ils deviennent plus
tard : en sorte que si l’on compare deux bois semblables sous
tous les rapports, et si l’on admet que la révolution de l’un
soit fixée à 10 ans, et la révolution de l’autre à 20 ans, il
sera évident que celui-ci parcourant dans le délai de 20 ans
l'échelle ascendante de la végétation, fournira un produit
matériel à la composition duquel auront contribué les années
les plus favorables à la production ; tandis que le second,
coupé deux fois pendant ce temps, se trouvera rejeté aussi
deux fois dans l’âge du plus faible accroissement, et ne pour-
ra rendre par conséquent que des produits moindres *.
Ainsi, l’accroissement des bois dans la 2° période dé-
cennale, c’est-à-dire dans celle de 10 à 20 ans, est plus
considérable que dans la période de 1 à 10 ans. Les deux
productions , bien qu’elles embrassent des espaces de temps.
égaux, doivent être inégales; par la raison toute simple;
que, dans une progression croissante , une série quelconque
de termes consécutifs doit présenter une somme plus consi-
dérable qu'une pareille série de termes, prise en avant de
la premitre.
Ces notions posées, nous ferons observer que, dans le bois
non-aménagé , après chaque exploitation intégrale , le sol se
trouve entièrement dépouillé, la recroissance du taillis s’o-
père nécessairement en partant du degré le plus bas de
l'échelle; ce bois acquiert d’abord une feurlle de 1 an, puis
1 Ce rapprochement est emprunté au Traité de la culture des Forêts, par
M. Parade,
440 DE L'AMÉNAGEMENT
une feuille de 2 ans, puis une feuille de 3 ans, et ainsi de suite
jusqu’au terme de la révolution ; c’est-à-dire que sur toute la
surface de ce bois , la végétation parcourt périodiquement
l'ensemble des deux phases décennales, que nous avons com-
parées entr’elles, et dont la première est évidemment plus
faible en production que la seconde.
Dans le bois aménagé, lorsque le fonds a fourni la der-
nière des 20 coupes qui composent la rotation périodique ,
ce fonds, loin de se trouver entièrement dépouillé , présente
alors une superficie âgée de 1 à 19 ans , revenant par consé-
quent à une superficie uniformément âgée de 10 ans à peu
près. Ainsi, à l'instant où finit une révolution, et où com-
mence la suivante, la surface entière de ce bois peut être
considérée comme couverte d’un recru âgé de 10 ans : lac-
croissement de la première année de cette nouvelle révolu-
tion, n'est donc pas une première feuille, mais une on-
zième; l'accroissement de la seconde année, n’est donc pas
une deuxième feuille , mais bien une douzième , et ainsi des
autres accroissements. Il est donc parfaitement clair que ce
dernier bois a gagné l’autre de vitesse. Son accroissement
s'opère par des degrés beaucoup plus marqués. En un mot,
il n'a point à parcourir la première de nos phases décen-
nales, mais uniquement la seconde.
Et pour le dernier trait du parallèle, supposons qu'on
s'abstienne pendant 20 ans de toute exploitation dans le bois
aménagé , aussi bien que dans celui où la coupe se fait par
masse à chaque 20° année. Après la révolution vicennale ,
le premier de ces bois offrira une suite de recrus âgés de 20
à 40 ans, où de 30 ans en moyenne; tandis que le second ne
présentera qu'un recru uniformément âgé de 20 ans. La
production du premier bois sera donc à la production du
second, comme un recru de 30 ans est à un recru de
20 ans , dans des sols de semblable fertilité.
DES FORÈTS. 441
Il est donc surabondamment prouvé que le simple frac-
tionnement d’un bois en coupes annuelles , a pour consé-
quence nécessaire d'accélérer la marche de la production
matérielle de ce bois. D'un autre côté, il est reconnu que
cet effet est la suite de la création du second immeuble ,
que nous désignons par l’un ou l’autre de ces synonymes :
capital superficiel, réserve immobilisée, et enfin richesse
propre des forêts.
Un bois aménagé est donc un composé de deux immeubles
différents par leur constitution physique , de deux capitaux
doués chacun d’un mode spécial d’existence, et qui, ainsi que
nous l’allons voir, se distinguent encore l’un de l’autre par la
mesure suivant laquelle s'accumulent leurs produits respectifs;
c’est-à-dire par le degré d'intérêt propre à chacun d’eux.
Le capital foncier est, de même que tous les capitaux de
cette catégorie, constitué sur le taux commun de l'intérêt
immobilier , taux que nous admettions ici à 4 p. 0/0 ; mais
comme tout capital productif a pour base le produit annuel
ou le revenu du fonds , et que dans les forêts ce revenu baisse
à mesure de l'élévation des périodes d’exploitabilité , il suit
de là, que ce capital est variable dans son énonciation
numérique. Aussi voyons-nous au tableau de la page 400,
que la valeur capitale du même hectare s'exprime par le
chiffre 500 f. si l'exploitabilité est réduite à 1 an , et seule-
ment par le chiffre 16 f. 55 c. si l'exploitabilité est portée
à 150 ans. Le capital foncier s’évalue sur le revenu, et le
revenu change avec l’exploitabilité ; mais quelle que soit la
valeur de ce capital, cette valeur est toujours constituée sur
le taux moyen ou courant des placements immobiliers.
Il n’en est point ainsi pour le capital superficiel : nous
savons que le degré d'intérêt de celui-ci est plus faible que le
taux immobilier, même dans les exploitabilités inférieures,
et à plus forte raison dans les exploitabilités prolongées ; non
442 DE L'AMÉNAGEMENT
pas cependant que l'accroissement des bois ne gagne en ac-
célération jusqu'à des âges reculés , mais parce que l'intérêt
de l'argent quelque modique qu'en soit le degré , se dévelop-
pant d’après une progression par quotient, acquiert une
vitesse, qui a bientôt dépassé sensiblement celle de l’ac-
croissement des produits forestiers, et qui , après une cer-
taie durée ; devient tellement considérable, que la dispro-
portion entre les deux suites croissantes, n’a plus aucune
mesure.
Ainsi l'immeuble intégral que présente un bois aménagé
se décompose en deux capitaux : l’un constitué au taux gé-
néral des capitaux fonciers, et l’autre à un taux moindre, et
d'autant moindre que l'aménagement s'élève davantage dans
l'échelle des exploitabilités.
Reportons les yeux sur le tableau de la page 421, par le-
quel nous avons figuré la transformation de notre créance
primitive ; nous y verrons que la créance transformée , con-
siste dans les valeurs suivantes :
19 Capital primitif, 4,081 f. 30 c.
29 Capital additif, 818 70
Capital intégral, 4,900 f.
Si le second de ces capitaux est comme le premier, consti-
tué au taux de #4 p. 0/0 , la créance intégrale donnant un
revenu de 106 f. offrira nécessairement la valeur nominale
de 4,900 f. qui lui est donnée au tableau.
Souvenons-nous que la fonction du capital additif est de
produire en faveur du banquier , une accumulation destinée
à le couvrir de la perte d’intéréts causée par le paiement an-
ticipé des revenus. Si ce capital donne un intérêt de 4 p.0/0, il
suflira d’une valeur de 818 f. 70 c. pour réaliser l’indem-
nité de 393 f. 18 c. qui sera due au bout de la période dé-
cennale, et cette valeur portcrait à 4,900 f. le chiffre de la
créance intégrale, Le rapport de ce dernier chiffre à celui
DES FORÈTS. 445
du revenu annuel sera de 4 p. 0 / 0; c’est-à-dire que la
créance intégrale sera constituée au même degré d'intérêt
que les deux capitaux composants.
Or, nous savons que ce capital additionnel est constitué
à un taux d'intérêt non seulement inférieur à 4, mais même
à 3 p. 0/0. Il sera donc nécessaire de verser dans la caisse
du banquier, une somme plus forte que le chiffre 818f. 70 c.,
et d'autant plus forte, que l'intérêt sera plus inférieur
à 4 p. 0/0 ; une somme telle enfin, qu’à un intérêt de 2 1/2
ou de 2 p. 0/ 0, elle puisse fournir dans le cours de 10 ans
une accumulation égale à 393 f. 18 c.
Supposons que ce capital soit productif d’un intérèt
de 2 1/2 p. 0/0, nous aurons à chercher quelle somme il
faut placer à ce taux, pour qu'au bout de 10 ans l’accu-
mulation des intérêts présente un résultat de 593 f. 18 c.
Le calcul nous montre que cette somme est 1,403 82 c.
Si l'intérêt n’était que de 2 p. 0/0 , le calcul nous donne-
rait une somme de 1,795 f. 40 c. pour le capital cherché.
Résumons ces deux hypothèses :
Suivant l’une , la créance représentative du bois aménagé,
ou le bois aménagé lui-même serait une aggrégation des
deux éléments ci-après :
1° Capital foncier , constitué au taux
de 4 p. 0/0, 4,081 £. 30 c.
2° Capital superficiel, constitué au
taux de 2 1/2, 1,403 . 82
Capital intégral, Di 12 c.
Suivant l’autre hypothèse, le bois serait composé des
deux éléments ci-après :
1° Capital foncier, constitué au taux
de 4 p. 0/0, 4,D81 5,530, c-
2° Capital superficiel, constitué au
taux de 2 p. 0/0, 1,295" "40
Capital intégral, 5620 Lei A0 Cr
444 DE L'AMÉNAGEMENT
Bien qu'il ne soit pas possible d’assigner le taux exact de
l'intérêt du capital superficiel, parce quele développement des.
produits forestiers n’a point, etne peut avoir la régularité qui
le rendrait résoluble en une loi mathématique ; il n’est pas
moins consiaié que ce taux est inférieur à 3 p. 0/ 0 , d’où il
suit que le capital superficiel doit présenter une valeur plus
élevée que le chiffre 818 f. 70 c., est plus ou moins rap-
proché des évaluations précédentes.
Ne perdons point de vue que le but de l’adjonction de ce
second capital à la créance primitive est de solder les inté-
rêts dûs pour le service annuel d’un revenu de 196 f. qui ne
devait être payé qu'an bout de 10 ans. Ainsi, quoique la
créance, par suite de la transformation, ait acquis une valeur
intégrale de 5,485 f. 12 c., ou même de 5,876 f. 70 c.,
cette créance ne donne toujours qu'un revenu annuel de 196f.:
L'aménagement a rendu cette créance plus productive en in-
térêts qu'elle n’était originairement » : mais le capital a été aug-
menté dans une proportion plus forte que le revenu. En effet,
le capital intégral excède 4,900 f. pour un revenu de 196 f.
Le rapport du revenu au capital est donc amoindri, atténué,
puisque ce capital devenu supérieur à 4,900 f., peut-être
même égal à 5,876 f. 70 c., ne rapporte néanmoins que
196 f. Le taux de la rente à donc éprouvé une dépression ,
il est descendu au-dessous de 4 p. 0 / 0. Et chose remarquable,
dans cette combinaison de la propriété, le revenu accusera
un capital de 4,909 f., c’est-à-dire que d’après ce revenu on
appréciera à 4,900 f. la valeur capitale de Ja forêt, grandis
1 Si au lieu d’une période décennale, on en suppose une de 20, 25, 50 ans, etc.,
je capital additif croitra progressivement , lors-même que la rente annuelle resterait
stationnaire. En effet, la somme d'intérêts à solder au banquier est , toutes choses
égales d’ailleurs, d'autant plus considérable , que ses avances sont plus prolongées.
Ainsi, l’extension donnée à Ja période d’exploitabilité, ou au nombre des coupes,
suffit pour accroitre la richesse propre de la forèt, alors même que le revenu n’éprou-
verait aucun accroissement , peut-être même alors qu'il serait diminué.
2 Voir page 513.
DES FORÊTS. 445
que cette valeur sera réellement supérieure à ce chiffre,
peut-être même approximativement de 5,876 f. 70 c. Cette
singulière anomalie nous amène à faire dans la propriété
forestière aménagée , une nouvelle distinction entre le capi-
tal nominal et le capital réel : distinction dont nous ne tar-
derons pas à saisir plus clairement le sens, et apprécier l'u-
tilité théorique.
Pour ne résumer que les autres aperçus établis au présent
chapitre , nous dirons que l'aménagement des forêts produit
deux effets bien caractérisés.
Le premier est d'augmenter le capital forestier, et par
conséquent la production matérielle d’un bois, alors même
que rien n’est changé dans la période d’exploitabilité.
Le second est d'opérer une réduction, une baisse dans le
taux de la rente, c’est-à-dire dans le rapport du revenu an-
nuel au capital engagé.
Nous retrouvons donc dans les bois aménagés , cette même
contradiction, cette même incompalibilité que nous avons
remarquée dans les bois non-aménagés , entre les deux sor-
tes de production que l'on demande aux forêts ; la production
en matière et la production en argent.
Les développements du présent chapitre établissent de la
manière la plus positive , trois faits principaux que nous al-
lons enregistrer :
1° Lorsque la propriété forestière est encore non-aména-
gée , il suffit d'élever la période d'exploitabilité pour élever
le degré de production, mais en diminuant le taux de la
rente ;
20 Si, sans élever l’exploitabilité d'un bois, on le soumet
à la transformation de l'aménagement, on élève la produc-
tion, mais on abaisse la rente ;
3° Si, tout à la fois, on établit l'aménagement et on élève
l'exploitabilité, l'accroissement de la production et la dimi-
446 DE L'AMÉNAGEMENT DES FORÈTS.
nution de la rente, ont lieu comme dans les cas précédents,
mais suivant un rapport composé.
Il s’en suit que , dans les deux formes sous lesquelles nous
connaissons la propriété forestière , la production en nature
et la production en argent sont tellement répulsives l’une de
l’autre , que l’un de ces éléments ne saurait s'élever, sans
qu’aussitôt l’autre obéisse à une tendance absolument
contraire.
Cette particularité, quelque démontrée qu’elle soit, dès ce
moment, deviendra bientôt plus manifeste encore : le cha-
pitre suivant la fera ressortir de la manière la plus frappante,
puis présentera le développement des conséquences qui en
découlent,
La suite à la prochaine Livraison.
MANUEL
DU VIQGRARON,
PAR
M. DUPUITS DE MACONEX,
MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE D'AGRICULTURE DE LYON
ANCIEN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE POLYTECUNIQUE.
©
( SUITE. )
"3200QNN OO RONOONNANONINNOOONONONONNNDODQQNOTONDNANNNNNNONNN 9
500000000000 000 IOTTOUTVUTUTTTOTTUUTUT0UIITO T0 DOI TO DOTE TT TUE
CULTURE DE LA VIGNE.
Climat , exposition , sol , choix des cépages , pluralité des
cépages, arbres plantés dans les vignes , conclusion.
La France est considérée , à juste titre , comme le pays
le plus favorisé pour la production du vin. En effet , l’on y
rencontre à la fois une grande variété de vins plus ou
moins légers et spiritueux, se faisant remarquer par leur
gout et leur parfum, différant souvent de la position des
vignobles , et des vins de liqueur de la plus haute qualité.
La plus grande partic des départements fournit des vins
supérieurs, depuis la région méridionale jusqu'à Ja fron-
448 MANUEL
tière du Nord. La région du Nord-Ouest est seule privée de
celte précieuse plante, suivant une ligne qui commence en
Bretagne, passe à quelques lieues au nord de Paris , et se
termine en Champagne. La culture de la vigne se prolonge
au dehors de la France jusqu'au 52° de latitude , sur les
bords du Rhin et de la Moselle ; ce qui ne peut s’attribuer
qu'à la profondeur des vallées et à la puissance des abris.
Dans toutes les provinces où la culture de la vigne réussit,
il est de vastes terrains où ce végétal ne donnerait jamais de
fruits murs; etoù, par conséquent, sa culture est impos-
sible. Ceci tient à l'élévation du sol qui compense la lati-
tude, et à l’absence des abris. Ainsi, l'on a remarqué
qu'une hauteur de 100 mètres équivaut à un degré de la-
titude et à un degré de chaleur.
Je crois pourtant que la proportion n’est pas exacte,
ct J'admettrais plutôt la proportion de 150 mètres. Je
pourrais fournir des preuves de ce que j'avance : les pla-
teaux de la Beauce et de la Sologne , privés d'abris , sous le
48 et le 47° de latitude , et à une élévation de 200 mètres
environ, et les plateaux du département du Rhône à celles
de 500 mètres, ne paraissant pas susceptibles de donner de
bons produits. Je connais une vigne située sur le prolonge-
ment d'un contrefort de la chaîne de Pilat, à 7 lieues au
sud de Lyon, dont le raisin arrive à maturité dans les années
ordinaires, et que je crois plantée à plus de 500 mètres au-
dessus du niveau de la mer. La hauteur à laquelle on peut
cultiver la vigne dans notre hémisphère s’accroit en raison
inverse de la latitude. Aussi, dans les Iles Canaries, sous le
319 de latitude boréale, se cultive-t-elle jusqu’à 1,200 m.
au-dessus du même niveau. Cependant, à cette élévation ,
les orages doivent être un puissant obstacle à cette culture.
Au rapport des voyageurs , les plantations de vigne ne se
rencontrent plus au-delà du 30° de latitude ; excepté dans
DU VIGNERON. 449
certaines parties montagneuses, où l'élévation du sol fait
jouir ces contrées d’une température semblable à celle des
contrées situées plus au Nord. Cependant on la cultive au
Brésil et à la Guyanne situés sous la zône torride. On y
fait dans l’année, trois récoltes sur trois tailles exécutées
après chaque cueillette. Toutefois, il est probable que ces
vignes ne produisent qu'une mauvaise liqueur, et qu’elles ne
sont cultivées que pour consommer le fruit en nature.
La vigne, dit-on, ne prospère pas aux États-Unis, soit
que l'humidité du climat rende ce végétal plus accessible
aux gelées, soit que la même cause occasionne la coulure ,
et une maturité très inégale du fruit échappé à ces plaies.
Cependant, la production du raisin à la Guyanne , pays
éminemment humide , semble contredire le fait que je viens
de citer. La manière de tailler, et la haute température
qui règne en ces contrées , qui force la vigne à une végé-
tation constante, seraient-elles la cause de cette différence ?
Exposition.
L'exposition est regardée à juste titre comme une des
conditions essentielles pour la qualité des vins. Les crus les
plus estimés, sont généralement sur des pentes plus ou
moins rapides , en regard de l'Est au Sud-Ouest; tels que
ceux du bassin du Rhône et de la Saône. Les vignobles cé-
lèbres de l'Hermitage , de Condrieu, de Côte-Rotie, sont
établis sur des coteaux très rapides et aux expositions que je
viens d'indiquer. Il en est de même pour les plus estimés
du département du Rhône, ceux du Maconnais et de la
Côte-d'Or ; il en est parmi ces derniers , tels que le
Clos-de - Vougeot, dont la pente est peu sensible ; mais
ils sont situés aux pieds d'une côte très élevée , qui leur four-
nit un abri puissant, Cependant, il est en France des vigno-
450 MANUEL
bles de premier ordre à l’exposition du Nord. Dans ces
cantons , l'humidité est très considérable , d’où l’on conclut
que cette exposition est favorable, parce que les vents secs
du Nord enlèvent, en dessèchant le sol, cet excès d'humi-
dité, l'une des plaies les plus dangereuses pour la vigne.
Il est probable que , dans ces localités , la pente au Nord est
très faible, car si elle était rapide , elle serait privée d’une
forte dose de chaleur, soit par l’obliquité des rayons solaires,
soit parce que la lumière ne pourrait atteindre le coteau que
fort tard dans la matinée.
Dans le bassin dn Rhône, l'exposition du Midi passe pour
la plus avantageuse pour la qualité du vin. Ainsi , dans les
vignobles de l’'Hermitage , de Condrieu, de Côte-Rotie, de
Ste-Foix, etc. , etc. , les vignes qui approchent le plus de
cette exposition, sont celles dont les produits sont les plus
estimés. Ilest important de remarquer, que de tous les
grands bassins de la France , celui du Rhône est celui qui
éprouve à la fois la température la plus sèche et la plus éle-
vée. L'exposition du Levant donne plus de prise aux gelées
du printemps et à la coulure par le fait des rosées : car, à
ces époques, les gelées et les rosées ne sont désastreuses ,
ordinairement, qu'avec le concours de Ia chaleur solaire. Or,
les coteaux en regard du Levant recoivent le matin les
rayons du soleil presque perpendiculairement ; tandis que
les pentes tournées au Midi, ne recevant la lumière que
très obliquement, les gelées et l'humidité des rosées dispa-
raissent en partie avant que le soleil ne frappe directe-
ment.
Aussi, dans le bassin du Rhône , remarque-t-on , que
les vignobles à cette exposition , sont à la fois les plus avan-
tageux pour la quantité et la qualité des produits. Ainsi,
supposant un coteau découvert et arrondi du Levant au Cou-
chant, la partie la plus avantageuse à planter sera celle qui
DU VIGNERON. 451
se trouvera en regard du soleil au milieu du jour. L'Hermi-
tage et la Côte-Rotie en fournissent plusieurs exemples.
Les œnologistes attribuent au voisinage des rivières une
influence favorable à la qualité du vin. Il est à remarquer,
en effet, que les plus célèbres vignobles sont , la plupart ,
situés sur des pentes , dans le voisinage des grands cours
d'eau. Je crois que la principale cause est celle-ci : les ri-
vières coulant dans les parties les plus basses du pays
qu'elles traversent, et la chaleur étant ordinairement, à expo-
sition égale, plus forte dans les lieuxles plus bas , on en con-
cluera nécessairement que la maturité sera plus complète
sur les coteaux qui bordent des cours d’eau ; que sur toute
autre position dans le même bassin. On attribue aussi un
effet salutaire aux rosées qui sont plus abondantes dans les
vallées traversées par des rivières. On ne peut nier qu’elles
atténuent quelquefois les désastres occasionnés par une
sécheresse extrême, parce que l'humidité qu’elles déposent
sur le sol, en tempère.les mauvais effets. Cependant les ro-
sées . sont très à craindre dans certaines circonstances.
Ainsi, lorsque la rivière baignera le pied du coteau, elles
seront l’une des principales causes de la coulure ; tandis que
si les eaux étaient plus éloignées , elles seraient moins abon-
dantes, et la coulure moins à craindre. J’ai été souvent à
portée d'observer ce phénomène sur un vignoble célèbre ,
où J'ai possédé quelques hectares, et où j'ai commencé mon
éducation viticole.
Le meilleur vin se récolte ordinairement souvent à mi-
côte, ce qui s'explique facilement. Dans les parties les plus
basses la terre est plus profonde et plus substantielle ; l'hu-
midité est plus abondante, la sève y sera par conséquent
moins élaborée que dans les parties élevées. Le sommet des
coteaux est inférieur au milieu, en produit, en qualité; parce
qu'il est battu par les orages qui déchirent les feuilles, cas-
459 MANUEL
sent les bourgeons et arrêtent la croissance de ceux qui ont
résisté , ctenfin, parce que la chaleur y est moins intense.
Sol.
Le sol influe beaucoup sur la qualité du fruit et de la li-
queur qui en provient. Les plus légers, ou, en d'autres
termes , ceux qui sont le plus fortement saisis par la cha-
leur, sont généralement ceux qui donnent les meilleures
productions ; pourvu , cependant , que la chaleur , ou plu-
tôt la sécheresse qui en est la conséquence, n’affecte pas les
souches.
Tous les sols, soit par leur nature, soit par leur position ,
peuvent être profondément atteints par la chaleur. Ainsi,
l'argile même la plus tenace peut être éminemment propre
à la production et à la qualité du raisin , st elle repose à
une petite profondeur , sur un sol très perméable , et si elle
est assise sur une pente un peu rapide , comme l'on peut
s'en convaincre dans quelques cantons du département du
Rhône.
On voit des vignes donnant d'excellents vins dans toute
espèce de terrains; ainsi, les vins de l'Hermitage et de
Condrieu sont produits sur un sable granitique, ceux de
Côte-Rotie , partie sur un sol granitique ; partie sur un sol
schisteux. L’on voit encore dans ce vignoble des plantations
sur un gravier sablonneux, ayant quelque ressemblance
avec les graviers du Rhône. Les vins qui en proviennent,
quoique très bons, et ressemblant au vrai Côte-Rotie, en
différent cependant un peu. Quant aux vins du même cru
sur sol granitique ou schisteux, le goût et le parfum m'ont
paru identiquement les mêmes. Cependant les marchands
en font une légère différence , et donnent ordinairement la
préférence à celui qui provient du terrain schisteux. Le vin
DU VIGNERON. 453
blanc de Côte-Rotie provenant de sable granitique est ab-
solument le même que celui de Condrieu. On voit encore
dans le département du Rhône des vins estimés récoltés sur
des sols sablonneux, sur une terre rouge passablement consis-
tante et mélée de cailloux , et sur un sol calcaire de bonne
qualité et d’une profondeur inconnue, sans aucun mélange
de pierre ou gravier ; tel que, pour ce dernier ; une partie
des crus qui repose sur la pente du Mont-d'Or , et notam-
ment le clos St-Benoît , situé sur la commune de St-Cyr.
Il existe sur les bords du Rhône , et, par exemple , sur les
riches communes d'Ampuis et de Tupin, où se récolte le vin
de Côte-Rotie , des vignes dans des sables quelquefois mou-
vants et des graviers, alluvions de ce fleuve; elles sont
d'un produit extraordinaire : ce qui s'explique, en ce que le
niveau du sol étant peu élevé au-dessus des eaux, l'humidité
remonte jusqu’à la surface par l'effet de la capillarité, et en-
tretient une belle végétation sur des sols qui, partout ailleurs,
seraient atteint fréquemment par la sécheresse. Ces vignes
donnent parfois des vins d'ordinaire passables.
Dans la Franche-Comté une partie des bons crus repose
sur une argile calcaire. Dans le pays de Gex et sur les bords
du lac de Genève, l’on récolte des vins d'ordinaire assez bons,
sur un sol argileux reposant sur des bancs de grès connus
dans le pays sous le nom de mollasse. Le vin y serait pro-
bablement d’une bien meilleure qualité , si la chaleur y était
un peu plus forte : car, quoique la latitude soit la même
que celle de Lyon, cependant la température y est généra-
lement inférieure de trois degrés (Réaumur); ce qui doit
être attribué à la plus grande hauteur du sol, et au voisi-
nage des hautes sommités des Alpes. Aussi , les plants culti-
vés sur le département du Rhône y müriraient rarement.
Le plant dominant est le savagnien du Jura, dont je par-
lerai lorsque je traiterai du choix des cépages.
Te JL | , 30
454 MANUEL
Les sols volcaniques paraissent évidemment propres à Ia
culture de la vigne , ainsi qu'on le voit sur les bords du
Rhin, et dans le voisinage de Naples aux pieds du Vésuve ,
par le Lachryma-Christi.
Les raisins récoltés sur un sol gras et fertile ne donnent
le plus souvent qu'un vin plat, sans parfum et sans saveur,
mais ordinairement très coloré. |
Cependant, il est des cantons tels que la pente du Mont-
d'Or, près de Lyon, où il existe des vignes sur un sol très
fertile , produisant des vins agréables et spiritueux ; mais je
dois faire remarquer que ces terres sont calcaires : or, la
chaleur les pénètre facilement, et tous les genres de pro-
duction se font remarquer par leur bonne qualité.
Les pierres mêlées au sol et répandues à la surface pa-
raissent avantageuses à la qualité et à l'abondance du pro-
duit, parce que dans les sols consistants, elles aident à l’é-
coulement des eaux surabondantes ; et qu'elles s’échauffent
plus encore que le terrain : et dans les sols brülants elles
modèrent l’évaporation produite par la chaleur, surtout lors-
qu'elles sont plates ; puisque, si on enlève une de ces pierres,
l’on voit constamment le sol humide par les temps les plus
secs. Aussi, ne doit-on se permettre d'enlever que celles qui,
par leur grosseur, sont un obstacle à la bonne confection
des labours.
Le sous-sol influe évidemment sur la production et la qua-
lité des vins. Ainsi, lorsqu'un terrain consistant reposera sur
un terrain plus consistant encore , la coulure fera beaucoup
plus de ravages que si le sous-sol était très perméable.
L'influence du sous-sol sur la qualité doit être encore plus
sensible, puisque la bonté des vins dépend en partie de la
quantité de chaleur que la terre absorbe, parce que la sève
étant mieux élaborée, le muqueux doux, sucré, base de la
production de l’alcohol, se forme en plus grande abondance,
tout le reste étant égal d’ailleurs,
DU VIGNERON. 455.
Quelquefois les vignes reposent sur des roches fendillées ;
l'on concoit alors que l'épaisseur du sol , dans lequel s'opère
la plantation , peut être moindre que dans les circonstances
ordinaires , puisque les racines des souches pénètrent dans les,
interstices, ce qui les met à l'abri des plus grandes séche-
resses , comme j'en ai eu de fréquentes preuves. La terre
qui s’insinue dans les fentes des rochers est la plus déliée,
et l'humidité s’y maintient sans excès jusque dans les temps
les plus secs.
Choix des cépages.
Le choix des cépages est une chose très importante. Il en
est qui donnent partout de bon vin. Il en est d’autres , au
contraire, dont le produit est de qualité distinguée dans cer-
tains vignobles, et qui, sur des localités différentes, ne pa-
raissent pas convenir , lors même que toutes les conditions.
sont remplies pour une bonne maturité. Ainsi, le gamé
donne d’excellent produit dans le département du Rhône,
et des produits inférieurs dans la Côte-d'Or ; à moins que
ces deux plants ne soient pas les mêmes , ainsi que l'avance
Bosc. Cependant j'ai eu lieu de les observer à côté l’un de
l'autre ; et je n’ai apercu aucune différence.
Certains plants qui, dans les régions chaudes, donnent
des vins de qualité , ne pourraient réussir au Nord faute
de maturité , tels que la serine et le vionnier des côtes
du Rhône. Quelques uns transportés à toutes les latitudes
ont donné constamment des produits distingués : tels que
le pineau de Bourgogne. Je serais porté à croire, quoique
je n’en ai aucune preuve, qu'il en serait de même du sava-
gnien ou sarvaignien noir du Jura. Ce plant , dont la préco-
cité est encore plus grande que celle du pineau , donnerait
peut-être le moyen de récolter des vins passables, dans
des départements où le fruit de la vigne a de la peine à mürir.
( Voyez plus haut ce que j'ai dit en parlant du pays de Gex. )
456 MANUEL
Il est des cépages qui ont à la fois la propriété de donner
d'excellents et d’abondants produits. De ce nombre on peut
compter la serine et le vionnier, dont j'ai déjà parlé. Il en
est d’autres qui sont plus sujets à la coulure et à la gelée ;
et, quant à cette dernière circonstance , il est des vignes
qui donnent facilement du fruit sur les bourgeons qui per-
cent l'écorce de la souche. D’autres sont deux ans avant de
produire après le désastre de la gelée; parce que générale-
ment la grappe ne parait que sur les bourgeons de l’année
venus sur un sarment, qui est lui-même le produit d’un bois
de deux ans. Le gamé se fait remarquer dans le premier
cas, et, pour le second , la serine ainsi qu’un grand nombre
de plants qui nous viennent du Midi.
Il est des cépages plus facilement touchés par les gelées.
Je ne saurais en donner des exemples, n'ayant jamais eu
occasion de faire des observations sur ce sujet. Les vigno-
bles sur lesquels j'ai travaillé, sont très rarement atteints
par le froid. Cependant, je serais porté à croire que les plus
accessibles aux gelées , sont les plus précoces à la pousse du
printemps , ceux qui végétent le plus tard à l’automne, et
enfin ceux dont la moëlle a le plus d'épaisseur. Le vionnier
(blanc) de Condrieu et de Côte-Rotie est moins sujet à cou-
ler que la serine (noire) ; mais cette dernière donne un pro-
duit plus égal. Or, il est à remarquer que la serine est plus
vigoureuse que le vionnier, que ces deux plants sont pêle-
mêle dans les lieux que je viens de citer, et enfin que la
taille est aussi longue pour l'un que pour l'autre. Je crois
donc donner un conseil utile aux propriétaires et aux vigne-
rons en les engageant à tailler le vionnier plus court , et à
séparer ces deux plants, autant que possible , en observant
que le vionnier réussit mieux dans les sables granitiques ,
et la serine dans les sols consistants. Ces réflexions sont ap-
plicables à tous les vignobles dans les mêmes circonstances.
DU VIGNERON. 457
Le gamé du Lyonnais est un plant robuste peu sujet à
couler , et dont le produit est généralement abondant. Le
persaigne , plant tardif , donnant un vin plat et très coloré ,
se cultive à cause de l'extrême abondance de son produit. IL
demande des sols de bonne qualité : car , dans les graviers
secs , il coule facilement. Il n'est pas rare de voir , dans
quelques localités , ce plant donner 200 hectolitres à l'hec-
tare. Aussi, malgré la mauvaise qualité du vin qui en pro-
vient, les vignes qui le produisent, se vendent-elles dans
le voisinage de Lyon , à l’égalides meilleurs crus de l'Her-
mitage, de Côte-Rotie et de la Côte-d'Or ; c’est-à-dire, 30 à
35,000 f. l'hectare.
Il est des plants qui réussissent mieux sur des terrains secs;
quelques-uns préférent les sols un peu consistants. Aïnsi ,
dans le premier cas, se distingue le gamé dont les racines
sont sujettes à pourrir dans les terrains frais : tandis que
la serine et le persaigne prospèrent dans de pareils sols,
et sont au contraire sujets à couler dans les sols très secs ,
principalement le dernier.
Le pulsare du Jura , suivant les œænologistes qui l'ont étu-
dié , se fait remarquer par la faculté inappréciable de donner
d’abondants et d'excellents produits dans des sols ordinaire-
ment rebelles à la qualité, les sols argileux. Il est étonnant
qu'il soit si peu répandu.
Pluralité des cépages.
J'ai vu des vignes renfermant une multitude de plants
divers. Il me paraït de la plus grande évidence , que cette
méthode est des plus défectueuses. Lorsque vient l’époque
des vendanges, les uns seront parfaitement mürs, d’autres
encore verts et quelques uns en pourriture. Or, dans cet
état, comment se flatter d'obtenir un vin potable? De
458 MANUEL
plus, les uns sont faibles , les autres vigoureux ; les pre-
miers soufriront nécessairement du voisinage des seconds ,
et la récolte en sera affectée.
Dans la plupart des vignobles célèbres, les plants sont au
contraire réduits à un ou deux au plus. Ainsi, à Condrieu ,
on ne cultive qu’un seul plant , le vionnier, À l’'Hermitage
et à Côte-Rotie un seul plant de noir : la sira pour le pre-
mier, et la serine pour le second. Je crois ces deux plants les.
mêmes, quoique, cependant, je ne puisse l’aflirmer. Dans
ces vignobles , on estime qu’un mélange de blanc bonifie la
qualité du vin rouge. Ainsi , sur Côte-Rotie, la serine est
mêlée au vionnier , dans la proportion du quart où du cin-
quième pour ce dernier ; et à l'Hermitage, à la sira sont
jointes la roussanne et la marsanne , cépages blancs. Sur les
meilleurs crus du Beaujolais et des environs de Lyon, le
gamé noir est à peu près l'unique plant. Sur la Côte-d'Or ;
le pineau de Bourgogne est l'espèce dominante , et presque
exclusivement cultivée dans les vignes dont les produits sont
les plus estimés.
Il est à remarquer que les cépages blancs, à maturité
égale, donnent un vin plus liquoreux et plus alcoholique
que les cépages noirs ; et ceux-ci se font remarquer par leur
supériorité pour le parfum , ainsi que j'ai eu lieu de l’ob-
server. C’est évidemment à ces causes qu’il faut attribuer le
mélange des cépages blancs et noirs dans les vignobles qui
produisent des vins de haute qualité.
Arbres au milieu des vignes.
Il faut se bien garder de planter des arbres au milieu des
vignes. Parmi les plus nuisibles, on peut signaler le noyer
que l’on y voit fréquemment , ses racines tracent et s'éten-
dent au loin; son ombrage est épais, et l’eau des pluies ei
DU VIGNERON, 459
des rosées qui tombent de ses feuilles sur le raisin peut faire
contracter au vin un mauvais goût. Les souches, qui sont
placées sous son ombrage , sont chétives , le sarment est efli-
lé et le produit presque toujours nul. Or, si le produit de
la vigne est supérieur à celui du noyer; et, dans la plupart
des circonstances, la différence est considérable , comment
expliquer l'insouciance des propriétaires et leur peu d'em-
pressement à arracher ces arbres ?
Tous-les arbres à feuillage épais ; et surtout ceux dont
les racines sont tracantes , font tellement du mal à la vigne,
que le propriétaire agit évidemment contre ses intérêts en
ne les arrachant pas.
Les seuls qne je puisse tolérer , et encore dans les vigno-
bles inférieurs, sont l’amandier et le pêcher. Leurs racines
tracent peu et leur ombrage est léger. Aussi , voit-on dans
beaucoup de vignes du Lyonnais , des pêchers plantés au
milieu d'elles. Ces arbres sont venus de noyaux et d’une
espèce qui se reproduit identiquement. Leurs fruits sont de
grosseur moyenne ,; de la nature de celles que l’on nomme
pêches fines, et d’une saveur et d’un goût exquis , dont les
belles pèches de Montreuil près Paris , sont incapables de
donner une idée.
Dans les vignes bien abritées , où l'on est dans l'usage de
provigner, les arbres fruitiers croissent merveilleusement ,
les fruits en sont excellents et de la plus grande beauté.
Cela tient évidemment à ce que les arbres profitent du
travail donné au sol, et des engrais dont on pourvoit les
fosses à provins.
Conclusion.
D'après les principes que je viens d'exposer , lorsqu'un
propriétaire voudra établir une vigne , il choisira de préfé-
460 MANUEL DU VIGNÉRON.
rence un terrain léger , reposant sur un sous-sol perméable ,
en pente et à l'exposition du Midi.
Il recherchera dans son voisinage les plants les plus dis-
tingués, soit pour l'abondance , ou pour la qualité du pro-
duit. Il aura égard à la faculté de résister plus où moins à
la gelée, à la sécheresse et à toutes les intempéries.
S’il plante pour son usage , il s'attachera à ceux qui don-
nent la meilleure liqueur , si, au contraire , il ne veut avoir
égard qu’à la rente , et que , dans sa contrée , le commerce
enlève de préférence des vins colorés , il choisira les plants
qui, à cette qualité, joignent celle de produire beaucoup.
Il ne plantera qu’un seul ou deux cépages au plus, sur-
tout, lorsqu'il aura en vue la qualité. Enfin, s’il voit un
avantage à planter un grand nombre de variétés , il les pla-
cera sur des terrains séparés, appropriés à chaque espèce ;
à moins qu'ils ne soient identiquement de la même force,
et que l’époque de la maturité du fruit soit absolument la
même. Enfin , il se gardera de planter des arbres au milieu
de ses vignes , surtout s’il vise à la qualité du produit ; et se
permettra, tout au plus, d'y admettre quelques amandiers
et péchers.
SUR L'INTERVERSION
DE LA
TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE
DURANT LES HIVERS RIGOUREUX,
PAR
M. J. FOURNET,
BROFESSEUR A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LYON:
aLdo
ne
M. Arago ayant signalé aux physiciens diverses anoma-
lies remarquables dans la loi du décroissement de la chaleur
à mesure que l'on s'élève dans les régions supérieures de
l'atmosphère , je crois devoir extraire d’un travail sur la géo-
graphie physique et la météorologie du bassin du Rhône
quelques faits de nature à généraliser les apercus de cet il-
lustre astronome.
Durant l'hiver de 1829 à 1830 j'habitais la vallée de la
Sioule , en Auvergne; la température y fut si rude que,
revenant le soir des mines, j'eus le nez gelé superficielle-
ment, pour avoir regardé , durant quelques instants, le ciel,
T. Te 31
462 SUR L'INTERVERSION
dont Féclat bronzé me frappait vivement; c'était un simple
eflet de rayonnement vers l'espace dont je ne fais mention
que parce qu'il peut donner une idée de l’äpreté du froid qui
régnait dans ce bas-fond.
Des neiges abondantes nous encombrèrent peu après cette
journée ; et, ayant à visiter les exploitations de la Haute-Ta-
rentaise, je dus franchir les montagnes du Puy-de-Dôme
entre deux murailles de neige plus élevées que la voiture
dans laquelle je me trouvais ; cependant l'atmosphère ne me
parut pas aussi rigoureuse à cette hauteur que dans la val-
lée, et 1l en fut de même dans la chaîne du Forez. J'arrivai
bientôt à Lyon , où l’état de la saison était tel, que le Rhône
se trouvait pris vis-à-vis de Miribel , et que l’on y mettait
en usage divers moyens pour couper un canal dans les glaces
de la Saône. Continuant ma route , je traversai le Dauphiné;
la température y était encore extrême; mais, en pénétrant
dans les Alpes, j'éprouvai un nouvel adoucissement; et,
enfin ; sur les élévations de Pesey , à environ 2,000 mètres
au-dessus du niveau de la mer , je fus très surpris, non
seulement de ne trouver que des neiges insignifiantes , mais
de jouir encore d’un hiver dont la lénitude contrastait sin-
gulièrement avec la rigueur de ceux que je venais de ressen-
ür : et ce n'était pas l'effet d'un dégel momentané, car
celte température avait été constante dans cette localité al-
pine ; d’ailleurs mon retour à Lyon me fit retomber dans
les froids qui s’y étaient maintenus jusqu'alors.
Ce premier faitm’apprit qu'une cause de chaleur régnait
dans les parties supérieures de l'atmosphère , tandis que les
localités basses étaient maltraitées. Cependant, réduit à la
simplicité avec laquelle je l’expose, il eut eu bien peu d’im-
portance scientifique, et devait passer inapercu, si l'hiver
de 1838 n'était venu me démontrer qu'il pouvait être d'un
ordre général.
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE, 463
Cette année ; le froid fut tardif à Lyon ; les registres de
l'Observatoire, tenus par mon collègue M. Clerc, con-
statent que durant les premiers jours de janvier jusqu'au 7 ,
le thermomètre avait marqué de + 2° à + 8° centigrades
au-dessus de zéro , et que le 8, à midi, il se trouvait encore
à + 6°, tandis que déjà dans la soirée, le mercure était
descendu à — 4°,4 , et dès-lors le froid s’accrut avec une
étonnante rapidité.
Des souffles venant du Sud avaient produit la douce tem-
pérature des journées précédentes ; mais, vers trois heures
de l'après-midi du jour critique, on put reconnaître l'arrivée
tempétueuse du vent du Nord. Je montai sur le plateau de
la Croix-Rousse , où les rafales violentes qui m'’assaillirent
et l'irrégularité de leur allure , suivant tous les rumbs com-
pris entre le N-O et le N-E , me firent aisément comprendre
qu'il y avait une sorte de lutte engagée entre les deux vents ;
et ce fut le nouvel arrivant qui, dès ce moment, régna pres-
qu'exclusivement dans nos environs. Cependant , malgré
son impétuosité , il n'avait fait que glisser sous le vent mé-
ridional; car, tandis que nos régions basses étaient en proie
à une saison inusitée, et que des brumes plus ou moins
épaisses nous masquaient fréquemment le ciel, les sommités
lyonnaises jouissaient d’un ciel pur et d’un climat modéré :
fait qui sera , je l'espère, clairement établi par les documents
suivants, puisés à dessein à des sources diverses.
M. Courbis, professeur d'histoire naturelle au collége
de Tarare , s’est assuré que les cimes d'Affoux, de Bouci-
vre, de Violay et de Joux avaient été dégarnies de neige
une quinzaine de jours avant les plaines du Forez et du Lyon-
nais : cette fusion prématurée fut provoquée par le vent
du Sud , dont l'apparition dans ces régions élevées avait été
bien plus fréquente que celle du vent septentrional. Les ob-
servations suivantes, prises dans la journée du 15 janvier;
464 SUR L'INTERVERSION
durant laquelle l'hiver acquit sa plus grande intensité,
donnent une idée des différences produites par cette cause :
à Lyon, le thermomètre s'étant abaissé, vers les 7 heures du
matin , à — 21°,25 centig. , et s'étant maintenu à — 18°
dans le reste du jour , Tarare n’éprouva qu'un froid de
— 139,75, diminution remarquable pour la faible différence
de niveau d'environ 200 mètres qui existe entre ces deux
stations ; mais la température de Lyon se retrouve sur l’autre
versant , vers les plaines de la Loire , où Roanne indique
— 25°, et Feurs — 279,5, tandis qu'à Verrières, dans les
montagnes du Forez, le mercure ne s’est pas contracté, pen-
dant toute la durée de l'hiver, au-dessous de — 15°.
M. Chirat, professeur d'histoire naturelle au séminaire
de Ste-Foy-l'Argentière , m’annonca de son côté qu'à Duer-
ne ; sur le point culminant des montagnes d'Izeron , le vent
du Sud avait régné avec constance ; il faisait fondre le jour
ce que le rayonnement nocturne avait congelé la nuit; le
soleil ÿ régna avec tout son éclat, et rarement on y vit un
aussi bel hiver : aussi ces hauteurs, comme celles de Tarare,
ont été dépourvues de leur manteau blanc bien avant la
vallée de la Brévenne ; d’ailleurs la neige y avait été moins
abondante que dans les plaines ; enfin, les abricotiers et les
amandiers n’y ont pas gelé, comme cela est arrivé dans le
bas-fond de Ste-Foy-l'Argentière.
M. Bravais , dont le fils partage en ce moment les périls
et la gloire de l'expédition scientifique vers le pôle , observa
qu'à Annonay, le vent du N-E domina dans les parties basses,
tandis que , dans les parties supérieures de l'atmosphère, les
nuages étaient fréquemment poussés par le S-O. Les mesures
qu'il à recueillies lui ont encore appris que, sur la latitude
d’Annonay , le maximum du froid a été à Andancette, sur le
Rhône — 20°, à Annonay — 17°, et, enfin, à St-Agrève
— 129 seulement : or les hauteurs de ces trois points au-dessus
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE, 465
de la mer sont indiquées par les nombres respectifs 125 mèt.,
900 m.et 1,250 m., éléments qui suffiront pour établir
la progression ascendante du calorique dans cette cir-
constance.
S'il était nécessaire d’ajouter mon propre témoignage, je
dirais de plus que dans une excursion à Ste-Paule, en Beaujo-
lais, faite avant la cessation de la période froide , je pus
reconnaitre parfaitement la diminution des neiges à mesure
que je gagnais en élévation , et qu'en outre, les cultivateurs
s’accordèrent unanimement pour attribuer à la douceur du
climat dont ils avaient joui , l’état prospère de leurs vignes
montagnardes ; tandis que toutes celles des plaines qui n’ont
pas été garanties par une épaisse couverture de neige ou
par d'autres circonstances d'exposition locale , ont été forte-
ment affectées.
Nous retrouvons encore les mêmes circonstances entre
Genève et le St-Bernard; car le thermomètre de la ville
descendit deux fois à — 25°, et, à deux autres reprises, à
— 219,5 centig. , tandis que sur l’Alpe, il ne s’est abaissé,
dans les journées correspondantes, qu'à —19°,4 et —18°,8.
D'un autre côté, le froid n'y a jamais été indiqué par une
contraction de la colonne mercurielle plus grande que
— 219,8 : ajoutons que ces nombres, qui. peuvent paraître
excessifs , sont habituels à cette station glacée , où la tempé-
rature moyenne de l’année est d'environ —1°,26 seulement;
car une série d'hivers successifs a donné, année par année ,
les minima suivants :
SG 25005 CRUE | Pie se LE 2:
MAL LU 4230.00 teens ee 1800
PRO .87 AR Nu 10 75
CCD PRET ARE, eo HU ie
DD. on 74 JS opte 93 12
466 SUR L'INTERVERSION
et, en moyenne, — 22°,67; d'où il suit qu'à cette élévation
l'hiver de 1838 à été plutôt modéré qu'extraordinaire.
Enfin, si en nous.maintenant entre les limites de temps
hyémal que nous préciserons plus tard, nous prenons les
températures moyennes de midi à Lyon et à Genève, nous
trouvons , pour la première ville, un froid de — 7°,28, et
pour Genève , seulement — 6°,08.
Une circonstance singulière donne un nouveau degré
d'authenticité à cette interversion de la température atmo-
sphérique ; en effet, le 16 janvier, le lendemain du plus
grand froid que nous ayons éprouvé à Lyon , le thermomètre
indiquant encore — 11° à midi, il tomba, vers les 6 heures
du soir, une véritable pluie , dont l’eau se congelait instanta-
nément en verglas sur le pavé, sur les murs et sur les para-
pluies des promeneurs ; cette pluie éleva la température de
la ville à un tel point, qu'à 10 heures du soir elle n’était plus
qu'à — 5°. Le même phénomène se répéta le 27 janvier ,
après le fort abaissement de — 11°,6 du 26; et, je le de-
mande , quelles raisons pourrait-on opposer à des faits qui
démonirent d’une manière aussi claire l'existence d’une tem-
pérature supérieure à zéro , dans la région des nuages , pen-
dant que la surface de nos fleuves se solidifiait dans les ré-
gions basses ? On dirait même que, de temps à autre, la couche
chaude supérieure s’affaissait dans le bain froid inférieur ;
car , en prenant les moyennes des diverses périodes de re-
doublement et de relâchement qui eurent lieu à Lyon, on
trouve :
Pour la période du 8 au 10 janvier , une moyenne de — 3°,7
11 + Ca LE
3) 1k97 2) = à 0
2 F3 au 16 >) — 13 .0
» 17-2ae ») — 7 ,0
D. 19/2071 » — 15 ,5
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 467
P' la période du 22 au 25 janvier , une moyenne de — 1°,7
» 26 ») — 10 ,1
» 27 au 31 » EME AE
Résultats qui suflisent pour établir que la température
moyenne de cet hiver n'a été, pour notre ville, que la consé-
quence d'une oscillation continue entre deux causes ; l'une de
chaleur, l’autre de refroidissement. |
Ces premiers aperçus m'ont déterminé à pousser plus loin
ces recherches, en examinant d’abord de quelle manière le
froid est venu envahir successivement la longue dépression
qui s'étend des bouches du Fthin à celles du Rhône; et si Je
m'abstiens de discuter son extension dans le sens perpendi-
culaire de l'Est à l'Ouest, c’est que, d’une part, les données
me manquent du côté de l'Atlantique , et que , de l’autre, il
suflit de rappeler que sur le versant oriental des Alpes , la
température glaciale a été remplacée par des fontes de glaces
et de neiges, et par des pluies tellement abondantes, que le
débordement du Danube occasionna les plus terribles désas-
tres dans la Hongrie ; les rigueurs de l'hiver étant donc ,
pour ainsi dire , demeurées circonscrites dans une zÔne CCCI-
dentale du grand massif européen , nous n'avons pas à nous
occuper de ce qui s’est passé au-delà.
Les éléments numériques dont je vais faire usage m'ont
été fournis par M. Müncke de Heidelberg , par les Observa-
toires de Lyon , de Genève , du grand St-Bernard ; et le reste
sera puisé dans une intéressante notice de M. Toulouzan,
lue à l'Académie de Marseille.
Les époques successives à partir desquelles la moyenne
thermométrique s'est maintenue au-dessous de zéro dans la
direction indiquée, sont, à
Hambourg , la journée du 6 janvier.
Heidelberg , > 7
Genève et Lyon, » 8
468 SUR L'INTERVERSION
C'est-à-dire que le courant d’air glacé venait du Nord , en
parcourant un espace d'environ 200 lieues en deux jours, ou à
peu près 4 lieues à l’heure:. [la du se propager dans le même
sens jusqu’à Arles; car la neige qui tomba à Lyon dans la
soirée du 9 se manifesta seulement le 10 à Valence; le
Rhône ne charria d’ailleurs des glacons dans cette ville que
le 13 ; le 14 il fut pris à Avignon, et seulement le 15 à Arles ;
enfin , cette journée du 15, qui a été celle du plus grand
froid général dans le bassin du Rhône, donne l'échelle
thermométrique suivante ; savoir :
Gencyes om ro SION TE O9 0'centtes
YO NE RASE, SR) 7
Valence 20e AL OT EE Te O0
1 SE SSL JS |
ANTON ee De te ee DD SU
ATEN, DODS SON ATE UE TS ge
Maärsedle te OR UE 0695
D'où il suit qu'à mesure qu'on se rapproche de ce dernier
point , la prédominance du Nord cède à celle du Sud ; et , en
effet, ni les îles de la Méditerranée, ni le littoral de l'Italie,
ni les côtes de l'Espagne n'ont éprouvé de grands froids, et
en Corse les amandiers se couvraient de fleurs pendant que
nos noyers gelaient.
Si d'un autre côté nous cherchons le terme des grands
froids de janvier, nous n’atteignons plus à la même préci-
sion, probablement parce qu'il faudrait avoir égard à la hau-
1 Lamarck, dans ses Ænnuaires météorologiques , a déjà fait observer que le re-
froidissement du mois de mai 18014 , qui a fait geler beaucoup de vignes et a fait tant
de tort à la végétation, a employé 48 heures à traverser la France du Nord au Sud.
En effet , à Bruxelles et à Paris, c’est dans Ja nuit du 24 au 95 floréal que ce froid
s’est fait ressentir , tandis qu'a Besançon et à Montpellier on ne l’a éprouvé que dans
Ja nuit du 26 an 27 ; il suppose qu'il a étérelardé dans sa marche par la chaleur du
jour.
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 469
teur des lieux au-dessus du niveau de la mer , hauteur dont
nous avons déjà démontré toute l'importance ; en second
lieu, la question se complique de la température propre aux
diverses latitudes ; enfin , la lenteur du retour de la chaleur,
en formant un contraste des plus saillants avec la précipita-
tion de l'invasion du froid , contribue encore à dénaturer les
résultats. Cependant si nous considérons :
1° Qu'à Hambourg la moyenne diurne a été de — 2°,5
le 27 janvier , et qu’à dater de ce moment on a des maxima
journaliers qui ne s’abaissent plus au-dessous de — 5 centi-
grades ;
2° Qu’à Heidelberg on a atteint — 2°,8 dans la journée
du 27 janvier , et 0°,0 dans celle du 98 ;
3° Qu’à Genève, le thermomètre est monté à — 1°,9 le
27 janvier, et qu'ensuite nous trouvons fréquemment des
degrés positifs ;
49 Qu'’à Lyon encore , à la même date , on a eu — 0°,6,
puis de nombreux résultats positifs comme à Genève ;
59 Si l'on voit, en outre, que dans l'intervalle du 26 au
27 le baromètre s’est fortement abaissé pour remonter, dans
la soirée du 27, à
Différence.
mill. mil]. mill.
Heidelberg, de 735,62 à ‘738,55 4. 07, 2,95
Genève, de10916 "Ari OR PR. 1227
Lyon , dE 26,60 PTE CODE AE PPS 6 1
Gi St-Pernard, de 546,56 à 549,29 . . . 2,173
Et qu'ensuite, malgré les oscillations de détail, il n'est plus
retombé à des points aussi bas, de même qu'il n’y était pas
arrivé auparavant ; si l'on considère , dis-je , tous ces phéno-
mènes, on ne peut s'empêcher de reconnaitre qu'il y à eu
sur cet espace une simultanéité de modification indiquant, à
dater de ce jour, un changement prononcé dans l'état ano-
mal de l'atmosphère.
470 SUR L’INTERVERSION
Si donc , sans avoir égard aux irrégularités de détail, on
se contente de tenir compte de la durée des froids dans di-
verses localités , on aura des longueurs d'autant plus grandes
qu'elles se rapportent à des stations plus septentrionales ,
puisqu'ils ont persisté , à
Durée.
Hambourg , du 6 au 27 janvier, c'est-à dire 22 Jours.
Heidelberg , du 7 au 27 > 2
Genève et Lyon, du 8 au 27 » 20
Tandis que les chiffres suivants tendent à démontrer une
assez grande uniformité dans les minima correspondants :
Hambeusess 2. 2 . 2121
Heidelberg y 4: we 2 we = 21 90
CODE De ne 0 e Loe— 2 0
NOR ae 2 ee a 414)
Grand St-Bernard . . . —21 ,80
Pour donner une plus grande précision à ces notions, j'ai
réuni dans un tableau ( planche 1X ) les courbes correspon-
dantes aux variations diurnes dans diverses localités. Elles se
composent, aulant qu'il a été possible , des deux élé-
ments, maxima et minima; en sorte que les étrangle-
ments et élargissements , compris ces deux dernières lignes ,
peuvent donner une idée des transitions extrêmes d’un même
jour qui ont été quelquefois considérables.
Il résulte des faits exposés jusqu'à présent, que la super-
position de deux vents , l’un méridional , l'autre septentrio-
nal , a joué un grand rôle dans la cause de l'hiver de 1838 ,
et il parait en avoir été de même dans d’autres circonstances
analogues ; car, d’après de Saussure , les froids de 1785, qui
se firent sentir si vivement à Genève , furent accompagnés de
brises du Sud et du S-0, et le P, Cotte rappelle aussi
des cbservations analogues faites dans les années 1709 ,
1783 et 1789.
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 471
Cette premicre donnée me détermina à tenter une suite de
calculs de moyennes, relatives à toutes les combinaisons jour-
nalières des trois vents observés aux stations de Lyon, de
Genèveet du grandSt-Bernard ; mais, toutes réflexions faites,
je crois devoir m'abstenir d’en exposer les résultats, dans la
crainte d'induire en erreur; il était évident, par exemple ,
qu'ils pouvaient être établis sur des bases fausses, parce
qu'une foule de causes locales et accidentelles peuvent faire
varier les températures et autres éléments numériques dans
des points aussi espacés en longitude que le sont les lieux en
question, et l’on ne pourra réellement compter sur une cer-
taine exactitude que quand nos instruments se préteront à
l'emploi ingénieux des ballons captifs que M. Arago a ré-
cemment proposé d'introduire dans la météorologie. D'un
‘autre côté , comme Deluc l’a déjà démontré dans ses recher-
ches sur les modifications de l'atmosphère , les masses d'air
en mouvement peuvent , dans certaines circonstances , parti-
ciper facilement, et pendant un certain temps du moins, aux
températures antérieurement acquises par les diverses stations
qu'elles viennent envahir, en sorte qu'il faudrait une nom-
breuse série d'observations pour se dégager de cette cause
d'erreur : cependant, comme pierre d’attente pour un édifice
plus régulier et mieux ordonné, et avec toutes les restrictions
que je viens d’énoncer , je résumerai de la manière suivante
le résultat de quelques-unes de mes combinaisons :
1° La température a été douce à Lyon quand le Sud a
prédominé dans toute la hauteur de l'atmosphère ;
20 Le froid a été d'une intensité moyenne dans les jour-
nées où le Nord a régné seul ; ou bien quand le Sud était
simplement superposé au Nord ; ou bien, enfin, quand le
calme régnait à Genève entre deux lames en mouvement
dans un sens ou dans l’autre ;
3° Le climat a été réellement excessif à Lyon comme à
472 SUR L'INTERVERSION
Genève , lorsqu'une couche Sud régnait au niveau de Genève
entre deux couches Nord, l’une en bas à Lyon, l’autre en
haut au St-Bernard. C'est sous cette influence qu'à l'heure de
midi, dans la journée du 11 janvier , la colonne mercurielle
s’est contractée depuis la veille de — 5° à —- 11°, et que
l’on à ressenti les froids de — 18° et de — 14°,8 des 15 et
21 janvier : si même l’on veut ranger les vents d'Ouest dans
la classe des vents méridionaux dont ils ne diffèrent pas es-
sentiellement, on pourrait encore ajouter à ces éléments la
journée du 20 janvier, dans laquelle le mercure s’est mainte-
nu à — 150,6.
Cette nouvelle complication sera, sans doute, prise en con-
sidération par les météorologistes , quand ils auront assez de
données pour chercher la théorie de ces grands froids. Provi-
soirement on peut entrevoir qu'elle ne doit pas différer essen-
tiellement de celle qui nous donnera l'explication de la for-
mation de la grêle au milieu des chaleurs de l'été ; car , ainsi
que j'espère le démontrer dans un Mémoire auquel je travaille
depuis plusieurs années, le concours de deux vents, l’un
septentrional , l’autre méridional , paraït jouer un grand rôle
dans ce phénomène de refroidissement subit de l'atmosphère.
Cette idée semble même avoir déjà été pressentie par le
P. Cotte, lorsqu'il croit devoir faire remonter les rigueurs de
l'hiver de 1788 à 1789 à la grêle désastreuse qui survint le
13 juillet 1788 : seulement dans l’un des cas l’eflet serait
purement momentané, tandis que dans l’autre la superposi-
tion des lames d’air , douées de propriétés physiques diffé-
rentes , se soutient pendant un temps plus ou moins long, en
veriu de causes qui sont encore à trouver.
Pour compléter notre étude autant qu'il est possible dans
l'état actuel des choses, voyons encore quels ont été les ré-
sultats fournis par les autres instruments météorologiques.
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 473
Ceux-ci donnent moyennement pour l'heure de midi et
dans les journées des 11, 15 et 21 janvier :
Baromètre, Hygromètre. Éthrioscope.
Grand St-Bernard. . . 559,47 85 »)
GhneNe.-demen. 099991 92 2,09
mon choc) Joue 1:746,88 18 »
Et pour le reste de la période :
Baromètre. Hygromètre. Éthrioscope.
Grand St-Bernard. . . 554,95 82 »
Génénen lon acosors|729:49 85 1,05
pong sb.shorml.rhn1440;61 74 >»
Ces chiffres indiquent déjà que les plus grands froids ont
été accompagnés des plus grandes pressions barométriques ;,
du maximum d'humidité et de la plus grande diathermansie
de l'atmosphère ; mais si l’on craignait que notre manière de
combiner les éléments numériques uniquement d’après les
jours durant lesquels trois couches d'air existaient simultané-
ment dans l'atmosphère , savoir : le Nord en bas et en haut,
et le Sud entre deux , si l’on craignait, dis-je, que ce choix
ne füt trop systématique, on pourrait encore décomposer
simplement la saison en ses diverses périodes, et l’on trou-
verait ainsi, pour la station de Genève , qui seule nous donne
les résultats de l’éthrioscope :
Moyenne des Moyenne Moyenne Diatherm.
minima. barométr. hygrométr. moyenne.
Période du S8au10, — 6,0 727,03 79,56 1,39
Période du 1 1 au 12, — 25,1 LA 108 OUT se 2909
Période du 13au14, — 8,2 725,02 85,62 1,47
Période du 13au16, — 19,8 723,37 93,50 0,49
Période du 17au 18, — 7,9 122,29 AT ALU V3
Période du 19au22, —17,2 727,49 91,06 1,95
Période du 23 au28, — 7,2 715,22 92,70 0,76
Période du 29 , TU. 123,00 719000 A,70
474 SUR L'INTERVERSION
Ou bien, en résumant les observations pour les froids et ce
qu'on pourrait appeler les chaleurs :
Température. Press.Parom. Hygrométr. Diatherm.
Froids , — 18,3 121539 91,77 1,79
Chaleurs, — 7,5 120:5Æ 86,58 0,94
Nombres qui confirment trop évidemment la loi déjà énon-
cée , pour qu'il soit nécessaire de nous appesantir davantage
sur sa réalité.
En examinant plus en détail la marche des instruments
durant cet hiver, on voit que l’éthrioscope est celui qui a dé-
celé avec la plus grande promptitude l’arrivée des grands
froids, et, sous ce rapport, son emploi mérite d’être plus
généralisé qu'il ne l’est actuellement : par exemple, à Ge-
nève , à 3 heures de l'après-midi, la veille du
11, il accusait déjà 39,03
UE » 4 ,78
2, >) |
Et ces nombres n'ont guère été dépassés, ou à peine atteints,
pendant la durée de ces mêmes froids. IL est évident que
c'est à la plus parfaite dissolution des vapeurs atmosphéri-
ques, occasionnée par la prédominance de la couche d'air
chaud , qu'il faut attribuer l'indication hâtive de cet instru-
ment ; mais cette même transparence de l'air, ainsi que le
calme qui règne assez habituellement durant la nuit, qui as-
siste à l'extension du vent méridional, favorisent de leur
côté le rayonnement , et occasionnent ainsi la recrudescence
momentanée des froids. Cette explication est même la seule
que l’on puisse donner de la croyance populaire à Lyon sui-
vant laquelle les gelées les plus intenses précéderaient pres-
qu'immédiatement les dégels, ou du moins de fortes élévations
de température. IL m'a paru curieux de vérifier l'exactitude
de cette observation ; et, en effet, je trouve que le fort abais-
sement de — 219,25 du 15 janvier a été suivi de l'élévation
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE, 4175
à — 5° du 16 janvier; de même le 21 janvier matin, le ther-
momètre a marqué — 19°,2 ; le soir il n'indiquait plus que
— 12,2, et le lendemain il s'élevait à + 2°,6 ; enfin, le
26 janvier matin, l'instrument dénotait — 11°,6 , et le len-
demain soir il était monté à — 0°,6 , et chaque fois le soleil
a percé les brumes, ou bien le ciel était étoilé, ou bien encore
le vent du Sud se faisait sentir jusque dans la ville.
L'hygromètre ; au contraire, paraît être plus affecté des
suites du froid , et il manifeste encore l’existence d’une forte
humidité quand la température s’est déjà élevée.
12, il a indiqué à Genève , à 3 heures
LES de l'après-midi ; 98e
Ainsi le 16 , È +
99 . 97
ZA 3
Tandis que la veille des froids il était aux mêmes instants à
66°, à 76° et à 67° seulement.
Enfin le baromètre s'est élevé graduellement à l'approche
du froid, et s’est maintenu au plus haut pendant sa durée ,
pour s’abaisser ensuite, en sorte que ses oscillations ont
paru suivre assez régulièrement la marche du thermomètre.
S'en suivrait-il que le fait de la superposition des vents au-
rait une certaine influence sur l'élévation de la colonne
mercurielle? Dans tous les cas je me bornerai à ajouter ici
que, dès 1789, Wan Swinden a signalé, comme étant
une des singularités les plus remarquables de cet hiver, la
grande hauteur du baromètre les #4, 5 et 6 janvier,
nonobstant l'intensité du froid ; car on a remarqué, dit-it,
qu'en général on n’a pas de gelée excessive et continue le
baromètre étant très haut.
L’exposé précédent amène naturellement à la question de
savoir quelles sont les époques qui ont vu se reproduire des
hivers rigoureux. Ont-ils été autrefois plus nombreux , plus
fréquents que de nos jours ? L’'intensité des gelées était-elle
476 SUR L'INTERVERSION
aussi vive? En un mot, les documents historiques permet -
tent-ils d'admettre une modification en bien ou en mal
dans nos climats ? Pour répondre autant que possible à ces
demandes J'ai fait usage des tables consignées dans l4n-
nuaire du bureau des longitudes , dans la Statistique des
Bouches-du-Rhône; j'y ai réuni ce que nous ont appris les
chroniqueurs de Lyon et divers météorologistes, tels que le
P. Cotte, Rozières etc. , etc. ; enfin, je me suis servi des
documents conservés de l'Observatoire de Lyon. Ces der-
niers ; que l’on doit aux PP. Béraud et Delacroix ; ont l’a-
vantage de donner des résultats numériques que ne présentent
pas les autres ; cependant cette lacune dans les observations
antérieures à 1709 ne doit pas être un motif d'exclusion ,
car enfin, les indications thermométriques peuvent être
remplacées jusqu’à un certain point par les effets du froid sur
les végétaux tendres , sur les arbres, sur les hommes et les
rivières , données que les historiens ont rarement manqué
de consigner dans leurs récits : ainsi, en février 1766, Île
Rhône n’était pas totalement pris au-dessous de Lyon , quoi-
que, du 16 jusqu'au 27 janvier , la température se füt tou-
jours maintenue au-dessous de — 8° centig. , et que les 29,
30 et 31 janvier et le 1% février on eut éprouvé des froids
de — 11°,2, de — 129,5, de — 189,7 et de — 229,7;
on est donc, suivant toute apparence , en deca de la vérité
en fixant à — 18° centig. le degré auquel il est nécessaire
que le thermomètre descende pour que le Rhône gèle à
Arles ou dans tout autre point de la Provence.
D'un autre côté , on a trouvé que le Var se prend quand
la température est de 10 à 12° centig. au-dessous de zéro.
Quand le golfe de Venise gela en 1709 , le thermomètre
était descendu dans la ville à — 20° centis.
IL faut un froid de — 9° centig. au moins pour que la
Seine se gele à Paris.
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 4757
Enfin les oliviers soufirent par des froids de — 7 à — 8°.
Cependant , quelque précision que ces chiffres présentent
au premier Coup d'œil, ilne faut pas les considérer abs-
traction faite de tout l'accessoire des hivers ; ainsi un froid
momentané de 20° ne fera périr tout au plus que les herbes
et quelques arbustes, et ne solidifiera nullement les rivières
un peu grandes, parce que les masses terrestres, en général
peu conductrices , exigent un certain laps de temps pour
participer à la température de l'atmosphère ambiante.
Réciproquement, on peut aussi concevoir que la prolonga-
tion outre mesure d'un hiver modéré peut finir par produire
des eflets analogues à ceux des plus rigoureux.
Il suit donc de là que pour arriver à former des histoires
complètes des grandes aberrations hyémales, aucun des
détails contenus dans les historiens ne doit être omis. Il
sera sans doute difficile d'obtenir des-résultats un peu précis
antérieurement au 1 7° siècle; cependant, ce n’est pas un motif
pour négliger le perfectionnement des tables ; il y a même
tout lieu d'espérer que, pour le bassin au Rhône, entr’autres.
on arrivera, avec un peu de patience, à réunir bien des
éléments essentiels ; car, avant la révolution , une foule
d’observateurs savants et judicieux y avaient adopté la mé-
téorologie comme objet principal de leurs recherches, et
les artistes lyonnais avaient déjà senti les avantages de la di-
vision centigrade du thermomètre long-temps avant que
cette idée ne füt absorbée par le nouveau système métrique.
Tant d'observations ne peuvent être anéanties ; les papiers
de famille, les archives des villes, les anciens registres
des Observatoires doivent contenir beaucoup de documents
inédits, dont la réunion en un seul faisceau pourrait faire
remonter à quelques siècles plus haut la science que l’on
croit encore si neuve. Tels sont les motifs qui m'ont déter-
miné à compléter les premières ébauches, avec l'espérance
qe Ji 32
478 SUR L'INTERVERSION
qu'elles se développeront encore dans quelques années ;
car l'expérience journalière nous apprend qu'il sufit
d’énoncer une idée, pour que le zèle et l’activité scienti-
fique de notre époque en ait promptement tiré tout le parti
possible.
400-401. Les Goths appelés par Stilicon passent les
fleuves sur la glace. Le Rhône fut pris dans toute sa largeur.
La Mer Noire gela, dit-on', entièrement ; mais il y a ici une
hyperbole évidente, et l’on aurait eu quelque peine à véri-
fier le fait.
462. Sous Sévère, successeur de Majorien, le Var gela
et le froid fut très général en Europe; car Théodomir put
traverser le Danube avec son armée, pour aller, en Souabe,
venger la mort de son frère.
545. * Le froid a été si grand que les oiseaux pouvaient
être pris à la main°.
163.* L'hiver de cette année fut des plus rigoureux ; il
tomba une grande quantité de neige, et le froid s’étendit
jusqu’au détroit des Dardanelles et à la Mer Noire qui furent
gelés.
191. Les vignes ont beaucoup souffert en Provence.
Épizootie.
800. * Grand froid.
822. Le Rhône, le Pô , l'Adriatique , ainsi que plusieurs
ports de la Méditerranée furent pris par les glaces; des char-
rettes pesamment chargées traversent durant plus d'un mois
le Danube , l’Elbe et la Seime.
829. * Année où le patriarche jacobite d’Antioche ,
* Les aslériques indiquent les hivers pour lesquels le bassin du Rhône n’a pas
fourni d'éléments authentiques.
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 479
Denis de Telmabre, et le calife Mamoun , allant en Egypie,
trouverent le Nil gelé.
860. L’Adriatique et le Rhône gèlent.
874. Le Rhône est pris ; les vignes souffrent : l'hiver a
été long, car la neige tomba dès le commencement de no-
vembre et demeura jusqu'à la fin de mars ; elle était si pro-
fonde qu’on ne pouvait aller faire du bois dans les forêts.
Épizootie.
891-893. Le Rhône gèle, les vignes souffrent ; les
bestiaux ont péri dans les étables.
991.* Hiver très froid et très long ; les arbres fruitiers
souflrent ; le blé n’a pas germé, et une disette en fut la
suite.
1044. * Une énorme quantité de neige a couvert la terre ;
la vigne et les arbres fruitiers ont péri. A la suite de
cet hiver rigoureux il y eut famine.
1067.* Froids extraordinaires.
1124. * Froids extraordinaires.
1133. On traverse le Rhône sur la glace ; le Po, en
Italie, est gelé depuis Crémone jusqu’à la mer ; les routes
sont devenues impraticables à cause de l'abondance des
neiges ; le vin se solidifie dans les caves et les arbres se
fendent avec bruit.
1179. * Le blé et la vigne ont gelé en Autriche; le
bétail a péri.
1209-10.* Id. Neige abondante , famine, froid très ri-
goureux.
1216. Le Rhône et le Pô gèlent à une grande profon-
deur (jusqu’à 15 pieds, dit-on) , et le vin, en se solidifiant,
fait éclater les tonneaux.
1934. Le Rhône et le PÔ sont de nouveau pris par les
glaces ; de lourds chariots traversent l'Adriatique en face de
480 SUR L'INTERVERSION
Venise; un bois de sapin situé auprès de Ravenne est dé-
truit par la gelée.
1256. liver rigoureux dans le Nord et doux en Pro-
vence ; le Danube reste gelé dans toute sa profondeur pen-
dant un temps considérable.
1269. * Id. Le Cattégat est entièrement gelé, et le froid
très intense en Ecosse.
1292. Hiver rigoureux dans le Nord et doux en Provence ;
le Rhin est entièrement pris auprès de Brisach , au point que
des chariots le traversent ; il en est de même pour le Catté-
gat, que l’on passe sur la glace. En Allemagne , 600 hom-
mes sont employés à pratiquer un passage aux troupes au-
tichiennes.
1302. Le Rhône est pris ; des épidémies et des épizooties
succèdent à ce rigoureux hiver.
1305. Le Rhône et toutes les rivières de la France et de
l'Allemagne sont de nouveau pris; la mer est gelée à 5
lieues des côtes en Hollande. On éprouve ensuite une disette
de comestibles et de fourrages.
1316.* Le blé n’a pas germé en Allemagne.
1523. Le Rhône gèle et le froid est très intense en Alle-
magne. Des voyageurs à pied et à cheval ont pu cheminer
sur la glace du Danemark à Lubeck et à Dantzig.
1333-34. Cet hiver, toutes les rivières sont gelées en
France; la glace du Rhône avait 5 pieds d'épaisseur et les
voitures les plus chargées le traversaient sans risque; il
resta 3 mois dans cet état. Cet hiver fut suivi, dit-on,
de l’apparition d’une multitude d'insectes venimeux et de
la peste; le froid s’étendit en Italie.
1344. Les fleuves de la Provence et de l'Italie sont gelés.
1358. Il tombe beaucoup de neige, au point qu'il y en
eut 10 brasses à Bologne en Italie ; à la suite, le Rhône
et la Durance débordèrent.
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 481
1564. A Arles, le Rhône gèle à la profondeur de 15
pieds ; le froid fit périr les arbres ; puis la chaleur de l'été
et les sauterelles détruisent les plantes.
1392. * Les arbres fruitiers se brisent en pièces et sont
détruits par la gelée.
1408. Un des plus grands froids connus dans le Nord ;
hiver ordinaire en Provence. Le Danube est gelé dans tout
son cours ; la glace s'étend sans interruption de la Korwège
au Danemarck. En France, les vignobles et les vergers
sont détruits ; les voitures traversent la Seine.
1423. Grand froid dans le Nord et dans l'Allemagne ;
hiver doux et sec en Provence.
1452-33-34. Trois années consécutives de grands froids
en Allemagne, mais hivers ordinaires en Provence; en
Hollande, il neige pendant 40 jours en 1434. La gelée
commence à Paris le dernier décembre et continue pendant
3 mois moins 9 jours. Elle recommence vers la fin de
mars et dure jusqu'au 17 avril.
1460. Le Rhône et le Danube sont pris ainsi que a Bal-
tique ; les piétons et les cavaliers passent sur fa glace du
Danemarck en Suède ; les vignobles sont geiés en Allemagne.
1468.* Les vignes souffrent beaucoup ; en Flandre, on
coupe à la hache la ration de vin @es soldats.
1493. Le port de Gênes est pris par les glaces les 25 et
26 décembre.
1500. Hiver si rude que la Saône ut entièrement gelée
de Lyon à Mäcon.
1507. Le port de Marseille se pèle dans ‘ouie son éten-
due; le jour de l'Épiphanie il tombe 3 pieds de neige dans
cette ville ; eïle garantit les herbes, mais les arbres
périssent.
1544. Le froid fut si vif en France que le vin se solidi-
fiait dans les tonneaux. Ouragans du S-E à Marseille. Le
482 SUR L'INTERVERSION
Rhône, débordant le 11 novembre , renverse 200 toises
des remparts d'Avignon, et couvre toutes les plaines durant
8 jours.
1548. Froid général par toute l’Europe ; hiver long ct
très intense ; on se rend de Rostock au Danemarck sur la
glace.
1564-65-66. Charles IX était à Salon; le froid com-
menca à Ja Noël dans toute l’Europe ; le Rhône fut pris
dans toute sa largeur à Arles. En 1565 et 66, les oliviers
ci autres arbres périssent. Durant 3 mois des chariots
traversent l'Escaut sur la giace.
1568-69. Le 11 décembre les charrettes traversent le
Rhône sur la glace, et la débâcle n’a lieu que le 21.
1570-71. À Arles , le froid dure depuis la fin de novem-
bre jusqu'à la fin de février ; à Marseille , il n'acquiert une
grande intensité qu'au 1% janvier ; les arbres fruitiers pé-
rirent dans le Languedoc. Ce froid fut général dans toute
l'Europe, et toutes les rivières de France , même celles du
Languedoc et de la Provence, se couvrent de glaces solides
au point de porter des charrettes chargées. Une cherté de
blé suit cet hiver, et le mal est tel, que les états de Pro-
vence font des remontrances. Les moulins à blé du Rhône
se trouvent arrêtés; le gouverneur de Lyon , M. Mandelot,
qui s'était si bien montré dans l’inondation du 2 décembre
1570, effrayé de ce nouveau danger , employa tant de bras
à rompre les glaces, qu'il parvint à mettre la ville à Pabri
de la famine. (Quelques auteurs portent cet événement à
1572, et même à 1573.)
15914. Le 1% mai il tombe une telle quantité de neige
dans les montagnes lyonnaises, à [zeron et à St-Sympho-
rien-le-Château, que les branches des arbres en sont rompues.
1594. La mer gèle à Marseille et à Venise; le froid se
répand en Allemagne et en Hollande, où le Rhin et l'Éscaut
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 483
sont glacés. Il tombe encore au mois d'avril 1595 beaucoup
de neige à Lyon, et le froid intense qui l'accompagne dure
Jusqu'au 26 du même mois; ces gelées détruisent la récolte
de nos montagnes.
1599-1600. En décembre le froid fait périr beaucoup
de bestiaux et d'hommes autour de Lyon. Il alla toujours
croissant depuis novembre jusqu'au 23 janvier, et finit à
la fin de mai. C'était l'année du mariage de Henri 1V avec
Catherine de Médicis; le pain qu'on lui servit le 26 était
gelé, et il voulut le manger tel ; ce froid s’étendit en Al-
lemagne.
1603. Des charrettes passent le Rhône sur la glace. En
Janvier et en février le froid fut si äpre à Lyon, qu'on ne se
ressouvint pas d'en avoir ressenti un pareil depuis 50 ans:
il dura 7 semaines avec une telle intensité, que les arbres
éclatèrent; puis sarvint en avril, maiet juin une séche-
resse excessive.
1608. Hiver remarquable par la grande quantité de
neige qui tomba à Padoue et par le froid excessif qui avait
commencé à se faire sentir le jour de là SE Thomas; il dura
plus de 2 mois sans s'adoucir , glaca toutes les rivières ,
et beaucoup de voyageurs, ainsi que le gibier, périrent dans
les campagnes.
Le dégel qui suivit causa encore de plus grands dégâts s
il s'était accumulé des montagnes de glace sur la Saône et
surtout devant l'église de l'Observance; on craignit qu’en
se détachant, elles ne vinssent à emporter le pont de Pierre,
que l’on chargea de fardeaux par mesure de précaution ;
toute communication fut interceptée entre les deux rives ,
et l’on fit des processions et des prières publiques.
Un artisan fit alors assembler le Consulat , lui offrant de
rompre la glace par petits morceaux, ct de la faire écouler
sans danger : on lui promit 600 livres ct une place de com-
484 SUR L’INTERVERSION
mis aux portes. Il alluma contre la glace quelques feux avec
des fagots et un peu de charbon, puis se mit à murmurer
quelques paroles. Aussitôt , ie prodigieux rocher éclata
comme un coup de canon , en se divisant en une infinité de
pièces , dont la plus grosse n'avait pas plus de 3 à 4 pieds
d'épaisseur, et ia débâcle eut lieu sans accident: il parait évi-
dent, d’après cela , que la glace se tressailla sous l'influence
de la chaleur, comme ferait un verre que l’on chaufferait
brusquement. Le Consulat, loin de récompenser cet homme ;,
laccusa de sortilége. Il courut le danger d’être brülé, et
n'échappa à cette peine que par la fuite ; sa recette fut brülée
publiquement. Cependant il fit un procès à la ville, et
une transaction mit fin aux débats; le Consulat paya 1 00 liv.,
et le tailleur Bresson se désista de son action. Les pièces de
ce procès, qui prouvent une grande ignorance , même
pour cette époque , sont conservés aux Archives.
1621-22. Toutes les rivières de l'Europe sont couvertes
de glaces ainsi que le Zuyderzée; le détroit des Dardanelles
est gelé, et la flotte Vénitienne est prise par les glaces dans
les lagunes.
1638. L'eau du port de Marseille gèle autour des galères.
1654-55-56. Pendant ces 3 années il plut très rarc-
ment ; la chaleur et la sécheresse diminuèrent beaucoup les
récoltes dans le midi de la France, tandis qu'en 1655 et
1656 , la Seine est prise, et la gelée dure depuis le 29 dé-
cembre jusqu’en mars.
1657-58-59-60. Hivers très ri goureux dans toute l'Europe;
en Italie les glaces qni couvrent les rivières peuvent porter
de très grands poids ; à Rome on n'avait point vu une aussi
grande quantité de neige depuis des siècles. La gelée dura
sans interruption, à Paris , depuis le 24 décembre 1657 jus-
qu'au 8 février 1658. Entre le 24 décembre et le 20 jan-
vier le froid fut modéré, mais ensuite il acquit une intensité
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 485
extrême, au point que la Seine fut entièrement prise ; le dé-
gel du 8 février ne dura pas , le froid reprit le 11 et dura
Jusqu'au 18. C’est en 1658 que Charles X put passer le pe-
tit Belt, sur la glace, avec toute son armée , son artillerie et
ses bagages. Les oliviers souffrent beaucoup ; et , enfin, le
Rhône et toutes les rivières débordent , au point que la Ca-
margue est sous les eaux. Pluie de soufre en Allemagne.
De 1659 à 1660, les oliviers qui avaient repoussé et autres
arbres périrent presque tous.
1662-63.* La gelée dure à Paris du 5 décembre au
8 mars.
1665. Le G février, à Paris, — 219,2.
1670.* Froid rigoureux dans le Nord, en Angleterre
et en Danemarck; le grand et le petit Belt sont gelés.
1676-1677. * Gelée fort intense, la Seine est prise
pendant 35 jours consécutifs.
= 1684. Hiver doux et sec en Provence, tandis qu'il est très
rigoureux dans le Nord ; la Tamise gèle à 11 pieds de pro-
fondeur ; des chênes se sont fendus.
1691.* Des loups affamés entrent à Vienne et dévorent
des hommes et des bestiaux.
1695. Hiver doux et brumeux en Provence ; mais en Alle-
magne les gelées commencent en octobre et se prolongent
jusqu'en avril ; plusieurs personnes sont mortes de froid ;
en Irlande, il tomba des pluies contenant une matière
grasse et huileuse ; le même phénomène se reproduisit à
Arles.
1697-99. * Hivers très rigoureux.
1709. Année dite du gros hiver ; toutes les rivières, les
lacs, la mer Adriatique et la Méditerranée, à Gênes, à
Marseille , à Cette, sont gelés; en Angleterre, on assure
que la terre l'a été jusqu'à 2,74 de profondeur. Les ant-
maux, dans les campagnes, et des milliers d'hommes ont péri
486 SUR L’INTERVERSION
jusque dans les maisons; presque tous les oliviers furent
détruits en France; le Rhône était rempli de glaçons qui
s’'accumulèrent à la hauteur de 12 pieds; le thermomètre
marqua , à Lyon , — 189,75 centig.; à Paris, — 239,1 ;
il y eut disette à la suite de cet hiver.
1716. * Hiver rigoureux dans le Nord; la Tamise gèle
à Londres ; des boutiques sont établies sur la glace. A Paris,
— 182,7.
1726. * Hiver rigoureux dans le Nord; on passe en trai-
neau de Copenhague en Suède.
1729.* Le froid a duré depuis le mois d'octobre jus-
qu'en mai. En Écosse, beaucoup de bestiaux périrent sous la
neige; dans d’autres parties de l'Europe des forêts entières
ont été gelées. À Paris, — 15°,3 centig.
1731-32.* Grands froids.
1740. Froid presque comparable à celui de 1709. En
Italie et en Portugal, la neige est épaisse de 8 à 10 pieds ;
le Zuyderzée est entièrement gelé ; à Leyde, le thermomètre
marqua —12° centig. En Angleterre , tous les lacs et la Ta-
mise sont couverts de glace; la Seine aété prise — 149; des pos-
tillons ont été gelés sur la selle de leurs chevaux ; les oliviers
ont souffert. Le froid occasionna un tel fendillement des
roches granitiques et autres des Alpes, que les routes ordi-
taires de ces montagnes étaient couvertes de leurs débris ,
et les éboulements mirent à découvert plusieurs belles ca-
vités tapissées de cristal de roche. Le plus grand froid est
survenu à Lyon le 19 février , par un vent N-E violent;
il s'éleva à — 112,20 centig. , et le thermomètre demeura
au-dessous de zéro pendant presque toute la durée des mois de
janvier , février et mars : les glaces de nos rivières commen-
cèrent à partir le 11 mars. La température fut moins froide
à Aix, où le maximum eut lieu le 8 février, et s’éleva à
— 69,25 centig. A cet hiver succéda un été durant lequel
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 487
il y eut de fortes chaleurs; car, le 19 juillet, le thermo-
mètre dépassa + 35° centig. À Aïx, la liqueur ne monta qu'à
+ 280,43 centig. les 16 et 17 juillet.
1741. A Lyon, le jour le plus froid fut le 26 janvier ;
par un vent Nord violent, le thermomètre descendit à
— 16°,25 ; l'intensité du froid égala donc presque celle de
1709 , mais il ne dura pas ; à Aix, le jour le plus froid fut le
26 février —6°,88. Par contre, dans la journée la plus chaude
à Lyon, celle du 5 juillet, le thermomètre s’éleva +38°,70,
tandisqu'à Aix, il n'atteignit que + 29°,37 les 15 et 16 août.
Voilà donc deux années consécutives où le climat a été plus
excessif à Lyon qu'à Aix. Les 4, 5, 6 et 12 janvier de
l’année suivante ont encore été assez froids : — 112,1 centig.
1742. Hiver remarquable dans le bassin du Rhône par
les oscillations du baromètre de la fin de l’année ; la
plus petite hauteur de cet instrument avait été, le 4 décem-
bre, à 26 pouces 1 ligne — 0" ,706 ; il s’éleva ensuite , Jus-
qu’au 31 décembre, à 27 p. 11 1., ou 0,755 ; et le 3 jan-
vier suivant il atteignit 28 p. 2 1. — 0",762. Ainsi, dans
l'espace d’un mois, ona vu, soit à Lyon , soit à Aix, le
mercure du baromètre dans le plus grand abaissement et la
plus grande élévation où on l'ait vu depuis long-temps. Ces
variations extraordinaires ont été accompagnées, pendant Îx
descente du 4 décembre , d'un vent du Sud impétueux, qui
occasionna sur la Méditerranée une si violente tempête, que
les eaux de celte mer s’étendirent jusqu'à 4 lieues dans la
Camargue , et Les flots , poussés contre les rochers, sur les
côtes de Gênes, s'élevaient de pius de 20 pieds au-dessus des
maisons de cette ville. À Paris , le 10 janvier, — 179,0 ; la
Seine fut gelée par un froid de — 10°. Le 2 octobre de cette
année, il y eut à Lyon une aurore boréale à 8 heures du
soir , ct le lendemain il en parut une seconde plus faible.
1744. Le Mein est couvert de glaces durant sept semai-
488 SUR L'INTERVERSION
nes. À Evora , en Portugal , les maisons sont entourées de
neige au point que les habitants ne peuvent sortir qu'avec
une grande peine. À Lyon, le plus grand froid a été, le
13 janvier, —15°,95; en janvier et en février la liqueur s’est
maintenue presque toujours au-dessous du point de congéla-
tion, et les vents du Nord n'ont point discontinué. A Paris,
la Seine a été gelée par une température de — 9° centig.
1745-46-47-48 et 49. Iivers cités d’une manière générale
pour leur äpreté. Voici les résultats des observations que j'ai
pu retrouver pour Lyon dans les registres du P. Beraud,
174 rate » 21 janvier , — 152,00 centig.
Maximum , 8 juillet, +38 ,12
1746 Minimum, 15 février, — 12 ,20 T. néb. v. Nord.
Maximum, 15 et 16 juill., + 39 ,37
es {Minimum , 15 janvier , — 12 , + A Paris, le 14 jan-
T\Maximum 128; juillet 056537, vier, — 139,6.
PA Minimum, 9 mars, —16 ArParis, 221528.
Maximum , 23 juin, +40 ,75
Il y eut donc, dans ce dernier hiver, un froid presqu'aussi
vif qu'en 1709 ; sa durée peut se partager en trois
périodes. Le premier hiver peut être considéré comme com-
mencant le 3 janvier et finissant au 21 du même mois; le
thermomètre demeura toujours au-dessous de zéro et descen-
dit à — 112,25; le 30 janvier le froid recommenca ct
continua jusqu'au 3 février ; le 26 février jusqu'au 9 mars
constitue la 3" période qui fut signalée par des neiges abon-
dantes; il y eut, en outre, des brouillards épais; cctte année
présente donc une certaine analogie avec celle de 1838. Je
ferai encore observer que les températures maxima des étés
sont excessivement fortes et dépassent ce que nous connaissons
maintenant ; il est à craindre que l'instrument n'ait été affecté
par quelque réverbération.
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 489
1753. Froid très rigoureux à Lyon en janvier ; du 1€ au
7 le thermomètre indiqua d’abord — 8°,75 ; le grand froid
commença ensuite le 25, — 15°,60 centig., et il atteignit
son maximum le 50 janvier, — 16°,25 ; le dégel survint
le 1% février.
1754-55, * A Paris, le 8 janvier 1754, — 149,1, ct, en
1755, — 159,6 centig. En Angleterre, l'ale le plus fort, ex-
posé à l’air dans un verre, se couvre, au bout d’un ;, d'heure,
d'une glace épaisse de # de pouce ; je ne trouve pas d'in-
dication pour Lyon.
1766. Grands froids par toute l’Europe. A Lyon, l'hiver
de cette année est remarquable par sa longueur et sa rigueur,
car le thermomètre est descendu à —-15°,62 centig., et peut-
être plus bas dans les campagnes. Quoi qu'il en soit, plu-
sieurs personnes ont eu les extrémités gelées, les vignes
ont beaucoup souffert , nombre de grands arbres se sont fen-
dus dans toute la hauteur de la tige. Il est bon de ne pas
oublier que les arbres fissurés au point de pouvoir passer la
main dans l’ouverture, se sont ensuite tellement resoudés que
l'on ne distinguait plus qu'à peine la ligne de séparation
sur leur écorce, et après ils repoussèrent en partie ; même
observation a été faite sur les oliviers et les figuiers à Oran-
ge , en sorte qu'il ne faut pas toujours se presser d’abattre les
arbres qui semblent morts. La Saône a été interrompue dans
son cours le 28 décembre 1765, et ses eaux prises jusqu’à
sa source pendant plus de 7 semaines ; il y eut ensuite des
neiges abondantes en janvier, dont la fonte commenca brus_
quement le 12 février par un orage assez fort, sans cependant
produire de malheurs par la débacle.
Le 6 janvier, le Rhône gela entièrement en face de la
rue du Puits-Gaillot, et le peuple s’y précipita pour traver-
ser aux Brotteaux; mais M. de la Verpillière, commandant
de la ville, interdit ce passage, et, une heure après cette me-
490 SUR L'INTERVERSION
sure de police , la débacle arriva ; tous les bateaux attachés
au pont en furent entrainés. Dans cette période de 1766,
la force et la longueur de la gelée, la cessation de la pluie
pendant près de deux mois avaient occasionné une telle di-
minution dans nos rivières , qu'il n'est pas de mémoire que
les eaux de la Saône aient été plus basses : suivant des mesures
précises , elles étaient, dans le mois de janvier, à 22 picds
au-dessous du niveau des hautes eaux de 1711,et à 5 ou
6 pieds au-dessous des eaux moyennes. Cette étonnante di-
minution donna lieu à la découverte d’une jambe de cheval
en bronze , enfoncée dans le sable de la rive gauche de la
Saône près du monastère de Ste-Claire ; cette pièce d’anti-
quité est conservée au Musée de Lyon. L'été suivant fut si
sec pendant 6 mois, que les bateaux ne purent descendre le
Rhône ni la Saône avec leurs charges ordinaires, et les per-
sonnes les plus âgées n’ont aucun souvenir d’une navigation
interrompue pendant un temps aussi considérable. La Seine
fut prise à Paris par un froid de — 9°.
1767. Hiver rigoureux par toute l’Europe ; voyageurs
morts par excès de froid ; arbres fendus et détruits ; le froid
a été aussi intense qu'en 1709 ; ce qui a cependant rendu
celui de 1767 moins rigoureux que celui de 1766, au
moins à Lyon, c'est que dans ce dernier cas 1l a eu une
durée de 14 jours , tandis que dans la présente année il n’a
duré que 3 jours. Une tempête du Sud mit fin au froid
sans cependant faire cesser l'hiver , en sorte que les glacons
ne se fondirent que très graduellement ; ils occupaient en-
core la Saône le 3 février. Le minimum eut lieu le 11 jan-
vier, — 200,00 centig. Le Nord, qui survint au mois de juin,
refroidit l'été au point qu’à la St-Jean on s’approchait encore
du feu. A Paris, —15°,3, la Seine fut prise.
1768. Iliver encore considéré comme rigoureux pour
toute l'Europe. À Lyon, un vent du Nord violent , qui sur-
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 491
vint le 3 janvier , abaissa la température à — 122,18 , et
détermina la prise de la Saône depuis le pont de l'Archevé-
ché à celui de St-Gcorges. Le #4, le froid fut plus vif,
—129°,50 ; la Saône fut prise jusqu'au Palais; le Rhône était
bas et commencait à charrier. Le 5 , la température s’abais-
sa à — 159,55, et les glaces du Rhône s’accumulèrent
contre le pont de la Guillotière et se soudèrent, par la viva-
cité du Nord, jusqu’au dessus du Collége, en sorte que l’on
put traverser le fleuve. Le 6 janvier le froid fut encore con-
sidérable, puis il diminua jusqu’au 8, où le dégel commenca.
IL est à remarquer que ce froid fut précédé , le 1% janvier,
par un orage violent , suivi d'une pluie dont les gouttes
gelaient en tombant. Ainsi donc l’espace de huit jours a vu
commencer et finir un froid extrème, dont l'événement forme
époque dans la ville.
Les oliviers ont encore souffert dans le Midi. A Paris,
— 170,1.
1769. Il est tombé beaucoup de neige en avril dans les
montagnes lyonnaises , dans celles du Forez, du Bugey et
sur la Bresse , et point autour de Lyon.
1771. L’Elbe gèle. A Lyon, le minimum eut lieu Île
11 février , et fut de — 8°,75 seulement, par un vent du
S-0. Mais en juin il tombe deux pieds de neige en Suisse et
en Savoie, ce qui refroidit l'atmosphère de la ville au point
qu'il faut se chauffer ; dans le Midi, la brise n’a point soufilé
pendant l'été de cette année. A Paris, — 139,6.
1773. La Saône fut prise en janvier ; puis elle déborda ,
ainsi que le Rhône, à la fin du mois ; mais en février le
froid acquit plus d'intensité ; le 2, il tomba un grésil et une
neige poussés avec violence par le Nord, en sorte que la Saône
commenca à charrier le 3 ; le 5 , le tour du Rhône arrive;
le 6 , la Saône fut arrêtée par les glaces amoncelées à plus de
quinze pieds de hauteur en divers points, depuis le pont
492 SUR L'INTERVERSION
St-Vincent jusqu à l’Ile-Barbe ; le Rhône fut arrêté pareille-
ment près de Montluel. Le 8 et le 9, neige abondante ; en-
fin, le 18, il tomba une petite pluie qui fit partir les glaces
sans accident , quoique les énormes monceaux eussent donné
lieu à de grandes craintes. Le minimum eut lieu le 10 février
et fut de — 14°,06 centig.
1776. Le Danube , au-dessus de Vienne , porte une glace
de cinq pieds d'épaisseur ; et, en général, l'hiver fut des
plus rigoureux ; car, en Hollande et en France, le vin gela
dans les caves; beaucoup d'hommes, d'oiseaux et d'animaux
sauvages périrent. Cependant en Suède et en Russie la même
saison n'offrit pas de froid bien remarquable.
A Lyon, la Saône commmenca à charrier le 20 janvier ;
elle fut prise le 27 à Serin ; le 30 , au pont de l’Archevèché,
et le 31 , jusqu’à celui de St-George. À ces mêmes dates, le
Rhône charriait avec force et les Losnes étaient prises. Le
froid fut si excessif, que des bouteilles de vinaigre à la lavande
distillé, placées dans un appartement tempéré, éclatèrent,
et le liquide ne formait qu'un seul morceau de glace; le mi-
nimum eut lieu le 1% février, par un vent de N-0,
— 18°,12 centig. ; la seconde moitié de cet hiver a été plu-
vieuse , et le 2 février le dégel commenca , et il y eut des
débordements ; ceux-ci furent annoncés , le 11 février, par
une énorme tempête, qui dura de 11 heures du matin à la
nuit.
Le P. Cotte établit, comme froid moyen de cet hiver ,
d’après les résultats fournis par trente-deux villes de lEu-
rope, et surtout de la France, —21°,75. A Paris, le 29 jan-
vier , — 199,1: cinquante jours de gelée sans interruption.
1777. A Lyon, le minimum eut lieu les 14, 15 et 23 jan-
vier, et fut de — 6°,87 seulement, par un vent S-0 ;
cependant le Rhône et surtout la Saône ont charrié ; cette
dernière fut même prise le 3 janvier entre le pont St-Vincent
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 493
et celui de Serin ; les glaces étaient amoncelées au-dessus de
l'Ile-Barbe , et le 10, au soir, le dégel a commencé sans que
la débâcle occasionnât de dommages, quoiqu’on eut concu
des craintes pour les ponts dont on avait barré le passage.
1779. Il n'y eut pas de neige en hiver à Lyon. Cependant
le froid a été rigoureux en commencant. Le 6 janvier , la
Saône charriait ; le 7 , elle était prise au-dessus des ponts , et
les glaces accumulées s’y sont maintenues jusqu’au commen-
cement de février. Le minimum eut lieu le 20 janvier par
le vent du Nord, — 9°,37.
1780. L'hiver fut considéré comme froid à Marseille’,
ainsi que dans les années 1774, 1775, 1776 et 1777. A
Lyon, le minimum eut lieu le 29 janvier, par un vent du
Nord, — 5°,93 seulement ; mais il y eut beaucoup de neige.
1782. D'après le P. Cotte, la moyenne de vingt-trois
villes donne — 9°,75.
1783-84. D'après le P. Cotte, la moyenne de quatre-
vingt-trois villes est de — 199,75. A Paris, le 30 décembre
1783, — 190,1.
1785. Froid d'une rigueur extraordinaire à Genève,
d’après de Saussure , accompagné de brises du Sud et du
S-0. ; le petit Belt s’est entièrement gelé.
1788-1789. Rigoureux hiver, qui s'annonca à Lyon
dès le mois de novembre , où le vent du Nord prit le dessus
et refroidit l'atmosphère ; les deux premiers mois d'automne
avaient été très secs et les rivières très basses; le vent du
Nord entretint cet abaissement au point que , le 1% décem-
bre, la Saône était de 3 pouces plus bas qu'en 1749 et
1766 , années considérées comme les plus mémorables du
siècle , à cause de leur sécheresse. Le froid prit une intensité
toujours croissante en novembre, et le 25, la Saône étais
gelée; le thermomètre marquait — 12°. Le Rhône com-
menca à charrier le 27 décembre, continua le 28 , et enfin
T. I 53
494 SUR L'INTERVERSION
le 29, il fut aussi pris ; il resta en cet état jusqu'au 14 jan-
vier; la glace avait jusqu'à 18 pouces d'épaisseur. Par me-
sure de précaution , on chargea le pont de St-Clair ou pont
Morand de 300 milliers de graviers , afin de le prémunir
contre la débâcle, précaution qui ne fut pas inutile ; car,
malgré d’autres soins encore , les avant-becs furent rom-
pus par les glaces et les radeaux de bois; il y eut même
un pilotis de Ja troisième palée qui fut brisé. Cette débâcle
eut lieu le 14 , à 6 heures du matin.
Celle de la Saône ne fut pas moins désastreuse : elle
commenca le 15 janvier 1789 , et le pont de Serin en fut
renversé en entier le 17.
Cet hiver fit périr beaucoup de châtaigniers des environs
de Givors; les oliviers périrent presque tous dans le Midi.
Depuis 1749 , le thermomètre, en Provence, ne descendit
jamais au-dessous de — 9° centigrades; et cette période
n'ayant point offert de froids de — 15° et — 18°, comme on
en avait observé auparavant , quelques personnes admettaient
déjà que le climat s’améliorait. Mais , en 1789 , l'illusion fut
détruite; car on éprouva, à Marseille, un froid de — 17° cen-
tigrades.
A Valence , en Dauphiné , le Rhône commenca à charrier
le 27 décembre, s’est pris le matin du 29, et demeura
tel jusqu’au 13, comme à Lyon, quoiqu'il soit très-rapide,
et l'expérience démontra qu’en plusieurs endroits il était
gelé jusqu'au fond. Personne ne se rappela avoir ouï dire
que l’on eût ainsi passé ce fleuve durant 16 jours de suite.
Le ciel a été assez beau pendant ces fortes gelées ; il a
seulement été couvert en partie les 27 , 28 décembre , et les
1%, 5, 6 et 7 janvier. Il tomba un peu de neige les
26 décembre et 8 janvier ; le vent a été presque constamment
au Nord depuis le 5 décembre jusqu'au 10 janvier.
Cet hiver a encore présenté, à Valence , diverses oscilla-
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 495
tions. Ainsi, après des froids de — 1 1°,25 du 20 décembre, la
température s’éleva, le 22, à —1°,87, et ilyeut un faux dégel
qui dura 2 ou 3 heures environ ; le 26, le thermomètre re-
monta encore à zéro, et cette nouvelle élévation occasionna un
second faux dégel d’une heure seulement ; le maximum de
froid eut lieu le 31 décembre, et fut de — 19° centigrades ;
enfin , le 9 janvier , le thermomètre étant de nouveau monté
à + 1°,25 au-dessus de zéro , le dégel commenca et dura
avec la pluie , plusieurs jours de suite , par le vent du Sud.
Les températures minima , observées dans plusieurs villes
du bassin du Rhône , ont été les suivantes :
Dates. Aero Alutude,
Grande-Chartreuse . . le 30 déc. Las 26,95
Lons-le-Saulmier. . . le 31 déc. — 24,00 9257m
Pontarlier . . . . le 31 déc. —93,75 828m
Châlons! 4514 4 41les3 fd. 59. 992,75 178m
Emoats 64 ire 40 200 Sç0le 54 déc. — 21,87 162"
Grenoble. . . . . le 31 déc. — 21,25
Tournus..s + :. , ; le:31 déc. — 20,62
Haut-Vivarais . . . le 31 déc. — 19,37
Centre euueiou) de/déc: — 18,12 379m
Vamiersis ui 8220. 41trle déc: — 18,12
Mont-Dauphin (Dauphiné) le 31 déc. — 17,75
Avignon, 42:18, 13%,r51le 8 1-déc. — 15,00
Toulouse, . . . +. le 31 déc. — 13,75 139m
Ceneeiss, ,1:4 o040h.18le;8t déé: — 12,50
Montpellier . . . . le 31 déc. — 12,50
Béziers . . . . . le 31 déc. — 6,87 69%
Nice) 2714088 s0100 1e 3t/déc: — 6,25
En général , la moyenne de 110 villes, prises dans toute
l'Europe, a donné au P. Cotte — 21°,25 ; d’où il suivrait
que l'intensité du froid a été moindre qu'en 1776 ; mais sa
496 SUR L'INTERVERSION
plus longue durée en a rendu cette fois Les effets plus désas-
treux. A Paris, le froid a duré 50 jours consécutifs. Le
31 décembre, jour du plus grand froid à Valence, le vent
du Midi se fit sentir dons la capitale, et il semble, dit le
P. Cotte, avoir ramené les vapeurs glaciales que le Nord
avait accumulées au Sud ; il abaïissa le thermomètre à
—91°,75. Des observations analogues ont été faites en 1709,
et les 30 et 31 décembre 1783, jours où le thermomètre
descendit à — 14°,25.
Le froid n'a pas suivi l’ordre des latitudes : il a été plus
vif dans certaines villes d'Allemagne qu'à St-Pétersbourg ,
plus vif aussi à Paris que dans certaines villes du Nord,
circonstance que le P. Cotte attribue à la plus grande hau-
teur de ces dernières. Enfin , dans le temps où le froid était
excessif en France , il avait beaucoup diminué en Pologne. Il
sera curieux de comparer ces résultats avec ceux de 1838.
En général , les effets du froid ont été tels , que la gelée a
pénétré dans des caves où 1l n'avait pas gelé depuis un siècle;
même l’eau de plusieurs puits a été prise; la grippe a été endé-
mique, surtout au commencement du froid , comme pendant
le rude hiver de 1776 ; beaucoup d'hommes sont morts de
froid ; les moutons, renfermés dans les étables malsaines,
ont été victimes du préjugé que ce genre de vie leur con-
vient mieux que celui des habitations en plein air ; beaucoup
ont péri et presque tous ont perdu leur laine , tandis qu'en
Bourgogne , où l'on a suivi l'exemple donné par d’Aubenton,
de les tenir toute l’année en plein air , ils n’ont pas été ma-
lades et n'ont pas perdu leur toison; les chevaux sont ceux
des animaux domestiques qui ont le moins souffert. Dans les
étangs de la Bresse, la glace a eu 16 à 17 pouces d'épais-
seur, recouverte de 16 pouces de neige; aussi, après le
dégel , les rives ont été couvertes d’une prodigieuse quantité
de poissons poussés par les vents et les flots , à tel point que
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 497
Fon fut obligé de les faire enterrer , opération qui fut facilitée
par les nuées de corbeaux , les loups, les renards , les chiens
et les porcs , qui s’abbatirent sur cette proie. Le désastre est
surtout survenu dans les étangs sujets à la brouille, végéta-
tion qui, décomposant l'air vital contenu en dissolution dans
l'eau , a pour ainsi dire provoqué l’asphyxie du poisson.
Les végétaux ont aussi été très maltraités : il est à remar-
quer que les épinards ont particulièrement résisté.
En 1709, le froid fit beaucoup de mal, par la raison que
la terre était imbibée d’eau, des pluies abondantes ayant
précédé immédiatement le grand froid : aussi la terre
mouillée se dilata par l'effet de la gelée , les racines de blé
furent déchaussées, les arbres s’entr’ouvrirent par la même
cause , et le mal fut très subit et bientot apparent ; en
1789, la terre était sèche : aussi les ravages ne furent que
partiels ; cependant beaucoup d'arbres, par un reste de
vitalité, essayèrent en quelque sorte de pousser des jets au
printemps ; mais dès que la chaleur prit des forces, les
feuilles, les fruits, tout tomba, et la mort, qui existait réelle-
ment, ne se manifesta que par la privation totale de la sève.
1793. On vit, à Lyon, les bâtiments se couvrir de glace
après un adoucissement de température. Le même événe-
ment eut lieu à la fin des froids de 1838.
1795. Froid remarquable au moment où l’armée fran-
caise entra en Hollande. Le 25 janvier de cette année, le
thermomètre baissa, à Lyon, à — 22°,5 centigrades; à
Paris, à la même date, — 239,5. 59 jours de vents orien-
taux, 55 jours de gelée, dont 30 dans le premier mois ;
19 dans le second, et 6 seulement dans le troisième mois.
1798. A Paris, le 26 décembre, — 17°,6.
1799. A Paris, 51. jours de gelée dans les 3 mois d'hiver,
avec une interruption dans les froids durant le second mois.
Minimum , — 189,75, 43 jours de vents orientaux.
498 SUR L'’INTERVERSION
1800. Hiver précoce très froid , très long, comme le
précédent , neige abondante , température assez basse pour
faire souffrir les oliviers. A Paris , 40 jours de gelée dans les
3 mois d'hiver , la Seine glacée. Minimum, — 13°,75. Sur
90 jours , il y en eut 29 seulement de pluie ou de neige, et
29 de vents orientaux.
Le 19 janvier 1801, le Doubs gela entièrement.
1802. Le 17 janvier, le thermomètre descend , à Lyon ,
à — 20° centigrades. À Paris, 33 jours de gelée.
1808. Hiver froid et très sec dans le Midi. A Paris, on a
eu 45 jours de gelée, en sorte que la somme totale du froid
a été plus grande que dans les hivers précédents, bien qu'il
n'ait pas été fort vif, puisque la température la plus basse a
été — 60,87 seulement. Dans cette même ville, on eut
64 jours sans pluie ou neige, tandis que dans l’hiver de
1806 on avait eu 60 jours de pluie. Les vents boréaux ont
dominé , en sorte que tout l'ensemble de cet hiver présente
un penchant à être rigoureux.
1809. Hiver rigoureux pour l'Asie boréale et une grande
partie de l'Europe, car des froids très intenses et long-
temps soutenus régnèrent dans la Russie, la Suède, le
Danemarck, la Pologne, et se firent sent” même à
Naples, tandis qu'en France, dans les deux tiers de l'Alle-
magne, l'Espagne , etc. , on n’eut presque point d'hiver. Ce-
pendant, au mois de janvier 1810, on put traverser la
Saône sur la glace durant plusieurs jours, et le thermomètre
descendit le 19 à — 179,5, en sorte qu’en général le froid a
été remarquable.
1812. Froid vers le Nord , mais température modérée et
sèche dans le Midi.
1820. Époque malheureuse, durant laquelle les provinces
méridionales eurent beaucoup à souffrir. Grande neige. Le
département des Bouches-du-Rhône éprouva un froid de
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 499
— 179,5, tandis que , depuis 1800 à 1819 , le thermomètre
n'y élait pas descendu au-dessous de — 9° centigrades. Le
Uhône et le Gard ont été pris durant plusieurs jours. Les
11 et 13 janvier, le thermomètre est descendu ;, à Lyon,
à — 13°,12. La débâcle de la Saône, qui eut lieu le 25 , oc-
casionna une inondation désastreuse. À Paris , le 11 jan-
vier , — 140,3.
1823. Paris, le 14 janvier, — 14°,6 centigrades.
1829-1830. Le froid a commencé de bonne heure à
Lyon, et n’a présenté, jusqu'au 5 février, que de courtes
intermittences. Déjà dès le commencement d'octobre il
régna, quoiqu'à un degré supportable; mais au 22 dé-
cembre , la neige est tombée avec abondance et la terre en à
été couverte par une couche de 10 à 12 pouces d'épaisseur.
Le 25 décembre , la température est devenue tout à coup
très froide , et le vent du Nord a soufflé avec assez de vio-
lence. Le 26 décembre , le thermomètre indiqua — 5°,75
centigrades ; le 27, — 15°,00.
Le froid s’adoucit le 5 , et le thermomètre montant à 2 ou
3 degrés au-dessus de zéro, le dégel parut vouloir com-
mencer; mais après deux jours, durant lesquels il tomba
encore une énorme quantité de neige, le froid est redevenu
graduellement plus vif, au point d'atteindre — 16°,87 dans
la journée du 16 janvier; le 20, le vent du Sud éleva
la température à + 6°,25 , et dès ce moment un dégel , qui
dura plusieurs jours, fit espérer la débâcle des glaces.
Cependant , vers la fin du mois, une nouvelle recrudescence
amena des froids de — 12°,5, et les cinq premiers jours de
février donnèrent encore des minima de — 15°,62. Durant
tout ce temps, le baromètre a été assez haut ; seulement , à
l'époque où a régné le vent du Midi , il est descendu un peu
au-dessous de 27 pouces. Le Rhône fut pris vis-à-vis de Mi-
nibel, et la Saône en plusieurs endioits. On put patiner en
500 SUR L'INTERVERSION
amont et en ayal du pont de l'Archevèché, et la débacle eut
lieu sur le Rhône le 9 février; les eaux s'élevèrent à une
grande hauteur, entrainant avec elles plusieurs moulins. Le 16
février , au milieu de la nuit, les boites annoncèrent à leur
tour la descente des glaces de la Saône. Arrêtées un moment
entre la culée du pont de la Gare et l'ile-PBarbe , elles firent
craindre des accidents ; mais elles reprirent bientôt leur
cours. La neige manqua dans les Alpes.
A Paris, le thermomètre indiqua — 14°,5 centigrades.
1837-1838. Le froid de cette période parait avoir com-
mencé en Russie ; car, déjà en décembre 1837, sous l'in-
fluence d'un froid sec de — 22 à 24°, la neige, qui rend les
communications si faciles dans l'empire russe, avait tota-
lement manqué, et ce fut sous ce ciel rigoureux qu'arriva , le
30 décembre, l'incendie du palais impérial de St-Pétersbourg.
Des bords glacés de la Newa , ce vent sec du Nord fut porté
jusqu'aux rivages de la Mer Noire ; mais, en passant sur les
deltas des grands fleuves qui se jettent dans cette mer, ce
vent froid en condensa les vapeurs, sous forme d’un brouil-
lard froid et glacial quis’étala sur les deux rives du Bosphore et
de l’Archipel. Au brouillard succéda la neige , à la neige la
glace , et le froid augmenta tellement d'intensité, que l’eau
gela dans les vases des bateaux à vapeur durant la traversée
de Smyrne à Constantinople.
Cependant, ce froid vint s’évanouir dans la Méditerranée,
et y produisit seulement, par son contact avec l'atmosphère
tempérée, des vents variables et plus ou moins violents,
dont la navigation eut beaucoup à souffrir.
Tel fut le terme de ce premier froid qui appartient encore ,
par sonorigine , à l’année 1837. Etait-ce un pronostic du froid
de 1838, et Le second est-il une conséquence du premier ?
C’est ce qui paraït extrêmement probable ; car, le 5 janvier ,
la chaine des Alpes se couvre d’une quantité de neige plus
DE LA TEMPÉRATURE ATMOSPHÉRIQUE. 501
forte que dans les plus grands froids ; elle tomba avec tant
d'abondance, que les vallées de la Suisse, des fautes et
Basses-Alpes , en furent encombrées; de là, elle descend dans
le bassin du Rhône jusqu'à Valence, puis dans les bassins de
la Loire et de la Seine , où elle arriva à Bourges et à Auxerre ;
mais, sur le versant septentrional, dans le bassin du Rhin, la
neige est remplacée par un brouillard lourd et humide qui
s'étend le long du fleuve , passe en Angleterre , et couvre la
ville de Londres de ténèbres si épaisses, qu'à quatre heures
du soir la circulation des rues est forcément interdite. Dans
le bassin du Danube , la neige , au contraire, s'arrête immé-
diatement au pied des Alpes; c'est lorsque cette première
neige cesse de tomber sur les Alpes, le 6 janvier, que le
froid rigoureux commence à se faire sentir à Geneve et à
Lyon; mais, tandis qu'il oscillait, entre certaines limites, dans
la zône Nord-Occidentale de l'Europe, les choses se passaient
différemment sur le versant oriental ; car des pluies bat-
tantes fondirent les neiges des Alpes et grossirent le Danube
au point de causer des débordements désastreux.
En général , le froid s’est soutenu partout jusqu'au 20 ; et
depuis lors il a rapidement décliné ; ce qui est encore remar-
quable , c’est que le dégel a commencé aux bords de l'Océan
pour se propager, avec le vent d'Ouest, jusqu'aux régions
alpines.
me 4 C'EST snpogaiant as jaoint, éaf “#4 À
sérum free crdnnogos pau £l. vf k | æ à
+ cm g, Map mprsah es 3-5 solvants bai, pe es Half
DT OL End
Æ a me ou Do ERA HEAR s
a SAINS" de"
PRÈS eut te d
De et Sri :
ue #
’ in
RECHERCQHES
ANALYTIQUES
SUR
DIVERSES EAUX DE L'INTÉRIEUR DE LYON
ET DES ENVIRONS,
PAR
M, À Bineau,
PROFESSEUR DE CHIMIE À LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LYON.
Ayant eu mission d'étudier la composition de quelques eaux
que renferment Lyon ou ses environs, j'ai été conduit à faire
diverses recherches, dont je vais exposer les résultats princi-
paux. Jai compris dans ce travail les eaux de nos deux ri-
vières , celles des sources du plateau de la Bresse les plus
abondantes et les plus voisines de nous, et enfin celles du
Jardin-des-Plantes et de la fontaine des Trois-Cornets,
504 RECHERCHES ANALYTIQUES
Eau du Rhône.
Dépouillée par le filtre des matières qui s'y trouvent sim-
° , A : ,
plement en suspension, l’eau du Rhône ne retient plus qu'une
. r A . 24 Li e
quantité extremement faible de substances étrangères, qui
sont d’ailleurs sujettes à varier considérablement suivant les
temps.
Pendant l'été de 1835 , les eaux du Rhône ont été exami-
nées par M. Boussingault. D'après son analyse , un litre de
cette eau contenait :
Acide carbonique. . 6°%,5
Aie Pad te La MECS 14,5 centim. cubes.
Ohbénets se xtR ot
Carbonate de chaux . 02-,101
Sulfate de chaux . . 02-,007
Sulfate de magnésie . traces.
Sulfate de soude . . id. ARS IOE:
Chlorure de sodium . id.
Chlorure de calcium . id.
Matières organiques . id.
Voici, d'autre part, les résultats que j'ai obtenus à diverses
époques de cette année. Les gaz ont été ramenés par le calcul
à la température de 0°, et, à l’état de sécheresse, sous la pres-
sion de 0", 76; il en sera de même dans les résultats qui
suivront. Les nombres donnés seront toujours relatifs à un
litre de liquide.
2 mars. 18 mars. 98 avril. 20 sept.
Acide carbonique. 12%,8 16%,7 10,9 7cc ,9
dues sie CMOS CT UT, ON
3
À
Oxigène … 4/54 1cc.,9 enr mel (
Total des gaz . 38%,7 47e, 326,5, 28,2
SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENVIRONS. 505
9 mars. 18 mars. 98 avril. 20 sept.
Carbonate de chaux e
accompagné d'un #. gr. 22 +
peu.destice.. .. 0,141 0,135 0,140 0133
Sulfate de chaux . 0,014
Sulfate de soude et 0,001 non déterminé.
de magnésie . . 0,016 )
Chlorure de sodium. 0.001 0,001 id. id.
Azotates de chaux ,
de potasse et de
inaghésie., + : U,00S 0,003 id. id.
Total des sels dissous. 0,175 0,140
Matières organiques. 0,007 0,015 id. id.
Mat en suspension. » 0,400 0,025 id.
1° Ce tableau démontre que la proportion des gaz , et no-
tamment celle de l’acide carbonique , est susceptible de très
grandes variations.
2° On voit que la quantité de carbonate de chaux ne croit
pas toujours en même temps que celle du gaz carbonique.
Par conséquent, l’eau n’est pas toujours chargée de tout le
carbonate calcaire que ce gaz lui permettrait de recevoir en
dissolution ; il parait même qu'elle ne lest jamais ou
presque jamais. La grande vitesse des eaux du fleuve
est sans doute la cause qui les empêche de se saturer com-
plètement de carbonate de chaux. Dans les puits voisins du
Rhône et qu'il doit alimenter, j'ai trouvé constamment plus
de calcaire en dissolution que dans le fleuve lui-même. Les
autres matières salines y étaient aussi généralement plus
abondantes. Cependant l’eau du puits de la ferme Bergeron,
aux Brotteaux , ne différait guère de celle du Rhône que par
une plus forte dose de carbonate de chaux.
3° Les résultats du 2 et du 18 mars montrent Jusqu'à quel
506 RECHERCHES ANALYTIQUES
point est variable la proportion des sulfates dans le Rhône.
Le 18 de ce mois, on y rencontrait à peine la trentième par-
tie du poids des sulfates qui y existaient 16 jours auparavant.
4° La présence du nitre n'est point un fait accidentel.
Les nitrates se sont décelés également, à l'aide de l'acide sul-
furique et du sulfate de fer , dans d’autres eaux puisées dans
le fleuve à diverses époques.
5° Les deux nombres qui représentent le poids des matières
qui n'étaient qu'en suspension, ont été obtenus à des temps où le
fleuve se trouvait dans des circonstances tout opposées sous
le rapport de sa limpidité. Ils peuvent donner une idée des
différences dont sont encore susceptibles à cet égard les eaux
du Rhône.
Eau de la Saône.
L'eau de la Saône est réputée contenir en dissolution plus
de substances salines que l’eau du Rhône. Effectivement,
elle s’est troublée plus que cette dernière , par le chlorure
de barium et par l'acide oxalique , lors du grand travail fait ,
en septembre 1807, par la Société de pharmacie. (Voy.
Examen Chimique etc., pag. 1x. ) Toutefois les deux essais
que j'ai faits sur cette eau sembleraient indiquer que c’est
plutôt sous le rapport des matières organiques que les eaux
du Rhône l’emporteraient en pureté sur celles de la Saône.
On remarquera qu'avec la même dose d’acide carbonique,
ces dernières sont proportionnellement plus chargées de car-
bonate calcaire. La moindre rapidité de leur courant en est
vraisemblablement la cause.
5 mars. 51 mars.
Acide carbonique. . . 12,6 1,4cc,, 1
Aaatcsaouitét bles. ST st 15cc,6
Oxigène “adieu Gcc,0 6e ,2
TOME TAN: 324,3 35,9
SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENVIRONS, 507
Carbon° de chaux et silice. 0,1 34
Sulfate de chaux . . . 0,003
Chlorure de sodium . . 0,002
MeIE "10,002
Total des mat‘ salines. 0,141
Matières organiques . . 0,030
2
Eaux de Neuville, Fontaines , Sathonay ;, Royes.
Les eaux qu'on propose d'amener à Lyon, pour les besoins
de ses habitants, sont fournies par les sources de Neuville, de
Fontaines, de Sathonay et de Royes.
À Neuville, la fontaine Camille et celle de la Vosne offrent
d’abondantes eaux , presque exemptes de sulfates et de chlo-
rures , mais assez fortement calcaires pour être incrustantes.
Dans une des sources de la Vosne , j'ai trouvé les quantités
de gaz suivantes :
S
Acide carbonique LEE
RE AT un à 0
Oxigène “om he
48 centimètres cubes.
18
5
71
L'eau puisée au milieu du ruisseau a donné à l'analyse les
résultats qui suivent :
Acide carbonique . . . .
AAnle F188.%, OUL:. 4,
MIMIEONS 1e fr Æetnt res
Carbonate de chaux accompa-
gné d'un peu de silice. .
Chlorure de sodium . . .
Sulfate de chaux . . . .
AZI,
Matières organiques . . .
39cc ,7
16,8
6€c,5
0,238
0,005
0,002
0,007
0,04
63cc,0
0s.,259
environ.
508 RECHERCHES ANALYTIQUES
J'ai soumis à l’analyse de l'eau de la Vosne prise à des
époques difiérentes. Les résultats obtenus n'ont point été
complètement identiques avec ceux que je viens de citer. J'ai
trouvé, par exemple , quelques semaines plus tard, 5 mulli-
grammes, par litre , de sulfate de chaux , au lieu de 2. Tou-
tefois je n'ai jamais observé des différences bien notables,
et il en a été de même dans les divers essais que j'ai faits sur
les eaux des autres sources du même plateau.
Les matières organiques rencontrées dans l’eau de la
Vosne pouvaient provenir, en partie , des plantes aquatiques
qui végètent dans le ruisseau et des petits animalcules qui les
environnent. Ces matières organiques, d’abord sans influ-
ence sur la saveur de l'eau, se font sentir d’une manière bien
évidente après l’action prolongée d'une température un peu
élevée. Notre habile collègue, M.Buisson , a exposé au-dessus
d’un four de boulanger quelques litres de l’eau dont il s’agit.
Au bout de deux ou trois jours, le liquide avait pris un goût de
marécage, très faible, mais bien manifeste. Placée dans les
mêmes circonstances, l’eau du Rhône conserva entièrement
sa saveur franche. Celle de la Saône acquit un goût légère-
ment fade, sensible seulement à une dégustation attentive.
L'eau de la fontaine Camille a offert la composition sui-
vante :
cc
Gaz carbonique 40. … .. 33,5
Anotel MED OOT MA. , 15.8 , 45,9
Dsicene . 2" .- 6,2
gr.
Carbonate de chaux. . . . 0,195
Sulfate de chausiat-0 . - . "0,001
Chlorure de sodium. . . . 0,006
Asotates . 1 Fe - : »
Matières organiques. . . . 0,01 environ.
SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENYIRONS. 509
L'eau de la fontaine Camille est la moins calcaire de toutes
celles du même plateau que j'ai analysées. Cependant, au sor-
tir du canal souterrain où elle coule d’abord , elle commence
déjà à former des incrustations. Il est à remarquer que,
depuis leur point de départ jusqu’au moulin des Foulons, près
de la Saône, les eaux de la Vosne et de Camille donnent
naissance à des dépôts d'autant plus abondants qu'elles s’é-
loignent davantage de leur source. Elles doivent, en effet,
avoir , à l'origine, un excès de gaz carbonique , par rapport
au carbonate de chaux; et, de plus, il y a lieu de penser
que la précipitation du sel calcaire et le dégagement du gaz
carbonique ne s'eflectuent pas simultanément. Ne voit-on
pas fréquemment des dissolutions salines, faites à l'aide de
la chaleur, conserver, malgré la perte de leur calorique ,
pendant plusieurs heures , et même pendant plusieurs jours ,
l’excédant de sel que l'élévation de température leur avait fait
dissoudre ? De même, probablement, le départ du gaz carbo-
nique n'entraine pas une précipitation immédiate du carbo-
nate de chaux qui s'était dissous sous son influence.
Voici maintenant les résultats qui ont élé fournis par les
eaux de Fontaines et de Ronsier ( territoire de Sathonay ) :
Fontaines. Ronsier.
Acide carbonique . . . 43c,9 302,0
Aebie D NS AA D EME Gore 6 16,3
ASE IE TAON Su Dir ECG 5 6,6
Total desgasele » 66% ,0 54,9
1 Ces eaux ont toutes élé apportées dans des bouteilles bouchées et cachetées
soigneusement. Cependant, comme je n’ai pu quelquefois les analyser que long-
temps après, le dosage des gaz, et particulièrement de lacide carbonique , n’a peut«
être pas été obtenu toujours très exactement.
T. Hi: 34
510 RÉCHERCHÉS ANALYTIQUES
Fontaines. Ronsier.
Carbonate de chaux avecun gr. 0,240
peu de silice. . . . 0,090 0024
Sulfate de chaux . . . 0,004 0,005
Chlorure de sodium. . . 0,016 0,014
Arotates lc <) a 0 ETOsTa 0,010
Total des mat‘ salines . 0,562 033
Ces eaux contiennent , comme les précédentes, des ma-
tières organiques. Je n’en ai point évalué la quantité.
M. Boussingault a analysé, il y a quatre ans, l’eau de Royes,
prise au réservoir de la manufacture de toiles peintes de
M. Coubayon. Il y a rencontré :
Acide carbonique . . . : 31,7
Acotesmemne nee e gg is RS Hara
CREER LT RS NE 6,2
Carbonate de chaux. . . . 0,239
Sulfate deschaux: ce so 03043:35$:0.268
Chlorure de sodium. . . . 0,011 Le
Matières organiques. . . . 0,0015 & =
J'ai trouvé les eaux puisées au même réservoir composées
de la manière suivante :
CE
Acide carbonique +: . . :. 33,5
ER OL D Der ne s OU » Doi
M On Lee,» 7,6
r.
Carbonate de chaux . . + 0,235
Sulfatedeschauxs … … « . 0,0%
Chlorure de sodium . . . 0,013 0,280
Aotatesit, 21, 0tupbtan 1 yo 080
Matières organiques . : . 0,01 ou 0,02 environ.
LÉ]
SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENVIRONS. 511
Recueillie aux sources mêmes , l’eau de Royes n'offre pas
une composition semblable à celle que je viens de rapporter.
Le trajet qu’elle fait , quoique très court, la modifie. Dans le
parcours des galeries souterraines , elle perd de l’acide carbo-
nique et du carbonate de chaux. Son lit est même incrusté
de calcaire, qui soude ensemble les cailloux roulés qui s'y ren-
contrent. J'ai trouvé, dans l’eau prise à l’une des sources ,
quelques centigrammes , par litre , de carbonate calcaire de
plus qu'au réservoir , et jusqu'à 47 centimètres cubes de gaz
carbonique au lieu de 33.
En résumé , toutes les eaux de source dont il vient d’être
question renferment trop peu de matières salines pour donner
lieu de craindre de leur part aucun effet fâcheux sur la santé,
et l'expérience est d'accord avec cette conséquence de l’ana-
lyse.
Ces substances salines seront aussi sans influence sensible
dans presque tous leurs emplois industriels. Leur vertu
incrustante est la plus grave matière de reproche qu'on
puisse leur adresser.
Eaux du Jardin-des-Plantes et des Trois-Cornets.
L'eau de la source du Jardin-des-Plantes est beaucoup plus
impure que les précédentes. Elle est complètement impropre
aux usages de l’économie domestique. Sa saveur séléniteuse
n'est pas tolérable. Son mélange avec l’eau de savon donne
lieu sur-le-champ à un dépôt en grumeaux.
Prise à sa source ,elle a donné :
cc
=
AoIdeGNAnIQUE- em + . . . 1.0
RC ARR Sn. * . 14.9 78,5
Oxigène L . . . L . . L . 7 , 0
512 RECHERCHES ANALYTIQUES
gr.
Carbonate de chaux et silice . . . 0,28
Sultate débat ici cases: 0,17
Chlorures de sodium et de potassium . 0,12 0.99
Chlorures de calcium et de magnésium. 0,19
Azotates de chaux et de magnésie . . 0,20
Azotate de potasse . . . . . . 0,05
Matière organique soluble dans l'alcool. 0,05 | 0.07
Matière organique insoluble dans l'alcool 0,02 | CRT
Enfin, dans l’eau de la fontaine des Trois-Cornets , j'ai
trouvé les matières suivantes :
cc.
Acide carbonique: 4m, metres zic tot 450
ABS de Eee dites Busct a / D TES 67,6
ORNE CR ee ne CR, |
g
Carbommtetde Chan Sr Sn + 0,29
SADÉEEORRA RRE RE +. OUI
Sue dé CHauS 27 7, . à «+ ON
Chlorures de sodium et de potassium . 0,09 0,76
Chlorures de calcium et de magnésium. 0,10
Azotatéss a et 2h 0 agree Di TN7
Matières organiques . . . . . . 0,05
L'eau des Trois-Cornets est réputée , m'a-t-on dit, d’une
qualité supérieure , et beaucoup de personnes la regardent
comme la meilleure de Lyon. Cependant on voit qu’elle est
loin d’être pure. Les sels qu’elle renferme influent même sur
sa saveur d’une manière désagréable, et la font paraitre à
une température plus élevée qu’elle ne l’est en réalité. Elle
précipite le savon en caillebottes , comme celle du Jardin-
des-Plantes , quoique moins promptement et moins forte-
ment. Ne pourrait-clle pas avoir quelquefois une action
SUR LES EAUX DE LYON ET DES ENVIRONS. VE
avantageuse sur l’économie animale, et serait-cé à cette
cause qu'il faudrait attribuer sa renommée populaire ? Je ne
sais si la quantité assez notable de nitrates qu'elle renferme
doit donner lieu de pencher pour l’aflirmative. Quoiqu'il en
soit, pour les usages ordinaires , l'eau de nos rivières et les
eaux précédemment citées du plateau de la Bresse doivent
avoir sur elle une supériorité incontestable.
OBSERVATIONS
SUR
LES CELORURES DE CARBONE,
PAR
M. A. BINEAU,
PROFESSEUR À LA FACULTÉ DES SCIENCES DE LYON.
GER DEEE 0 ©
Il nese produit pas d'iodure de carbone dans des cir-
constances semblables à celles qui donnent naissance au
chlorure. De plus, les substances qui dérivent de l’action de la
potasse sur l’iode dissous dans lalcool, et que l’on a considé-
rées pendant queique temps comme formées d’iode et de car-
bone , ont dévoilé à des recherches ultérieures une composi-
tion plus compliquée. L’iodure de carbone reste donc encore au
nombre des composés hypothétiques que soupconne seulement
la théorie. Ne serait-il pas possible de l’obtenir par aouble
décomposition , à l’aide ce l'ioaure de potassium et du shlo-
rure de carbone ? L'expérience que j'en ai faite m'a éonné
un résultat négatif. Mêlé avec de licdure de potassium ct
soumis à l’action du feu, le perchlorure de carbone s'est
distillé sans s’altérer. Conduit à l’état de vapeur sur ce même
516 OBSERVATIONS
iodure chauffé au rouge naissant , il est encore resté en par-
tie intact, tandis que la portion qui s’est décomposée a
donné lieu à du protochlorure de carbone, à de l’iode libre
et à du chlorure de potassium.
L'action de l’ammoniaque sur le chlorure de carbone, sous
l'influence de la chaleur, fournit des produits extrèmement
variés. On peut voir surgir de cette réaction : du chlorhy-
drate d'ammoniaque, et même de l'acide chlorhydrique
libre, du cyanogène , de l’azote, du chlorure de cyanogène
solide , une matière noire soluble qui provient probable-
ment de l'effet de l’'ammoniaque sur le cyanogène ,; une ma-
tière charbonneuse , et enfin du chlorure de carbone liquide.
Mais ces différents corps ne se montrent pas toujours tous à
la fois, et leur quantité varie suivant l'intensité de la cha-
leur. Les plus essentiels d'entr'eux me paraissent être l’a-
cide chlorhydrique et le cyanogène. Leur formation s’ex-
plique parfaitement à l’aide de lPéquation suivante , où l’on
voit l’azote et le chlore se substituer l’un à l’autre, équivalent
par équivalent , en admettant pour l'équivalent de l'azote le
nombre 60,01 (Az. ?/5) :
Ch°,62.-h Az H = Ch H 7% Cr. Az,
Dans les premiers temps où je me suis occupé des re-
cherches qui font l’objet de cette note et qui ont été inter-
rompues par le travail sur les eaux que j'ai eu dernièrement
l'honneur de présenter à la Société, r’ai cherché à déterminer la
densité des vapeurs du perchlorure de carbone et du chlo-
rure liquide. Pour le premier , j'ai trouvé le nombre 8,4 :,
1 Voici les données de l’opération exécutée par la méthode de M. Dumas :
Æxcés du ballon contenant la vapeur sur le ballon plein d’air 0 gr:, 930
Tempértnre de levapeute $ SODOMIE. A À 230°
Température de l’air au moment de la pesée . . . . . 18°
Pression atmosphérique . T44mm
CAPACÉ AMPANON EE AOENRRRIE NT CEOMEN CE | 275 cc
Airrresié andl8 eee TO TE MEME D re 36 cc
SUR LES CHLORURES DE CARBONE. 1
et pour le second, 5,65 *. D'après le calcul théorique,
ces densités doivent être 8,16 et 5,72, Ch * C* et Ch : C :
étant les formules qui leur correspondent.
La première densité trouvée s'éloigne assez fortement de
celle qu'indique le calcul. C'est qu'en effet la matière em-
ployée à l'expérience a laissé un léger résidu noirâtre. Je
me proposais de recommencer l'épreuve avec un produit
mieux purifié , lorsque j'ai vu, dans les #nnales de chimie
et de physique, que M. Regnault a obtenu des résultats qui
s'accordent avec les miens.
r Cette densité a été ohtenue par le procédé de M. Gay-Lussac.
Poids de la matière employée . . . : . . . . . Ogr., 218
Volume de la vapeur. PM De PT le amis 58 ce
HEDIPETAIUTE NL. ee, cpu Dee MPa - 1000
Pression barométrique. . . . . . . + . + . . HS
Hauteur du mercure dans la cloche . . . .. . . . 202mm
PTE
pRpéa
LIREATR LA
Li ALL «terres ad A “4 : fe 3 “= : de. LS" C
desdites di
“ER pue SEE REP ris me p& Hat ie
te db à Lois nt Xe. csancgaséheuss x -
ET per Éitoshent -à Cu ee A MAYARE » ‘it ous - -
md Paie ar: hr si Q 2 Abe Rx Pan à Tout
or iia in pense Fquisetené de fe à
tue Ée* RE &. id
Le be | pr den gars 2 eo te
È 4 di Le TPS ñ
En Sa LÉ E 7 ;
…
ee no 153% Eee
F LA] Cie: +1 ? titoë £h UE Î 2
ë Eve s8T'ei sq + "sgeuilrir L RE he 0 NS ST
ASS EL
SUR LA
THÉORIE DE L'AMÉNAGEMENT DES FORÈTS ,
PAR
M. INOIROT=SONIAMTET .
GÉOMÈTRE-FORESTIER , ET MEMLRE CORRESPONDANT DES SOCIÈTÉS
D'AGRICULTURE DE TROYES ET DE LYON.
Quand les législateurs anciens proclamerent
les bois des lieux sacrés, ils furent inspirés
par le ciel lui-même.
Voyage du duc de Raguse ; v. , p.204.
Kao9
( DEUXIÈME SUITE. }
SERRE RSR ER RSR Te 209909000000 099 0 909900 0 0 0 pp NRA
DI00000T000UVUUVOUUUU0000COO0UVUOUUUUUUOUUUVUUUUUUUUUTTVOO
CHAPITRE III.
DES FORÈTS CONSIDÉRÉES SOUS LE RAPPORT COMBINÉ DE LEURS
PRODUITS EN MATIÈRE ET EN ARGENT.
SECTION PREMIÈRE.
RECHERCHES SUR LES DIFFÉRENTS MODES D'AMÉNAGEMENT.
Dans l’état où la propriété forestièr2 se montre aux regards
de l'observateur , les nuances assez variées * que présente l'a-
r Les foréts sont traitées en futaies pleines, en taillis simples , en laillis composés;
puis en coupes par jardinage ; puis les surlages , ete.
520 DE L'AMÉNAGEMENT
ménagement peuvent être rapportées à deux divisions princi-
pales, l'aménagement en futaie et l'aménagement en taillis ;
distinction caractéristique qui dérive des deux différentes ma-
nières dont s'accomplit la régénération des bois. Nous avons
dit qu'aménager une forêt , c’est constituer un capital maté-
riel , c'est établir ce capital dans les conditions d’un produit
annuel et soutenu , et, par conséquent, dans les conditions
d'une existence permanente ; ainsi , tout aménagement com-
biné sur des bases rationnelles doit pourvoir à la conservation
du capital dans son intégralité , doit garantir le maintien à
un niveau déterminé de la puissance productrice de la forêt.
Il ne suflit donc pas de régulariser pour une certaine révolu-
tion la production des bois ; il faut encore en assurer à jamais
le retour périodique ; il faut enfin ménager des moyens natu-
rels et eflicaces de régénération. « Toute méthode d’exploita-
tion , dit M. Parade, doit,en général, satisfaire aux deux
conditions fondamentales suivantes : 1° régler la quotité des
coupes annuelles de manière à procurer un rapport soutenu ;
2° assurer par ces coupes mêmes la régénération des forêts.
Or, deux procédés nous permettent également de parvenir à
ce but : le premier réside dans la dissémination des graines
que donnent les arbres parvenus à l’âge de la fécondité ; mais
cet âge est, en général, bien éloigné pour l'impatience de
l'homme, ou plutôt pour la brièveté de sa carrière. Heureu-
sement que la plus nombreuse famille de nos végétaux li-
gneux : possède la faculté de se repreduire par les souches ;
faculté précieuse , à la faveur de laquelle nous nouvons ap-
proprier à nos besoins les produits forestiers long-temps avant
leur maturité, et sans que cette interversion des lois de la
nature tarisse la source de ses bienfaits.
Toutefois les souches ne conservent pas indéfiniment leur
1 En famille des bois feuillus , tont le monde sait que les bois résineux ne se repro-
duisent que de semences.
DES FORÈTS. 521
force régénératrice ; parvenues à un certain âge, comme 40
ans à peu près pour les espèces les plus vivaces telles que
le chène, 30 ans pour le hêtre, et 20 ans pour les bois
blancs , elles ne donnent plus guère que des rejets rares et
languissants , dont beaucoup périssent prématurément :
cependant on peut admettre à la rigueur qu'une forêt résiste à
deux ou trois exploitations faites à des âges prolongés; mais une
époque arrive inévitablement où l’on voit les clairières se
former, les arbustes s'emparer du sol, les souches rester
improductives , et la forêt s’acheminer vers une entière des-
truction, qu'on ne peut prévenir que par l'abandon du sys-
tème des coupes surannées et par l'application d’un régime
réparateur.
D'un autre côté , il est reconnu que les arbres qui crois-
sent dans l’état serré ne deviennent aptes à la fructification
que vers l’âge de 60 à 80 ans (pour les bois durs) , et qu'ils
ne parviennent au plus haut point de fertilité que vers l’âge
de 120 ans. On pourrait partir de ces faits, sur lesquels l'ex-
périence a prononcé positivement , pour tracer une ligne de
démarcation bien dessinée entre les taillis et les futaies. Les
taillis, dirait-on, sont les bois dont l’exploitabilité ne dépasse
pas la limite de 40 ans, et les futaies sont les bois dont l'ex-
ploitabilité , très rarement inférieure à 80 ans, ne descend
jamais au-dessous de 70 ans.
Cependant à s'en tenir à la réalité des faits, on voit des
taillis de tous les âges depuis 5, 8 et 10 ans jusqu'à 50 ,
60 ans, et même 70 ans. Les périodes d’exploitabi-
lité sont le plus ordinairement réglées à des âges multi-
ples du chiffre 5, comme 10, 15, 20, 25 ans, etc. On
n'apercoit pas de motifs à ce mode de progression , aussi
existe-t-1l quelques aménagements à périodes anomales ,
comme 18, 21, 22, 24 ans, etc. On trouve beaucoup
moins de variété dans les aménagements de futaie; la plu-
529 DE L'AMÉNAGEMENT
part sont réglés à 100 , 120 et 130 ans : un petit nombre
de forêts de l’État ou de la Couronne s'élèvent jusqu'à l’ex-
ploitabilité de 200 à 250 ans :.
Voici ce qu'a écrit M. Baudrillart sur le sens que l'usage a
donné aux mots taillis et futaie ; ainsi que sur la classifica-
tion de nos forêts de toutes catégories.
« Les chênes, les hêtres , les pins et les mélèses sont
presque les seules espèces qu'on laisse croître en futaie, par-
ce que, parmi les grands arbres forestiers les plus répandus,
ce sont ceux qui fournissent le meilleur bois pour les con-
structions et les autres objets de haut service : les ormes,
les frênes, les érables, et surtout l’érable sycomore et l'éra-
ble-plane, méritent aussi d'être réservés en futaie, mais
ils sont plus rares.
« On distingue généralement deux sortes de futaies, sa-
voir : les futaies pleines ou en massifs, et les futaies éparses
ou sur taillis. Les futaies pleines sont celles qui composent
tout une contenance de bois : elles sont ordinairement amé-
nagées à 100, 120 et 150 ans. Les futaies sur taillis sont
celles qui se composent de tous les baliveaux anciens , MO-
dernes et de l’âge du taillis que l’on réserve à chaque révo-
lution sur les coupes.
Dans le langage ordinaire on distingue les futaies en
3 classes : la nes proprement dite, celle qui approche
de 100 ans: haute futaie , celle de 150 ans, et enfin vieille
écorce, celle qui dépasse ce dernier âge, comme la futaie
de 200 ou 250 ans.
« On entend par taillis, dit encore Baudrillart, les bois de
la classe des arbres non résineux qui se coupent à différents
âges, c’est-à-dire depuis 5 ou 6 ans jusqu'à 30 ans ; nous
1 M. Dralet assure qu’il existe des aménagements de futaie poussés jusqu’à 300 nn:
el nommément dans la forèt de Fontainebleau.
DES FORÈTS. 523
19
disons de la classe des arbres non résineux, parce que les ar-
bres résineux ne repoussent point , et qu'il faut qu'un bois
puisse repousser de souches et de racines, après avoir été
coupé, pour être considéré comme taillis. »
Ce même auteur ajoute ce qui suit sur la distinction
entre les taillis et les futaies :
« Les forêts et bois s’exploitent en futaies pleines et en
taillis : le premier mode a lieu surtout dans les pays riches
en forêts, tels que l'Allemagne et la Russie, et quelques
parties de la France. Le mode d'exploitation en taillis est
suivi plus particulièrement dans les états populeux, par-
ce que , dans les premiers temps, les forêts y ontété moins
ménagées soit par les défrichements , soit par les mauvaises
exploitations ; qui ont amené les anciennes futaies à l'état
de taillis”, et souvent à l'état de friche. En effet, on remarque
par les anciens procès-verbaux de réformation ; et notam-
ment par ceux de M. Froidour , que les forêts avaient été
dégradées par les exploitations fréquentes et sans règle, et
surtout par les exploitations en jardinant; mais alors le dé-
sordre à fait place à l’ordre, et des règlements conserva-
teurs ont prescrit des règles sur les coupes, et ordonné
la réserve d’un certain nombre d'arbres pour assurer le re-
peuplement, et fournir ensuite les pièces nécessaires aux
constructions.
« Au surplus, continue Baudrillart, il n'est point exact
de dire, du moins d’une manière générale et absolue ; qu'un
taillis est un bois que l’on coupe à 30 ans, puisqu'il est plu-
sieurs espèces de bois, qui, après cet âge, se reproduisent en-
core de souches ; mais quand l'exploitation est tellement dif-
férée que le repeuplement doit se faire beaucoup plus par les
d Ce cvs
1 On verra plus loin que cette transformation, pour les bois de particuliers , à été
la suite, non de l’abus, mais de l'usage.
524 DE L'AMÉNAGEMENT
semences que par les souches , c’est alors que les bois doivent
prendre le nom de futaie , et s'appeler futaie sur souches, si
c'est un taillis qu'on a laissé élever en futaie, et futaie de
brins , si elle provient de semences. En effet , le mot futare
vient de fust, haute tige ; ce qui indique qu'il ne convient
qu'aux bois destinés à parvenir à leur plus haut degré d'élé-
vation , et par conséquent à se repeupler de semences. »
Voilà donc deux moyens de reproduction qui fondent
la distinction principale admise entre les taillis et les fu-
taies; d’après cela, notre auteur pense qu'on peut établir
cette définition : un taillis est un bois que l’on coupe à un
age tel qu'il puisse se reproduire de souches et de racines ;
tandis qu'une futaie, est celui qui est destiné à n'être abat-
tu qu’à un age où la reproduction se fera principalement par
les semences.
cc Il faut bien remarquer , ajoute encore Baudrillart , que
la reproduction est plus ou moins avantageuse suivant les
âges auxquels se coupent les différentes espèces de bois dans
tel ou tel terrain. En effet, un propriétaire qui couperait ses
bois fréquemment, soit pour profiter d'une cherté momen-
tanée, soit pour satisfaire à des besoins pressants, les rui-
nerait infailliblement , en fatiguant les souches, en mettant
obstacle au développement des racines, qui ne croissent que
dans la proportion des branches et des feuilles, en exposant
plus souvent les recrus aux effets de la gelée et aux abrou-
tissements , en s’opposant au repeuplement par les semences
qu’auraient données les brins des taillis dans un âge avancé ,
en favorisant la multiplication des genêts, des bruyères et
autres plantes nuisibles, qui ne sont étouffées que sous les
taillis d’une certaine force. D'un autre côté, 1l est d’obser-
vation que les bois ne se reproduisent pas en taillis aussi
long-temps qu'ils auraient vécu s'ils n’eussent pas été cou-
pés, et que plus les coupes sont rapprechées , plus la repro-
DES FORÊTS. 225
duction est affaiblie : d’où il suit qu'un tallis exploité plus
fréquemment donne un recru plus chétif, et exige plus de
réparation qu'un taillis dont les coupes sont plus éloignées :.
Mais si, au contraire, on retarde trop l'exploitation d'une
forèt , les souches dépérissent , un grand nombre d’essences
disparaissent, et les vides s’établissent. IL est certain que la
reproduction est l’objet principal qu'on doit se proposer dans
l'aménagement d’une forêt , et l'expérience, qui a démontré
cette vérité, prouve également que l’on obtiendra le maxi-
mum des produits en matière toutes les fois que l’on retar-
dera assez l'exploitation pour que les bois soient en état de
donner les plus belles productions , c’est-à-dire pour que les
bois soient parvenus à l’état de haute futaie. »
D'après le même écrivain, la statistique forestière fait
connaitre que les âges auxquels les futaies de la France sont
aménagées varient depuis 80 jusqu'à 200 et 250 ans. Mais
les âges les plus ordinaires sont de 100 à 130 ans. Quelques
futaies sont exploitées à 150 et 180 ans, fort peu à 200 et
250 ans : plusieurs forêts de la Couronne s’exploitent à
300 ans : ce dernier âge est l'extrême limite. Quant aux tail-
lis, beaucoup sont aménagés de 20 à 30 ans; mais il s’en
trouve aussi un grand nombre dont l'aménagement est borné
à des âges inférieurs à 20 ans; il en est même qui n'excè-
dent pas l’exploitabilité de 5 à 7 ans.
Toutes les remarques qui précèdent se résument dans
cette proposition, que les aménagements, en général, peuvent
être rangés en deux ordres, fondés sur la considération du
mode de reproduction naturelle : c’est ainsi qu'on distingue
lesfutaies qui se renouvellent par les semences, et les taillis
1 Ces considérations sont évidemment justes, mais elles n’ont aucune in-
fluence sur la fixation des périodes d’aménagement dans les bois de particuliers. Il est
beaucoup de ces bois qui s’exploitent à 8 ou 10 ans, et que les propriétaires ne son-
gent point à transformer.
T1 +5
526 DE L'AMÉNAGEMENT
qui repoussent de souches et de racines. Mais cette classifi-
cation, claire en théorie , est loin d'offrir la même précision
dans la pratique. On voit dans les forêts de l'État des aména-
gements réglés en taillis de 50, 60 et 70 ans , c’est-à-dire
à des âges qui ont cessé d’appartenir à l'exploitabilité en
taillis , et qui ne s'élèvent pas encore à l’exploitabilité en fu-
taie. On ne trouve , dans ces aménagements , ni l'avantage
particulier au taillis , celui de donner des produits fréquents,
ni l'avantage inhérent à la futaie, celui de donner la plus
belle production : ces forêts présentent d’ailleurs un incon-
vénient très grave, celui de lincertitude dans les moyens
de repeuplemeut. Si, dans un aménagement à 60 ans, on fait
reposer l'espoir de la régénération sur la reproductivité des
souches , on court le risque d’une déception complète; et
si, au contraire, on attend cette régénération d’un semis natu-
rel , les bois de cet îge ne donnant encore que des semences
la plupart stériles, on peut se trouver entièrement trompé
dans les prévisions que semblerait autoriser une abondante
récolte de graines.
Ainsi, malgré la différence bien prononcée des deux carac-
ières sur lesquels se fonde la distribution des aménagements
en deux classes principales : lesaménagements en futaie et les
aménagements en taills , il n'existe point, à proprement
parler, de point réel de séparation, de véritable solution de
continuité dans la série des exploitabilités. On peut même
dire que les aménagements forment une chaîne non inter-
rompue depuis le taillis le plus jeune, celui de 10 ans par
exemple, même celui de 5 ans, jusqu'aux futaies dont l’exploi-
tation n’a lieu qu'à 200 , 250 ans ou 300 ans. Cependant ,
si l'on part des considérations pratiques qui paraissent devoir
faire exclure du système forestier les aménagements inter-
médiaires, c'est-à-dire ceux de 50, 60, 70 et 75 ans, on
peut établir en principe que toutes les exploitabilités infé-
DES FORÈTS. 527
vieures à 40 ans constituent l'aménagement en taillis, dont
le caractère esseritiel est la régénération par les souches, et
que toutes les exploitabilités au-dessus de 80 ans constituent
l'aménagement en futaie , dont le caractère essentiel est la
régénération par les semences.
Relativement aux exploitabilités de 40 à 80 ans, comme
on ne peut les ranger déterminément ni dans l’une ni dans
l'autre de ces deux catégories , il semblerait qu'on püt en
composer une troisième classe, qui aurait pour caractère dis-
tinctif une régénération mixte, fondée sur l'alliance des deux
moyens qu'offre la nature. Mais, d'une part, ces deux pro-
cédés sont très peu susceptibles d’être combinés utilement,
et, d'autre part, tous deux se présenteraient à leur moindre
degré d'énergie. En effet, aux âges compris entre les ex-
trêmes 40 et 80 ans, les souches ont déjà perdu une grande
partie de leur force de reproduction, tandis que les
tiges n'ont pas encore acquis la faculté de donner naissance
à des graines abondantes et fertiles. Rien n’est donc plus
équivoque , plus incertain que la conservation d’une forêt
soumise à une pareille exploitabilité, qui est à la fois trop et
trop peu prolongée.
En définitive, il n'existe que deux genres d'aménagements
bien déterminés. Une forêt est cultivée soit en futaie de
80 ans à 300 ans, soit en taillis de 10 à 40 ans. Cher-
chons à découvrir le rapport de dépendance ou de filiation
qui rattache l’un à l’autre ces deux modes de traitement. ‘
Nous savons que les forêts sont un composé de deux im-
meubles de nature différente. Dans les temps anciens, ces
deux immeubles avaient chacun leur utilité particulière , et
partant leur valeur spéciale. Le sol fournissait la pâture pour
les troupeaux, et offrait, aux propriétaires des forêts, la jouis-
sance ct les produits de la chasse : l'immeuble superficiel,
dont rien alors n’entravait le développement, procurait des
528 DE L'AMÉNAGEMENT
fruits pour l'alimentation des animaux sauvages , peut-être
de l’homme lui-même. Tels étaient les seuls fondements de
la valeur vénale des forêts. Les produits ligneux , qui alors
surabondaient, étaient recueillis par le premier occupant.
En tout cas, ces produits ne représentaient guère que la va-
leur du travail nécessaire pour transporter et débiter des ar-
bres morts, ou pour ramasser des débris épars sur
le sol.
Pourrait-on douter que tel nait été l'état à peu près gé-
néral des forêts à une époque lointaine , lorsqu'aujourd'hui
encore nous voyons des propriétés boisées qui existent
dans des conditions absolument semblables ?
« On trouve en Europe, et même en France, dit un au-
teur: , des forêts qui ne rendent pas de rente foncière , si ce
n'est celle du pâturage et de la glandée. Dans quelques parties
du département du Var , et dans bien d’autres contrées , les
chènes ne s’estiment que d’après le produit de leurs glands ;
les pins ne se vendent que 2 fr. la pièce lorsqu'ils sont abat-
tus. IL est d’autres forêts moins productives encore ; unique-
ment destinées au pâturage , elles rendent à peine de quoi
payer les frais de garde et l'impôt : elles ne subsistent que
parce que l’on ne prend pas la peine de les détruire. »
Cette dernière phrase nous retrace le tableau et, en
même temps , nous offre l'explication du passé des forêts.
Elles sont restées sous la forme de massifs de futaie aussi
long-temps qu’elles n’ont donné d'autre rente que celle du
pâturage et de la récolte des fruits; mais lorsque le travail
et l'industrie eurent créé des richesses , c’est-à-dire des élé-
ments d'échange , et qu'il y eut possibilité d'acheter des
produits ligneux ; on ne se contenta plus des débris qui jon-
ÿ M, Noirot ainé, Traité de la culture des Forêts, pag. 117.
DES FORÈTS. 529
chaient le sol; on attaqua les arbres sur pied. La cognéce
pénétra dans les forêts vierges et fit tomber de préférence
les plus gros arbres, et, par conséquent, les plus dépérissants.
Le prix des bois s’élevant peu à peu , l'exploitation s’étendit
graduellement, et cependant, le massif n'étant pas encore
interrompu , la forèt s’entretenait par les semis naturels.
Mais bientôt les arbres séculaires disparurent totalement ,
et, comme les besoins allaient toujours en croissant, on
abattit de jeunes arbres qui repoussèrent aussitôt de souches.
De ce moment le système des taillis fut inventé. Ce mode
d'exploitation a donc été une suite naturelle du développe-
ment du travail et de l’accroissement du bien-être social.
Aïnsi , la disparition d'un grand nombre de massifs de fu-
taie, tant déplorée par divers écrivains forestiers, a été l'heu-
reux effet des progrès de la civilisation et de la multiplication
des richesses ; elle a été un bienfait et non une calamité.
On a dépeint, dans les termes que nous allons rapporter ,
l'état primitif des forêts, et les modifications successives
qu’elles ont subies jusqu'à nos jours.
« Quel est le sort d'une forêt abandonnée à la nature?
Par quels moyens se reproduit-elle? Comment peut-elle se
perpétuer dans la suite des siècles?
« On se représente de vieux arbres qui ont survécu à la
foule de ceux qu'ils ont étouflés,. des tiges renversées , d’au-
tres tiges debout et: dépouillées de leurs rameaux, de jeunes
arbres qui s'élèvent sur ces débris, des places vides qui se
repeuplent par les semences que les vents y transportent ,
ou que les oiseaux y déposent : telle est la peinture que les
voyageurs nous ont faite des forêts du Nouveau Monde, et
tel a été primitivement l’état de nos propres forêts.
« Nous allons considérer celles-ci dans l’état où les progres
de nos institutions civiles les ont amenées. Le problème dont
celles sont l'objet consiste à en retirer le plus grand produit
530 DE L'AMÉNAGEMENT
possible, et à le perpétuer. Les différentes manicres de les
exploiter sont liées par des nuances presqu'insensibles.
« Si, au lieu de laisser pourrir les arbres morts, comme
dans les forêts abandonnées à la seule nature , nous les enle-
vions pour les faire servir à nos besoins, nous entretiendrions
les forêts dans une vigueur perpétuelle. Mais à quel usage
pourraient servir des arbres déjà morts ? Il faudrait au moins
les enlever au terme qui précède la décrépitude, au terme
où ils ont pris tout’leur accroissement ; nous retirerions
ainsi des forêts le plus grand produit possible. Tel est, sû-
rement, le plus ancien mode d'exploiter, mais qui n'est plus
guère praticable dans les pays où l’agriculture et les arts ont
fait de grands progrès.
« Lorsque le bois devint plus rare par l'augmentation des
richesses ; on coupa des arbres qui n'avaient pas encore pris
tout leur accroissement. Jusque-là on avait conservé des
massifs de futaie; mais lorsqu'on coupa, dans le même
espace, un grand nombre d'arbres voisins les uns des
autres, on détruisit ces massifs, qui furent remplacés par
des taillis. Si, dans ce grand nombre d'arbres que l’on vou-
lait abattre à la fois, on en laissait quelques-uns sur pied ,
ceux-là grossissaient au milieu des taillis qui les environ-
naient ; et dès-lors se trouva créé le mode d'exploitation des
taillis sous-futaie. Lorsqu'on réserve un trop petit nombre de
futaies, on tarit la source de ses richesses, on n’a bientôt
plus d'arbres de construction ; lorsqu'on en réserve un trop
grand nombre, le taillis est étouffé. Les baliveaux se
joignent par leur branchage , et l'on n'a plus qu'un massif de
futaie.
« Tel est l’enchainement des différents modes d'exploita-
tion entre lesquels se partagent toutes nos forèts : elles sont
aménagées soit en futaies, soit en taillis. Cette dernière
classe, qui comprend la majeure partie de notre sol forestier,
DES FORÈTS. al
se divise en taillis simple, ou taillis sans arbres de réserve ,
et taillis composé , ou taillis sous futaie, »
Voici quelques réflexions du même auteur, sur lutilité
respective de ces différentes formes d'aménagement :
« L'invention du traitement des forêts en taillis composé
paraît due à la fois à la cupidité et à la prévoyance de ceux
qui en ont concu l’idée ; on avait besoin de bois de charpente ;
mais, empressés de jouir, les propriétaires coupaient les
arbres avant qu'ils eussent la grosseur convenable ; on ne
trouva pas d’expédient plus commode que de réserver quelques
brins et de couper tout le reste : ces brins, quon nomma
baliveaux , formèrent les futaies sur taillis.
« Si la conservation des massifs de futaie est désavanta-
geuse aux particuliers , il s'ensuit que le système des futaies
sur taillis est celui qu'ils adopteront, comme le plus con-
forme à leur intérêt, Cette réserve de baliveaux, qui se fat
avant l'exploitation , est d’une valeur presque nulle lorsqu'on
coupe les taillis ; 1l n’est aucun propriétaire qui ne se déter-
mine à ce léger sacrifice , dont il trouve la récompense dans
l'avenir, Rien n’était donc plus convenable que le mode des
futaies sur taillis, pour concilier les intérêts des possesseurs
avec ceux de la postérité.
_« Sides particuliers mettaient le quart de leurs bois en ré-
serve pour les laisser croître en haute-futaie , en se dispensant
toutefois de conserver des baliveaux dans leurs coupes ordi-
naires , ils se croiraient privés du quart du revenu de leurs
bois, ils ne compteraient pour rien l'augmentation du produit
de leurs taillis dans les coupes où ils ne laisseraient plus de
baliveaux ; l'exploitation d'uneréserve, qui aurait lieu au bout
d'un siècle , ne leur paraïîtrait qu'un dédommagement tardif
pour eux ; combien de fois l'impatience de jouir n'attenterait-
elle pas à cette réserve avant l'âge où elle pourrait produire des
pièces de service ! La méthode des futaies éparses ne présente
532 DE L'AMÉNAGEMENT
point cet inconvénient. On compte pour rien les baliveaux
que l’on réserve, et cependant, dans les forêts qui ont été
bien administrées, le produit annuel des futaies surpasse
ordinairement celui des taillis : l'on enrichit sa postérité
sans s’appauvrir soi-même; voilà ce qui donnera, dans
tous les temps, au système des futaies sur taillis la plus
grande faveur. »
La conséquence à déduire des obvervations précédentes ,
c'est que l'aménagement est susceptible d’être organisé de
deux manières différentes. Une forêt peut étre soumise à
l'exploitation en futaie ou à l'exploitation en taillis. Nous
venons de voir que cette dernière forme convient éminem-
ment aux propriétaires particuliers, c'est-à-dire aux pro-
priétaires à existence restreinte ; par la raison réciproque , il
est de toute évidence que le mode d'exploitation en futaie ne
peut convenir qu'à l'État et aux communes , c’est-à-dire aux
propriétaires à existence illimitée. Cette distinction, sans
doute, se justifie d'elle-même, et, toutefois, c’est en ce sens
seulement que la création d’un massif de futaie ne peut être
l'œuvre d'un particulier, à raison de la longue attente que
suppose une pareille création , attente que pourrait seul sup-
porter un corps moral, un être impérissable. Il n'est point
douteux que la formation d’un massif de futaie ne soit deve-
nue impossible * à la propriété individuelle ; mais ce qui est
incontestablement vrai pour le cas de création d’un aména-
gement en futaie, paraît n'être d'aucune application au cas
de possession actuelle d’un aménagement de cette nature. On
voit très bien pourquoi un particulier ne peut raisonnablement
songer à élever une futaie , à conduire à 150 ans, par
exemple, un taillis actuellement âgé de 15, 20 ou 30 ans;
1 La création d’un pareil massif a élé possible aux particuliers tant que la richesse
propre des forêts n’a offert qu'un capital inerte. I était facile d’épargner des produits
dépourvus de valeur,
DES FORÈTS. 533
mais on ne trouve pas de motif qui doive empêcher ce parti-
culier de conserver en futaie une forêt qu'il trouverait tout
aménagée de cette sorte , et dont il tirerait un revenu annuel,
comme d'un autre bois, comme d'une propriété rurale, ou
comme d’un capital monétaire.
Si donc nous nous adressons cette double question : quel
mode d'aménagement est plus profitable pour un particulier,
et quel autre pour l'État? nous ne pouvons répondre, en
termes absolus, que le taillis est ce qui convient le mieux au
particulier , et la futaie, ce qui convient le mieux à l'État ;
car , d’un côté, rien ne nous a montré encore que l’exploi-
tation en taillis ne soit pas aussi utile à l'État qu'à tout autre
propriétaire, et, de l’autre , nous ne trouvons point en quoi
une futaie qui donnerait, par exemple , un revenu fixe de
10,000 fr. ou de 20,000 fr., vaudrait moins ou serait
moins avantageuse pour un particulier que pour l'État. Il est
très positivement reconnu que la propriété particulière est
désormais impuissante à créer des massifs de futaie; mais ,
d'un autre côté, des preuves historiques établissent que
beaucoup de forêts particulières ont existé en massifs de
futaie. Or, à revenu égal, une forêt à l’état de futaie est
À coup sûr aussi utile qu'une forêt à l’état de taillis ; ce sont
des capitaux à productions identiques. Dès-lors , comment se
fait-il qu'aucun massif de futaie n’ait été transmis héréditai-
rement dans les riches familles ? Un fait certain , c’est qu'on
ne voit plus de forêt en futaie dans le domaine des parti-
culiers : ; mais ce fait, quelque indubitable qu'il soit , nous
paraît encore entièrement inexpliqué.
De ce qu'une forêt appartient à un particulier, nous ne
serions donc point fondés à conclure qu'elle ne peut exister
1 À moins de forèts encore dans j’état de nature, comme celles dont il à été
question page 528 : ces foréls seront converties en taillis aussitôt que la produetto
ligneuse y aura acquis quelque valeur vénale.
534 DE L'AMÉNAGEMENT
que sous la forme de taillis, et, réciproquement, de ce qu'elle
appartiendrait à l'État, nous ne pourrions pas davantage en
tirer la conséquence qu'elle doit être aménagée en futaie. La
double question que nous avons énoncée tout-à-l’heure reste
donc sans réponse.
Il ya plus : füt-il établi démonstrativement qu'une forêt
particulière doit toujours être aménagée en taillis, nous n’en
serions pas plus rapprochés de notre but; car alors se pré-
senterait la question de savoir si c’est un taillis de 10 ans, de
20 ans, de 30 ans, etc. que nous devons préférer. Et:«.,
au contraire ; 1l était évident que l'État ne peut faire mieux
que de créer une futaie , 1l nous resterait à faire un choix
entre toutes les exploitabilités comprises entre 80 et peut-être
300 ans; c’est-à-dire que lors même qu'il serait prouvé
sans réplique qu’en aucun cas un particulier ne peut posséder
une futaie , ni l'État un taillis, cette solution serait d'autant
plus insuflisante, qu’il y a telles exploitabilités, celles de 40 à
80 ans, qui ne sont plus des exploitabilités en taillis , et ne
sont pas encore des exploitabilités en futaie, ou qui ont à la
fois l’un et l’autre caractère. En sorte que décider que tel
bois doit être aménagé en futaie, tel autre bois en taillis,
c'est laisser dans l'indétermination la plus entière la question
même de l'aménagement.
Jusqu'à présent, nous n'avons point trouvé la réponse à
cette question : Quel est l'aménagement le plus profitable
pour une forêt donnée ? La division des exploitations en
deux classes , celle des taillis et celle des futaies, est utile ou
plutôt indispensable sous le point de vue de la culture fo-
restière, mais elle n’a nulle valeur quant à l’objet de nos
recherches. Ce n'est donc pas à savoir si un bois doit être
aménagé en futaic ou aménagé en taillis que nous devons
nous arrêter, mais à connaitre le chiffre exact de l’exploita-
bilité la plus avantageuse. Est-ce à 10 ans, 15 ans ou 20 ans,
DES FORÈTS. He
ou tout autre âge, que doit être aménagée une forét , pour
être établie sur les meilleures bases possibles ? Voila, ce
nous semble, l'expression juste, l'énoncé complet du
problème qui nous occupe, et qui à été posé, sinon
dans les mêmes termes, au moins dans le même sens,
par M. Dralet, lorsque ce savant forestier a écrit ce
qui suit :
« Il ne suflit pas d'enseigner à un propriétaire que cer-
tains bois ne doivent pas être exploités ; par exemple ; avant
l’âge de 25 ans, ni après celui de 35 ans : il lui importe de
connaître précisément l'année dans laquelle il doit abattre
les taillis; s’il devance cette année , il perd de la quantité
et de la qualité; s'il la laisse écouler, il perd un temps
précieux. »
C’est donc le chiflre rigoureux de l'exploitabilité qu'il est
nécessaire de rechercher ; et, en effet, une fois ce chiffre
trouvé, tout le reste est déterminé. Le calcul nous donne-tl,
par exemple, 35 ans, ou 30 ans, ou 20 ans, etc., ou tel
autre âge inférieur à 40 ans, nous savons alors que nous de-
vons appliquer à la forêt les règles culturales particulières
aux taillis. Si l’âge trouvé est de 90 ans, ou 100 ans, ou
120 ans, ou tel autre âge au-dessus de 80 ans, nous
sommes avertis qu'il s’agit d'élever un bois en futaie, et
qu'en conséquence la forêt doit être traitée d’après les prin-
cipes de culture les plus propres à élever et à entretenir un
massif de futaie. Ainsi se trouverait obtenue , de la manière
la plus explicite , la solution que nous poursuivons, et que
jusqu'alors nous n'avons pu atteindre. à
Toutefois, remarquons que nous avons acquis une connais-
sance assez lucide de l'aménagement en général ; que nous
en avons étudié la constitution et analysé les effets ; en sorte
que nos recherches ne peuvent guère maintenant avoir d'autre
objet que de découvrir quel est l'aménagement le plus utile ,
536 DE L'AMÉNAGEMENT
le plus profitable parmi tous ceux que peut recevoir une
forêt donnée. Ce point étant admis, nous apercevons un
moyen de parvenir au résultat cherché : c’est de nous
représenter la série entière de ces aménagements possibles.
Dans cette vue, nous supposerons une forêt de la 3° des
classes de M. Cotta , c'est-à-dire la forêt que jusqu'ici nous
avons prise pour le type moyen des forêts de la France. Nous
déterminerons, à l’aide de la table d'expérience de cet au-
teur, insérée au présent écrit, page 317 , l'état de
production et de consistance dans lequel serait amenée cette
forêt par suite de l’établissement de chacune des exploita-
bilités progressives , à partir de celle de 10 ans jusqu'à celle
de 300 ans ; mais, pour ne pas multiplier inutilement les
termes de la série, nous nous bornerons à graduer les pé-
riodes de 10 années en 10 années, jusqu'à 100 ans. Au-delà
de ce point, nous les ferons succéder de 20 ans en 20 ans.
Cette comparaison des aménagements, depuis le plus infé-
rieur jusqu'au plus élevé , nous paraît propre à jeter une assez
vive clarté sur la question que nous discutons.
Les raisonnements dont ce parallèle nous fournira le texte
auront une telle influence sur la solution finale du problème,
que nous ne saurions apporter trop de soins à exposer clai-
rement l’économie du tableau par lequel nous établirons ce
rapprochement : ce tableau, qui va clore la présente section,
sera, au début de la section suivante, l’objet d’une description
détaillée, puis formera la base de toute la suite de notre
travail.
ne Q) ire ——
IONDANTE A LA 3me DES CLASSES DE M. COTTA.
ÉTENDUE ELEUR VALEUR VALEUR DU SOL CAPITAL CAPITAL RÉEL RAPPORT
TOTALE DE LA REPRÉSENTANT! DE LA FORÈT, DU CAPITAL RÉEL
TOTALE D'HECTARE RÉSERVE D'UN HECTARE LA PLUS OU SOMME AU REVENU ANNUEL
IMMOBILISÉE , HAUTE VA- INTÉGRALE DES DE LA FORÈT
DE BIIA COUPE OU RICHESSE DANS CHAQUE LEUR DU SOL | VALEURS DU SOL AU TAUX DE LA
PROPRE DE LA DE TOUTE |ET DE LA RÉSERVE|RENTE DANS CHAQUE 1
LA FORÈT. | MÉENNE. FORÊT. AMÉNAGEMENT. LA FORÊT. IMMOBILISÉE, AMÉNAGEMENT. À
=
: 4
5
5
5
2 2
ä 16 » 60,600 151 38 28,526 89,196 2
é M » 76,100 195 51 28,326 104,626 2
£ M» 90,100 102 18 28,526 118,626 | ©
5 36 » 108,600 82 19 28,526 157,126 2
= H >» 124,100 63 350 28,596 152,626 2
n [0 > 157,000 40 55 28,596 185,526 l
= 18 » 196,800 29 88 28,526 295,326 1
à 16 » 240,600 12 46 28,596 269,196 1
15 >» 280,300 6 635 28,526 509,026 1
(ie, 327,700 5 46 28,526 356,296 1
6 » 311,600 1 T6 28,526 406,126 1
6 » 419,600 » 88 28,526 448,126 1 ;
(9 > 453,900 » 40 28,526 482,496 » 86 id. |
2 AE 495,409 » 418 28,596 521,996 > DAS. |
9 » 531,900 08 28,526 560,426 l
(a) intes du chiffre entier 4 p' 0/0; il a été établi, pag. FAT, que déjà dans cet
aména,
rinio0
D'extL0
PILITÉ OÙ
DES AMÉNAGEMENTS PRO
GRÉSSIFS QUE L'ON Pol
TABLEAU SYNOPTIQUE
ATT ÉTARLIR DANS UNE
FORËT E:
GE DE CHÈNE : CORRESPONDANTE
où analogue à la moyenne des foréts de la France
ANA 3me
DES OLASSES DE M,
COTTA :
c Leneute or prix
FROBLCTION EX
na | sanine rotn | Pnocressir
LA NECTARE
va] n'arnës Les pe
EXPÉRIENCES
aésacexesr.| om corra. |luéree cure:
ELLE DE
PRODUCTION
EN ARGENT;
| où vatrcas
PROGRESSIVES
D'CX NECTANE
DE RECU
LTENDUE DE LA
COUrE AXNCELLE
wAXS CHAQUE
AMÉNAGEMENT.
FRODEIT
DE LA coure
ANNUELLE
RENENL
ve
LA ronËr.
Carirau
LAuceLé scn
LE REVEND AU
taux ne
$ vocr 0/0,
OÙ cariraL
XOMINAL
AGE DE
LA COURE.
DE YALEURS
MOYEXNES
Écueuvr
DE PRODUCTION
EX MATIÈRE
CORRESPONDANTE
AUX Coures
DE VALeur
MOYENNE
moonesar | us necrane
CD UE LA courr
Mèrae cupe MOYENNE
Yaceun
TOIALE DE LA
nÉSENYE
DEMONILISLE ,
où nicurssr
FHOPRE DE LA
VALEUR nu s0L
D'EX HECTARE
DANS CHAQUE
AMÉNAGEMENT
earirau
CANTAL RÉEL
AEPAÉSENTANT| DE LA ronûr
LA Ets
HAUTE Vi
LAN ou SOL
où souue
INTÉGRALE pe
VALEURS nus Où
Dont isfe.
DU CATAL AÉEL
AU REVENU 433 0EL
s|. va ronèr
L | AUraëx ne LA
x be LA nésEnvE |nENTE DANS CMAQUE
EPÉRREErER
1300
4,800
18,400
50,600
76,400
90,100
108,600
124,100.
196,800
240,600
) L'égalité dû capital récllet da capital nominal, dans l'am
aménagement
il y a one dépression de la rente.
gement à 10 ans, n'est qu'une fiction, dont le but est de faire parti la décro
nee des rentes du chiffre entier 4 pr 0/03 ila été établi, pag, A7, que déja dans cet
BRTRAITS
DES
PROCES-VERBAUX.
Séance du 23 août 1839. — PRÉSIDENCE DE M. BotTex.
M. Magne entretient la Société de l'emploi du boïs de châtaignier
pour la teinture en noir. Il voudrait voir la préparation des principes
utiles de cet arbre se propager dans les départements de l'Aveyron,
du Lot et de la Corrèze, où les châtaigniers sont très communs et
l'argent fort rare; mais il craint que les frais de transport ne s’op-
posent à ce que le sirop de châtaignier ( seule substance générale-
ment employée jusqu'ici) soit vendu à Lyon avec avantage. Il a es-
sayé si le principe utile ne pourrait pas, comme celui du galon,
être réduit à l’état sec; et il a obtenu une substance solide, qui,
d’après des essais faits en petit par M. Berger, teinturier de cette
ville , s'applique parfaitement à la soie et donne une belle couleur
noire. Il pense que l'extrait pourrait, plutôt que le sirop, être prépa-
ré dans les pays éloignés des grandes voies de communication. Le
premier se vendrait de 85 à 90 fr. les 50 kil. , tandis que le sirop
n’est payé à Lyon que 45 fr. les 100 kil. Les frais de transport se-
raient ainsi diminués de beaucoup.
M. Parisel dit que des tentatives infructueuses ont été faites sur
les bords du Rhône. Il annonce qu’on tente en ce moment de nou-
veaux essais à Boën ( Loire ) , où l’on associe le sirop de châtaignier
à la fécule pour en former des boules du volume de la noix de
gale.
538 EXTRAITS
M. Magne pense , d'après les expériences des teinturiers de Lyon,
que le bois épuisé suffirait pour entretenir la combustion. Quant à
l'union du produit du châtaignier avec la fécule , il ne la croit pas
utile; selon M. Magne, l'extrait sec, étant un produit identique, ho-
mogène , doit être plus facile à doser qu'un mélange quelconque.
M. Tissier fait un rapport favorable sur un nouveau moulin à
bras , soumis à l'examen de la Société par M. Guillet, propriétaire
el meunier à Rochetaillée. Ce moulin est portatif, d’un bas prix.
La force d’un homme suffit pour le faire fonctionner, et, comparati-
vement à des moulins plus volumineux, il moud une quantité de
blé proportionnellement plus grande.
M. Rocher donne quelques détails sur la construction d’un nou-
veau genre de puits. Il promet une note détaillée sur ce sujet.
+
x *#
Séance extraordinaire du 19 novembre,
PRÉSENTATION DE LA SOCIÉTÉ
A SON ALTESSE ROYALE MONSEIGNEUR LE DUC D'ORLÉANS.
M. le Préfet ayant informé M. le Président que la Société serait
recue par M. le duc d'Orléans le 19 novembre , jour de l’arrivée du
prince à Lyon, les Membres qui la composent ont été convoqués
extraordinairement , et se sont rendus en grand nombre à l'hôtel de
l'Europe.
La Société ayant été présentée à S. À. R. , M. Bottex , président,
lui a adressé le discours suivant :
« MOonSEIGNEUR ,
« La Société royale d'agriculture , histoire naturelle et arts utiles
de Lyon, s’'empresse de vous offrir l'hommage de son respectueux
dévoûment.
« Elle prie Votre Altesse d’être , auprès de Sa Majesté , l’inter-
prète de sa reconnaissance pour les encouragements qu’elle a re-
cus du Gouvernement , aux efforts duquel elle s'associe avec zèle
pour contribuer , par tous les moyens qui sont mis à sa disposition ;,
DES PROCÈS-VERBAUX. 539
aux perfectionnements des diverses branches de l’agriculture , et
surtout de l’industrie manufacturière de notre grande cité, industrie
en faveur de laquelle a si souvent éclaté votre généreuse solli-
citude.
« Puisque le temps ne me permet pas de tracer un aperçu rapide
des travaux auxquels se livre la Société, je rappellerai seulement à
Votre Altesse qu'elle s'efforce continuellement d'encourager l’agri-
culture en général, l’horticulture si importante dans les environs
d'une cité populeuse , et surtout l’industrie séricicole qui intéresse
à un si haut degré la grande manufacture lyonnaise.
« La Société publie des Annales qui ont pris un rang distingué
parmi les recueils scientifiques les plus estimés de la France et de
l'Étranger.
« En persévérant dans cette voie , elle espère mériter toujours la
bienveillante coopération du Gouvernement éclairé qui préside aux
destinées de notre belle patrie. »
Le Prince a répondu que les encouragements que le Gouver-
nement accordait, chaque année, aux Sociétés d'agriculture, de-
puis la révolution de juillet, prouvaient tout l'intérêt qu’il portait
à des travaux d’une utilité si incontestable ; qu’il n’était point étonné
que la Société de Lyon, dont il connaissait le zèle , s’occupât non-
seulement d'agriculture , mais encore de tout ce qui pouvait contri-
buer aux progrès de l’industrie ; que le Gouvernement appréciait de
pareils travaux et qu’il saurait loujours les encourager.
Séance du 6 décembre. — PRÉSIDENCE DE M. BotrTex.
L'ordre du jour est le renouvellement du bureau. Il est ainsi
constilué :
MM. Montain , président ;
Sauzey, vice-présidenl;
Hénon, secrétaire-général ;
Lecoq, secrétaire-adijoint ;
Mulsant , bibliothécaire-archiviste ;
540 EXTRAITS
MM. Seringe , conservateur des machines et instruments ara-
toires ;
Deschamps, trésorier.
MM. Borrex, Président ;
Lecoe , Secrétaire-adjoint.
+
+ *
Séance du 13 décembre. — Présence DE M. Mona.
La Société a recu une lettre de M. le Préfet , qui lui adresse un
Mémoire sur un Procédé propre à remplacer le rouissage du
chanvre. Ce Mémoire est renvoyé à l'examen d’une commission.
M. Petive , mécanicien aux Brotteaux, envoie des échantillons
de soies filées avec des appareils perfectionnés par lui. Il demande
que ses procédés soient examinés par la Société. — Renvoyé à la
Commission des soies.
M. Boltex, président sortant , prononce le discours suivant :
« Messieurs ,
« Je vais tracer un apercu rapide des travaux auxquels la Société
d'agriculture s’est livrée pendant les deux années qui viennent de
s’'écouler ; il prouvera, de la manière la plus évidente, qu'elle n’a
pas mérité le reproche qu'on adresse généralement aux sociétés
savantes de s'occuper trop exclusivement de théories purement
spéculatives; on verra, au contraire, qu'elle s'est continuel-
lement efforcée de propager les meilleurs enseignements pratiques,
soit pour l’agriculture en général, soit surtout pour l’industrie’séri-
cicole , qui intéresse à un si haut degré la prospérité de la grande
manufacture lyonnaise.
« Ainsi, elle s’est empressée de seconder les efforts du gouverne-
ment en se mettant en rapport avec les divers comices agricoles du
département, afin d'encourager le perfectionnement des labours ,
des instruments aratoires, et surtout l’amélioration de la race
bovine.
« Deux des membres de la Société, MM. Gariot et Reverchon, ont
présenté des modèles de charrues qui offraient des’avantages réels
on
DES PROCÈS-VERBAUX. 541
sur toutes celles imaginées jusque-là ; l'une d'elles , la charrue ju-
melle en fer, a figuré honorablement à la dernière exposilion des
produits de l’industrie française.
« La Société a envoyé, dans les communes du département où l’on
cultive le mürier , des jardiniers experts, chargés de donner aux
propriétaires des leçons pratiques sur la culture et la taille de cet
arbre précieux.
« La commission des soies s'est livrée avec zèle à une éducation
de vers, afin d’expérimenter comparativement les méthodes de
Dandolo et de M. D’Arcet, et de faire connaître les avantages et
les inconvénients des diverses espèces de müriers.
« L'art de filer la soie, déjà porté à un si haul degré de perfec-
tion à l’aide des machines ingénieuses imaginées par M. Gensoul,
un de nos plus regreltables collègues, a recu, dans ces der-
niers temps, de quelques membres de la Société , entre autres de
MM. Alexandre et Bourcier, de notables améliorations ; aussi la
soie que la Société a obtenue l'emporte-t-elle sur tout ce que l’Ita-
lie nous envoie de plus beau, et la robe sortie des ateliers de
M. Mathevon, dont Sa Majesté la Reine des Français a bien voulu
agréer l'hommage, n’était pas moins remarquable par la beauté de
la matière première que par la perfection du tissage.
« La Société s’est toujours oceupée avec beaucoup de sollicitude
de l'horticullure , cette branche d'industrie si importante dans les
environs d’une cité populeuse : ainsi, non-seulement elle a dis-
tribué des récompenses aux jardiniers pépiniérisies ou aux maraî-
chers qui avaient obtenu les plus beaux produits, ou qui excel-
laient dans l’art de cultiver les pêchers ou autres arbres à fruits ,
mais elle a en outre instilué des expositions de fleurs, dont les heu-
reux résullats sont aujourd’hui parfaitement constatés ; aussi at-elle
arrêté qu’à l'avenir les expositions auraient lieu tous les deux ans.
« La Société, ayant eu l'avantage de posséder dans son sein le sa-
vant qui a étudié avec une si admirable sagacité les habitudes de
la pyrale, a profilé de ses travaux pour publier une instruction
qui a puissamment contribué à la destruction de cet insecte, qui,
depuis nombre d'années, portait la désolation sur les plus riches
coteaux du Beaujolais.
« Un des correspondants les plus distingués de la Société ,
M. Nivière , qui vient de représenter si dignement les agronomes
PTE 36
542 EXTRAITS
francais au congrès agricole de Postdam, a fait, l'hiver dernier,
sous le patronage de la Société , un cours d'agriculture, qui a été
suivi avec le plus grand empressement ; ce qui prouve l'utilité
d'un pareil enscignement ; aussi devons-nous faire des vœux pour
qu'il soit rendu permanent par la fondation d'une chaire d'agri-
cullure dans notre ville.
« Enfin, depuis deux ans, la Sociélé publie des annales qui
ont pris un rang distingué parmi les recueils scientifiques les plus
estimés de la France et de l'Étranger.
« Cetie analyse succinete des travaux auxquels la Société s'est
livrée pendant les deux années qui viennent de s’écouler suffira
sans doute pour démontrer, de la manière la plus évidente, qu'elle
n'a point élé au-dessous de sa mission, qu'elle a complètement
accompli le but de son institution , qui est le perfectionnement de
l'agriculture et des arts utiles, et qu’elle s’est montrée digne de la
bienveillante coopéralion du gouvernement. »
La Sociéié vote des remercîments à M. Bottex, qui cède le fauteuil
à M. Montain , élu président dans la séance précédente. M. Mon-
tain prononce le discours qui suil :
« Permettez-moi, Messieurs, de vous exprimer mes sentiments
et ma reconnaissance, en vous remerciant du haut témoignage d’'es-
time et de confiance que vous venez de m'accorder.
« Oui, Messieurs, c’est parmi mes titres les plus honorables
et au premier rang que je placerai celui que vos suffrages viennent
de me décerner , et je ferai tous mes efforts pour me rendre digne
de la noble mission que vous m’avez confiée.
« Je ne me dissimule pas les difficultés que présente une pa-
reille tâche : aussi chercherai-je à remplacer par le zèle, l’exacti-
tude et la bonne volonté les qualités si nécessaires pour remplir
d'aussi importantes fonctions. Pour atteindre ce but, je tâcherai
d'imiter mes prédécesseurs, qui ont laissé dans cetle enceinte de
si honorables souvenirs. Je m'efforcerai surlout de marcher sur les
traces de l'estimable collègue qui a rempli si dignement les fonc-
tions dont vous venez de m’honorer. Qu'il recoive aujourd'hui, au
nom de toute la Société , dont je me félicite d'être l'organe, des
remerciments unanimes et sincères, et les expressions d'estime ef
de reconnaissance qu'il a si bien méritées.
DES PROCÈS-VERBAUX. 543
« Quant à moi, Messieurs , fier de vous appartenir par un titre
aussi honorable, j'ose espérer que vos bons conseils, votre exemple
et surlout votre indulgence rendront ma tâche aussi agréable que
facile. »
M. Dufour, agronome à La Gardette , territoire de Pierre-Vert
(Basses-Alpes ), présente à la Société un modèle en petit de charrue
double, dont il donne la description. MM. Gariot, Bouchard et
Seringe sont chargés d'examiner cette charrue.
MM. Bottex , Thiaffait , Dugas, Duquaire , Guillard père et Gui-
met sont nommés Membres de la Commission des finances.
MM. Seringe , Mulsant, Gariot, Grandperrel , Pravaz et Parisel
sont nommés Membres de la Commission de publication.
MM. Monran, Président ;
Lecog , Secrétaire-adjoint. -
x
+ *#
Séance du 20 décembre. — Présinexce De M. Moxrax.
Parmi les pièces de la correspondance est un Mémoire pour ser-
oir à l'histoire des insectes ennemis de la vigne , et à l'indication des
moyens propres & prévenir leurs ravages, par M. Vallot, docteur-
médecin , professeur d'histoire naturelle à Dijon , correspondant de
la Société , ete. Ce manuscrit est soumis à l'examen de la Commis-
sion chargée de l'étude de la pyrale.
M. Montain présente à la Société du vin cynarique, dont il a ré-
cemment démontré les propriétés toniques et fébrifuges. 11 met aussi
sous les yeux plusieurs préparations faites avec l’oxalis crenata. I
a utilisé le principe acide de cette plante. Le sirop en est agréable
et rafraîchissant. Le suc est extrêmement diurétique. M. Montain a
trouvé dans l'O. crenala, d’une part, un principe alealoïde , et , de
l'autre , un principe particulier ayant quelques rapports avec l'acide
cydonique.
M. Gariot lit un rapport sur la charrue de M. de Valcour , per-
fectionnée par M. Dufour. Il reconnaît à cette nouvelle charrue
plusieurs avantages ; il en signale aussi quelques inconvénients ;
544 EXTRAITS DES PROGÈS-VERBAUX.
mais il conclut à ce que la Sociélé, en votant des remereîments à
M. Dufour pour sa communication, lui exprime le regret de la Com-
mission, qui n’a pu porter un jugement définitif sur la bonté de sa
charrue , à cause de la petitesse du modèle. Il aurait fallu pour cela
avoir une charrue établie sur un pareil modèle , mais en grand , de
manière à pouvoir labourer.
MM. Monran, Président ;
Héxon , Secrétaire-générat.
OUVRAGES
RACUS PAR LA SOC É
PENDANT L'ANNÉE 1859.
Annales agricoles de Roville. — Supplément in-8°.
Annales de la Chambre royale d'agriculture et de commerce de
Savoie. — Chambéry , 1836 , un vol. in-8°.
Avviso ai coltivatori sui bachi trevollini ossia bachi da tre raccolte,
di Matteo Bonafous, direttore del R. Orto agrario. Letto all adunanza
della R. Socielà di agricoltura del di 14 febbraio 1839. — Torino,
1839 , èn-8°.
Canal de jonction de la Loire au Rhône, entre Lyon et Roane.
Irrigalion des terres dans la plaine du Forez. Approvisionnement
d'eau pour les villes de Lyon et de Saint-Étienne , par M. Peyret-
Lallier. — Saint-Etienne, F. Gonin , 1839 , in-8°.
Catalogo generale del R. Stabilimento agrario botanico. Burdin,
Maggiore et C*?. — Torino.
Catalogue des pépinières et graines des frères Simon-Louis , cul-
tivateurs à Metz.
Comice agricole de l'arrondissement de Chartres. Concours du
5 mai 1839.
Comice agricole de l'arrondissement de Chartres. Mémoire par
M. Vaugeon , artiste vétérinaire, et M. Fresnaye , propriétaire- cul-
tivateur , sur celte question proposée par le Comice : « Indiquer
les causes , les symptômes, la nature , le siége, les moyens préser-
vatifs et curatifs des maladies de la race bovine, ovine et chevaline ,
connues sous le nom de sang, sang de rate, gastro-entérite, fièvre
charbonneuse, qui exercent leurs ravages dans le département d'Eure-
et-Loire, et principalement dans l'arrondissement de Chartres :
déterminer si elles sont enzootiques, contagieuses où non. » —
Chartres , in-8°.
546 OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ
Comice agricole de l'arrondissement de Chartres. Programme des
concours qui auront lieu à Chartres, le dimanche 5 mai 1839-
— Chartres , in-4°.
Comparaison des routes, des voies marilimes et fluviales , des
canaux et des chemins de fer, par M. Berthaud, ingénieur en chef
des ponts et chaussées.
Compte-rendu administratif des deux hôpitaux civils de Lyon pour
1838 , présenté au conseil général d'administration desdits hôpitaux
par la commission exécutive , le 17 juillet 1839.— Lyon, L. Per-
rin , in-49.
Compte-rendu de la première séance du Comice agricole de Dole
(Jura). —1839 , in-8°.
Compte-rendu des travaux de la Société philotechnique , par le
baron de Ladoucette , secrétaire perpétuel , imprimé par ordre de la
Société. Séance du 26 mai 1839.
Congrès scientifique de France. Programme arrêté par le comité
d'organisation de la septième session, qui s'ouvrira au Mans le 12.
sepiembre 1839.
De l'influence des chemins de fer, et de l’art de les tracer et de les
construire , par Seguin aîné. — Paris et Londres , 1839, in-8°.
Description des machines et procédés consignés dans les brevets
d'invention, de perfectionnement et d'importation dont la durée est
expirée , et dans ceux dont la déchéance a élé prononcée. Tomes 34,
35 et 36.— Paris ,in-4°.
Description géologique du département de l'Aube , extrait commu-
niqué à la Société d'agriculture , sciences , arts et belles-lettres du
département de l'Aube dans sa séance du 21 juin 1839 , par M. Ley-
merie , canton de Soulaines.— 7royes , Ath. Payn, in-8°.
Description topographique et géognostique du Kaïsertuhl , par le
docteur Eisenlohz (1839), traduite de l'allemand (1837), par
M. Gley, employé des subsistances militaires à Aiger , imprimé sous
les auspices et aux frais de la Société d'émulation du département
des Vosges. — Epinal, 1838, in-8°.
Détermination des caractères spécifiques des roches , appliquée
particulièrement aux départements de la Drôme et de l'Ardèche, par
M. Johanys. — /n-8°.
Deuxième série de notes horticulturales, par M. Pépin. ( Extrait
des annales de Flore et de Pomone , août 1838.) — Paris, in-8”.
PENDANT L'ANNÉE 1839. 547
Dictionnaire de médecine , de chirurgie et d'hygiène vétérinaire,
par M. Hurtrel-d'Arboval , seconde édition. Tomes 4, 5 et 6.—Pa-
ris , 1838, in-8°”.
Documents relatifs à l'emploi fait par l'Académie royale de Metz
des sommes allouées en 1838 , par M. le Ministre de l'agriculture et
du commerce , pour encouragements à l’agriculture dans le dépar-
tement de la Moselle. — Metz , Lancort, 1839, in-8°.
École royale vétérinaire d’Alfort. Exposition et vente publique de
béliers et de brebis à laine longue, mérinos, et de taureaux de la
race de Durham.
Économie théorique et pratique de l’agriculture, par le baron
E. V. B. Crud. 2 vol. in-4.
Éducation de vers à soie faite, en 1838, à la magnanerie-mo-
dèle départementale de Poitiers , par MM. Millet et Robinet. (Extrait
des annales de l’agriculture francaise. )— Paris , 1838, in-8°.
Éléments d'agriculture pratique , par David Low , traduit de l'an-
glais par J.-J. Lainé, consul de France à Liverpool. — Paris ,
Mad. Huzard , 1839, 2 vol. in-8°.
Éloge de M. Huzard , inspecleur-général des écoles royales vélé-
rinaires de France, prononcé, le 24 août 1839, à la distribution des
prix de l’école vétérinaire de Lyon, par M. Rainard, doyen des
professeurs. — Lyon, 1839, in-8°.
Éloge historique d'Antoine-Laurent de Jussieu, par M. Flourens ,
secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences , lu à la séance pu-
plique du 13 août 1838.— Paris, in-4”.
Éphémérides de la Société d'agriculture du département de l'Indre.
— Chäteauroux, 1838, in-8°.
Ephémérides de la Société d'agriculture du département de l'Indre.
Séance générale du 29 mai 1839. — Chäteauroux,in-8°.
Exposition agricole et horticole de Maine-et-Loire. Catalogue de
graines , fruits, légumes , plantes fourragères et économiques pro-
duits à cette exposition. —/n-8..
Exposition des produits de l’industrie du département de la
Drôme.—1839.
In funere amplissimi viri J.-B. Huzard carmen , auclore C.-G.
Mangosio. — Saviliant, in-8°.
Joseph-Marie Socquet.(Extrait du journal de Savoie.) — Septembre
1839.
548 OUVRAGES REÇUS PAR LA SQCIÉTÉ
Leçons élémentaires d'anatomie et de physiologie , ou Description
succincte des phénomènes physiques de la vie dans l’homme et les
différentes classes d'animaux , à l’aide de l’analomie classique, par
L. Auroux. — Paris, J.-P. Baillère, 1839, in-8°.
Le sucre colonial et le sucre indigène , par L. Fournier, membre
du Conseil général de commerce et de la Chambre de commerce de
Marseille. — Paris , Gosselin, 1839 , in-8°.
Lettre à M. Maith. Bonafous, sur l'utilité du mûrier des Philip-
pines, par le comte Villa de Montpascal. — Turin , in-8°.
Maladies régnantes en 1838 à Lyon. Esquisse de la topographie
médicale de cette ville, par A. Chapeau, médecin litulaire de l'Hôtel-
Dieu. — Lyon, in-80.
Mémoires de l'Académie des sciences , agriculture, commerce ,
belles-lettres et arts du département de la Somme. — Æmiens , Du-
val et Herment, 1839 ,in-8°.
Mémoires de l'Académie des sciences , arts et belles-lettres de
Dijon , années 1837, 1838.
Mémoires de l’Académie royale des lettres, sciences , arts, agri-
culture de Metz, 29° année. — 1837-1838.
Mémoires de la Société d'agriculture de Meaux, de mai 1837 à
mai 1838.— /n-8o.
Mémoires de la Société d'agriculture , sciences naturelles et arts
du Doubs , pour les années 1838 , 1839.
Mémoires de la Société de physique et d'histoire naturelle de Ge-
nève. Tome 8 , seconde partie.
Mémoires de la Société royale et centrale d’agriculiure, sciences
et arts du département du Nord, séante à Douai. — 1835-1836,
4 vol. in-8°. 1837-1838 , 9 vol. in-8°.
Mémoires de la Société royale d'agriculture et des arts du dépar-
tement de Seine-et-Oise , publiés depuis sa séance publique du 30
juillet 1837 jusqu’à celle du 15 juillet 1838. 38° année. — Yer-
sailles, M. Fossone, 1838 , in-8°.
Mémoires de la Société royale des sciences, de l’agriculture et
des arts de Lille. Année 1838, seconde partie. — Lille, À vol.
in-8°, fig.
Mémoires de la Sociélé vétérinaire des départements du Calvados
ct de la Manche. 8° année.— 1837.
Mémoire sur la fabrication du coke , par M. Salmon. — /n-8°.
PENDANT L'ANNÉE 1839. 549
Mémoire sur la filature de la soie, par M. Robinet, membre de
l'Académie royale de médecine, ete. — Paris, Mad. Huzard,
1839 , in-8°.
Mémoire sur les engrais, par M. Monnier , secrétaire-adjoint de
la Société centrale d'agriculture de Nanci, lu en séance les T mai
et 18 août 1839. (Extrait du Bon Cultivateur.) — Metz , in-8°.
Mémoire sur les monuments religieux et historiques du dépar-
tement de la Somme, par M. J. Garnier, membre de l'Académie
d'Amiens , de la Société des antiquaires de Picardie , ete.— miens,
Duval, 1839, in-8°.
Mémoire sur l'établissement d'une école d'agriculture. dans les
Dombes , par M. C. Nivière.
Notice biographique sur J.-B. Huzard, par L. Bouchard.
— Paris , 1839 , in-8°.
Notices biographiques sur J.-B. Huzard , par MM. de Sylvestre ,
Mérat et Renaud. — Paris , 1839 , in-8°.
Notice sur L.-F. Grognier, par M. Magne, professeur à l’école
royale vétérinaire de Lyon.— Lyon, L. Boitel, 1839 , in-8”.
Nouvel essai sur la culture vauclusienne et l'histoire naturelle de
la garance , par J. Bastet. — Orange , 1839 , in-8”°.
Nouveau tableau synoptique de l’éducation hâtive des vers à
soie, d'après la méthode de M. C. Beauvais et les procédés de
M. D'Arcet.
Observations sur la sous-réparlilion de l'impôt foncier et mobi-
lier, par M. Béatrix , notaire à Collonge, membre du conseil d’arron-
dissement de Gex, ete. — Vantua, Auguste Arène, 1839 , in-8°.
Observations sur quelques mémoires lus à la Société d'agriculture,
sciences et arts de l'arrondissement de Trévoux, département de
l'Ain, relativement aux étangs de la Dombes, et sur la raison de
l'existence de ces élangs, par M. Nolhac. — Lyon, 1839, grand
in-8°.
Préceptes d'agriculture pratique. J. N. Schevertz, directeur de
l'institution royale wurtembergeoise d'expériences et d'instruction
agricoles. Traduit sur la deuxième édition, par P. R. de Schavem-
bourg , député du Bas-Rhin , ete. — Paris, Huzard, 1839, in-8°.
Procès-verbal de la 107° séance publique de l'Athénée des arts ,
dimanche 12 mai 1839 , présidence de M. Devillers. — Paris, Félix
Malleteste et Ce, 1839 , in-8°.
550 OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ
Procès-verbal de la séance générale de la Sociélé royale d’agri-
eulture du département de Loir-et-Cher, du 30 août 1838.— /dem
du 30 août 1839.— Plois , in-80.
Programme de l'Académie royale des sciences , belles-lettres et
arts de Bordeaux. — Pordeaux , 1838 , in-4°.
Programme des prix de l’Académie des sciences , arts et belles-
lettres de Dijon , pour 1839.— Dijon, in-8'.
Programme des prix proposés par l’Académie royale des sciences,
belles-lettres et arts de Lyon, pour 1840. — /n-8”.
Programme des prix proposés par la Société de médecine de Lyon,
pour 18#1.
Quatorzième supplément du catalogue des spécifications des bre-
vets d'invention , de perfectionnement et d'importation (année1838).
Imprimé par ordre de M. Martin du Nord, ministre secrétaire-
d'État des travaux publics, de l’agriculture et du commerce.— Pa-
ris , L'homassin et Huzard , 1839 , in-8°.
Rapport fait en 1814, sur un travail de M. D'Arcet , ayant pour
objet l’extraetion de la gélatine des os et son application aux diffé-
renls usages économiques; par MM. Leroux, Dubois, Pelletan ,
Duméril et Vauquelin.
Rapport sur l'anatomie clastique du docteur Auzoux, profes-
seur d'anatomie et de physiologie, ete. — Paris, Firmin Didot ,
1839 ,in-6°.
Rapport sur l’industrie des soies, présenté à M. le ministre des
travaux publics, de l’agriculture et du commerce ,; par M. Henry
Bourdon , suivi de considérations générales sur les diverses appli-
cations des procédés de ventilation , par M. D'Arcet.
Réciamation de l'agriculture francaise , l'une des plus arriérées
de l'Europe, près du Gouvernement et des Chambres , par M. Ber-
thier, de Roville.
Recueil de mémoires et d'observations de physique , de météoro-
logie, d'agriculture et d'histoire naturelle, par M. le baron
d'Hombre-Firmas. — ÂVimes , 1838 , 1 vol. in-8° , fig.
Résultats des expériences failes à Lyon, sous la direction et sur-
veillance d’une commission spéciale, nommée par la Chambre de
commerce, pour l'essai en grand d'un nouveau procédé de MM. Ta-
labot frères , pour le condilionnement de la soie par la dessication
absolue. — Lyon, Burret, 1839 , èn-8°.
PENDANT L'ANNÉE 1839. 551
Résumé des observalions météorologiques faites à l'observatoire de
Lyon, en 1838 , par M. Clerc.
Séance publique annuelle de l'Académie des sciences , agricul-
ture , arts et belles-lettres d'Aix. 1838-1839.— Aix, Nuotet Aubin,
1839 , in-80.
Séance publique de la Société d'agriculture , commerce , sciences
et arts du département de la Marne. Année 1838.—/n-8°.
Société d'agriculture de Trévoux. Analyse de la statistique pro-
posée.
Société royale d'agriculture et de commerce de Caen. Séance du
15 mars 1839.— 7n-8°.
Société royale d'agriculture et de commerce de Caen. Séances des
19 avril et 31 mai 1839.— 7n-8°.
Société royale d'agriculture et de commerce de Caen. Observa-
tions communiquées, à la séance de novembre 1838, par M. Foache’:
« Quels sont les débouchés pour la vente des chevaux de luxe élevés
en Normandie? — Quels sont les encouragements offerts aux éleveurs
pour améliorer cette race? »
Société royale et centrale d'agriculture. Compte-rendu des tra-
vaux de l’année , par M. Soulange-Bodin , vice-secrétaire. Séance du
7 avril 1839.
Société royale et centrale d'agriculture. Rapport sur la nécessité
de modifier l’état actuel de la législation sur des biens communaux ,
par M. le baron de Mortemart-Boisse, rapporteur. — /n-8°.
Stalistique du canton d'Orgon , par M. Quénin.
Supplément à l’ictiologie française , par M. Vallot.
Sur la pomelière ou phthisie pulmonaire des vaches lailières de
Paris et des environs, par M. Huzard fils. (Extrait des Ænnales
d'hygiène publique.) — Paris , 1833 , in-8°.
The journal of the english agricultural Society. Volume the first,
part. 1.—1839.
Traité complet des saccharolés liquides sous le nom de sirop de
sucre , de mélites et d'oximélites; par Em. Mouchon , pharmacien
à Lyon. — Lyon, 1838 , gr. in-8°.
Traité des assolements de l'Alsace, par M. Victor Rendu.
Traité des fruits, tant indigènes qu'exotiques , ou Dictionnaire
carpologique , comprenant : l'histoire botanique , chimique, médi-
cale, économique et industrielle des fruits ; formant un manuel des
592 OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ
arts qui doivent aux fruits leur importance , tels que ceux de l’ami-
donnier, du boulanger, brasseur, vigneron, pharmacien , con-
fiseur, parfumeur et distillateur; par M. Couverchel. — Paris ,
Mad. Huzard , 1839 , un gros vol. in-8°.
Trailé général des eaux et forêts, chasses et pêches. — 17° li-
oraison.
PUBLICATIONS PÉRICDIQUES.
Actes de l’Académie royale des sciences , belles-lettres et arts de
Bordeaux. — Bordeaux et Paris, in-8°. (Aer, 2° et 3° trimestres
1839.
Annales agricoles , littéraires et industrielles de l’Arriège , formant
la continuation du journal d'agriculture et des arts de ce déparle-
ment. — Foix, in-8°. (Juillet 1838 , janvier, avril, juillet el octobre
1839.)
Annales d'agriculture publiées par la Société d'agriculture, de
sciences , d'arts et de belles-lettres du département d'Indre-et-Loire.
— Tours , in-8°. (De décembre 1838 à août 1839.)
Annales de l’agriculture française , contenant des observations el
des Mémoires sur toutes les parties de l’agriculture et des sciences
accessoires , fondées par M. Tessier. — Paris,chez Mad. Huzard ,
in-8°. (De janvier à juillet 1839.)
Annales de la Société académique de Nantes et du département de
la Loire-Inférieure. — Vantes , in-8°. (8° et 9° volumes, contenant
de la 43€ à la 54: livraison. )
Annales de la Société d’agriculture., arts et commerce du dépar-
tement de la Charente. — Ængouléme, in-8°. ( De mai à août 1838,
de mai à août 1839.)
Annales de la Société d’agriculiure de l'Allier. — Moulins , in-8°.
(de la 9€ à la 11€ livraison de 1838 , et de la 1€ à la 5° livraison de
1839.)
Annales de la Société séricicole pour l'amélioration et la propaga-
tion de l’industrie de la soie en France.— Paris , in-8°, 2e N°, année
1838.
Bibliothèque universelle de Genève. Nouvelle série. — Genève et
Paris, in-8°. (De juillet à octobre 1838, de décembre 1838 à
septembre 1839.)
PENDANT L'ANNÉE 1839. 53
Bulletin de la classe d'agriculture de la Société des arts de Ge-
nève. — Genève, in-8°.
Bulletin de la Société d'agriculture du département de l'Hérault.
— Montpellier , in-8°. (Août, septembre , octobre 1838, de janvier
à mai 1839, de juillet à octobre 1839.)
Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de l’arron-
dissement de Trévoux.— Zrévoux , in-8°. (Du N° 3 au N° 12.)
Bulletin de la Société d'agriculture , sciences et arts de Limoges.
— Limoges, in-8°. (Tome 14, IV° 3, et tome 17, N°5 1,3 et 4.)
Bulletin de la Société d'encouragement pour l’industrie nationale.
— Paris, in-4°. (Juillet, septembre et octobre 1838. Une table
raisonnée des lrente-six premières années. }
Bulletin de la Société industrielle d'Angers et du département de
Maine-et-Loire. — Angers , in-8°. (9° année, N° 6. 10° année,
Nes 2 et:32:)
Bulletin de la Société industrielle de l'arrondissement de Saint-
Étienne. — Saint-Etienne , in-8°. (N° 5 et 6 de 1838. N° 1 ,4et 5
de 1839.)
Bulletin de la Société industrielle de Mulhausen. — Mulhausen ,
in-8°. (Nos 57, 58 et 59.)
Bulletin de la Société royale d'agriculture , sciences et arts du
Mans , publié sous la direction de M. F. Étoc Demasy. — Le Mans ,
in-8”. (2° et 3° trimestres de 1838. 1er, 2€ et 4° trimestres de 1839.)
: Bulletin des séances de la Société royale et centrale d'agriculture;
compte-rendu mensuel, rédigé par M. Soulange-Bodin, vice-secré-
taire. — Paris , in-8°. (D'août 1838 à septembre 1839.)
Bulletin des travaux de la Société départementale d'agriculture de
la Drôme.— Y'alence , in-8”. (N°7, 8,9 et 10.)
Chronique scientifique, bulletin hebdomadaire des nouvelles ,
renseignements , faits, documents , etc., concernant les hommes et
les choses du monde savant. — Paris. ( Du N° 1 au N° 17.)
Feuille hebdomadaire agricole du grand-duché de Bade. (1836 ,
1837, 18381).
Journal d'agriculture et d’horticulture , rédigé et publié par le
comité central d'agriculture de la Côte-d'Or. — Dijon, in-8°,
(3° année, N°° 7, 8, 9, et 10 , et d'août 1838 à juin 1839.)
Journal d'agriculture pratique, de jardinage et d'économie do-
meslique, publié sous la direction de M. Bixio. — Paris , in-8°,
(Du N°7 au N° 17.)
554 OUVRAGES REÇUS PAR LA SOCIÉTÉ
Journal d'agriculture , sciences, lettres et arts, rédigé par des
Membres de la Société royale d'émulation de l'Ain. — Bourg ,in-8°.
(De juillet à décembre 1838; février, mars, avril, juin et juillet
1839.)
Journal de la Société d'agriculture et des comices agricoles du
département des Deux-Sèvres. — ÎViort , in-8°. (Octobre 1838, de
janvier à novembre 1839.)
Journal de la Société de la morale chrétienne. — Paris , in-8°.
CT PACNES, BR, bietOP F2 AS NET SAS 4 Sete,
NÉPrEre 1
Journal des vétérinaires du Midi, ou Recueil consacré à la chi-
rurgie , à la médecine vétérinaire et à tout ce qui s’y rattache , pu-
blié par une sociélé de médecins-vélérinaires , sous la direction de
M. Bernard , directeur et professeur à l’école royale vétérinaire de
Toulouse. —- Toulouse , in-8°. (Juillet et novembre 1838 , de jan-
vier à novembre 1839.)
La Revue agricole, bulletin spécial des associations agricoles, pu-
blié sous la direction de M. Dutertre. — Paris ,in-8°. (De décembre
1838 à novembre 1839.)
Le Bon Cultivateur, recueil agronomique, publié par la Société
centrale d'agriculture de Nanci, et rédigé par M. Soyez-Willemet ,
secrétaire-archiviste, trésorier. — Vanci, in-8°. (De septembre
1838 à octobre 1839.)
Le Courrier agricole , journal d'annonces agricoles , horticoles et
d'économie rurale. — Paris, in-8°. (1838, N°2, et 1839, N°5.)
Le Cultivateur , journal des progrès agricoles, fondé en 1829 , et
adopté en 4835 comme bulletin du cerele agricole de Paris. — Pa-
ris , in-8°. (De décembre 1838 à septembre 1839 , décembre 1839.)
L'Égide , journal des garanties industrielles, commerciales et
agricoles. Compte-rendu des tribunaux de commerce. — Paris , in-
fol. (16 janvier, 10 avril et 2 mai 1839.)
Le Propagateur agricole, journal d'économie rurale , publié par la
Société mutuelle d'agriculture pratique. — Paris et Aurillac, in-8°.
(Te, 8e , 9e livraisons de 16838, et 2°,3°, 5°, 6°, 7°, 8° et 9° li-
vraisons de 1839.)
Le Propagateur de l'industrie de la soie en France , journal men-
suel, spécialement consacré à étendre et à perfectionner la culture
du mürier, l'éducalion des vers à soie et la filature des cocons , ré-
PENDANT L'ANNÉE 1839. 555
digé par une société de cultivateurs , d’éducateurs et de filateurs
des départements du midi de la France ; directeur M. Amans Carrier.
—Rhodez , chez Carrère aïné , in-8°. (Août, octobre, novembre,
décembre 1838 , février 1339 , d'avril à décembre 1839.)
Le Propagateur du progrès en agriculture, recueil périodique de
l'association pour la propagation en France de la culture en lignes,
par le semoir Hugues. — Bordeaux, grand in-8°. (4°, 5° et 6° li-
vraisons. )
Mémoires de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-
lettres du département de l'Aube. — Troyes, in-8°. ( Du N° 67 au
N°71.)
Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers.
— Angers, in-8°. (1'€ livraison du 4° volume. )
Recueil agronomique, industriel et scientifique, publié par la So-
ciété d'agriculture de la Haute-Saône. — /n-8°. ( 17°, 2e et 3° li-
vraisons. )
Recueil agronomique , publié par les soins de la Société des
sciences agricoles et belles-lettres du département de la Côte-d'Or.
— Dijon, in-8°. (T.20, N° 6,7,8.)
Recueil agronomique , publié par les soins de la Société des
sciences , agriculture et belles-lettres du département de Tarn-
et-Garonne. — Montauban, in-8°. ( Novembre 1838, de janvier
à mai 1839.)
Recueil de la Société libre d'agriculture, sciences, arts et belles-
lettres du département de l'Eure. — /n-8°. ( Juillet et décem-
bre 1838, de janvier à juin 1839.)
Revue sébusienne, journal de l'indépendance mensuel et des pro-
grès. — Bourg et Nantua , in-8°. ( Mai et juin 1838 , de février à
juillet 1839, septembre et octobre 1839.)
Société d'agriculture, sciences et arts d'Angers. Travaux du Co-
mice horticole de Maine-et-Loire. — Angers, in-8°. ( Premier vo-
lume, N°°3,4et5.)
Société libre d'agriculture du Gard. — Vômes , in-8°. ( Décem-
bre 1838 et mai 1839.)
Société royale d'agriculture de Toulouse. Journal d'agriculture
pratique et d'économie rurale pour le midi de la France. — Tou-
louse, in-8°. (D'août 1838 à octobre 1839.)
O0000000000000000000 0 0006000000000008002900
TABLE
DES MATIÈRES.
Pages.
Tableaux des Membres de la Société royale d’agricul-
ture, histoire naturelle et arts utiles. . . . . V—XIV
Sur des Œufs de vers à soie exposés à une basse tem-
pérature; par M. Matth. Bonarous. , . . . . 1—2
Terrain néocomien de la Drôme; par M. Duvar. . 3—10
Considéralions sur la Théorie et l’Application des la-
bours ; par M. Dupurrs DE MAcoNEX. . . . . 11—37
Typhus contagieux des bêtes à cornes ; par M. patins
= {Mémoire couronne). (66e en, n 1992206
Note sur le Développement d’un nuage parasite au Pi-
lat; par M. FourneT. . . + . . 111—118
Den d'un Genre nouveau da la tribu dés Lu-
canides ; par M. E. MursanT. . . . . . . 119—121
Note sur un Végétal fossile des terrains Hélérs de
Rive - de - Gier ( Cycadium cyprinopholis ) ; par
M2 GonLRen + MS DIRSEONR SOIR 3 MASSE
Avis aux Cullivateurs sur une Espèce de ver à soie à
trois récoltes, nommée en Toscane Zrevoltine ; par
NL: Matih BON Ar OU MEME MORIN RENTE, .… . 131—134
Quelques Considérations sur l’amélioration dés ani-
maux domestiques; par J.-C. Favre. . . . . 135—166
TABLE DES MATIÈRES.
Rapport sur la Charrue de M. P. Reverchon (M. Garior
LAPPOMENT). Jamal À .L :
Note sur les Espèces du genre ealitéaiaite cultivé ces au
fleuriste de la Couronne; par M. Ch. Gonpouix.
Premier Mémoire sur les Sources des environs de Lyon ;
par M. J. Fourwer. + = tie
Défrichement des Bois; par M. RE
Manuel du Vigneron ; par M. Dupurrs ne Maconex.—
Plantation de la Vigne; Conduite les premières an-
nées ; Espacement des souches, vignes pleines,
Jjoalles ou joualles, hautains, vignes hautes, vignes
basses . SE Ce , F
Des Engrais et Mnend és qui conviennent à -
Vigne et de la manière de les employer. ‘
Culture de la Vigne.— Climat, exposition, sol, choix
des cépages, pluralité des cépages, arbres plantés
dans les vignes. Conclusion. AC ,
Rapport sur la Filature d’un cocon de Phones ne:
par M. J. Bourcrer.
Notes sur l'Industrie utile et ébues Onserraitonn
relatives à plusieurs lettres écrites à M. C. Nivière,
sur le même sujet, par M. Gensoul, insérées dans
les Annales de la Société d'agriculture de Lyon
(2° livr. 1838); par M. Ruvrèee. A
Essai sur la Théorie de l'aménagement des forêts : 3 par
M. NorRotT-BonnNET. . , . .
RS CR TE ar AC Le die due UGS Da TA T lenrnies 1
RUTE Aie + sn PARC RE NE ET TD
Rapport sur les différents Bidrais nt Eenes par di-
vers industriels et agriculteurs ; par M. C. Garror.
Rapport sur l’enseignement de la culture et de la taille
du Mürier; par M. ALEXANDRE. , « … .
Note sur le Cytise Adam ; par M. Héwox.
Note de M. Senmner. . 0.
Description d’une espèce nouvelle d'os Mordhes
le Labrador (ornismya labrador) ; par M.J. Bourcrer.
Sur l'Interversion de la Température atmosphérique
durant les hivers rigoureux; par M. J. Fourwer.
Da:
Loi
ia" y
187—914
215—9256
DS —-251
Ses
4471—460
259-255
Do 0
279—335
393— 446
519— 536
359—367
369—374
DD
371
389—392
461—501
LS
558 TABLE DES MATIÈRES.
Recherches analytiques sur diverses Eaux de l’intérieur
de Lyon et de ses environs ; par M. À. Brneau. .
Observations sur les Chlorures de carbone ; par M. A.
BINEAU EIRE). Diop. AE TAN CESR) NE à
Extraits des Procès-Verbaux. 97, 179, 271, 379,
Ouvrages recus par la Société. SET AN : CE
Table des matières contenues dans le second volume.
503—513
515—517
Ag"
545—555
556—558
Rapport sur les apparences de la Récolte dans le département du
Rhône (1839 ); par M. C. Gamor. — J'ableau.
Rapport sur la situation des Récoltes en Grains et autres Farineux
dans le département du Rhône (1839); par M. C. Garior. —
Tableau.
Observations Météorologiques , faites à l'observatoire de Lyon
(1339) par M. Czerc. — 12 Tableaux.
EN CS LESSe
@ )e =Q
ER AGVOÏES"
TABLE ALPHABÉTIQUE
DES AUTEURS DES ARTICLES CONTENUS DANS CE VOLUME.
O-HIEEE RO 0 ©
MM. AzexanDre, page 369.
BERNARD , p. 39.
Bineau, pp. 503, 515.
Boxarous ( Matthieu ), pp. 1, 131.
Bourcrer ( Jules ), pp. 253, 389.
Czerc, Observations météorologiques.
Dupurrs pe Maconex, pp. 11, 237, 337, 444.
Duvaz, p. 3.
Favre, p. 135.
Fourner, pp. 111, 187, 461.
Garior, pp. 167, 359. Tableaux des Récoltes.
GoxpouIx, p. 173.
Gurzzann fils, p. 123.
Hévow, p. 375.
Muzsanr, p. 119.
NornoT-Bonner, pp. 215, 279, 393, 519.
Rivière, p. 257.
SERINGE, P. 311.
ERRATA.
Page 142, ligne 32, au lieu de inutiles, lisez : infertiles.
Page 164, ligne 31 , au lieu de ; lisez: ,
Page 165, ligne 13, au lieu de cicogne , lisez : vigogne.
Page 185, ligne 8, au lieu de 60 ans, lisez : 6 ans.
Page 185, ligne 19 , au lieu de placés perpendiculairement ,
lisez : très inclinés.
OBSINDANT LE MOIS DE JANVIER 1839.
VENTS
AL. CIEL.
INFÉRIEURS.
LUNE.
one TN D ER)
2 Sl£s|s lé
8 Elo le ÉDe7h.à |De9h.à|Demidià| De3h.àa| De 6 h.à
S1 72 9h I fee LS 9 h. Midi. 5 h. 6 h. 10h.
LENNE NI RN
1h 755,77] 757,87] N ÏN IN IN Nuages. [Nuages. |Soleil. Soleil. Nuageux.
24 751,54 N IN IN IN Gris. Nuageux. |Nuageux. |Nuageux. |Noir.
5 751,88| 751,54] S-0/S-0/S-0 |S-0 EPluvieux. |[Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. [Brouillard
44 747,38] 746,88| S-05-0!S-0 |S-0 À Brouillard [Brouillard | Soleil. Soleil. Nuageux.
SA 744,88] 744,88 N IN IN Nuages. |Soleil. Nuageux. |Nuageux. |Pluvieux.
GR 745,21| 745,21 RE N-EIN VIN Brumeux. |[Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. |Pluie.
TA 742,71] 742,55 -EIN-E/N-EIN Pluvieux. [Pluvieux. |Brumeux. |Brumeux. |Pluvieux. Apogée.
8h 742,04| 743,71| 5-0!s-0/S-0 |s-0 Nuages. [Nuages. |Pluie, Soleil. Etoilé. D. Q.
9h 742,04! 742,04] N IN IN IN Nuages. Pluie. Pluie. Brumeux, |Etoilé. leT à 9h.
254,20| 755,04| N IN IN IN Nuageux. |Soleil. Soleil. Soleil. Etoilé. 24’ soir.
157,31| 757,51] N-EIN-EIN-E|N-E } Nuageux. |Soleil. Soleil. Soleil. Etoilé,
157,53| 751,55] N-EIN-EN ON Nuageux. [Nuageux. |[Nuageux. |Nuageux. |Pluie.
755,09 N-EIN-EIN IN Pluvieux. |Pluvieux. |Brumeux. |Brumeux., |Brumeux.
752,87| 752,87 ‘-EN-EN N Brouillard |Brouillard |Brouillard |Brouillard | Pluie.
746,21| 746,21] V-OiN-0 N-O!N-0 À Brumeux. |Pluie. Pluvieux. |Nuageux. |Nuageux. N. L.
746,04| 746,04] \-O/N-O/N-O|N-Of Nuageux. [Nuageax. [Nuageux. [Nuageux. |Neige. le15à3h.
745,21| 745,71] K-EIN-EIN IN Pluvieux. [Neige. Pluie. Neige. Neige. 15 soir.
746,21! 746,71] 4 IN IN IN Nuages. [Nuageux. [Soleil Nuages. |Noir.
750,24! 750,24! V-EIN-EIN-EIN Nuages. [Nuages. |Soleil. Nuages. |Nuageux. Périgée.
749,88| 749,88| KV-EIN-EIN ÎN Neige. Nuageux. |[Nuageux. |Nuageux. |[Nuageux.
749,34! 750,58] ; |E |N-EIN-EÏ Brumeux. [Brumeux. |Sol. pale. [Nuages. Etoiles.
142,21) 742,21| Y IN IN IN Pluvieux. |Pluvieux. |Pluie. Pluie. Nuageux, P. (.
744,38] 744,88] { IN IN IN Nuages. |Soleil. Soleil. Nuageux. |Lune. le 22 à 41h.
152,55| 753,53] N IN IN IN Nuages. |Soleil. Soleil. Nuages. |Etoiles. 57° matin.
253,71] 752,74] K IN IN IN Brouillard |Neige. Brumeux. |Brumeux. |Neige.
740,53| 741,55] 5 |0O |0 lo Nuageux. [Nuageux. |Neige. Brumeux. |Brumeux.
742,03] 742,04! KV-OÏN-O N-OÏN-OE Nuageux. [Nnageux. Nuageux. |[Nuageux. [Nuageux.
742,09! 745,84) 3 |O |O |O Gris. Soleil. Nuageux. [Nuageux |Brumeux.
738,88] 738,88| N IN IN |N Nuageux. [Nuageux. |[Nuageux. |Nuageux. Nuageux. P. L.
128,88| 728,88] N IN IN IN Brumeux. [Neige. [Neige. [Neige. [Neige. le 29 à 4h.
128,88| 729,38| K În IN IN Nuageux. |Soleil. Nuageux. |[Nuageux. |Brumeux. soir.
a
S. 23147,10|21648,53|21|
IN. 31, 29, |
UIM.N 746,62] 746,50! !
; OBSERVATOIRE.
Sofnme des the d’eau, Latitude , 45° 45° 5730
Nombre des,, a élé de Longitude , 90 99° 3375
Moyenne delignes. Élévation au-dessus de la mer, 199,20",
A l'apogée
Au périgée
746,04
745,21
746,21
150,24
749,88,
749,54
al
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES À L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE MOIS DE JANVIER 1839.
BAROMETRE
LA TEMPÉRATURE
non. DE sAUSsUnE, SuPÉRIEUNS.
THERMOMETRE HYGROMETRE VENTS VENTS
INFÉRIEURS.
De midi à
De 6 h.à
40h.
22 |
EE]
[EE
ce
PEVEPETIEE
So
22277
o
22247
741,05
742,88
22%
7
7
7
à
z
z
7
7
7
z
7!
T7
T
Z222221112224
CEELEEFEEEPELEEEEEEEEEETEEELT
222020222272
o
Brouillard
Nua
Nuageux
Brur
Pluxieux
Brouillard |S
Soleil.
Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux
Pluvieux, |Brumeux, |Brumeux.
Nüages.
(Pluie.
Soleil,
Nuageux.
Brumeux
Brouillard | Brouillard
Pluvieur. |Nuageur.
dageux,
Suageux.
Brameux, |Sol, pâle. |Nuages.
Pluvieux. |Pluie. |Pluie.
Soleil, |Nuageux.
Soleil. [Nuages.
Brumeux. |Brumeur,
Ne Brumeux.
Nuageux. Nuageux.
Nuageux. |Nuageux,
Nuageux. | Nuageux.
Neige,
Nuageux.
Nuageux,
Noir
Brouillard
Nuageux.
Pluvieux.
Plaie
Pluvieux,
Eloilé,
Etoilé.
Etoilé,
Nuageux,
Lune.
Etoiles.
Neige.
Brumeux.
Nuogeur.
Brumeux
Nuageux,
Neige.
Brumeux.
Apogée.
D, 0,
leTh9b.
A! soir.
N.
le1543h,
15" soir,
Périgée
P. 0.
le 22 à 11h
57 matin,
P. L.
le 29 à 4b.
soir.
750,88
8,88
N
744,88 N
754,05! { f 5 5 1 53 || 62 N
752,03 35] 749,05) 2 6 |-0, 75 80 N
741,53 ï ; 7 80 0
745,53] 745,05| j H ; b 70 ü} N-0
241,54] 740,84 1] 759,84) -7, k : 69 0
731,11 9,67| 737,88 Ê 67 | 67 | 66 | 66 x
727,88 1 728,88 74 | 78 x
729,71| 729, k 68 | 68 | 70 N
642,50/21640,86|22586,99|s 6 0 65, 1 2349/2229 2107|2:
29, 2 F "0 [50, 31 | 30 | 29
| 74630 5 h 6 15,1] 74,5] 15,8
BARONÈTRE, TUERMOMÈTIRE HYGROMÈTRE, PLUVIOMÈTRE.
Sotme des observ. du mois, 43; Somme des observ. du m Somme des observ, du mois, 13573, L'épaisseur de la couche d'ean,
Nombre des observations , Nombre des observation Nombre des observations, 178, tombêc peudant ce mois, a été dé
Moyence des observations , 7 Moyenne des observations , Moyenne des observations, 76,26 88 millimètres, = 19,4 lignes
À l'apogée lunaire SAT
Au périgée Junsire 742,50
OPSERVATOME.
Latitode , 45° 45° 5730
Longitude , » 29° 5375
Élévation au-dessus de la mer
199,20w,
OBSERVAANT LE MOIS DE FÉVRIER 1839.
IST dns "te
BARC
|VENTS
AUCEA T1
PR AE D LEE CD a Te do « LEZ
CREER VE SET ME
PU
EE
MER SA Kb les fr, [9h1, [Demidia| be3h.| De6h.
"| 9h) Mid! |SS | Daon 1, | à mid | 5h. | 26h. | 10h.
ME a}
73 5
ge ee ve NN ÎN Nuageux. [Nes, Sol. |N°*, Sol. ÎN5, Soleil. Lune, étos
751,51 TES 759 EIN-E|N-EIN Nes, Sol. |Neige. Neigeabo.|Neige. Grosse nei
744,01 TAN 745, IN IN “IN Brumeux |[Prumeux [Nuages. |Brumeux |Brumeux
75088| 751 88 759) à SA Brumeux Dégel. Brumeux |Brumeux |Brumeux
784,75 184 88 755 -E|N-EIN-E Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. Verglas.
758 57 180 87 due S !S |S Brouillard Pluie. Pluie. Pluvieux. |Brouillard
759,74 759 46 »D|S-0]S |S ÉBrouillard|Brume. Soleil. |Nuages. Bien étoilé
759,18 75968 N-EIN VIN Brouill. Broui. Sol. |Soleil. Nuages. |Brouillard
758 18 158 18 N-O|N-0/N-0 Pluvieux. Brouillard [Brouillard |Brouillard | Brouillard
751,18 TA 18 N-OÏN-OIN-0 BBrouill. |Brumeux [Brumeux /Brumeux |Brumeux
138 13 ’ N-O[N-O/N-0 ÉPrumeux. [Nuages. Nuages. |Brumeux |Brumeux
75 8.68 159.68 N-OIN Brumeux. |Brameux [Brumeux |Brumeux |Brumeux
135.62 155 16 N-OIN Erumeux, |Brumeux [Pluvieux. |Pluie. Pluie.
15 L url 75 1 17 N IN-OIN Brumeux |Brumeux |Soleil. Soleil.
6 7: 6. 99! 74 6! 80 N (N-EIN-EMBrumeux |Brumeux |[Nuages. |Nuages.
; 740,36 7 N-OIN-OIN-OH Nuageux. |Pluvieux. Pluie. Pluie.
B 75592 758,9 a! N IN |N Pluie. Pluie. Nuages. [Nuages, |Q. étoiles
oÙ 71,00 741 90 O Ï!s |S-0 Nuages. [Soleil. |Soleil. [TS nuag. |T° nuag.
OÙ 755.95 ; O |S |S Nuages. [Nes, Sol. |NS, Sol. Nuages. |TS nuag.
A 740,32 S |s {s TS nuag. [TS nuag. [Ts nuag. [TS nuag. |TS nuag. LP. Q.
2Ù 75285| 755,58 N [N-OÏN-OR Nuages. [Nuages. |Nuages. Nuages. |Lune, éto4 à 8 h.
SU 7185 75 110 N IN |N Brumeux. |Soleil. Sol., Bru. |Triste. Nuageux. K 9s.
M zu sl 7 15 90 N N IN Brumeux Brumeux |Brumeux |Brumeux. |Brumeux
s 139, s0l 7 40 2 ñ S [!s Î|s Pluvieux. [Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux.
M 74675 74775 O ÏN Î[N Nuageux. |Pluvieux. |Pluie forte Nuageux. | Nuageux.
| TS 75 716 60 N IN IN Nuageux. [Nuageux. [N5, Soleil.IN$, Soleil. ' Etoiles. a8h.
| 138 40 780 58 N IN IN Brumeux |Brumeux |Soleil, N5.|Soleil, N5.'Lune, étos® 55° m
{ ) 6 N |N-0lN-0 Pluie, Nei.[Né5, Pluie. |Soleil. Nuages. [N5, Lune. R P. L
À
À
121075,16/17995,88/19479,3 hi A
| 28 24, 26, |
{ ,
152,68] 749,85| 749,20
BAROME Le disque du soleil a présenté à l'œil de l'observateur des
taches nombreuses et considérables.
Le baromètre de l’Observatoire de Lyon est à 199,2 au-
dessus du niveau de l'Océan. (Biot. ast., tom. 111.)
Somme des observat. du, 4
1e d’eau ,
Nombre des observ. dun, &té de
Moyenne des observ. du # sn lignes
A l'apogée lunaire, : 966.
a. Au périgée lunaire, ;
es hauteurs barométriques de S ées À É
nc romélriques de cehn ; ensuite, on les a ramenées à la température 0,
observée autant de fois , i tri ’hysè
S À moment de l'observation barométrique. ( DEsPRETz, — Physique ,
en retranchant ou en ajoutant à
pag. 13.)
IOIS DE FÉVRIER 1839.
OBSERVATIONS 1
BAROMETRE
HYGROMÈTRE VENTS VENTS
DE sAUSSURE SurÉRIEURS INFÉRIEURS
De midià| De 5h
5h “6h
Midi à 5h.
Ppesacu
Ga 10 8.
Ne, Sol. . [N*, Soleil, | Lune, éto
Neige \ Neige. |Grosse ne
Brumeux |Erumeux Brumeux |Brumeux
Brumeux |Dége Urumeux |Hrumeux |Drumeux À Apogée
Pluie. . [Pluie [Pluie Verglas.
Brouillard Pluie. Pluvieux. [rouillard} D, Q.
Brouillard . [Soleil [Nuages. [lien étoilé] à 7 h
Brouüll. |Broui. Sol.Soleil. Nuages. [Nrouillardf 0
Pluvieux. |Brouillard Brouillard |Brouillard |Brouillard
Brouil. |Brumeux |Brumeux |Brumeux |Brumeux
Brumeux. |Nuoges. [Nuages. [Brumeur |Brumeux
Brumeux. [Brumeux |Brumeux |Brumeux |Brumeux
Erumeux, [Brumeux [Pluvieux. |Pluie.s [Pluie
Brumeux |Brumeux |Solei. Soleil. [rumeur
Brumeux |rumeux |Nuages. [Nuages
Nuageux. |Pluvieux. |Plui Pluie
Pluie. [Plüe.” Nuages. [Nusges, |Q. étoiles
Nuages. |Solei. Soleil. JT® nuag. |T# nuag:
Nuages. |Ne, Sul. |Ne, Sol. [Nunges. |Ts nuag.
Te nuag, |T* ouag. [TS nuag. |T* nuag. |T* nuag.
Nuages. [Nuages. [Nuages. Nuages.
Brumeux. |Soleil. |Sol., Bru. [Trisie.
Brumeux |Brameux |Brumeux |Brumeux.
Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux, |Pluvieux. |Pluvieur.
Nuageux. [Pluvieur. |Pluie forte|Nuageux. | Nuageux.
Nuageux. [Nuageux. |N N*, Soleil. Etoiles
Brumeux |Brumeux \,|Soleil, Ne,
Pluie, Nei.[N®#, Pluie.|Solcil. [Nuage
EU e9 EUR ET ET et ha
æ
æ
CC
EPEEEEETIETEEE]
EEEFPTITETEEE
Ë
SOS00m
PEPELPEELITEEEEE:
S
coco
Smooooco
2222722
S
5
742,00
154,86
CE
Canbonooowcmanowaosë
S
PEFETEEE LT
es
AAZOTAAATOO 22222
CERCLE EICE PEN TUE)
744,04
746,75!
748,05
751,85
N-E N-
CI] BI
AAMONLAMR2OZL22Z222
AA AO ZA
CE ë
CEPIXELELEEEEET
EEPELEEELILE]
AA OR
E
a
,88/19479,51 16456,29/1
ST lens 39
749,85 1] 4
BAROMÈTRE
THERMOMÈTRE HYGROMÈTRE. VLUVIOMÈTRE. Le disque du soleil a présenté à l'œil de l'observateur des
taches nombreuses et considérable:
at. du mois 608,7 Somme des observ. du mois, 14488, L'épaisseur de la couche d'eau ,
Somme des obsersat. du mois 108006,09 Ÿ jm
abre des observ. du mois, i s obsorv. du mo 146, Nombre des observ. du mois, 166 tombée dans ce mois, a été de Le baromètre PAT de Lyoniest à Fi 2 au-
Moyenne des observ. du mois , des observ. du Moyenne des observ. dumois, 87,5 20 millimètres; ce qui fait en lignes dessus du niveau de l'Océan. (Biof. nt. , tom )
A l'apogée lunair de l'ancien pied de Roï, 8,966.
éelnnaire,
baron
lonne observée autant do fois 4
nées la température 0, cn retranchant c
ed, telles que les aurait données le baromètre de l'Observatoire royal de Paris, si on l'avait transporté à l'Observatoire de Lyon: ensuite,
eur, qu'un thermométre à mercure , centigrade et attaché au baromètre ; donnait de degrés au-dessus ou au-dessous de zéro, au moment de l'observation barométrique. ( Dusrner, — Physique, p
riques de ce T:
OPENDANT LE MOIS DE MARS 1830.
VENTS
A
INFÉRIEURS.
LUNE.
ES.
ENRNERER É san : $
4 | [2 EDeTh.à [De9h.1/2| De midià| De3h.à| De 6 h.à
RTS [-s ls F9 h.1/2. | à midi. 5 h. 6 h.
EAN 0] ESA a
——— ——— [mme | a ,
N-OIN IN JIN-Of Nua., sol. |[Nua., sol. |Soleil. Soleil,
N-EIN IN IN Nuages. [Beau sol. |Soleil. Soleil.
-E|S-E |S-E |N Soleil. Soleil. Soleil. Beau sol.
S 1ST ras Gris , sol. [Beau sol, [Nuageux. |Nuageux. |Tout noir.
-EIS-EIS |S Nuageux. |[Nuageux. |Soleil. Nuages. |Nuageux.
-0|S-0 |S-0 |S-0 E Brouillard {Brouillard |Brouillard |Pluvieux.
-EIN IS-E |S-E ÉPluvieux. [Pluvieux. [Pluvieux. |Pluvieux. D. Q.
-OIN-OIN IN Neige. Soleil. Soleil . Nuages. lek821h.
-EIN-EIN IN Nuageux. |[Nuageux. | Nuageux. |Nuagcux. 51 soir.
-EIN IN IN Pluvieux. |[Nuageux. |Sol., nua. |Soleil,
-E[S-E |S-E |S-E KE Brumeux. |Sol., nua.|Sol., nua.|Nuageux.
-EIE (|S-E |S-E RBrumeux. |Sol., nua.|Sol., nua. Soleil. Ë
-EÏS-EIS |S Nua. , sol. |Sol., nua.|Soleil. Nuageux. |Et., pluie. NT
N-EIN-EIN-EIN Pluie. Pluie. Pluvieux. |Pluvieux. [Noir. le15a2h.
£ [S-EISE|S Brumeux. |N., sol.bl.|Sol., nua.|Pluvieux. [Nuit orag.} 32 soir.
D |o |o |0 Pluie. Pluie. Pluvieux. |Pluvieux. [Noir Périgée.
: S |S-0/S-0 Nuageux. [Nuageux. | Nuageux. | Nuageux.
-EIN Ï|N (|N-0 4 Nuageux. [Nuageux. |Nua., sol. |Giboulées |Noir, pl.
N IN IN Pluvieux. |Nua., sol.| Nuageux. |Nua., sol.|Et., lune.
N IN IN ÎN Nuages. [Nua., sol.[Nua., sol. |Nua., sol.|Ét., lune. P. Q.
N IN-O}N-O/N-O E Nuageux. [Nudgeux. |Nua., sol.| Nuageux. [Pluvieux. le 22 à 5h.
D [O0 |0 10 Pluvieux. |Pluvieux. |[Nua., sol. |Pluvieux. 48° matin.
-EIN ÎN IN Brumeux. |[Brumeux. |Nua., sol. |Soleil.
-EIN IN IN Nuageux. [Nua., sol.|Beau sol. |Sol., nua.|Etoïiles.
5 |S |S {S Nuages. |Soleil. Beau sol. |Sol. terne.| Nuageux.
742,31| 5_O|s-0|S-0|S-0 ÉPluvieux. [Pluie. [Pluie. [Pluie. |Pluie.
148,50! Nos |s |S Nuageux. [Nuageux. [Nua., sol. |Nua., sol. Ét., pluie.
745,51| 5-0|s-0|S-0|S-0 Pluie. [Pluie. [Pluie abo.|Pluie abo.ÏNua P. L.
141,56| 740,57| KEls |s |S Pluvieux. |[Pluvieux. |[Pluvieux. |Pluvieux. i le 3022h.
741,56] 743,56 S-E |S-E |S-0 À Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. 38 soir.
142,56| 742,56 S-EIS |S-0 E Nuageux. [Nua., sol.|Beau sol. |Sol., nua. Apogée.
48601,05 120829 19/2
{| 25, 28,
+1 744,04) 745,90
T AR 2e D A gs à AU en MR re
E. OBSERVATOIRE.
Somme delche d’eau, Latitude , 45° 45° 4730
Nombre dé ,a été de Longitude, 20 99° 3315
Moyenne des. Élévation au-dessus de l'Océan, 199,20.
A l’apogée
Au périgéd nombreux et épais nuages.
5 |20829, 19
744,04
BAROMETRE
À LA TEMPÉRATURE
©.
5h
70| 748,70}
746,50
746,50!
745,40
740,65
758,07,
751,28,
745,35)
744,90)
741,92]
755,19)
743,10
744,88)
745,27
747,97|
742,97
739,23
74524
741,16
742,56
I
HYGROMETRE VENTS VENTS
DE SAUSSURE, SurÉRIEURS, INFÉRIEURS,
De9h
à midi
DeSh.à
6h
DeGh,à
10h.
6a10h
746,71
745,60
745,05
745,66
745,18
739,96
S
Soleil.
Soleil.
eau sol.
.[Nua., set Br. ét. lu
Beau sol.
Soleil.
Soleil:
Nuageux
Soleil
Brouillard
Pluvioux
Soleil .
. [Nuageux
ist
ro
nos
a
FORZA Z
Brouillard
Pluyieux.
a
ë
D, Q.
Nua., éto À le 8 à 1 h.
Pllan H'aoir
S
Nuageux.
Pluvieux
Brumeux.
Brumeux. |S
Nua. , sol. |S
Pluie. Pluvieux
Mrumeux. .|S
Plui
Nu:
Nuageux.
Pluvieux,
Hon-o=ne oùc
em
CET
N. L.
le1#à2h.
32 soir.
Périgéc.
Nuageux.
Pluvioux
Pluvieux.
Pluvicux.
PAIE EETI
Hrobosocxmkbewos acc
Nuit orag.
Noir.
Pluv.
ERP E
RE
“
PERRPEFCEEECErEER
o
CEE TETTETELCTCE
mm
o
.[Nua., sol. P. Q.
Nua., sol Pluvieux. Île 29 à 5h.
Nua., sol Lune, pl. D 48° matin.
Nua., sol.[S Bien étoile]
sol. les.
sol.
S
Nuageux.
Pluvieux.
CEREPEEREREEEEE
Vino © io © @ 0 0 0 & 9 10 © 0 œ à
ë
bowbée
Pluvieux,
Brumeux,
Nua., sol.
Soleil.
œioém10
CEE
AOA22740
[
EEELEEEEILEET!
Nuages.
Pluvieux.
RTE 0 ce 10 18
Be:
Pluie,
Nua., sol.
Pluie abo:
Pluvioux.
Pluie.
Beau sol.
Sol.
Pluie,
Nu. sol.
Pluie abo.
Pluvieux. | Pluie forte}
Pluie. Pluie,
Sol., nua.[N:
PPEEIELELT
mn oo OS
Plu
Pluie.
Pluvieux,
Pluie.
Nua., sol.
110,0 |40,
8,15
10,62/14,25
lune]
745,24)
745,86
19552,66 2155507) 46355,25
2 29,
745,35
4755
257152] 175 40
29, 124,
9,25] 7,51
1753 /1665/1638|1857]
2 | 24 | 20 | 92
1969 1919/8190 18441
DAROMÈTRE.
Sowme des observ. du mois, 118245,66
Nombre des observations , 159,
Moyenne des observations , 745,67
À l'apogée lunaire , 151,15
Au pénigée lunoire ; 736,38
THENMOMÈTRE. HYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE. OBSERYATOIRE.
Somme des obsers.dumois, 1094,66 Somme des obierv. du mois, 10557, L'épaisseur de la couche d'e Latitude ; NAS
Nombre des obsorvations, 159, Nombre des observations , | 199, tombée pendant ce mois , a Lans l'Océan, 199,20m
Moyenne des obrervations, 6,88 Moyenne des observations, 81,80 0m, 046. = 29,59 lignes Élévation au-dessus de l'Océan, 199,20m.
ÉCLIPSE. — L'éclipse solaire du 1% mars n'a été aperçue, à Lyon; que pendant quelques secondes , à cause de nowbreux et épais nuages
VENTS
Jours.
Midià 3h.
De 36h.
740,02 0
741,64 0
741,06|. 741,06D|N-0 -0
| 749,06| 745,06E |N-E -E
746,06| 746,06D|N-0 -0
744,46
148,99
150,16
745,10
749,17
150,16
© CO AT Où UE En O1 RO =
[|
749,95
745,67
744,51
749,52
749,52
TAT,53
749,76
741,01
746,13
748,08
745,86
151,71
749,90
749,98
743,86
TA ,37
741 47
745,27
745,10
145,06
745,86
22222222
222222222227
©
et ©
222222222420 PO0N002222
Z45,4ATEÏN-E
146,08E|N-E
2222222222%ROQOn0R'Z
-E
S. K21614,32/20870,56
29, 98,
745,52] 745,57
RE.
Somme des obserlcouche d’eau :
Nombre des obsebis , a été de
Moyenne des obsé 6,21 lignes.
Au périgée lunaird
A l'apogée lunairé
INFÉRIEURS.
2200
222222
6 à 10 h.
OFPENDANT LE MOIS D'AVRIL 1830.
CIEL.
De 3 h.
aGh.
De midi à
GA
6h. 1},
à9h.:/
9h.
à midi.
PI. la nuit.
Pluvieux.
Nuageux. |[Nuageux. |Pluvieux.
Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. Pluie forte {
-0 Pluie. Pluvieux. |Pluvieux. Nuageux. | Nuageux.
-E D Brouillard |Brouillard /Nuageux. |Pluie. Pluvieux.
-0 À Nuageux. [Nuageux. |Pluvieux. [Pluvieux. |Pluvieux.
N.,fonde.|Fond clair Nuageux. [Neigeux. |Neï.,étoil,
Clair. Soleil. Soleil. Sol., nua. Bien étoilé} D. Q.
Gel.àglac.| Nuageux. |Neige. Nuag.,sol.|/Nua., étol le 7
Clair. Clair. Clair, sol. |Clair, sol. |Belles éto.Ë à 4 h
Brumeux |Soleil. Beau sol, ISol., nua. Bien étoiléf 52° m
Sol. pale. |Soleil. Soleil. Soleil. jEtoilé, Le 43 à 414
Soleil, NS, |Soleil. Soleil. Nuag.,sol. Etoilé. h. 57 s
Clair, sol.|Ciel bleu. [Beau sol. |[Bleu. Etoile. N. L
Nuageux. [Nuageux. |[Nuageux. [Nuag.,sol.' Bien étoiléf Périgée
Clair. Clair. Clair. Clair. Etoilé.
Clair. Clair, sol.|Soleil. Nuag.,sol. Nua., éto.
O ÉPluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux, [Pluvieux. |Tout noir.
Vaporeux Soleil. Soleil. Soleil. Gross.éto.
O À Vaporeux |Vaporeux |Soleil. Brumeux |Gris, le, éL.
NSfond b].|Sol. pâle. [S!, neSbl.|Nuages. |Foutnuag@ P. Q.
Nes, sol. |Beau sol. |Beau sol. [Beau sol. |Lune, éto le 20
NS, sol. [N°S, sol. [N° , sol. [Nuag.,sol. Le, ges ét. E à 5 h.
NS, soleil. |NS, soleil. |N°S, sol. [Nuag.,sol.|NS,lu., ét. 13 s.
Tout nuag.[ Nuageux. |Nuageux. |Nuageux. | Nuageux.
Nord ora. [Nord ora. Soleil. Nuag.,sol. Tout nuag.
Nx,pluv. [Nnageux. [NS, soleil. NSfond ble Tout nuag.
Tout nuag. [Nua. , plu.|NS, soleil.|NS sans sol NS, lune. RApogée
Nuag.bl. |NSs5 sol. |Toutnuag.|Sans sol, |S. étoiles. P. L.
Sans sol. |Sans soleil, Fout nuag.|Sans sol. |S. étoiles le 28
Sans sol. [Nuages. |Nua. , sol. [Sans sol. (Bien étoiléf à 7 h.
44 s.
OBSERVATOIRE,
Latitude, 450 45° 5730
Longitude , 20 29 3375
Hauteur au-dessus de l'Océan , 199,20".
néon hindntntlntivatinnlnthtertner
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES , FAITES À L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE MOIS D'AVRIL 1839.
BAROMÈTRE
à La TEMPÉRATERE
0
Midi. 5h. 6h
Th. [9h
740,02! 759,84] 759,68
Tab] 7. 740,84
741,51
746,06)
740,
741,64
741,06)
745,70)
745,48] 744,00
741,96] 740,04
742,86
746,20)
749,71| 750,14
746,68
741,60,
NORD.
Midi.
9h
THERMOMETRE
|
|
HYGROMÈTRE
DE SAUSSURE
9h
5h
Q
10 h.
VENTS VENTS
suPÉéniEURs InrÉnIEUNs
EE =
6h.
39h. 7,
De6h.
a10h
ÉPECEREE
RRPEETES
ÉEÉEÉÉEE)
EEEELELTIETEEEEEEELEE
CPEETEFEE PE
2222222222
2
5 5
n-ElN-El0 |o 0
0 Lo 0 Lo 0
x x |N | N-0|
N |N IN |N N-E
N IN |N N-0
N IN x N
N N N
N |N N
N N N
N N N
N N |N x
x x |N N
N N |N x
N N |N N
N N |N
à É
o
s
Nuageux.
Pluie.
Pluie,
Bruuil
Brümoux
Sol. pâle.
il, À
Clair, sol.
Nuageu,
Clair.
Clair.
Pluvieux,
Yaporeux
Vaporeux
, soleil
Toutourg:
Nord ora,
Ne, plu
Toutnuag-
Nuag. bi.
Sans sol,
- [Nung
.]Fond clair|Nuageux.
[Nuageux.
Sol. pâle.
Il
Pluvieux, |PI. lanuit}
Pluic, |Pluie forte
Nuageux, [Nuageux
Pluie. Plane:
Pluvieux. |Pluvieux
Pluvieux,
Pluie
Pluvieux. |Pluvicux.
Brouillard {1
|
Soleil. Soleil
Clair.
Soleil.
Nuageux. Bien étoilé
Clair. Etoilé.
Clair, sol. |Soleil.
Pluvieux. |Pluvieux.
Beau sol, |Beau sol.
Nes , sol.
[Ne , sol.
. [Nongeux.
Soleil.
soleil
N#, soleil.
[Toutnuag.
Sans soleil Tout nuag,|Sans so],
Nuageur.
Tout nuag,
14,20 Sans sol. (Nuages. |Nua. , sol. |Sans sol.
s P1614,52/20870,56]20142,82/17418,28/15629,08 Ba jo 195:s0| 104,80 M242/1248/1065) 798
.39, | 98, |, 23, 94, e7, | 19, | 19 | 15 | 45 | 20
745,52] 745,57] 744,92] 74428] 744,24 6,76) 5[40,51 6210/559%/5520 5600! 6119
BAROMÈTRE, THERMOMÈTRE. HYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE. OBSERVATOIRE.
Somme des observat. du mois, 116260,80 Somme des obsersat. du mais, 4428,87 Somme des observ. dumois, 6429, L'épaisseur de la couche d'eau , Latitude, 45° 45° 57"30
ombre des obsers. du mois, 156, Nombre des obsery. du mois, 446, Nombre des observ. du mois, 408, tombée dans ce mois, a lé de Longitude ; 2 29° 53°75
Moyenne des observ. du moi , 745,26 Moyenne des observ. du muis , 9,78 Moycone des observ.dumois, 59,55 Om, U14, ou Lien de 6,94 ligues. Hauïcor au-dessus de l'Océan , 199,20.
Au périgéelunaire, 747,39
A l'apogée lunaire, 743,86
FÉRIEURS.
| g w | pes
F1 KL 9h Midi.| | 5 [5 |
D. 1 RES Re
| 1 740,|8-EÏS |S
2 7 & !5 js
| 3 z40,[|S |O 10
| 4 739,D[N-0[N-0/N-0
L) 756,)[N-0[N-0|N-0
6 759,! |S-E |S-E |S-E
4 745,,|S |S-0 |S-0
8 zmikls |S-0|s-0
9 738,) |S-0 |S-0 |S-0
40 755) |S-0 |S-0 |S-0
41 741,) |S-0 [N-0!/N-0
12 741.) |S-0 |S-0 ;S-0
N-0/N-0 N-0
N-0|0 |0
N-EÏS |O
N |N-O/N-0
N-EÏN IN
N |N IN
L6206,06 06 M A 6517745,
24,
739,
740 15 140 199
Somme des observat. du
Nombre des observ. du
Moyenne des observ. du
Au périgée lunaire,
. À l'apogée lunaire,
De 6 h.
à 10h.
De 3 h.
26h.
De midi à
3 h.
S. sl, tonn.| PI. petite. [NS s$ étoi.
SL, ciel bl.[S!, ciel bl.|Ciel ‘bleu. Ciel bleu. |Etoiles.
Sans soleil| Sans sol. |S.sl, tonn.|N$,pet. pl. |Tont noir.
N5, soleil. [NS, soleil. |Nua. , sol. |Nua. , sol. |Etoilé.
Nuageux. [Sans sol. |Sans sol. |Soleil. Nua., éto.
Nuageux. | Nuageux. [Sans sol. |Soleil. Etoiles.
Nes, sol. |Grosnuag.|Sol., nua.| Nuages. [|Noir.
Vaporeux Toutnuag. |} Nuageux. |Nuageux. |Quelq.éto.
Vaporeux |Sans sol. Gou.de pl.|Petite pl. [Noir.
Sol. , nua.|Sans sol. |Soleil. Sans sol. |Etoiles.
Nuageux. [Nuageux. |Soleil. Tonnerre. |Etoilé.
Petite plu.| Nuageux. |Tonnerre. | Grande pl.|Noir. Périgée
Pluvieux. [Nuageux. |Soleil. Nua. , sol.|Toutnuag.R N. L.
Pluie.
Quelq.éto.
Pluie. 24h.
Quelq. nu.
Sol.,
Pluie.
Sol. , nua.
Nuageux.
Sol. , nua.
Pluie.
nua,
De6h. | De9h.
à9h. | à midi.
Nuag.,sol.|Nuag.,sol.
Soleil, NS.[Sans sol. Pluvieux. |Noir.
Pluvieux. |[Nuageux. .[Nua. , sol.
Nes , sol. [Nuag.,sol. .[Nua. , sol.
Nes , sol. |Soleil. Soleil.
Soleil. Soleil.
Soleil. il. Soleil.
Nuag.,sol. il. Soleil.
Nuageux. |Pluvieux. |Pluie.
Nuageux.
N°, sol.
Nuag.,sol.[NS, sol.
Sol.,nuag. |[Sol., nua.
Brouillard |[Sol. , nua.
Brouillard |[Sol., nua.
Sol. , nua.|Sol. , nua.
Sol. , nua.|Sol., nua.
NS, soleil.
NS, soleil.
Nuag.,sol.
Beau sol.
Beau sol.
Clair.
Pluvieux.
Clair.
Clair.
Etoilé.
Etoilé.
Etoilé.
Etoiles.
Nuageux.
Nuageux.
Nuageux. | Nuageux.
Nua. , sol.|Nua. , sol.
Nuag. bl. |[Nuag. bl.
Sol. , nua.|Sol. , nua.
Sol. , nua.|Sol. , nua.
Fondbleu.|Sol. , nua.
Sol, , nua.|Sol. , nua.
Sol., nua.|Sol. , nua.
OBSERVATOIRE.
Latitude, 459 45° 5730
Longitude , 20 29 53°15
Hauteur du baromètre au-dessus de la
mer , 199,50.
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES , FAITES À L'OBSERVATOIRE DE LYO
; PENDANT LE MOIS DE MAI :839.
BAROMÈTRE
THERMOMETRE HYGROMÈTRE VENTS VENTS
LA TEMPÉRATURE
DE SAUSSURE. surénieuns. INFÉRIEURS.
DeGh
àa9h.
De9h
à midi
De 6 h.
àJ0b.
St, ciel bi
N®, soleil
Nuageux
5 onmmo
500 ommmE
N-0 N-0
o lo
s lo
NN
o
HHMOCODOOMMHOS
mo
tm ©
Beau sol.
Beau sol
742,54,
Sol. ,nuag
Brouillard
Brouillard
739,07 Sol. , oua
Nuag, sol. [à
Sol. , nua.|S
S!, ciel bi
Sans soleil|Sans sol.
Ne, soleil.
os nung
Toutnuag
Nuageux,
Net, sol.
, sol.
Sol , oun.
Sol, ; nua
Sol., nu,
Sans sol
Sans sof.
Sol. , nua.
.|Sol., nua,
S.s!, tonn.
S.s},tonn.
Nua, , sol.
Tonnerre,
Grande pl
Nua, , sol,
. Pluie.
Quclg. ou
Pluvieux,
.[Nua., sol
Sol. , nua.|E!
:|Sol: , nua
Ne 5° doi,
Etoiles,
Tout noir.
Etoilé.
Nun,, éto}
Etoiles.
Tout nuag,
Pie
Quelq.éto |
Noir.
Noir
Très étoilé]
9/16274 ,66| 519,8/427,5 444,0/206,6 290 111521 4124/4259
5 2 9 20! 20
69,1 , 56,2] 62,9
740,90] 759,40)
1
DAROMÈTRE
THERMOMÈTRE IYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE.
Nan qu Ada obéertats (du mois, Somme des observ. du ml 1615, L'épaisseur de In couclie d'eau ,
Hp de CRE RE Nombre dés abservs du nibii® Nombre des observ. du moi 197, tombée dans ce mois ; à été de
Mueane des bn. du mo Moyenne des observ, du muis , Moyenne des observ. dumois, 59,96 Om, 038, ou Lien de 46,85 lignes.
A l'a lunaire
Latitude ,
Longitude
OBSERVATOIRE.
45 45°
go 99
5730
3375
Hauteur du baromètre au-dessus de la
mer , 199,50m.
OBSERDANT LE MOIS DE JUIN 1839.
3 ÉDbcGh.à | De9h. | Demidia| De5h.à| De 6 h.à |
Midi. ee ONE: à midi. 5 h. 6 h. 10h. |
hs |
(Se AE, RER EE ER |
759,07] 759,07| 739,00 N Nua., sol, |Sol., nua.|Sol., nua.|Sol. , nua.|Tout nuag. |
739,52] 739,50] ‘739,50 S Gris. Sol., nua.[Sol., nua.|Sol., nua.|Pl,, tonn.
159,80] 739,66| 739,72| k S-0 À Nuageux. |Sol., nua.|Sol., nua.|Nuageux. [Nua., éto
156,81] 736,15| ‘151,40| | S-0 À Pluvieux. |Pluie. Pluvieux. |Pluvieux. [Noir. D. Q.
741,20| 742,06! 741,56| , N-0 À Nua. , sol. [Nua., sol.|Pluvieux. |[Nuageux. |Noir. a 11 D
745,10] 744,68| 744,64 N-0 À Pluvieux. [Nuages. |Soleil. Nua., sol.|Belles étS.Æ 56soir.
745,174] 745,46] 745,40 S Soleil. Soleil. Soleil. Sol. , nua.|Bien étoil.
743,90! ‘743,85| ‘743,14 N s-0 à Soleil. Fond bleu. | Soleil. Soleil. Etoilé.
746,26] 741,14| ‘747,55 S-E M Sol., nua.|Sol., nua.|Petite pl. |Pluie. Noir. Périgée.
250,71! 754,12] 751,08] [IN IN Sol. n.bl.|Sol., nua.|Soleil. Soleil. Bien étoilé
151,75] 752,16| 752,00| |IN-EIN E Nua. blas. INuag. bl. [Nuag. bl. [Beau sol, |Etoilé. N. L.
151,48| 751,46] 749,34| [IN IN HBeausol. [Soleit. |Soleil. Fond bleu. |Etoilé. à 3h.
745,87] 745,35] 744,20| || |s Beau sol. [Beau sol. [Gris , sol. Soleil. |Trèsétoilé£ 4? soir.
749,52! 742,50| 742,20| |$s [|s Fondbleu.[Soleil. |Soleil. |Soleil. |Etois, ora.
741,90| 742,50! 745,181 |s |s Nuageux. [Nuageux. |Gros. gou. Nuageux. |Toul nuag.
747,01! 747,61| 748,22| ||s_p |s-x À Nua., sol.[Nuages. |Sol., nua.|Soleil. Etoiles.
748,85| 748,72] 747,60| |s |s Soleil. Soleil. Soleil. Soleil. Bien étoil.
146,15] 146,58| 744,97| || |s Ciel gris. [Soleil. [Soleil. [Nuageux. [Nua., étof P. Q.
… 748,04| 748,00| 747,95| |IN_EIN-E À Soleil. Fond bleu. [Fond bleu. | Soleil. Etoiles. à 40h.
- 747,18] 746,68| 744,84| x În Nuages. [Nua., sol.[Nua., sol.[Nua., sol.[Nua.,étoi.f 21° soir.
745,06| 744,92] 744,58] |S [| À Nua., sol.|Soleil. Soleil. Nuageux. |G.pl.,ton.h Apogée.
- 141,62} 741,16] 740,00! ||s_E |N-0 À Fondbleu. [Fond bleu.|Peute pl. |Pluie. Pluv., ét.
- 742,20] 745,16] 742,50] |IN_o|N-0 À TS nuag. [Nuageux. |Sol., nua. |Soleil. Clair.
- 746,50| 746,70| 746,141 ||x-0|N-0 à Poudreux. (Soleil. Beau sol, [Nuages. |Nua.,étoi.
145,74| 745,20| 744,10] |'x_olN-0 # Soleil. Fond bleu. | Soleil. Nuages. |[Ton.sourd
if. 758,06| 739,05] 739,50 s |s Nuageux. |Toutnuag.|Sud viol. Nuageux. Gros nua.
747,27 747,68 746,08 N-E N-E Nuages. Nuages. ” Soleil. Soleil. Beau ciel. P. L.
242,80| 745,88| 744,925| |ls 0 |s.0 À Nuageux. Pluvieux. |[Sol. pâle. Nuages. [Belle nuit.{ à 0b.
245,55] 745,55] 744,91| ||j_olx-0 É soleil. Nuag., pl.[Nuag., pl. [Nuageux. 19 matin.
….146,68| 747,18] 747,60! ||N NS sans sol
29350,48/29551 51/90551,29lod
\ 30, 30, 39,
MD 742,65) 745,04] 744,57
nn
ï
OBSERVATOIRE.
; So AS 7°
«D Latitude , 459 45 37 30
Nombre des observati 90 99° 33°73
Longitude ,
‘ ? soyveatoire
Hauteur du baromètre de l'Observatoire
au-dessus de la mer, 199,50m.
Moyenne des observal
A lapogée lunaire,
Au périgée lunaire,
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES A L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE
BAROMETRE :
THERMOMETRE HYGROMÈTRE
À LA TEMPÉRATURE
Nono. DE SAUSAURE inrénieUnE
jh. | De midia
à midi 5h
Midi
6àa40h
Tout ausg
PI, tonn
Nua., sol.
Gris. Sols, nua.|Sc
Nuageux. à Sol, nun. [Nuageux
Pluyieux, ec Pluvieux, |Pluvioux
Nua:, sol: |N 1. [Pluvieux. |Nung
Pluvieux Nud., so!
Soleil. |s Soleil. |Sol., nua
Soleil Soleil
Sol,, nun. elite pl. [Pluie
Sol, n.bl a Soleil.
Nua, blas. [Nuog A Beau a
Soleil, Soleil. |Fondieu
29,0 Sol., nua.|Sol
|
, nu, |Sol,,
EEE EE
CEE TEETE
FAZLATT
CEE EELLEEL IT
Fond bleu,
N LS
Nua., sol.|Nuages. |Sol:, ou Etoiles
Soleil Soleil. Soleil. Ë Bien étoil,}
Cielgris. Sole. |Soteil, éol vo
Soleil Fond Fond bleu. |S Etoiles à 40b. :
Nuages ua., sol.[Nus., sol,[Nua, étoi
. Nuageux, |G.pl,ton
Peite pl. |Pluic
Sol., nua, [Soleil
Beau 50] Nu
Soleil. [Nuages,
z. [Sud viol. Nuageux. [Gros nux
Nuages. |A ! Soleil cau ciel,
Nu a . |So he, [Nu
Soleil. |Nuags, pl|N
N' sans sol
Toul nuag
S ©
CS
LEETETIZ
©
PRE ELE LEE
va
coco
EPEPETLEELITLIIT
A ET EN ENT EU ET
651,701783
mix PEL h h 30, 50 50
su 4 5 7 Dso,6! 58,5
OBSERYATOIRE,
. DAROMÈTRE. THERMOMÈTRE HYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE
OT GE env. du mois, 134047,52 Somme des observ.dumois, 4459,6 Somme des observ. du mois, 40130, L'épaisseur de la couche d' ñ 45° 45°
rene dE A nn 180, Nombre des observations, 180, Nombre des observations, 180, tombée pendant ce mois, a 616 de Longitude , UE |
Se A LONE } 744,54 Moyenne des observations, 23,11 Moyenne des observations, 55,12 On, 058. = 16,85 lignes, auteur di barombtre do l'Ob
ë au-dessus de la mer, 199,50.
A l'apogée lunaire, 742,26
Au périgée lunaire 748,00
OBSERDANT LE MOIS DE JUILLET 1839.
o + 0P te + ” = s à CU A ar Ke md
BAR(
Exrs
ë Cr CIEL.
ÉRIEURS
LUNE. |
Co EEE D
x se = DeGh. | De 9 h. | De midi al De 5 h. | De G h.
6h, 9h. Midi.| 2 [55 | = à9h. | à midi. 3 b. à Gh. | a10h. À
.— Kb] Er : N
__l£}als | Li
| 5
749,30! Z49,17| 749,N IN IN NSbl., sol. |Sol. faibl. INuag.,sol. Nua., Ne étoiles 8 D. Q. ||
154,38] 751,35] Z51,/N ÎN IN Toutnuag.| Nuageux. |[NS, soleil. Nuag. sol. lEtoiles. le 2 |
148,45] T48,45| YTAG,IN ÏN IN Grosnuag.| Nuageux. Nuageux. |Nuag.,sol.|Etoiles. BR a10h. |
744,90| 745,20| 744,IN-EIN-E/N-E À Clair. Soleil. ISoleil. | Nua. , sol. Belles éto.8 8° m. |k
744,86 744,18] Z46,IN-EIN-E/N-E À Nes, s.sol.| Nua. , sol. (Soleil. (Fond bleu. |Bien étoilég k
741,88| “Z46,5S |S |S Beau sol. |Beau sol. |Soleil. | Fond bleu. {Bien étoilcé 1R
145,55] Z45,S |S Î|S Beau sol. |Beau sol. |Soleil. |Fond bien [feu éloiléf Périgée |À
142,59| 742,S-E |S-E ,S-E À Nuageux. [ Nuageux. |Gou.de pl. Pluvieux. [PL lanuitf N. L j
744,45! 744,0 |O IN-0 N'S, sol. [Nua. , sol. |Pluie, ton. Pluie abo.lEtoiles. K le 9
749,83] TA49,N IN |N-0Ë Soleil. Soleil, Soleil. | Soleil. Belles ét. B à 9 h.
146,41] 746,0 |O IN-OË Soleil. Soleil. Soleil. | Soleil. B. étoiles.f 38° m. |
745,51| 744,S-E|O |O Nuag.,sol.| Nuageux. |[Nua. , sol. Nua., sol.[Noir.
148,20| 748,S |S |S NS, soleil. |Soleil. Soleil. Soleil. Etoiles.
141,06| 746,S |S VÎN-OË NES, sol. [Solcil. Soleil. Soleil. Étoiles.
144,541 744,S-EÏS ÎN-0 Nes, sol. |Soleil. Soleil. Tonn., pl.|Tout noir.f
148,05, 748,N ÎN IN NS, soleil. |Sol.,nuag. (Sol. , nua. Sol. , nua.lÉt.pla., lu} P. Q.
745,50] ‘744,S Î|S |S NS, soleil.| Sol. , nua.|Beau. |Gris. Nuag., él le 17
739,00| 739,8 S |S Nuag.,sol.|Sol. , nua.|NSs. sol. |Nua. , sol.|Nuag., ét.8 à 8 h.
741,05 Z40,N-E N-E!N Nuag.,sol. Soleil, NS. Petite plu. Sol., nua.|Sans éloi. £ 57° m.
NU Clair. Beau sol. |S! ba ard.|Clair, sol.[Étoiles. f Apogée
151,90 SAIS Nuageux. |Pl.p' inte. Nuageux. |Nuageux. [Nuag., éL.R |
150,54 N IN Beau ciel. |Beau. Beau. | Clair. Belles éto.k
749,70 N Clair. Quelq. nu. Nuages. |Nuages. Étoiles. LP.
S-0 |S-0 |S-0 Ê Beau ciel. [Nua. , sol. NS, sol. |Quel.gout.|Eto. , nua.f Ie 24
745,46| 745,85-0 |s_0 |s-0 Nuageux. Nuageux. [GS n$, écl. Tonn., pl.!j. bien or.f à 9 h.
Z44,00| 741,0 [|s Î|s: Brouillard [Nuageux. |Clair. Nuageux. [Nuageux. È 57° s
0 |0 IN Nuages. [Nuages. |Nuageux. |Nuageux. | Nuageux.
744,46 N IN IN Fondbleu.[Ns isol.,s. Nuag., pl. PI. printe.| Nuageux. # D. Q.
748,65] 748,N x Î|N Nuageux. [NSisol., s.|Beau ciel. Beau ciel. Étoiles. le 54
S Ï|S 1|S Beau. Beau. Clair. Beau. Étoiles. à 5h
S-0 !S-0 IN Nuageux. |[Nuageux. |Nua., TR sol.|Nua., éto.l Ts.
17907,06/20153,35/16599,
29,
116,15] 746,42] 745,
+ : [ A : e
BAROMMIQUE. Le OBSERVATOIRE.
Somme des observat. du Érellite-: Lalitude, 459 45° 5730
Nombre des observ. du 535$ 0” Longitude , 90 99° 5515
| Royce ne observ. du | 98 4” Hauteur du baromètre au-dessus de la
L A l’apogée lunaire, Lg sg» mer , 99m ,90.
Au périgéelunaire,
BAROMETRE
THERMOM HYGROMÈTRE VENTS NENTS
A LA TEMPÉRATERE
sono DE siussune surénieun INFÉRIEURS
| De miai A ne ;
| sh. | :6 ‘10h
ï N nn [x |n Ex | N ai, sol Nua
z NUININMINNINUEN IX N Toutng Nung
ï N NN IN AN En IN N Nuag, so!
7 NN IN IN IN EN IN N Nun, , sol:|
Z x x [N [N [x xl Soleil |Fünd béu
7 SES |S |S |S sels Héausols |Sotoil. |Fondblou
2 S s S SxI|S S S Boau sol, |Soleil, Fond bleu,
T s |s lo |szisels lo Nuogeux u.déple Pluvicus. [PL lanuit® N. L
T E |s |o lo În-ohe |s Nüa: ,s01,|Pluie, ton. Pluie abio. |Eoilé
T4 N° NN NN EN IN Soleil. | |Solcils [Sol |üollus ét
T x [x |s lo fx-olsels Soleil |Soleile [Soleil |: étoile
7 sElsEl:selo |0 ses Nuageux, [Nua, sol: /Nua, sol] Noir
T gulsulsuls ss uls Solél2 |Soléil Soleil Etoiles
1510 z s |s |s |s |x |s |s soleil (|Solul. |Soleil lÉtoite
145 T s |s |s |S |s Îselse Soleil. /|Soleit Tonn?, ple|Taut noir
18,10 T 7 NN NE IN IN N-E [Sol nuage |Sol. , nua.LSo!., nua.lÉt: pla, lu
346,70 Ti 7 NN |S |s |s N-E Sole, nün {Gris
740,00 7 7 à D ds & (solorise Sal muni [Nr ol) | Nue,
TA A8] 7 7 s |s sun x S-E Salcil, N#|Petite plu. /Sol. ,
ee N [NN NN NE Beau sol: |SUbe ard.|c
| s-0/s-0|s-0|S-0 s-0 5 Plipr inte ux
Je N ON |N IN IN IN Beau ciel. |Bea | Belles éto,
g NS s N Clair lg nu./Nuages. Nuages, |Étoiles. | PL
. L UNE SuIs ls |S ; sLIN#, sol. |Queligout ja] Lo 24
7 HAS ED) LL s-0 5-0 s-0 s-0}s-o|s-0|s eux. |G# nt, écl(Toun:, plij. bien or
2400 AT Z NÆEN=EIN [0 |S De E lo |s |s x. (Clair. [Nuagoux, [Nungeux
74316 7 o lo o IN Lo lo lo lo À (Nuageux. | Nuageux, [Nuageux
Pise | rare N |N NON En N° IN |n |N . ge, pl Pl printe
ë ras 6S A ZA8, 51 748 08 M7A8, N |N S AN Un Ann ÀN x Naisol [Beau ele (eau ciel. | Étoiles
ER 745,96] 740 N | s [x Ans |s |s û clair: 2 [nesuse Étoiles. Ds13h
742 s F 0 !s |s [solsoin , [Nune, s0l.|Nun,, so!
17156,79|20847 76 4057lruns
RE 18] 18
245,08] 744,36 161,7
ane dec PAORÈTRE THERMOMÈTRE. HYGRONÈTRE. ONSERVATION ASTRONOMIQUE. > OUSERYATOIRE.
Sas de obieral di mgis} 108097,99 Somme des observat. du mois, 3246,3 Somme des obsery. dumois, 6755,0 6 juillet. lumersion du 3€ satellite Latitude, as 4
Moyenne des olserv, du mois re Nombre des observ. du m 140, Nombre des observ. du mois, 444, A Lyon, qu. 58 0" Longitude , CETTE
A l'apogée lunaire Pr AARIES Moyenne dés obsers. du muis, 23,0 Moyenne des observ. du mi 60,6 À Paris , 912801" Hauteur du baromêtre au-
éclaire, He Différence, oh, 9° 59" mer , 199,20.
Au périgéelnnaire, 748,51
OBENDANT LE MOIS D'AOÛT 1830.
p
VENTS
À (C Il E EX
INFÉRIEURS.
LUNE.
D
. © À DcGh.à | De9h. | Demidia| De5h.à| De Gh.à
6 h. 9h. 5 ll) à 9h. | à midi. | 5h. G h. 10h.
= 10 ©
748,58| 746,64 DNPOIIN" C IN Ciel bleu. |Bl.,beaus.|S., g5 nua.|Soleil. Belles étS.Æ Périgée.
746,11| ‘T47,27 N-EIN VIN Bleu. Bleu, sol. |Bleu, sol, [CT bI., sol.|Bien étoil. D: 0:
145,84! 745,51 S-E |S-E ÎN Vaporeux |Ciel bleu. [Sol. ard. |Sol. ard. |Etoiles. à 40 h.
745,24| 745,11 N-O!N-0/x-0 ff Vaporeux [Soleil Ciel bleu. [GS nua. |PI., tonn.f 8° matin.
748,50| 748,68 N IN IN Gros nua. [Bleu Bleu. Soleil. Très étoilé
141,18| 746,98 NOINMRIN N.bruyan. [Bleu Bleu. Soleil. Très étoilé
745,05| 744,98 -E|N-O/N-0/N-0 À Bleu. Soleil. Soleil. Nuageux. |Tout nuag,
745,18| 744,84 -OIN-O!N-0/N-0 Ë Nuageux. [Nuageux. [Nuageux. [Sans sol. |Belles ét.
748,40| 748,76 -EIN IN IN Nua. blas. [Nua., sol.|Soleil. Sans nua. [Bien étoilé{ NN. L.
749,76 250,71 N N N Beau ciel. [Beau ciel, |Bleu, sol. Bleu, sol. |Belles ét, à 9h.
748,72| 748,50 N IN IN Vaporeux [Beau ciel. [Beau ciel. [Beau ciel.|Belles ét, H 38° matin.
750,65| 750,62 N IN IN Beau. Beau. Bien bleu.|Bleu, sol.|Bien étoil.
746,66] 746,77 N IN |N Fond bleu, [Nuag. bl. |Fond bleu. |Soleil. Très étoilé
745,56| 744,20 -EIN-EIN IN Nuag. bl. |Soleil. Soleil. Nuages. |Sans étoi.
| 189,56| 739,50! 4 |s |s |S Ciel gris. [Nuages |Nua., sol. Nuageux. |Tonn., pl.f Apogée.
| 41,54] 749,19| TEÏS-OIN ÎN Nuageux. [Pluvieux. |Nua., sol.|N*, pluie.| Tonnerre,
Er 742,80| 742,22) % |S-E |S-E |S-E À Nuageux. [Gros nua. |Soleil. Nuageux. |Bien ét. LAC E
| 146,05! 746,90] 7 IN IN IN Vaporeux. [Fond bleu.|Grand s!. |Nuag., pl.[Non éi. à 8h.
19 746,92| 746,90] 7 IN IN |N Vaporeux. [Nua., sol.|Nua., sol.|Nua., sol.|Sans ét. H 57° matin.
pi 746,00| 746,93| 7 IN IN IN Nuageux. [Nua., sol.|Nua., sol. Nuageux. [Non ét.
{ 747,90| T41,15 N IN IN Ciel bleu. [Nuag. bl. |Très bleu. |Très bleu./Lune. étos
ON 719,41] 750,54 N IN IN Bleu. Bleu, sol. |Bleu, sol. | Beau ciel.|[Belles ét.
Î 151,40| 751,30 OIN-0/N-O/N-0 Ë Beau ciel. [Beau ciel. | Soleil. Beau ciel. [Lune, éto
{ 749,653| - 749,60 CNE NN Bleu. Bleu. Bleu. Bleu. B. lune. PAS.
; 746,52| 746,50| 77 S S S Vaporeux. Bieu Bleu. Bleu. B. lune. à 9h.
j 744,95| 745,16 S S S Vaporeux. [Nua. , sol.|Nuages. |Nuages. [Sans él. ST soir.
| 145,86| 745,86] %0/5-0 |S-0 |S-0 E Brumeux, [Petite pl. [Pluvieux. |Pluie forte| Pluie.
Î 745,66| 743,60 Ü IN IN IN Pluvieux. [Nuageax. |[Nuageux. Nuageux. |Etoilé. Périgée,
: 144,45] 746,68] À IN IN IN ÆVaporeux.[Soleil. |Soleil. [Soleil. fEtoilé. à 5h.
30 744,45] 744,45 S |S |[S FVaporeux. Soleil. Soleil. Nuages. [Nua., ét. À T' soir.
1 144,45] 742,17 S |S ÎS Soleil. Soleil. Soleil. [Nuages. Nuages. D. Q.
À Len NE JR
Sles17s, 51 125155,21 1208
51, 51,
747,55| ‘746,94
Somme des of d’eau,
Nombre des d été de
Moyenne des
A l'apogée I
Au périgée |
Au périgée l
OBSERVATOIRE.
Latitude ,
Longitude ,
Hauteur du baromètre de l'Observatoire
au-dessus dela mer, 499,50,
So
51350
LA-£ELA 4
29 19
450 45
90 29°
: FAITES A L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE MOIS D'AOÛT 1839.
BAROMETRE = =: es
THERMOMETRE HYGROMETRE VENTS VENTS
A LA TEMPÉRATURE
He sAussone. aurÉnieuns inrénieurs
DeGh,à Oh. | De midia
9h. | Midi 6h. [40h 9h dmidi, || 5h
Gicl bleu. |B1:;ben À Périgéc
Bleu Dion, ,a01 | D. 0
Yaporeux |Giélibleu and |Sol. ani ile \ 40h
Vaporeux [Soleil, [Ciel bleu. |G BUnatin
Grostnua. [lilou NT ol THÉ to
Nruyan. [Bien hou k |rrès étoilé
Heu Soleits | Réteil Tout nuag
Ningeux Nüngeux. Sans sol. |ficlles ôt
Nün. bas [Noa fsol!| BOT Lion étoilé} NL
Héau tel ciel: |Dléu, sol , sole [elles ét s0h
Vaporcux , [eau ciel Bellos ét, À 58: matin
L ï Bic bleu, [D 1, [ien étoil
Fond bleu [ ol Trés dtoilé
Sans étoi
Tonn., pl Apogéc
[NX ; pluie. [Tonnerre
PEPEETEE
2222222421 22%
PEPEPE]
PEPELPEEPErETEE
PEEETEEEEETE TR:
PAEEEE
ELEPEPEPEEFEE]
Soleil Nuageux. [Bien ét p. 0
Non dt a 8h
San #7! matin
Ë
mo
Vaporeu Grand s1
Vaporeux , sol. |Nua., sol
Nua., 01. |Nun Non
Giel bleu. |A Trés bleu bleu. |Lune, éto9
Blou. ol. [Bleu, sol. [Beau ciel.[elles ét
Beau ciel. |Heau ciel. |S Beau ciel. [Lune, éte
Bleu Heu. Bleu. B. lune
Diou Lou Dlou.
Nuages, [Nuages
Plüvieux, [Pluie forte
EEELEFETE:
2222227
PEPPEEETEI
PEEPEFET
S
GR
aporeux. [Soleil oleil.
Vaporeux, [Soleil Soleil.
Soleil Soleil.
©
LEE ELPEEEEEEELEE
LEPELEFEEEEPELTIS
©
CEE TET
20149,2
51, 26,
746,94] 746,29 745,66]
OBSERYATOIRE.
Latitude , 450
Longitud! 2e
BAROMÈTRE THERMOMÈTRE HYGROMÈTRE PLUVIOMÈTRE
des observ. du mois,
Somme des observ.du mois, 5631,
Nombre des observations, 172, Nombre des observa
Somme des observ. da mois
Nombre des observations ,
Moyeone des observations , Moyeone des observations, ©21,1 Moyenne des observations, Hauteur d
lunaire, Le 16, au-des
ée lunaire da 4er, Le 25
BARO
| NTS
| À LA TE
| RIEURS.
|
Il
| £ on LA ET E
SE 60. 9h Midi. n ©
£ à
Eu
Oo lo
IN 0
Lo N-OIN-0
BR -0,N-OIN-0
MP u747,45| 741,68| 748,510 N Î|N
141,48| 747,16 610 N-O/N-0
6 750,57| 751,57| 749,8! IN TN
9 749,85| 749,85] 749,10 /N-O)N-0
10Ù 748,65] 748,50 HE S |S
MR 748,55] 748,52] 747,24 |S |S
BR 741,54| 744,44) 74,7 |S |S
150 720,42) 741,19| 741,7 |S |S
14h 752,52] 752,52] 751,53 IN ÎN-0
| 126,46| 750,20| 755,20 |S-0 |S-0
6 | lo |o
147 à 0 S-0 S-0
8} 745,46| 745,46| 745,10 |S-0|S-0
OÙ 745,15| 745,58| 741,80 |[S-0|S-0
UN 744,22] 744,41| 744,50 |S-0|S-0
159,00| 739,20] 740,74 |S |S
2h 742,6] 742,46| 749,4] |S |S
Op 741,10| 741,08! 741,5 |S |S
2h 745,05] 745,45| 745,8 !S |S
DS 746,45| 746,58| 746,5HIN ÎN
6 745,74] 741,92) 744040/N IN
2} 740,80| 739,50] 757,840 N-O|N-0
SR 721,04| 758,51| 756,340 N-0|N-0
DD 720,16 ST Le
Ou 720,54| 720,40] 740,21 IN Î|N
4
7
S117089,68/16350,09/16542,8
D 25, 29, 29,
"D 745,05) 745,19] 749,8
BAR(
OBSERVAIÏT LE MOIS DE SEPTEMBRE 1839.
Somme des obsery
Nombre des obser
Moyenne des obser
A l'apogée lunair
Au périsée lunaire
CIEL. |
LUXE. F
EE | j
DeGh.à | DeQh. | De midia| De5h.à| De G h. à Ë
9h à midi. 5 h. 6 h. 9h. \Ë
ne. Pr !
Pluie. Pluie Pluie. Pluie. Piuie, |
Pluvieux. |[Nuages. |Pluie. Pluvieux. | Pluie, ;
Pluvieux. [Pluie Nuageux. |Pluvicux. | Nuageux. ]
Nuageux. [Nuageux. |Pluie. Pluie. Pluie, H
Nuageux. [Nuageux. |Solei!. Soleil. Nuageux.
Nuageux. [Nuageux. [Nuageux. |Soleil. Bien étoil.
Nuageux. [Nuageux. |Soleil. Soleil. Etoilé, N: L. ù
Nuageux. [Nuageux. |Soleil. Soleil. Bien étoilé Le 7, à 10 h.
Beau. Beau. Fond bleu. | Soleil, Très étoiléf 40° soir. |È
Beau. Beau Beau. Beau. Très étoilé |
Beau. Beau, Trés beau, | Beau. Bien étoil. n
Nuages. |Nua., sol.|Nua., sol.| Nuages. [Nua. ét. 4
Tonn., pl. [Pluie Pluie. Nuages. |[Quelq.éto. {
Pluieabo. [Pluie Sans sol. [Sans sol. |Sans étoi. }
Orageux. |Gross.plu.|Pluie. Pluie, Quelq.éto. 1
Beau. Nuageux. |PI. averse. |Soleil. Etoilé. P. 0: ik
Nuageux. |Pluie. Nua., sol. Nuageux. |Bien ét. le 16, à2 h.h
Pluie, Pluvieux. |Pluvieux. [Nuageux. [N., lune.f 49° matin.
Brumeux, |Brameux. |[Nuageux. [Nuageux. [Sans ét. i
Soleil. Soleil! Soleil. Soleil. Etoiles. î
Orageux. |Sl, neS nrs|Pl. abond.|Pluie. Nuageux. ;
Nuageux. |S., 85 nua.|Sol., nua.|Nuageux. |Pluic. ‘
Pluie. Pluie. Nua., sol.|Nua., sol.|Pluvieux. pete
Sol. , nua.|Beau sol, [Beau sol. |Soleil. Etoiles. le23, à 7 h.]h
Soleil. Fort sol. [Beau sol. |Beau ciel.|Bien étoiléf 29 matin.
Beau sol. [Fort sol. |Beau sol. [Nnageux. |Nuageux.
Petite plu.|Pluvieux. |Pluvieux. |Nuageux. [Nua., éto.
Pluie. Pluie. Pluie. Pluie. Pluie.
Pluie. Pluie. Pluie. Nua. , sol. /Etoiles. D. (. 3
Brumeux |Soleil. Fond bleu. |Soleil. Bien étoilé le 29, à 40 h./ê
3° soir. ||
}
te
;
ï
OBSERVATOIRE.
Lautude , 45° 45° 5730
Longitude , 20 29
Hauteur du barométre
mer, 499m,50.
99719
! -
au-dessus de la
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES À L'OBSERVATOIRE DE LYON, PENDANT LE MOIS DE SEPTEMBRE :18
BAROMET
THERMOMETRE
LA TEMPÉRATURE
VENTS
LxFÉRIEURS
TA ET EUR A EN
740,03
744,05
ù lo
o lo
N Elx-
N-0[N
N-oJN
lo
0
|
EIN
o[x-0|
o[N-0
üN-0|
o lo |
x x |
N-o!N-0|N-0
=0{N-0|N-0
ON IN
6 1N-0/N-0
[Nos
o!x-0/x-0
|s
Pluie
Plusieux.
Pluyieux
Nusgeux
Nugoux
Drumeux.
Soleil
Orageux
Pluie
Sol, nua
Pluvicux
Pluie
Pluie
Soleil
Nungoux
Fond bleu
Quelq.éto
Etoile
Bien ét
N,, lune
Sans ét
Etoile
pl
Plusicux
Étoiles,
Bien étoilé
Nuageux
Nus,, éto
Etoiles
Bien étoilé
D, Q.
le29,5 40h
LAROMÈTIE TUERMOMÈTIE IYGROMÈTRE
du moi
bseralion ï ls D Tér vaio an ce moi
Crvationt 5 ne do abarnarion
r vds L'Hÿgromètre n'a pu être
L'épai
poudaut ce mots
PLUYIOMÈTILE
Latitüde,
Longitude ,
auéur
OBSERVATIT LE MOIS D'OCTOBRE 1839.
BAROMÉT,
À LA TEMPÉ
00.
ne — ÿ
s | +: DeGh. | De 9 h. | De midi | De 5 h. | De G h. k
2 | Gh. 9h. Midi. à9h. à midi. a3h. à Gh. à9h.
=
EE | Rad Re fn, CRUE er 2
AMIT 745,55] 744,02] 745.85] N-EÎN-E À Brouillard | Nuag.,sol. [Nua. , sol.|Ciel clair. [Très étoilé
Al 24 744,08| 744,80] 745,80| 7 H Ouragan. |Nua. , sol. |Sol.,nuag.|Petite pl. |Pluvieux, À
HIM5Y 745,96, 744,96] T45,11| 7 à Pluie abo.|Averse. Sol. , nua.|Sol., nua.|Nuag., éL.À
Î 4 744,96| 742,80] 742,05| 7 Ë Clair. Nuag. , pl.INS, soleil. Nuageux. |Ec. ton.pl.
MINS 742,08) 745,71| 745,46] 7 à Pluie forte|Sol. , nua.[NSs. sol. [NSs.sol. [PI la nuit.f
HNGY 745,08 745,08] 745,96] 7 N fBrum., pl.|Nuag.,sol.|Pluvieux. Nuages. }ÉL., pluie.k
7 746,96] 747,00] 747,60! 77 N SBrum., pl.|[PI.,sol.,nS/Nua. , sol.|Brume. |Très étoilék
DNSE 747,54| 149,16| 747,24| T7} |S Brouillard [Soleil, NS.[N$, fort sl. | Clair. Bien étoilé
ON“ 741,92] 147,22, TA46,45| 7 -E N-E # Beau sol. [NSsanssol. [Petite pl. Nu.auN-0 Étoiles.
| | OÙ Z745,06| 744,60) 745,50| 7] !|S À Nua., sol.|N°, sol. |N$, fort sl. |Clr:au cou Vent imp.
MUR 741,46) 741,10! 740,93] 7 S A Ventimp. !Sls$ vent. [Slard.,v.i.| Tonn. ,av.|Eloilé.
HMOË 745,60] 745,60] 745,96] 7 S HNuageux, [Nuag.,sol.[Nuag.,sol./Tonn., av.[N., pl.-grt}
A 745,00 745,00 Z745,00| 71 |S ÉBrumeux. |Br° s$ sol. |Sans sol. |Sans sol, [Sans étoi.
745,06| 745,001 745,95) 7 S FBrumeux. [Sans sol. [Sans sol. |Sans soleil} S. étoiles À
145,50] 742,96! 742,87| 7 S RBrumeux. [N°S, sol. [NS, soleil./Sol., pl. Pluie.
745,10] 745,50] 745,60| 7 O ÉPluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux. |Pluvieux, [Pluvieux, & à
145,62| 745,62] TA46,46| 77 O KBrumeux. |Pluvieux. [Pluvieux. |B.couc., le Pl.énorme
745,10| 744,86] 744,72] TA-EIN-E E Nuageux. |v.imp., sl. [NS, soleil. Nua. , sol.|Etoilé.
745,08| TA45.71| 745,74| T -0N-0 Nuageux, [Nuageux. [NS , sol. |Nua.lune.|Lune, ét. À
746,21| 746,18] 746,09] 7 -0 jN-0 À Brumeux. [Nuages. |Nuages. [Nuages. [|Nuag., CR
-OÏN-0 Ë Nuageux. [NSs. sol. [Nua., sol. Nuageux. |Nuag., ét.R
N° Nuageux. [Nua., sol. Nua. , sol. /Nua. , sol.INuageux. Æ
TÉ N Nuageux. [Nuageux. |Nua., sol. Sol., nua.|Belle lune.h à 4
746,51 TA IN ÉNuageux. [Nuageux. INuag.,sol. Sol. , nua.|S. étoiles.R 5
TAT, 15 7% (O0 ÉBrumeux. [Pluvieux. |NSs. sol, |Toutnuag.|S. étoiles.k
147,52 14 |O Nuageux. [NS sanssol NS s. sol, |Nuageux. |Etoilé.
Z47,62 74-0 |S-0 É Nuageux. [NS s.sol. |NSs.sol. Nuageux. Nua, lune.Ë
S ÉNuageux. [NS, soleil. Nuag.,sol. NS, sol. |Brouil. ép.
741,21 74 O ÉBrouillard |Pluvieux. [Pluvieux. |Brumeux. | Pluvieux. k
745,21 74]-0 |N-0 À Neige. Pl, neige. |PI., neige. PI., neige. 'PI., neige.
742,61 74Ï-EIN-E À Nesrmont.|Vent imp. [Vent imp. Orag., pl. Nuil orag.#
a
20108,01120121,55/20111,55[2084
27, 27, 27, 9
Doria) 745,21| 744,87| 74
BAROMÈTRE. OBSERVATOIRE.
Somme des observat. du mois, bm- Latitude, 459 45° 5730
Nombre des observ. du mois, 200 Longitude , 90 99 35”15
Hauteur du baromètre au-dessus de la
Moyenne des observ. du mois,
mer, 199,50.
À l'apogée lunaire,
Au périgée lunaire,
AROMÈTRE : L
E " HYGROMÈTRE VENTS VENTS
LA TeurÉRATeRE
DK SAUSSURE “crérieuns iNFéniEURs
DeGl
19h
IE
illand Na, 201.|Giell clair, [Trés étoilé
Ouragan sal |Sol:,nuoge [Petite pile Piuvieux
Pluie abo JSôl:; nun.|Sol:, na. [Nuag., dt
Clair pl: [N#; solcil. Nuageux. |Ee: ton.pl
Pluié forte INtsesol. [Ne s.cot, [Pl la nuit
Brum,, pl ol. |Plüvieux, |Noages. JL, pluie
Hrum,, pli [1 [Nuas, Trés lo
Brouillard | Su AN, fort al Bien étoilé
Héau sol asso! [Petite pl. |NurauN-0 Étoile
Nua:, sol. [Ne#, sol. |N4 fort al. |CireaucoulVontimp
Slrdivi./Tonne av. |Etoilé
Nusg.;sol. [Toi N., pl
sol, [Sans sole | Sans »
Sans sol Sans soleil
Brumeux. , sul Sol, pl
Pluvicux Muvieux
Brumeux . Hicouc
Nuageux il. [Nue , ol,
À
PIE
SOPRERAAN ALTER ARS
LL ALLETEETIET EE:
19,40
120,
PPEPETTET:
nm
TALLAAOORRR ERA
Sans étoi.
CELL EETTEETE
CÉAPRRLAZLLOUTATZ
CIEL ELEEELLEETE
Z1S
boom
Lune, ét
Nu
PEPEEEE]
RUES EU AU ET ET ET
#01. Nua,, #01, | Nuageux
elle lun
$, étoiles
ux, [N#4, sol, | g.|S2 Go
Nesanssol Nes, sol, |? Etoilé
N4 5.30] è Nu. lune
ail. 6p
PPEET
RAZLLILASS TIR RARALAT UE
2222222
CS
Nuageux
Brouillard [Pluvieux. | Pluvioux
Neige M, neige. |N., noige, Pl, neige. ÆPl,, noïge
Nesrmont Limp. (Org. , pLiNuit org
SA
Z
nl
lv
Ha
Z
20849,09 245 20415,09
2 ! , FER
744, k ral 5,97 14,07 16,
BAROMÈTRE THERMOMÈTRE HYGROMÈTRE. PLUYIONÈTRE.
Somme des observat, du mois, Somme des observat, du mo L'Ilygromètre n'a pu Être observé ‘épaisseur de la couche d'eau, tom- L ñ p
Nombre des observ. du Nombre des obsers, dumois, durant ce mois, hée dans ce mois, est de Üm,200 Longitude , 9e 99 33075
88 lig. 66. Hauteur du baromètre au-dessus de la
, 190m,50.
oser Moyenne des obsers. du n
pogée lunaire,
Au périgée luoaire
OBSERVATIO LE MOIS DE NOVEMBRE 1839.
BAROMÈ
LA TEMPÉ CTI
0.
ER |
DeGh.à | De9h. | De midià| De3h.à | De 6 h.à
9 h. Midi. DES à midi. 5 h. G h. 9h.
De6à9h.
©
Nuageux. [Nua., sol. |Ciel pluv. [Nuag. bl, [Nua., éto.
Pluie. Pluie. Nuageux. |Petite pl. |Etoiles.
Nuageux. [Nua., sol. |Nua., sol. |Nua., sol. INua.s.éto.
Pluie. PI. averse. |Pluie. Pluie.
Brumeux [Nua., sol.|Nua., sol.|S.secou b,|S
N., ciel bl. Soleil. Soleil. Soleil, Etoilé. N. L.
Beau ciel, [Nua., sol. |Nua., sol.|Pluvieux. [Nua. ét. Êle6,à 3h.
Brameux, |[Brumeux. |Sol., nua.|Beau sol, [Bien étoilé 20° matin.
Nuageux. [Nua., sol. . .[Nua. , sol.
Nuages, [Nua., sol. : .[Nuageux. |[PI.la nuit.
Pluvieux. |[Pluvieux. ., f. sol, [Nua. , sol. Etoiles.
© 5006
FO2z0O
©
151,96
158,58
751,70
740,12
745,54
au
©
00
S
N
N-0
(0)
P. Q.
le 15,à 40 h.
8’ soir.
Brumeux, [Nua., sol, [Nuag.,sol, |[Nuag.,sol. Très étoilé
Brumeux. [Nua., sol. [Soleil. Nuag.,sol. [Bien étoilé
Brumeux, |Brumeux. [NS sans sol|Sans sol. [Sans ét.
Pluvieux. [Pluvieux. |[Pluvieux. [Pluvieux, [Sans ét, PE
742,06 Nuageux. [Sans sol. |Sans sol. |Sans soleil Nuag., ét. le 20, à 1h.
134,05 Nuageux. [Nua., sol. |Nua. , sol. Sans sol, |Sans éloi.f 4° soir.
Nuageux. [Nua., sol.|Sans sol. |Sans sol. |Tout noir.
Nuageux. [Sans sol. |Nua., sol. Sans sol. Nuag., éL.
Nuageux, [Sans sol. |Nuageux. | Nuageux. [Nuag., ét.
147,99
D. 0.
le27,à5 h.
Pluvieux. |Pluvieux. [Nuageux. [Sans sol. Noir. 5’ soir.
Pluvieux. |Pluvicux. [Pluvieux. |[Pluvieux. |Piuvieux.
© © © I Où O0 & OI 19 = © © © A OO D OI ©
8886,34| 9624,20| 9625,08! 88
19, 15,
140,55] 740,32
OBSERVATOIRE.
Somme des observ. du n RE 4 LS ER
\ ali ongitude .
nl Hauteur a baromètre au-dessus de la
9
A l’apogée lunaire, mer, 199m,20.
Au périgée lunaire,
BAROMÈT
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES, FAITES A L'OBSERVATOIRE DE LYON , PENDANT LE MOIS DE NOVEMBRE 1839.
THERMOMETRE VENTS VNENTS
SUPÉRIEURS INRÉNIEUNS
nono
DeQh. | De midià
à midi 5h
10 h s o Ds Nua Giel pluv. [Nuag. bi
15,90 J Pluie. Nuageux. [Petite pl 6
Nu [Nun., sol, Nua. , sol. [Nu
Pluie Pl averse, [Pluie Pluie Pluic
Hrumcux. [Nu [Nun., sol, [S:sceou bi, Sans ét
Nscielbl, [Soleil Soleil, Soleil. |Etoilé
Beau ciel, |Nun:, sol. |Nun., sol. |Pluvicus. |Nun. ét
Brame Brumeux. |Sol, , nua.|Beau Bien étoilé
Nua! Nu Nüa., sol. |Nua Lune, ét
Nuages. [Nua., sol. Nua Ni Pl: la nuit
Pluvieux. [Pluvieux, |N., f sol. Nu. , sol. lEtoiles
14,28
10,50) 10,
19, 10,
, |40,
9, 25/10,
222222
Brumeux, |N Nuag, sol. |Nuag,,sol, [Très étoilé
Brumeux, [Nua., sol,|Soleil, [Nuag,,sol. Bien étoité]
Brumeux. [Brumeux. |N* sans sol|Sans s01. |Sans ét
Pluvieur. |Pluvieux Pluvicux, |Sans €
Sans sol. Sans Nuag., ét
Nua,, sol Sans sol, |Sans étoi
Nua,, sol, [Sans sol. [Sans sol. |Tout noir.
Sans sol: |Nua., sol, Sans «01. |Nuag., ét
Sans sol. |Nuagoux, |Nuageux. [Nuag,, ét
749,70
740,56
2222120222
748,06
Pluvieux. [Pluvicux. [Nungeux. |Sans sol. [Noir
Pluvieux, [Pluvicux, [Pluvieux. |[Pluvicux. |Pluvieux
1}
| 8801,18/10575,50] #927,02/ 81,8 1550 136,68
F 14, 8, ui, 1, 19,
740,96| 740,880 7,7 | 8,82/11,06/11,54/10,55| 0,17
HYGROMÈTRE. PLUVIOMÈTRE. OBSERVATOIRE.
DAROMÈTRE, TUERMOMÈTRE. ER
Somme des observ. du mois, Somme des observ.dumois, 645,25 L'ygromètre n'a pu être observé L'épaisseur de la eouche d'eau Latitude , 43e 45! 57"50 |
durant ce mois. tombée pendant ce mois a été de Longitude ; 9e 99° 53"75
ur du haromètre au-hessus de la
Nombre des observations , Nombre des observai
ne des observations , 740,66 Moyenne di
c lunai 740,00 G
744,50
Om,080, = 35 lignes 46 Li
mer, 199m,20
lunai
«O GC HT O UE En OÙ RO | Jours.
M
A
A
Au
VENTS
INFÉRIEURS.
dans ce mois, est de 0,106
ST lig.
, PENDANT LE MOIS DE DÉCEMBRE 1839.
CIEL.
Longitude , 90 99
Hauteur du baromètre au-dessus
mer, 199m,90,
CRETE 7
af [2 | |e)S E De7h.|De9h.| De midi | De5h.| De 6 h.E
Sn |<|s|is le à9h. | à midi. | à3h. à 6h. | à9h.
__i|âalälà |S5|=|4/4) 2
N Lx N-OIN-OIN IN VIN Nuageux. | Beau sol. |Soleil. Sans sol. [S. étoiles.8
154 |IN :N N ON IN IN IN EBrumeux. |Brumeux. |Brumeux, |Brumeux. |S. étoiles.
244 IN IN AN-EIN-EIN IN (IN Brumeux. |Brumeux. [Nuageux. |Nuageux. Ë étoiles.
156 |S .S N-EIE [S-E!S-E/S Pluie. Pluie, Pluie. |Pluie. Pluie.
7580IN iN MAN-OÏN-OÏN-O N ON Pluie. Pluie. Pluvieux. |[Nuageux. INoir.
749 In In Ex IN IN IN |N Nuages. |Soleil. Beau sol. Nuageux. [Etoilé. N. L
. N ON EN IN IN IN N Brumeux. |Brumeux. [Nuageux. [Nuageux. (Nuageux. Ë 25h.
745 |S 's S-E |S-E |S-E !IS-E ÊE à Brumeux. |Brumeux. [Nuageux. [Nuageux. | Nuageux. Ë 9(? m.
159 |N-E N S-E IS-EIS IN-E'N EBrumeux. | Pluie. Pluie, Pluie, Pluie.
S ;S S-EI[S-EIS |S S H Brumeux. Soleil. Soleil. Ouragan. \Noir.
S-0 :S-ORS-0 |S-0 |S-0 |S-0 S-0 É Nuageux. Nuageux. |Pluie. Pluie. Pluie.
S-0 S-O0XS-0 [S-0 |S-0 |S-0 S-0 £ Pluic. Pluie. Pluvieux. |[Pluie. Iluie.
S |S AS [|S-EIS-EIS S Nuageux. Soleil. Soleil. Nuageux. [Nuageux. H P. Q.
1S S-OS-OIS-OÏS !S Nuageux. |[Nuageux. [Nuageux. [Nuageux. [Nuagenx. E à 10 h.
S S |S [S |S !|S ANuageux. Nuageux. [Pluvieux. [Pluvieux. |Pluvieux. Ë 8 s
15 S SUIS IS SIS Nuageux. |Nuageux. |Pluie. Pluvieux. INuageux. È
T4 N EN IN IN IN IN Nuageux. Soleil. Soleil. Soleil. Nuageux. À
Z410/N-0 N-ON [N-O[N-0/N-O/N-0 É Brumeux. |Brumeux. |Pluvieux. [Pluie. Pluie. #
15 |S N-EIN-EIJS |S !S ABrumeux. |Brumeux. [Nuageux. |Sol. , nua.|Nuages.
15 S S |S |S [S {S ÉPluvieux. |Pluvieux. |[Pluie. Pluie. Pluie. P. L.
74 S SAIS. |S !S Pluvieux. |Pluvieux. [Pluvieux. :Pluvieux. |Pluvieux. & à 4h
14 S N-EIN-EIS |S JS Nuageux. !Nua., sol.|Soleil. Soleil. Nuageux. f 45
145 SDS |S |S !S |S Nuageux. | Soleil. Nuageux. [Nuageux. |Etoilé.
T4 S {s-ofs-0|S-0/S-0IS ÊS-O orag. S-O orag.[S-0 orag. ;Orageux. |Noir.
14 S S |S S !S |S #Nuageux. Pluvieux. |Brumeux. Brumeux. |[Pluvieux. Ë
14 S O 10 10 |S Ï!S ÆBrumeux. Pluvieux. |Brumeux. | Pluvieux. |Pluvieux.
tés S ES |S |S [|S !S Nuageux. Nuageux. [Pluie. Pluie. É D.
À $ | Dan h
T4 #
754 | ;
7153 |
1931
2
149 Ë
. RCA CR Re
PLUVICMÈTRE. OBSERVATOIRE.
Ne lépaisseur de la couche d’eau, tom- Latitude B, 450 45 5130
AITES A L'OBSERVATOIRE DE LYON, PENDANT LE MOIS DE DÉCEMBRE 1839.
BAROMÈTRE 86
THERMOMÈTRE HYGROMEÈTRE VENTS VENTS
A LA TEMPÉRATURE
nono DE sAuSsuRE SUPÉRIEURS IxrÉRIEUNS
do,
De 91h
à midi
De
æ
Nusgeux. |Beau sol
Brumeux. |Bruneux
S.à
Pluic [Pie Mluie.
Pluie [Pluie Noir
Nuages eur so) Eloilé
Bruneux x
CFE ES
ie
PPEPPE
Gi
Brumeux, |Brumeux.
Fe
uneux, Pluie
. [Soleil
Nu
Pluie
Soleil
Nuageux
Nuigeux.
e
LOGÉLTAAATAZZ
736,66|
16
TAaT
Solcil. Soleil. [Soleil
Brumeux. |Plavieux. |Pluic
Brumeux. ,Hua. [Nuages
|Pluvieux [Pluie Pluie
Pluvioux Puvieur. |Pluvioux
Nuageux, | , sol.[Soleil, |Soleil Nuageux
Nuageux. [Soleil [Nuageux Etoilé
s-0 S-0 ong.[S-0 ora Noir
Nuag Pluvieux. |Brumeux. | D Plusieux
Brumeux. Pluvieux. [Brumeur. |Pluvieux. [Pluvieux
Nuageux, Nuageux. [Pluie Pluie
190)
739,38]
739,20
Men
o
TORALTEAALIT
rs
CEA LELLEEELIITTITEIIIEEE
TETE TAAÎTER
Sousse poemowmmweus
CET
19514,24/10519,90 20708,46 À 116,0/149,1
IE FAIRE 25, (86,
745,07| a, 6] 742,5: À 4,64] 5,74
; BARONÈTRE THERMOMËTRE HIYGROMÈTRE. UVIOMÈTRE. OBSERVATOIRE
servat. du m
Nombre des obsérs: dimois ,
issour dé la couclie d'eau, tom=
ce mois, cst de Om 106
Somme des observ. du mois,
Nombre des obscrv, du mois ,
Moyenne des observ. du mois ,
des obsersat. du mois,
obsers, dur
Moyeune des obsery, dumois,
A l'apogée lunaïre du 3 déc,
A l'apogée lunaire du 34 dé
Au périg Ea
Moyenne des observ. du mois,
1 90m,
mer
ANNAL.DES SCIEN. AGRIC.ET INDUST. (VOL. 2) PLANCHE 1.
Long. ed Lite à Æ Prunetel
Crroceratriles Lorrrneitr. Vuval.
l'A arurterr ra trrelle ‘
ANNAL.DES SCIEN. AGRIC.ET INDUST. (vou. 2) PLANCHE
lLexaphyylles l’ontbriant Mul.
frere peit gross
ne .
Ve A
2 à
Ro {
a 4, è
Là PUS MPA \
Fa hi “
ne
ee... v +
PLANCHE III.
ANKNAL.DES SCIENC. AGRIC. ET INDUST. (VOL. 2)
Planche 1 dre lexle.
s
+ 1
F
= Rs RE ——— as
PLANCHE IV.
1 ke
{vor. 2
-ANNAL.DES SCIENC. AGRFC.ET INDUST.
+
sarah
EE,
4,
claire
sets ni"
the redes.. - MS "2
‘ Fa
eq ares. cor oo tm RS
j ( x É “hr + ; \
snen * | ELU Et | | | |
*
ANNAL. DES SCIENC. AGRIC. ET PLANCHE V.
500 Centimèlres
Zn: Lith, de H Brunet et là Lyon. Dessiné par Loprevole éleve à la Martinière.
Vrre de Ly0 Lé
DES SCIENC. AGKIO. ET INDUST.(VOL.2:)
sax ENG. A6 n _—_ he. é
L a]
F
à L \
ES QE NT Le 1 EE
| \ J
F \
|
: Ù ==
/ ù H =
_—_— = — : —_—— ==}
> = =— =
|
|
L —-
AE à £ Dessinée prar Lapin x Martinière
Charrue jumelle de Frd Reverchon, membre de las Socrèle d'Agrrentlurs le Lyon.
ee
ANKAL. DES SC. AGRIC.& INDUST. (vou. 2) PL. VI
Phalæna. Faphia-
” 4 Cocor 2 Crysalude
ANNAL.DES SCIENC. AGRIC, ET INDT
LA
.
be
*
LA
>
dé “4
.
LA
.
167 :
4 4
|
«
à A
Cuyard soit
+”
mn,
Annales de la-Jociète À “ d'Ag* hést nat Æ ebarts ulides de Lyon Los
( °° (é 2 a
Le AE dt C$
Annales de la Socièté À“ d Ag" het nat Æ etartr utiles de Lyon
( AA ( w Ni
per" Fe ls ut PÉ
frétre: pinæ!{
llanehe
1774
PE
22070070)
PUAIID,
"XI SHONV'Id
+4 7 +
SNS
SSIVX
SALE ALES EL
=
+
SEE
\
“LSAANI LA OIMOV NSJ19S SH 'IYNNV
2
=
pa
#
a
z
Le
æ
7
o
:
£
a
F
re
2/2 0
227
$
£
pa
L
%
.
ÿ:
A AOAT
5
-
272727
Lorna
Lou
COLE DUT ECS
nn
15:
DD es
TOME N TS $ SE LS OL ES BR KE SE NE V5 SE GE JE UE AS 81 KT ST ŸT EL HO ES
ALAN OP SLOJY AILAUDL 9 SO
1Qegu ec (C2 Ve ane DHPOMONQOUC) np S2umNIQ NOMUIv
sh CE cs)
(C
XX GMONVTA LSANGNI LA DDIOV NAS SH LVANV
sa
RE
>
r',
*
YF 6 Ne AY
PA REY
RATES